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08/08/2016

LE RDR ET « LE QUOTA DE RECRUTEMENT » : UNE PROVOCATION DE TROP

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C’est mon ami Y.A qui m’appela très tôt ce matin-là. Il y a de cela quelques jours. Il devait avoir quelque chose d’intéressant à me dire. Certes, Y.A n’a jamais caché son appartenance au parti à la case verte. C’est donc avec un enthousiasme à peine voilé qu’il m’annonça que l’ex-ministre Adama Bictogo, Secrétaire National chargé des relations avec les autres partis politiques au sein du Rassemblement Des Républicains (RDR), parti au pouvoir, avait tenu une réunion avec les jeunes militants, notamment ceux en manque d’emploi. Au cours de ladite réunion, face aux jeunes du RJR (Rassemblement des jeunes républicains), visiblement remontés et impatients, le ministre avait martelé que « le parti doit faire embaucher les jeunes ». Mon ami me fit savoir aussi que l’ex-ministre avait même ajouté : «que chaque ministre et DG fasse sa part ». Et qu’il avait enfin précisé qu’il « faut un quota de recrutement à chacun des responsables (du RDR, ndlr)».

Il est vrai qu’en Côte d’Ivoire, comme partout ailleurs en Afrique, la question de l’emploi des jeunes a toujours été une question très préoccupante. Y.A a obtenu son BTS, il y a bientôt 4 ans de cela. Et depuis, à l’image de la majorité des jeunes ivoiriens, il est à la recherche d’un emploi. Le discours tenu, ce jour-là, par son responsable politique ne pouvait être pour lui qu’une excellente nouvelle.

Bien entendu, que des jeunes militants d’un parti politique aspirent à avoir du travail, n’a rien d’anormal. Mais qu’à la face de la nation toute entière, un responsable politique encourage des Ministres de l’Etat et des Directeurs généraux à initier des « quotas de recrutement » dans l’administration publique au profit exclusif des jeunes d’un parti politique, fut-il au pouvoir, est non seulement inacceptable mais surtout très inquiétant. Ces aberrations de l’ex-ministre Adama Bictogo sont à dénoncer et à combattre avec la dernière énergie. Car il s’agit bien ici de favoritisme, un acte anti-républicain, ce mal pernicieux qui ronge depuis longtemps notre société.

Faut-il le rappeler ? En Côte d’Ivoire, l’accès aux postes dans l’administration publique et même privée est égal pour tous sans exclusive. La Côte d’Ivoire ayant opté pour un régime démocratique, les possibilités d’emploi sont donc égales pour tous les ivoiriens. Pour les emplois dans l’administration publique notamment, les deux principales conditions sont d’être ivoirien et de posséder au moins le diplôme requis.

Si le RDR n’a eu de cesse, pendant qu’il est encore au pouvoir, de susciter des frustrés pour n’avoir pas tenue ses promesses, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Mais de là sortir des sentiers battus, à chercher des solutions qui sont loin d’être républicaines, pour un parti qui se dit républicain, est un véritable scandale, une fuite en avant et la preuve d’un échec cuisant dans la gestion même du pouvoir d’Etat. Que sont devenus les milliers d’emplois promis par le chef de l’Etat Alassane Ouattara pour qu’on en soit aujourd’hui, au RDR, à intimer l’ordre à des ministres et à des Directeurs généraux de procéder à des recrutements arrangés pour les militants? Est-ce là un model de bonne gouvernance que de favoriser la facilité au sein de la jeunesse d’un parti ? Que deviennent alors les autres jeunes, ceux qui ne sont pas des militants du RDR ? Ou, ceux qui ne sont simplement militants d’aucun parti politique ? Tous ces jeunes au chômage, à la recherche d’un premier emploi depuis des lustres ? Et ceux qui poursuivent d’arrache pied leurs études, loin de la politique, espérant un jour décrocher un emploi au bout de leurs efforts? Que devient la jeunesse ivoirienne en proie au chômage, si pour avoir la chance d’obtenir un emploi, il faille désormais figurer dans le « quota de recrutement » du parti au pouvoir ?

Au-delà de toutes ces questions, il faut surtout comprendre que nous sommes bien ici en présence d’un parti politique en pleine décadence, le RDR. La gestion du pouvoir d’Etat étant un exercice tellement délicat que pour y prétendre, l’on doit avoir les hommes qu’il faut, aux postes qu’il faut ; de véritables hommes de devoir qui font passer avant tout, l’intérêt du peuple et non des hommes corrompus et médiocres qui usent de leur position pour favoriser leur clan, leur familles ou leurs petits copains ; ces hommes indignes, mû par l’enrichissement personnel et illicite, tels qu’on en voit aujourd’hui au sein du gouvernement.

La révolte des jeunes chômeurs du RDR contre leurs dirigeants n’est en réalité que l’un des reflets de cette décadence amorcée. Passerons-nous sous silence la profonde problématique des frustrés occasionnés par ce parti et dont le nombre grandissant a atteint des proportions jamais imaginées ; à tel point qu’il est de notoriété que des personnes qui vouaient jadis à ce parti, admiration et confiance aveugle, lui tirent dessus aujourd’hui à boulets rouges, s’étant eux-mêmes rendu compte que ses hauts dignitaires se sont en fait servi d’eux pour parvenir à leurs fins ? Il est vrai que le RDR, en sus d’avoir floué ses militants traine encore ses casseroles: justice sélective, traque et emprisonnement des opposants, rattrapage ethnique, dictature, arrogance et mépris des autres… Même l’initiateur des « quotas de recrutement », Adama Bictogo, le reconnait : « Nous avons échoué… », a dit le très proche collaborateur d’Alassane Ouattara.

A l’orée de la fin du second mandat d’Alassane Ouattara, c’est la déception généralisée : le peuple proteste contre les factures trop élevées, il crie son indignation face à la vie devenue de plus en plus chère et l’insécurité galopante. Face à cela, des mesures, encore des mesures, mais toujours inopérantes… Si a ces pénibles réalités, dont le peuple a du mal à s’accommoder, il faille ajouter le sombre projet d’embauche exclusivement réservé aux jeunes du RDR à travers le sinistre système de « quotas de recrutement », au détriment de l’immense majorité des autres jeunes du pays, ce ne sera ni plus, ni moins que de la provocation, une provocation de trop du RDR, parti au pouvoir.

Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

 

WALLAYE*, ÇA FAIT PITIÉ !  

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 Bouaké, capitale du centre de la Côte d’Ivoire. Tout un symbole : ex-capitale de la rébellion, la ville s’est singulièrement illustrée par les casses et pillages qui s’y sont déroulés lors des manifestions éclatées contre les factures élevées de la Compagnie Ivoirienne d’électricité (CIE). Ce qui n’a pas du tout plu – aux dires d’Hamed Bakayoko, ministre de l’intérieur - au chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Mais alors pas du tout. Même le déploiement des troupes de l’armée dans la ville, la traque aux pilleurs et les arrestations tous azimuts n’ont pas suffit à calmer la colère noire du Chef de l’Etat. Hamed Bakayoko, le sécurocrate en chef, a même promis qu’il ira « jusqu’au bout ».

Propagande politique ou acte de contrition ? Ce dont l’on est sûr, c’est que des individus – se réclamant de Bouaké - se sont mis en idée d’initier une cérémonie dite de « pardon au Chef de l’Etat Alassane Ouattara ». Rétablir l’image salie du Chef de l’Etat, ou à défaut, subir les représailles à venir y sont certainement pour quelque chose. Cela n’est pas à négliger. Bien entendu, même si cela est déplorable, il faut tout de même voir dans ce geste en désespoir de cause, un instinct de survie. Ces gens n’ont donc pas totalement torts, car nul n’ignore que chasse aux sorcières, traque, enlèvements, emprisonnements, tortures… sont encore monnaie courante sous l’actuel régime.

Ainsi, le « sabari day » (‘’jour du pardon’’, en malinké et en anglais) comme l’ont dénommé certains internautes, voit le jour. Malgré le discours musclé et très remarqué d’Hamed Bakayoko sur « les terres » de son adversaire déclaré, c’est bien le spectacle de ces pères et de ces mères de famille agenouillés pour demander pardon à Alassane Ouattara qui a le plus marqué les esprits, non sans y graver le spectre hideux de la dictature.

La scène se déroule bien à notre époque, ici chez nous en Côte d’Ivoire. On peut bien déplorer les casses et pillages, mais qu’un peuple s’agenouille pour demander pardon au Chef de l’Etat pour avoir manifesté – ce qui est et reste d’ailleurs son droit le plus fondamental - contre ce qui apparait nettement comme une augmentation abusive du coût de l’électricité, est impensable… Sauf en Côte d’Ivoire, bien sûr, sous d’Alassane Ouattara.

C’était tout simplement Ahurissant et du jamais vu ! Les images, de ces gens de Bouaké agenouillés – implorant le pardon du chef Ouattara - ont fait le tour du web sans manquer de susciter, au passage, des réactions diverses et des plus indignées, y compris au sein de même des partisans du chef de l’Etat. Ainsi, plusieurs jours après la scène ubuesque, les commentaires vont encore bon train sur la toile : « c'est fou comme l'esprit humain est capable de s'aliéner en produisant les scénarios les plus catastrophiques », remarque une internaute. « Cette image m'a révulsé, dire qu'ils ont des enfants qu'ils éduquent ! Quelle déchéance ! » ; « Tout simplement pathétique » ; « Pitreries d’individus mal affranchis. Que des nègreries » ; « Indignité, grande tristesse » ; « Cela nous ramène aux temps du maître colon tout ça. Quelle honte quel manque de dignité » ; «  Ils ignorent que le droit de manifestation est fondamental et ils se plaisent dans cette aliénation. Diantre que de griots aux ordres politiciens » ; « Plus rien m'étonne encore avec ce régime » ; « Quel gouvernant s'est agenouillé pour demander pardon aux populations frustrées ? »… s’offusquent d’autres. Mais l’un des commentaires les plus remarquables a été celui-ci : « Le folklore continu, rendant de moins en moins probable cette émergence promise à coups de mesures plus problématiques que convaincantes. Mais bon, c'est le propre des démocraties bananières. En général, c'est ce que dit le (guide) présidentiel et/ou spirituel qui est sacré et ne peut souffrir d'aucune contestation. Vraiment DOMMAGE que ce soit sous le règne de celui en qui nous avons placé notre confiance pendant ces décennies de turbulences politiques. Aujourd'hui, avec ce spectacle que nous voyons, nous sommes bien loin de la promesse des fleurs... ». Et une autre internaute de conclure sur un ton complètement dépité : « Wallaye ça fait honte ! Ça fait honte pour ceux qui se sont agenouillés comme des gamins ou comme au temps de l'esclavage ou du colonialisme et ça fait honte pour ceux qui leur ont demandé de s'agenouiller ou qui ont approuvé qu'ils le fassent !». J’ai envie de dire après elle : vraiment, wallaye*, ça fait pitié !

 

Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

*Wallaye = Au nom de Dieu

 

 

02/08/2016

UN PEUPLE MÉCONTENT...

bke cie.jpgCe qui s’est passé le 18 septembre 2002 en Côte d’Ivoire, n’était ni plus ni moins que le début de la descente aux enfers de ce pays. C’est la conséquence de toutes les tragédies et les crises sociales qu’il vit aujourd’hui.

L’on a tenté et réussi à accéder au pouvoir par les armes, bafouant du coup le pouvoir du peuple… C’est le début de son mécontentement.

Des rebelles tentent de renverser un président démocratiquement élu. S’ils échouent dans un premier temps, ils réussissent néanmoins à semer le chaos et la désolation partout. Ils finissent par occuper de force une grande zone du pays. Même à Abidjan, la commune d’Abobo devient le quartier général du « commando invisible » et le théâtre de l’assassinat de plusieurs éléments des FDS-CI (forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire). Ce n’est que partie remise.

2010, à l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle, l’on assiste à une pluie de bombes de l’armée françaises sur la résidence du chef de l’Etat, à des massacres, des pillages, des destructions de biens…, en lieu et place du résultat du scrutin tant attendu. C’est le chaos. Les rebelles sont descendus sur le sud du pays.

Depuis lors, du MPCI (rébellion armée) au « Commando invisible », le sang n’a cessé de couler. Les victimes, de tous bords, de tous les camps, sont tombées par milliers. Pour justifier leurs barbaries, les bourreaux diront : « Les armes se sont imposées à nous », sans le moindre remords. Alors qu’en bas, la rancœur s’enracine au sein du peuple, faute de réconciliation véritable, le mécontentement perdure.

Au sommet, après la prise des armes comme unique moyen d’accession au pouvoir, s’installe : « la dictature comme mode de gestion et de confiscation du pouvoir ». C’est l’apogée d’une certaine confrérie de gouvernants véreux, vautrés dans l’opulence, dos tournés à ceux-là même, qui jadis furent leurs partisans. Au sommet, c’est le règne de la corruption et la course à l’enrichissement, pendant qu’en bas, le peuple crie famine et se meure face à ses conditions de vie qui, de jour en jour se dégradent. Assez parlé ! Notons toutefois, qu’un peuple mécontent en vaut deux.

M.M

25/07/2016

QUELLE DEMOCRATIE SOUS OUATTARA ?

L’opposition ivoirienne, dont le FPI (Front Populaire Ivoirien) est la principale figure de proue, va-t-elle encore verser dans ce qui - jusqu’ici - n’a été qu’une démarche quasiment infructueuse ? C'est-à-dire, rester-là, à pleurnicher sur l’arrestation de l’un de ses membres par le régime névrotique d’Abidjan ? La question circule sur les lèvres, dans la capitale Abidjanaise où, de nombreuses voix s’élèvent de plus en plus pour dire que la récente arrestation de Koua Justin, président  de la JFPI (jeunesse du FPI) est « la provocation de trop ». Une provocation face à laquelle l’opposition ne doit plus rester passive.

 

Mais, l’approche qui mérite ici d’être faite est, non pas de dénoncer l’apparente passivité du FPI, mais de se demander si le FPI a aujourd’hui, la possibilité de mener des actions d’envergure sur le terrain, pour réclamer la libération ou du moins, protester contre les arrestations arbitraires et les détentions abusives de ses membres, dans un contexte où le régime en place - totalement sourd aux critiques et aux dénonciations – a la dangereuse manie de confondre « démocratie » et « verser du sang » ? En d’autres termes, le FPI peut-il actuellement user – en toute liberté - de tous les moyens démocratiques dont il a normalement droit, dans un Etat qui s’estime démocratique ?

 

Le constat

 

Depuis le changement brutal de régime – genre bombes françaises – survenu en Côte d’Ivoire, l’opposition n’a jamais pu organiser une manifestation digne de ce nom. A part – bien sûr – les meetings de Koumassi et Yopougon place Ficgayo, qui ont pris brutalement fin avec l’irruption de bandes de voyous – sans doute sous l’effet de substances hallucinogènes – et dont les intérêts convergeaient naturellement avec ceux du régime en place. A savoir empêcher l’éclatement de la vérité à travers la mobilisation de la masse. Depuis l’avènement d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire, toutes les manifestations d’envergure projetées par l’opposition, sont sournoisement et systématiquement frappées d’interdiction. Plus cynique encore. La stratégie totalitaire du régime d’Abidjan ne se limite pas qu’à interdire les manifestations. Elle vise aussi et résolument à mettre sous l’éteignoir les acteurs politiques qu’il juge potentiellement « dangereux ». Donc qui pourraient contribuer à la mise en place d’une opposition forte, capable de compromettre son sombre projet d’accaparement du pouvoir.

 

Au nombre de ces acteurs, Koua Justin, président de la JFPI, très en verve -  ces derniers temps – contre le régime d’Alassane Ouattara. Certes, on le savait dans le collimateur du pouvoir, et les risques qu’il soit arrêté ne faisaient plus de doutes, tant il troublait le sommeil des républicains par ses déclarations. Mais la coïncidence, après quelques jours de la décision des juges de la CPI d’ajourner l’audience de confirmation / infirmation des charges contre Laurent Gbagbo, est frappante.

 

Dans un tel contexte, Koua Justin apparait comme celui qui devait subir les foudres d’un régime plongé – à la fois – dans une noire colère et une grosse frayeur, après l’annonce de la décision des juges de la CPI. Il devient ainsi l’homme sur qui le régime tortionnaire d’Abidjan devait passer sa colère pour se calmer.

 

Au-delà du cas « Koua Justin », de toutes ces arrestations et ces détentions illégales des membres de l’opposition, la vraie question qui mérite d’être posée, est et demeure celle se rapportant à leur statut : sont-ils, des prisonniers politiques ou des prisonniers de droit commun ?

 

L’on se souvient encore qu’à cette question, le régime Ouattara avait répondu par la voix de son ministre de la justice, Coulibaly Gnenema : « Il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire ». Fournissant au passage toute une panoplie de chefs d’accusations farfelus : « crimes économiques et atteinte à la sûreté de l’Etat ; le génocide, le crime contre la population civile, les meurtres, assassinats, crimes contre les prisonniers de guerre, coups et blessures volontaires, complicités, coaction et tentative de toutes ces infractions, voies de fait ; vols qualifiés, incendie volontaire d’immeubles, dégâts volontaires à la propriété immobilière d’autrui, complicité, constitution de bandes armées, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’ordre public, coalition de fonctionnaires, rébellion, usurpation de fonction, tribalisme, xénophobie, coaction et tentative de toutes ces infractions ». 

 

Deux ans après, l’on attend toujours de voir les preuves irréfutables des motifs pour lesquels ces opposants sont encore en prison.

 

Il faut ne faut surtout pas perdre de vue qu’en Côte d’Ivoire, il y a eu une guerre qui a mis aux prises deux camps. Et que, curieusement, seuls les membres d’un seul camp sont poursuivis, par la seule volonté d’un régime, à la fois juge et partie. Car ce régime, n’est-il pas – d’une part – tout aussi coupable dans cette guerre ? D’autre part, quelles preuves nous fournit-il – bien entendu, en dehors des bombes de l’armée française et du soutien aveugle de la communauté dite internationale – pour justifier la victoire de son mentor au sortir de l’élection présidentielle de 2010 ?

 

Les réponses à ces questions suffiraient amplement – à elles seules -  à justifier la détention de tous ces prisonniers de l’opposition. Hélas, la force, la violence, la barbarie, la loi du plus fort ont eu raison de la démocratie en Côte d’Ivoire.

 

Pendant ce temps et en attendant la fabrication des preuves – tout aussi farfelues – contre lui, Koua Justin vient d’être arrêté… que dis-je, enlevé. Car, lorsque des dizaines de policiers et gendarmes font irruption au siège d’un parti politique, mettent la main sur un homme sans donner aucune raison valable et le conduisent manu-militari, vers une destination inconnue, comment peut-on appeler cette sauvagerie ?

 

Après la dissipation des fumées dues aux bombes larguées par l’armée française, pour l’avènement d’un régime, on voit un plus clair dans cette sombre machination visant à faire croire que tous ces pro-Gbagbo emprisonnés sont des prisonniers de droit commun. Pourquoi eux et pas les autres, qui eux, ne sont visiblement pas exempts de tout reproche ? Il y a manifestement de la part des tenants du régime d’Abidjan, une volonté – tout comme c’est le cas pour Laurent Gbagbo à la CPI – de réduire l’opposition à néant. En la privant de ses membres -  les plus influents, les plus enclins à gêner leurs plans égocentriques.

 

A la vérité donc, nous sommes en face de prisonniers politiques. D’hommes et de femmes dont le seul tort est d’avoir mis leurs compétences au service de leur pays ; d’hommes et de femmes détenus pour leurs opinions, mis aux arrêts afin de ne point venir empêcher le régime d’aller en roue libre vers ses sombres desseins.

 

A ce rythme, l’on de se demande encore où est « le démocrate policé » dont les médias occidentaux nous ont rabattus les oreilles, des années durant, à propos d’Alassane Ouattara?

 

Ces mêmes médias ont toujours eu la fâcheuse tendance à faire croire à l’opinion qu’en Afrique, celui qui bénéficie du soutien de la communauté dite internationale, est majoritaire. Ce qui est manifestement, archi faux.

 

En Côte d’Ivoire, il y a un groupuscule qui, fort du soutien de ses parrains occidentaux, use de la violence et d’une barbarie inouïe dont elle s’est montrée capable durant la crise post-électorale, pour continuer à semer et entretenir la terreur, la psychose au sein de la population, notamment de l’opposition, pour l’empêcher de s’exprimer librement. En Côte d’Ivoire, des hommes armés en tenus, des dozos (chasseurs traditionnels venus du nord) armés jusqu’aux dents, parés d’accoutrements effrayants, se promènent librement dans les rues, écument villages et hameaux, y dictent leurs lois, y règnent en maitres absolus, en toute impunité, avec la bénédiction tacite du régime en place. Malheur à quiconque oserait contrarier le régime dont ils ne répondent qu’aux seuls ordres !

 

Ainsi, des barbares sont en liberté, alors que des cadres talentueux sont traqués comme des pestiférés ou tout simplement jetés en prison, parce que appartenant à un camp jugé mauvais, celui de Laurent Gbagbo. Ainsi va la démocratie sous Alassane Ouattara.

 

Koua Justin, opposant jugé trop « remuant », a fini par être enlevé sans motif valable. Ce jeune, mais farouche opposant, a fini par être fait prisonnier par le régime Ouattara. Cela n’est rien d’autre que la parfaite illustration que ce régime ne veut pas d’une opposition forte. Son but est plutôt de faire de la collection de prisonniers politiques, son cheval de bataille.

 

La Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, nous éclaire sur le sujet: « L’existence de prisonniers politiques est la preuve tangible d’un dysfonctionnement de la démocratie». Au regard de ce qui précède, de quelle démocratie peut-on encore bien parler en Côte d’Ivoire, sous l’ère Alassane Ouattara ?

 

Marc Micael

 

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

 

02/08/2015

Côte d’Ivoire, 55 ans après : être ‘’oui-bwana’’ et aspirer à l’émergence

Aéroport FHB.jpgJe parcourais l’actualité quand mon attention fut captée par un article signé des mains du célèbre écrivain Isaie Biton Koulibaly ( inle quotidien « L’intelligent d’Abidjan, édition du samedi 25 juillet 2015). Je me dis qu’il devrait certainement s’agir d’une de ses croustillantes nouvelles dont lui seul a le secret. Que non ! Grande fut ma déception, dès les premières lignes du texte, de constater qu’il s’agissait plutôt d’une chronique. Je dus néanmoins me résoudre à le lire. Que ne fut ma surprise !

L’écrivain, à travers sa plume, s’était pris d’une admiration soudaine pour l’aéroport FHB. Après l’avoir tant magnifié, il s’étonna, au passage, que notre aéroport n’ait pas obtenu plus tôt la certification américaine ! Dans son élan d’éloges, il n’hésita pas à décrire l’endroit comme : « la plaque tournante visible de l’accélération de développement de la Côte-d’Ivoire ». Puis, sans crier gare, il lâcha le fameux mot : « émergence ».

Selon lui, « l’émergence » (chère à Alassane Ouattara), ne serait pas qu’un slogan, mais une réalité indubitable. A le lire, on se dirait que la Côte d’Ivoire n’a même plus besoin d’attendre l’horizon 2020 – comme prévu - pour être émergente, elle l’est déjà ! L’aéroport FHB – du point de vue de monsieur Biton - est là pour l’attester.

A ceux qu’il traitera par la suite, dans sa chronique, d’« égoïstes », de « jaloux », de « citoyens animés de mauvaise foi » (il n’ose pas de dire de pécheurs), parce que pour ces personnes, l’émergence promise par Ouattara est pour eux un vœu pieux, l’écrivain ira jusqu’à leur suggérer d’avoir foi en Dieu afin d’être « transformés ». Soit.

Qu’il voulut démontrer toute sa dévotion aux tenants du régime actuel, ou pour ne pas dire à Alassane Ouattara et consorts ; qu’il voulut montrer qu’il avait pris fait et cause pour le régime en place, parce qu’il avait, lui au moins un toit, de quoi manger et se vêtir décemment, ne nous aurait fait ni chaud ni froid. Mais qu’il occulte volontairement les réalités du peuple ivoirien pour verser dans de la pure fiction est inacceptable. Car, nul ne n’ignore qu’en Côte d’Ivoire nombreuses sont les familles qui vivent en dessous du seuil tolérable de la misère. Nombreux sont les ivoiriens qui vivent dans la promiscuité et l’insalubrité dans des quartiers sans visage dans une Côte d’Ivoire où les prisons croulent sous le poids des prisonniers politiques ; une Côte d’Ivoire de haine, divisée, gangrénée par la corruption et l’enrichissement illicite. Quand le Pnud (programme des nations unies pour le développement) estime le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire à 48,9%, l’on sait qu’en réalité que ce chiffre est bien trop flatteur. Nombreux sont les jeunes diplômés encore à la recherche du premier emploi, victimes résignés du rattrapage ethnique perpétré par les tenants actuels du pouvoir. Bref, comme le dirait un ami mien, on ne peut pas « mesurer le niveau de développement d'un pays à partir de la beauté de son aéroport ».

Les routes, les ponts, les aéroports…, c’est bien. Mais une nation qui aspire à émerger, une nation telle que la Côte d’ivoire, doit se construire sur des bases solides de paix, de réconciliation, d’unité, d’équité, d’une justice véritablement impartiale. Cela dans le strict respect des lois dont elle s’est elle-même dotée.

Mais force est de constater que le pays va mal, lorsqu’on a, un tant soi peu, le courage de sortir du rêve chimérique qu’est l’émergence tant prônée par ceux qui nous gouvernent. « La situation  reste précaire, d’autant que la guerre a laissé sur le terrain des dizaines de milliers d’armes qui circulent dans les mains des ex-combattants pro-Ouattara. (…) Il y a aussi des tensions au sein même du pouvoir. Pendant ce temps, des centaines de présumés « pro-Gbagbo » sont en prison depuis 2011 sans avoir été jugés. Il y a un ensemble d’indicateurs qui montre que l’avenir est inquiétant » (Fanny Pigeaud, française, journaliste de terrain). Si Fanny Pigeaud qui elle, n’est qu’un observateur étranger de la situation socio-politique ivoirienne, parvient à ce malheureux diagnostique, qu’en est-il des millions d’ivoiriens qui vivent au quotidien ces réalités ? Le pays va mal et ne s’en portera pas mieux, et ce, au fur et à mesure que nous nous approchons de l’élection présidentielle de 2015, n’en déplaise au néo-laudateur de l’émergence. Telle est l’ampleur de la situation en Côte d’Ivoire, telle est la face cachée de l’iceberg que l’on veut nous cacher.

Le plus inquiétant cependant dans l’affaire, c’est que l’émergence version Ouattara traine, en sus, un ténébreux corolaire ! Car elle ne se contente pas de n’être qu’un triste mythe. Il a fallut que cette émergence à l’ivoirienne se drape du manteau de l’africain complexé et résigné face à une prétendue « toute-puissance » de l’homme blanc, son maître, qu’il n’ose importuner de peur de perdre protection militaire et autres aides financières. C’est dans cette logique que prospère l’émergence ouattarienne, c’est dans cette logique qu’Alassane Ouattara est arrivé et s’est installé au pouvoir.

Isai Biton défend donc la position selon laquelle, nous africains devrions éviter de nous « attaquer aux ‘’Nazaras’’, (c'est-à-dire aux blancs), à cause de leur puissance ». « Les Africains ont besoin d’un colloque (…) pour se défaire de leur démagogie, de leur irréalisme et de leur manque de connaissance de la nouvelle économie mondiale », dit-il. Ce qu’il ne nous dit pas en revanche, c’est que le contenu de ce qu’il nomme « irréalisme de la nouvelle économie mondiale », veut que les africains soient spoliés, perdants, soumis… se contentant des miettes qu’on leur jette, de peur de subir le courroux des impérialistes occidentaux ; des africains se contentant d’être des béni-oui-oui, incapables de s’arracher des mains du colonisateur, de prendre leur indépendance…, bref, qui se complaisent dans une relation de monture et de cavalier.

La journaliste française, Fanny Pigeaud, nous livre l’amère vérité sur ce qu’il en est de cette relation : «Cinquante ans après les indépendances, l’histoire coloniale continue de peser lourdement sur les rapports entre la France et l’Afrique francophone (les hommes politiques de gauche comme ceux de droite n’apprécient pas qu’un africain leur parle d’égal à égal). Tout cela est de l’ordre du réflexe, intériorisé par les officiels français ».

La Côte d’Ivoire célèbrera bientôt ses 55 ans – dit-on – d’indépendance, avec en toile de fond la problématique de l’émergence à l’horizon 2020, dans un contexte où la France peut encore se permettre de détenir une base militaire dans ce pays, de s’arroger le monopole sur notre eau et notre électricité, d’être le rédacteur exclusif des résolutions de l’Onu sur la Côte d’Ivoire, de posséder droit de vie ou de mort sur notre monnaie le franc CFA…

En cette occasion solennelle, j’invite les ivoiriens à lire, non pas Isaie Biton Koulibaly, qui gagnerait d’ailleurs à continuer dans ce qu’il excelle le mieux, à savoir écrire des romans à l’eau-de-rose, plutôt que de se fourvoyer à défendre l’indéfendable, mais à méditer sur ces quelques phrases historiques que prononça Patrice Lumumba face au roi Baudoin, roi des belges :

« Moi, sire, je pense aux oubliés… Nous sommes ceux que l'on déposséda, que l'on frappa, que l'on mutila ; ceux que l'on tutoyait, ceux à qui l'on crachait au visage. Boys cuisine, boys chambres, boys comme vous dites, lavandières nous fûmes un peuple de boys, un peuple de oui-bwana et qui doutait que l'homme pût ne pas être l'homme, n'avait qu'à nous regarder. (…) toute souffrance qui se pouvait souffrir, nous avons soufferte, toute humiliation qui se pouvait boire, nous avons bue ! ».

Aujourd’hui, il s’agit pour nous, 55 ans après la colonisation, de nous poser la question suivante: parviendrons-nous à réaliser cette fameuse émergence, si nous continuons à courber l’échine devant ‘’le blanc’’, si nous continuons de nous comporter – comme le dit si bien Lumumba - comme un peuple de ‘’oui-bwana’’ ? En d’autres termes : pouvons-nous être des ‘’oui-bwana’’ et aspirer, dans le même temps, à l’émergence ?

Je dirai qu’il il y a forcément un prix à payer pour atteindre l’émergence tant souhaitée. Seulement, sommes-nous prêts à nous y engager – à l’image de Patrice Lumumba qui paya hélas, de sa vie, son ardent désir d’indépendance et sa soif de liberté ? Certes, seul notre engagement à nous réconcilier véritablement, à créer des conditions de paix et d’unité, à respecter nos lois, mais aussi et surtout à nous défaire de l’emprise coloniale, pourra nous y conduire.

Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

 

 

29/07/2015

Présidentielle 2015 : top départ, pétard mouillé et victoire maudite

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L'indécrottable Youssouf Bakayoko, éternel président de la CEI, aurait donné le top départ de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. En tout cas nous, nous n’avons rien entendu. Ou, pour être plus précis, nous ne voulons rien entendre. En fait, nous ne nous sentons même pas concernés par un quelconque top départ.

Ce que nous voulons dire, c’est que les conditions ne sont pas du tout réunies. Nos plaies sont encore trop béantes. Elles n’ont pas été pansées. Bien au contraire, il nous pourchasse, il nous emprisonne, il nous appauvrit, il nous maintient dans la misère. Et on n’ose nous parler de top départ ? D’ailleurs pour quels candidats quand on sait que certains sont exclus et d’autres inéligibles ? Dites plutôt un non-évènement, un pétard mouillé, lancé par monsieur "il n'est pas encore minuit", Youssouf Bakayoko.

Et pendant qu’on y est, pourquoi le gars ne reste t-il pas au trône tant qu’il le veut ? A-t-il besoin d’un top départ ? Pourquoi ne coure t-il pas seul pour être l’unique vainqueur, puisqu’il est l’unique candidat à avoir entendu le pétard mouillé de notre cher Youssouf, l’homme né pour être président à vie de la CEI ? Qu’il y aille donc puisqu’il est si pressé. Que Youssouf le proclame vainqueur maintenant qu'il est minuit. Qu’il savoure donc sa victoire. Car tout compte fait, ce ne sera, ni plus ni moins, qu’une victoire maudite. La victoire d’un homme qui coure droit à sa perte.

MM

24/07/2015

Le poète prodigue

Bientot...

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