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17/09/2014

Au pays des éléphants, les politiques se battent, les «titrologues » payent les pots cassés

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Côte d’ivoire, on peut le dire, un nouveau jour se lève sur Abidjan. Mais qui sait de quoi il sera fait ? En effet, il y a trois ans, le pays était à feu et à sang. Les querelles entre partis politiques, pour la prise et le contrôle du pouvoir, s’étaient terminées par un bain de sang effroyable. Les abidjanais eux, n’avaient eut d’autre choix que de subir les affres d’une guerre qu’ils n’avaient pas souhaité. Ce matin, les « titrologues », comme à leur habitude, les yeux rivés sur les titres à la une des journaux, lisent en silence ; un silence lourd et angoissant. Ils lisent les titres de la presse ivoirienne qui verse parfois dans le sensationnel, qui joue le jeu des chapelles politiques, en rapportant à dessein, en amplifiant à souhait et essentiellement, les coulisses des bagarres, des querelles, des guéguerres, des intrigues... de la classe politique ivoirienne. 

Il fait jour et dans la petite foule de « titrologues » massée devant le kiosque à journaux, les visages sont graves. Lorsque l’un d’entre eux se décide enfin à quitter les lieux, ce n’est pas sans pousser un long soupir, perplexe et dépité. Presqu’un ras-le-bol. Les nouvelles ne sont pas bonnes. En Côte d’Ivoire, les vieux démons rodent encore. Et pour cause…

Le FPI, principal parti d’opposition a claqué la porte de la CEI (commission électorale indépendante), organe chargé de l’organisation des élections, avec pour éventuelle conséquence, sa non participation aux futures élections de 2015. Au centre de la vive polémique qui met aux prises gouvernement et opposition, la CEI, mais plus encore : Youssouf Bakayoko, président sortant. La reconduction de ce dernier à la tête de la CEI, un acte perçu par une partie de l’opposition comme une volonté manifeste pour le régime en place de vouloir confisquer le pouvoir.  Voilà le sujet qui occupe, en ce jour, les titres à la une en Côte d’Ivoire.

Mais qui est Youssouf Bakayoko ? C’est cet homme qui, alors que l’on attendait avec anxiété les fameux résultats de l’élection présidentielle de 2010 et que le délai imparti à l’organe qu’il dirigeait pour livrer ces résultats, était épuisé, apparut, étrangement seul, entouré de quelques journalistes de chaînes étrangères, accourus pour la circonstance et proclama lesdits résultats, au Golfe Hôtel, un endroit pourtant réputé pour être le QG d’Alassane Ouattara, alors candidat au second tour face à Laurent Gbagbo.

Pour le FPI : « Youssouf Bakayoko n’est pas crédible ; il a  une grande part de responsabilité dans la crise post-électorale ».

Réponse du berger: un chef d’Etat agacé, voire courroucé et… nettement menaçant : « Je suis fatigué du FPI (…) Youssouf Bakayoko (…) ne sera pas changé. Je demande au Fpi de revenir dans la Commission électorale. (…) Si ça continue, je demanderai au ministre de l'Intérieur d'organiser les élections. Youssouf Bakayoko est président de la Cei et demeure président de la Cei (…) J’ai mis ces personnes (cadres de l’opposition) en liberté provisoire et cette liberté n’est que provisoire». Et, Koné Bruno, porte-parole du gouvernement de renchérir : « S’ils (le FPI et ses alliés) ne veulent pas revenir (à la CEI), la vie continuera sans eux».

Conséquence : Le FPI pourrait être désormais absent aux discussions politiques et éventuellement à l’élection présidentielle de 2015. Faut-il craindre le pire ?

« IL y  a des raisons d’avoir peur », avancent certains, mais pour d’autres, comme Joël N’guessan, porte-parole du RDR, parti au pouvoir : « il n’y aura rien ».

Les ivoiriens s’en souviennent : en 2000, de grands partis ivoiriens que sont le RDR et le PDCI sont été écartés – à tort ou à raison - de la présidentielle. Deux ans plus tard surgissait une rébellion armée au nord du pays. Quelques années plus ensuite, le nouveau régime lançait un slogan de campagne, à la limite, vexant pour ses adversaires politiques : « Ya rien en face, c’est maïs ! ». La suite, on la connait : une crise post-électorale, 3000 morts…

Frustrations, arrogance, divisions, propos virulents, exclusion, menaces… La scène politique ivoirienne, comme hier, est à nouveau, en ébullition. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, on en tremble déjà de peur à Abidjan, en Côte d’Ivoire, comme ces « titrologues », ce matin, qui lisent les titres des journaux, la gorge nouée d’angoisse ; une angoisse mêlée d’une sourde colère…, comme il y a quelques années.

Dans cette même Côte d’Ivoire, il y a peu, le FPI, principal parti politique d’opposition lavait son linge sale sur la place publique, agité par les démons de la division. Cela n’est rien d’autre que l’image d’une Côte d’Ivoire à la croisée des chemins. Une Côte d’Ivoire qui hésite à choisir entre le dialogue et la résistance ;  le pardon et la justice ; entre son passé et son avenir…

Mais en réalité, il n’y a pas qu’au FPI qu’il y a des remous. Tous les principaux partis politiques ivoiriens (PDCI, RDR..) traversent eux aussi, à l’image de la Côte d’Ivoire des turbulences mal étouffées : certains cadres se gavent, alors que les militants crient famine.  Les politiques servent au peuple la haine et la division, pendant que ce peuple souffre. Et comme toujours et partout en Afrique, c’est la politique qui  inspire les divisions, c’est la politique qui inspire les guerres.

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Quel ivoirien un jour, en passant, ne fut pas dans le rôle d’un « titrologue » ? Ils sont nombreux en tout cas, ceux qui découvrent chaque matin et souvent avec stupéfaction, les titres des journaux, avec en toile de fond, les propos incendiaires de la classe politique ; ces ivoiriens anonymes, ces « titrologues » de circonstances, qui hélas, se retrouvent ainsi placés chaque jour devant le fait accompli : devant les titres. Ces ivoiriens qui assistent impuissants à la confiscation de leur avenir et de celui de leurs descendances. Ces ivoiriens qui « feuillètent » en silence les titres des journaux en devinant leur sort scellé d’avance et qui au final, sont toujours les premiers à récolter ce qu’ils n’ont pas semé… en somme, à payer, les pots cassés, des politiques, de ceux-là même qui sont sensés être - si nous étions dans une vraie démocratie - à leurs service et non se servir d’eux.

Au pays des éléphants, les choses auraient pu se dérouler autrement si chaque ivoirien savait que dans la pratique, les élus ou les représentants désignés par le peuple et tous ceux qui s’occupent des affaires publiques (les politiques),  ne sont que des serviteurs au compte du peuple, et que par ce fait, ils ont l’obligation de transparence, l’obligation de rendre des comptes. Ils peuvent être à tout moment révocables et sont soumis à des sanctions en cas de manquement à leurs obligations. Les politiques ont ainsi l’obligation de défendre les intérêts du peuple et de non mettre la vie de ce peuple en péril. D’accord, cela n’est vrai que lorsqu’il s’agit d’une véritable démocratie.

 Ouattara Vadjonan.

 

 

 

26/06/2013

Du MPCI au « Commando invisible » ou la sorcellerie politique

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La prise des armes fait-elle partie des modes d’acquisition du pouvoir en matière de démocratie ? Aussi déconcertante puisse-t-elle paraitre, la question n’est pas fortuite. En effet, au regard de toutes les machinations saugrenues qui ont  cours actuellement et depuis maintenant plus de dix ans dans un pays comme la Côte d’Ivoire - pays qui se veut démocratique - les ivoiriens ont le droit de savoir : comment des personnes, se prévalant du titre de démocrates, arrivent-ils à justifier la prise des armes comme unique solution pour résoudre la moindre question politique ?

En Côte d’Ivoire, il est encore présent dans les esprits, qu’au soir d’un certain du 18 septembre 2002, des rebelles venus du nord, des individus aux noirs desseins, ont tenté vainement de renverser un pouvoir démocratiquement installé. Et ce, par la seule force de leurs armes, non sans créer désolation, tristesse et chaos sur leur chemin et dans les zones qu’ils finirent par occuper. L’on se souvient encore comme d’hier, comment, des gendarmes, des policiers, des civils, qui n’ont pas eu la chance de fuir ces zones contrôlées par la rébellion, ont été massacrés et enterrés dans des fosses communes. L’on n’oublie pas comment – à cette période - des femmes ont été égorgées et éventrées, ainsi que des nouveau-nés. L’on se souvient des crimes de Guitrozon et de Petit-Duékoué, des victimes de Duékoué, massacrées en une seule journée et celles qui pensaient avoir trouvé refuge dans un camp de déplacés à Nahibly, mais qui y ont finalement subit le même sort. Toutes ces personnes, tuées pour leur proximité avérée ou supposée avec Laurent Gbagbo ; ces hommes, ces femmes et ces enfants dont la mort tragique et atroce est encore présente dans nos mémoires… Et d’Abobo ? La tristement célèbre commune d’Abobo ? Abobo, « quartier général » de la bande armée dénommée « commando invisible » qui s’en n’est violemment pris à tous ceux - populations civiles, policiers, gendarmes et militaires - qu’il jugeait – de façon arbitraire - hostiles à l’avènement au pouvoir de son mentor : Alassane Ouattara ?

L’on se souviendra et l’histoire retiendra de ces nihilistes, de ces ennemis de la vie humaine, cette fallacieuse phrase : « Les armes se sont imposées à nous ». Voici donc qui suffit pour justifier tant de sang inutilement versé ; tant de barbarie et de cruauté bestiale. Alors qu’il ne s’agissait- en fait - que de problèmes politiques, pouvant et devant être logiquement résolus dans un cadre démocratique.

Il faut donc nécessairement aux ivoiriens s’interroger pour savoir et comprendre ce qui, depuis 2002 à nos jours, constitue, non pas une simple thèse, mais une véritable idéologie qui sous-tend cette nébuleuse classe politique actuellement au pouvoir en Côte d’Ivoire, depuis l’avènement de la rébellion armée dénommée MPCI (mouvement patriotique de Côte d’Ivoire), à celle dite du « commando invisible » : « la prise des armes comme unique moyen de résolution de problèmes politiques et surtout d’accession au pouvoir ». Il faut absolument aux ivoiriens y consacrer toute leur énergie, s’ils veulent éviter à leur beau pays de sombrer dans une perpétuelle crise socio-politique aux conséquences inimaginables.

Comme toute idéologie, celle qui préconise l’usage armes en démocratie est un concept qui a été produit par la classe politique aujourd’hui au pouvoir, dans le but d’y faire adhérer les autres, sinon de les dominer. Elle s’adapte selon le milieu et les circonstances.

Ainsi en 2002, il s’agissait – pour les concepteurs de cette idéologie - de rallier tous les ressortissants du nord de la Côte d’Ivoire – et même certains étrangers - à leur cause, en arguant qu’ils étaient victimes de l’exclusion, et de la xénophobie. Et, qu’enfin de compte, il n’y avait que les armes seules pour les libérer du « triste sort » que leur faisait subir le régime en place. Celui de Laurent Gbagbo. Un régime qu’il fallait donc déloger à coups de kalachnikovs, de grenades, de lance-roquette et autres armes de guerre qui sèment la mort à leur passage.

En 2010, lors du contentieux électoral de la présidentielle, ces mêmes concepteurs n’ont rien fait d’autre que de mettre en œuvre leur idéologie, la même que celle de 2002: prendre les armes, avec en ligne de mire, le pouvoir. Peu leur importait le nombre de victimes et les conséquences que cela pourrait avoir sur l’avenir du pays. L’essentiel était de prendre le pouvoir, puissent-il y parvenir en traversant un océan de sang humain.  

Comme on peut s’en rendre compte, dix ans après plusieurs tentatives infructueuses, l’idéologie des armes a fini par s’imposer en Côte d’Ivoire, non sans –une fois encore - le soutien déterminant du colon français, tout aussi naturellement porté par la propension à user des armes comme mode de règlement de conflits politiques.

De 2011 à nos jours, soit après deux ans le triomphe des armes, la Côte d’Ivoire s’en est-elle sortie au point de retrouver toute sa sérénité et sa quiétude ? Non. Bien évidemment. Le constat est plutôt alarmant. Deux ans après, la voilà encore en train de surfer sur les dangereuses vagues de cette idéologie tribaliste, régionaliste et foncièrement meurtrière : la justice des vainqueurs, l’impunité, le rattrapage ethnique, l’animalisation d’une partie d’ivoiriens, la violence et la terreur… Bref, la dictature comme mode de gestion du pouvoir.

Après cela, de quelle démocratie peut-on encore bien parler en Côte d’Ivoire, lorsque les pays occidentaux se disant puissances démocratiques sont les premiers fournisseurs d’armes à des rebelles, leur promettant – au passage - de fermer les yeux sur leurs atrocités, en échange du bradage de la souveraineté économique du pays à attaquer? Il ne peut s’agir ici, que de ce que nous conviendront d’appeler de la pure et simple sorcellerie politique.

En définitive, les ivoiriens doivent toujours garder à l’esprit que la prise des armes pour accéder au pouvoir, cette sorcellerie politique, est absolument à proscrire pour les générations présentes, mais aussi pour celles à venir. Elle doit être combattue, non pas avec la même barbarie. Mais avec conviction, intelligence, fermeté et courage si l’on veut – un jour -  donner une chance à ce pays de relever la tête. Le défi sera donc pour les ivoiriens, non pas de se contenter de le vouloir, mais de pouvoir unir leurs forces pour arriver à exorciser cette diabolique idéologie qui concoure dangereusement à la perte de leur pays.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

08/01/2013

CÔTE D’IVOIRE, COTÉ VERSO




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Belle, riche, magnifique…, les adjectifs ne manquent pas pour parler de la Côte d’Ivoire. Un pays que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier – à juste titre d’ailleurs - de « béni de Dieu ». N’est-ce pas aussi ce qui lui vaut tant de malheurs, de crises à n’en point finir ?

Certes on en parle souvent en oubliant que ce remarquable pays - la Côte d’Ivoire - ne se limite pas qu’aux seules populations ou aux élites urbaines. Peut-être, serions plus conscients du drame ivoirien, peut-être, serions-nous plus averti sur la tragédie que vit ce pays en prenant la peine d’aller plus loin qu’Abidjan et ses banlieues. Pour une fois, en quittant nos  claviers d’ordinateurs, nos écrans de téléviseurs, bref tout ce qui fait de nous des citadins cloîtrés, pour écouter et savoir ce que  ces autres ivoiriens, ceux qui résident en campagne ont, eux aussi vécu, durant les heures sombres de la crise post-électorale.

Dès lors, pourrions-nous mieux comprendre comment ces derniers appréhendent l’avenir, à présent que le chaos s’est installé ? Quelles sont leurs profondes aspirations dans un pays certes meurtris mais qui est aussi le leur ? Car en effet, le pouvoir qui focalise notre attention – la conquête, la gestion du pouvoir - peut-il revêtir son vrai sens, conserver sa vraie valeur, si l’on oublie qu’en dehors d’Abidjan et de certaines grandes villes, il y a aussi la Côte d’Ivoire ? Cette Côte d’Ivoire profonde, rurale, la Côte d’Ivoire côté verso, cette Côte d’Ivoire occultée.

Car en effet, ce que l’on voit, lit et entend dans les médias, très souvent, ne reflète malheureusement pas assez cette Côte d’Ivoire que l’on dit « une et indivisible ».

La plupart des villages ivoiriens sont constitués de deux principaux types  de d’habitants : les autochtones et les allogènes. Des allogènes qui dépassent parfois en nombre leurs tuteurs autochtones. Normal pour un pays qui a accueilli et qui accueille encore des vagues entières d’immigrés essentiellement venus des pays de la CEDEAO, attirés par l’apparente prospérité de ce pays, mais aussi d’ivoiriens venus d’autres régions à la recherche de terres arables. Les allogènes occupent donc des terres depuis plusieurs années à tel point qu’il est parfois difficile aux jeunes générations d’autochtones d’en avoir, le moment venu. D’où les fréquents conflits fonciers qui jusqu’ici n’ont jamais dépassé le seuil de violence auquel nous avons assisté durant cette crise.

Comme dans presque tous ces villages, la cohabitation entre autochtones et allogènes naguère pacifique et empreint de respect mutuel, à la faveur de la récente crise post-électorale, disons-le tout net, a pris un véritable coup de froid. Car la politique, celle-là inique et cynique est passée par là.

Plus d’une décennie de campagnes d’intoxication menée par des gens qui disaient combattre l’exclusion que subissaient certains ivoiriens et la xénophobie pratiquée – selon leurs dires - contre les étrangers, aura bien plus contribué à créer une telle fracture sociale que la crise post-électorale elle-même. Crise qui n’était, en fait qu’un prétexte pour assouvir tant haines et de vengeances fabriquées et attisées durant toutes ces années par ces chantres de la prétendue «xénophobie-exclusion » en Côte d’Ivoire.

Ce qui s’est passé dans la plupart de ces villages si hospitaliers et en majorités situés dans la partie sud du pays, durant et après la chevauchée de la soldatesque sanguinaire aux ordres de monsieur Ouattara, est troublant, voire traumatisant, au plus haut point.

Un villageois, la voix encore pleine d’émotions raconte : « Nous étions terrés dans nos maisons, avec nos femmes et nos enfants. Des hommes en arme avaient pris le contrôle de notre village, semant partout la terreur. Ce qui nous a le plus choqué, c’est que ces tueurs étaient soutenus et aidés par ceux que nous avons accueilli chez nous depuis plusieurs décennies. Ce sont ces derniers qui indiquaient nos maisons et ceux d’entre nous qu’ils jugeaient proches de Laurent Gbagbo. Nos maisons étaient systématiquement fouillées, passées au peigne fin. Gare à celui chez qui ils trouvaient un poster, un tee-shirt à l’effigie de Laurent Gbagbo, ou même le numéro d’un journal « bleu ». Celui-là était d’office considéré comme un homme mort, un ennemi juré du nouveau régime dont le mentor n’est nul autre qu’Alassane Ouattara ».

Un autre relate comment des autochtones du village, essentiellement des jeunes, ont été pourchassés, contraints à fuir nuitamment leur propre village, à se refugier dans la brousse, abandonnant femmes et enfants. Il nous explique encore comment ceux qui n’ont pas eu la chance de fuir furent capturés, découpés à la machette, massacrés à coups de gourdins ou fusillés de sang froid.

Ces villageois avaient du mal à comprendre pourquoi leurs hôtes pactisaient avec ceux qui en voulaient à leur vie. Le plus ahurissant pour eux, fut certainement l’attitude hautaine, provocatrice et pleine de mépris de leurs frères venus d’ailleurs quand ils apprirent la chute du régime de Laurent Gbagbo et que monsieur Ouattara présiderait désormais aux destinées de ce pays.

A la question de savoir pourquoi, ils n’ont pas réagi face à cette vague de violence et de représailles dont ils furent les victimes expiatoires car étant sur leurs propres terres, la réponse nous parut à la fois simple et déconcertante : « Jamais de notre existence, nous n’avons assisté à tant de barbarie et de sauvagerie ! Jamais nous n’avons vu de nos propres yeux,  la violence portée à son paroxysme, comme s’y adonnèrent nos frères étrangers. Nous ne nous y attendions pas du tout. Voilà ce qui nous a ôté toutes nos forces. Nous, nous sommes un peuple pacifique. Nos querelles, quelles qu’elles soient, ne nous ont jamais poussé à verser tant de sang». Ce sont donc des personnes résignées, des populations autochtones encore traumatisées, hantées par cette sombre période d’horreur et d’angoisse certes, qui essayent tant bien que mal de s’en remettre, que nous avons rencontré.

Désormais, entre autochtones et allogènes, la méfiance est de mise. Ceux qui s’adonnèrent aux représailles sont encore présent dans les villages. Certains de ceux qui furent contraints à fuir – aux premières heures - pour sauver leur vie, sont progressivement revenus. Ceux qui ne fuirent pas mais qui furent néanmoins des victimes humiliées et choquées sont aussi là, rage, colère et indignation contenues.

Les uns et les autres se regardent en chiens de faïence. Chaque habitant – en réalité - garde dans son cœur le triste et douloureux souvenir de ces sombres moments.

Ainsi, reste encore tenace le sentiment que cette crise, la crise ivoirienne est loin d’être finie. Le tout, dans une accalmie précaire qui ne n’augure en effet rien de bon. Pour ces braves populations, la réconciliation ne signifie en fait rien du tout. Tant que leurs droits et leur dignité leur sont niés et que leur honneur reste bafoué. En attendant que vienne pour eux leur tour de s’exprimer face à ce bouleversement sauvage et inattendu.

Ainsi vit la Côte d’Ivoire côté verso. Loin des bruits de la capitale économique, loin des discours laudateurs sur le respect des droits de l’Homme, sur la croissance économique et les cérémonies saugrenues de réconciliation, médiatisées à outrance. Ainsi va la Côte d’Ivoire où le parti-pris des gens du pouvoir actuel en faveur des revanchards meurtriers nourris aux mamelles de la « xénophobie-exclusion », n’est plus à démontrer.

Dans un tel contexte, comment accorder d’avantage de crédit à ces manipulateurs obséquieux installés aujourd’hui au pouvoir, qui font de la réconciliation nationale un conte de fée juste bon pour les ignares et pour qui la Côte d’Ivoire ne se résume qu’à eux et leur clan ? Qu’ils prennent garde, on ne se moque pas indéfiniment et impunément d’un peuple humilié.


Marc Micael

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17/06/2012

Procès de Gbagbo à la CPI : La juge Fernandez De Gurmendi menace de démissionner

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CPI, aurait donné un avis dissident et avait menacé de démissionner si le procureur s'obstinait à enquêter uniquement sur les crimes commis par le seul camp Gbagbo.

« Ce calendrier provisoire a été établi à partir des informations disponibles à la date susmentionnée ». Cette date, c'est le 25 mai 2012. On le sait, la défense et l'accusation avaient rendu leurs copies définitives contenant les éléments de preuves à charge et à décharge dans l'affaire "le procureur contre Laurent Gbagbo" le 16 mai 2012.

Aussi, le 23 mai, la Défense avait-elle fait des observations concernant le calendrier de l'audience de confirmation des charges et demandait 11 heures de temps de parole, avant de déposer une requête d'incompétence de la Cpi, le 24 mai 2012. Question : la Cpi aurait-elle pris la mesure des préoccupations de la Défense et a décidé finalement d'étendre le cadre temporel de l'audience de Gbagbo sur seulement 5 jours?

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13/06/2012

Bruits de déstabilisation: Si seulement monsieur Ouattara et le RDR se souvenaient

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Peut-on, en toute honnêteté intellectuelle, affirmer que le régime actuel en Côte d’Ivoire, est sur la voie de la stabilité ? Cette question mérite d’être posée, étant donné que l’on constate que plus d’un an après avoir pris les rênes du pouvoir, monsieur Alassane Ouattara et son parti politique le Rdr, en sont encore à courir après de supposés ou réels déstabilisateurs. Mais le sage a dit : « connais-toi, toi-même ». Si seulement monsieur Ouattara et le Rdr se souvenaient d’où ils viennent, ils comprendraient très vite… Donnons-nous la peine, dans la présente, de les y aider.

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29/02/2012

Exorciser le ‘’19 septembre 2002’’ de la Côte d’Ivoire Exorciser le ‘’19 septembre 2002’’ de la Côte d’Ivoire Exorciser le ‘’19 septembre 2002’’ de la Côte d’Ivoire

 

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La Cour Pénale Internationale (CPI), vient d’autoriser le Procureur à étendre ses enquêtes en Côte d’Ivoire sur la période allant du 19 septembre 2002 au 28 novembre 2010. Le fait serait passé inaperçu si  la date du 19 septembre 2002 ne revêtait pas tout un symbole pour ce pays et pour les ivoiriens. En effet, cette triste et tragique date reste, sans conteste, un point d’encrage important pour comprendre la longue et douloureuse crise que traverse ce pays.

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14/02/2012

Eléphants de Côte d’Ivoire, une étincelle dans la grisaille ivoirienne

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L’équipe nationale de Côte d’Ivoire, ‘’les éléphants’’, a effectué un parcours des plus impressionnants lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN), Gabon-Guinée Equatoriale 2012. Cette équipe aura eu le mérite, un mois durant, de tenir en haleine toute la nation ivoirienne.

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