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15/11/2011

Sanepa: Pas de réconciliation sans Tatao

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En Côte d’Ivoire, il ne se passe un seul jour sans que l’on parle, à tout bout de champ, de réconciliation et de paix. Entre ces mots ressassés et les actes constatés sur le terrain, huit mois après la prise du pouvoir par Alassane Ouattara, le fossé reste toujours béant. Tellement galvaudés, ces mots sont devenus, dans la bouche des tenants actuels du pouvoir, une véritable chansonnette. Pour les médias pro-Ouattara non plus, en parler est devenu un réflexe mécanique. Face au refus manifeste d’Alassane Ouattara et ses alliés de jouer un jeu politique franc, cette réconciliation tant prônée sonne désormais faux aux oreilles de nombreux ivoiriens. Car la fracture sociale aggravée par l’irruption d’Alassane Ouattara au pouvoir, ne se refermera pas de sitôt, à coup de mots inlassablement répétés telles des formules incantatoires, et la réconciliation recherchée ne s’obtiendra pas par un coup de baguette magique. Ce que le peuple ivoirien attend, ce sont des actes concrets, de la sincérité et surtout la restitution des faits réels, dans leur entièreté, sans passion ni hypocrisie.

A travers ce présent récit, nous vous invitons à mesurer la portée du régionalisme, quand il s’utilise comme action politique, mais surtout la complexité de crise sociale ivoirienne face à cette ‘’réconciliation’’ que le camp Ouattara tente maladroitement d’imposer aux ivoiriens.


 

Sanepa est un village situé à une vingtaine de kilomètres de la sous-préfecture de Bayota dans la région du Fromager. Dans la nuit du 23 au 24 juin 2011, s’est déroulé dans ce paisible village, un évènement des plus tristes. Cet évènement est certainement passé inaperçu dans le flot d’exactions commises ça et là par les sbires d’Alassane Ouattara, tant elles sont innombrables ! On s’y perd même à vouloir les dénombrer et les localiser. A travers le témoignage d’une rescapée de cette terrible nuit d’attaque sanglante qui a vu une descente musclée des allogènes et dozos dans ce village, retournons sur les lieux du crime:

Tout remonte à une altercation, qui a eu lieu au cours d’une veillée le vendredi 24 juin 2011, dans le village, entre Apali Charles, un jeune bété et un dénommé Abdoulaye, d’origine guinéenne, tous deux résidents dans le même village. Cette altercation s’est terminée en une bagarre à l’issue de laquelle le jeune bété a eu le dessus. Il n’en fallait pas plus pour que le feu soit mis aux poudres ! Le jeune Abdoulaye, part alors avertir l’adjoint au chef de la bagarre qu’il a eu avec un jeune du village et qu’il compte régler cela lui même.

Dans la nuit du lundi 27 à mardi 28, aux environs de une heure du matin, les allogènes du village de Sanepa, aidés de dozos, armés de gourdins, machettes et fusils font une descente ‘’punitive’’ chez ‘‘leurs tuteurs’’, sûrs de leur impunité. Bilan de cette triste nuit, un mort et plusieurs blessés. Alors que tout semblait normal dans ce paisible village de Sanepa, où autochtones et allogènes ont toujours vécu en parfaite harmonie.

L’attaque commence tout d’abord par une pluie de cailloux lancés par les assaillants et qui a commencé à pleuvoir sur les tôles des maisons des villageois autochtones encore endormis. L’alerte fut aussitôt donnée par ceux qui avaient très vite comprit la gravité du danger : « Sortez de vos maisons, les dioulas ont envahis notre village, armés de machettes, de gourdins et d’armes à feu, pour nous tuer tous. Sortez et fuyez, mettez-vous à l’abri, fuyez, fuyez ! ». Les villageois à peine sortis de leur sommeil, pris de panique ne se sont pas fait prier pour prendre la poudre d’escampette, qui dans la brousse, qui dans les bas-fonds… dans l’obscurité, laissant le village de leurs ancêtres aux mains des assaillants, de ceux qu’ils avaient naguère accueillis en frères. Ensuite, portes et fenêtres son fracturées et les maisons abandonnées par les populations en fuite sont saccagées… C’est dans cette même nuit que Ouraga Kpassou un habitant de ce village, surnommé Tatao, dans la fleur de l’âge, trouva la mort. Une mort dans laquelle ses bourreaux se sont brillamment illustrés par leur maniement de la machette. Il n’avait pas eu le temps de s’enfuir de sa maison encerclée par ses bourreaux, menaçant d’y mettre le feu. Alors, ayant reconnu dans le groupe d’assaillants l’ex-manœuvre de son père qui avait jadis habité cette même maison avec lui, sort à genoux implorant la bienveillance de ce dernier. C’était l’erreur à ne pas commettre. Il fut littéralement dépecé comme un animal. L’abdomen ouvert, les boyaux répandus sur le sol, les membres supérieurs et inférieurs minutieusement découpés à la machette en petits morceaux comme étant destiné à la casserole... Son crime ? Avoir été d’un bord différent de celui de ses bourreaux. Ceux qui n’ont pas pu s’échapper, cette nuit-là, du fait de leur âge ou du fait de la surprise, non plus, n’ont guère échappé à la furia des agresseurs: plusieurs victimes blessés à coup de machettes et de gourdins.

Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que les autochtones subissent la colère des allogènes qu’ils ont pourtant accueillis comme leurs frères ? Que s’est passé pour que ce jour-là sonne le glas de la communauté autochtone ?

A Sanepa, au lendemain de la proclamation de ‘’la victoire’’ d’Alassane Ouattara, candidat du RHDP, à travers les média étrangers, les cris de joie ont retenti dans ce village, précisément dans le quartier des allogènes, à la grande stupeur des autochtones. C’était d’ailleurs de bonne guerre. Mais les choses ne s’arrêteront pas là. Les jours qui suivront, tous les soirs, la communauté allogène, érigera la célébration ‘’la victoire’’ de son champion Alassane Ouattara en une fête quotidienne. C’était pour eux, non sans saisir l’occasion de lancer des quolibets teintés de provocations sans retenue à l’égard notamment de leurs tuteurs à majorité pro-Gbagbo.

En Côte d’ivoire, nul n’ignore l’issue dramatique et surtout tragique qu’a connu le second tour de l’élection présidentielle de 2010. Comment une naturelle élection présidentielle a conduit Ouattara et ses soutiens franco-onusiens, à utiliser la force des armes, là où un recomptage des voix s’imposait tout simplement. Dans l’arène politique de ce pays, c’est un secret de polichinelle: Alassane Ouattara, se réclamant du nord et son parti le RDR, n’ont eu de cesse, durant plusieurs années, d’instrumentaliser des ressortissants de cette région au profit de leurs intérêts politiques égoïstes. Ces nordistes et d’autres ressortissants de la sous-région, rappelons-le, sont descendus nombreux vers les zones forestières, à la recherche de terres arables et de mieux être. Certains se sont installés dans des villages de l’ouest, y créant des quartiers entiers peuplés uniquement de ressortissants parlant la même langue malinké: le dioula. Ils y ont été accueillis favorablement. Résultat, ces étrangers installés dans ces zones depuis plusieurs générations, sont devenus ainsi partie intégrante de la communauté autochtone.

Comment une simple bagarre entre jeunes gens d’un même village a-t-elle pu aboutir à une opération d’attaque armée ? Pourquoi s’en prendre de la sorte à des personnes qui vous ont accueillis sur leurs terres ? Nous nous interrogeons ! Mais ces questions trouvent leur réponse dans le dénouement que semble prendre ce triste épisode de l’histoire du peuple de Sanépa, qui avait trouvé refuge dans la brousse, et dans les villages environnants, aux heures chaudes de l’attaque. Le calme étant revenu après l’intervention des autorités compétentes de la localité (sous-préfet, élus locaux…), les allogènes du village de Sanépa, avec amertume réalisent peu à peu leur erreur. Les autochtones ayant décidé unanimement de ne plus céder aucune parcelle de terre à quelconque étranger. Or les autochtones de ce village avaient pour habitude, la période de récolte du riz achevée, de se faire louer des parcelles de champ en vue d’y semer du maïs du haricot et y réaliser biens d’autres cultures vivrières. Désormais, la méfiance est de mise entre allogènes et autochtones. Ces deux groupes s’adressant à peine la parole dans ce village. Et le remords semble bien gagner les autochtones qui ont cru devoir foncer tête baissée, selon les propos d’un des leurs dans : « l’opportunité que leur offrait désormais l’accession à la magistrature suprême de leur mentor Alassane Ouattara ». Selon les propos que les victimes ont eu à entendre, cette attaque n’avait d’autre but que de les chasser de leur village dans le but pour les allogènes de s’approprier leurs maisons, leurs biens et surtout leurs terres, comme cela s’est passé dans bien de villages dans le grand ouest au cours de cette crise que vit la Côte d’Ivoire. Cette bagarre entre jeunes en était le prétexte tout trouvé.

Alors à tous ceux qui viennent vers eux pour leur parler de réconciliation, les autochtones de Sanepa leur indiquent la tombe du jeune Tatao, érigé en pleine rue, au centre du village, en leur rétorquant : « Allez demander à Tatao qui se trouve dans sa tombe, s’il accepte la réconciliation, alors nous aussi, nous seront prêts pour la réconciliation ».

Dieu Bénisse Adelaïde Gbopo

Marc Micael - zemami1er@yahoo.fr

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