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12/01/2012

Côte d’Ivoire, encore une autre victime de la traque aux pro-Gbagbo

 

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Bohoun Bouabré est décédé. La nouvelle de son décès vient une fois encore raviver les douleurs de nos cœurs déjà et tant meurtris. La Côte d’Ivoire continue de pleurer ses fils. Hier, Emile Boga Doudou, Désiré Tagro…, aujourd’hui Paul-Antoine Bohoun Bouabré.

Cause du décès : une grave insuffisance rénale qui a fini par l’emporter, faute de moyens financiers. Contexte du décès: forcé à l’exil du fait de la crise post-électorale qui a vu la prise du pouvoir par Alassane Ouattara, soutenu par les forces franco-onusiennes. Après, il s’en est suivie une vaste campagne de traque aux pro-Gbagbo et son corolaire d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, d’emprisonnements massifs, de mandats d’arrêts intempestifs, de gels iniques d’avoirs et de têtes mises à prix par le régime Ouattara.

Pourtant, Bohoun Bouabré avait sollicité, en son temps, auprès de l’Etat ivoirien, à travers des émissaires le dégel de ses avoirs pour pouvoir se faire traiter. Sinon, une prise en charge médicale par l’Etat ivoirien dirigé par Alassane Ouattara. Réponse : Niet ! Niet ! Niet !, « qu’il crève !», a semblé dire Alassane Ouattara aux émissaires de Bohoun Bouabré.


Et ce qui devrait advenir, advint : l’homme « creva », en Israël, dans un hôpital de Jérusalem, à mille lieues de sa terre natale. On imagine d’ici les pleurs de son épouse et de ses enfants, inconsolables. Et Monsieur Ouattara dans cette triste nouvelle qui nous afflige tant ? Il s’assoira dans ‘’son’’ fauteuil, ce fauteuil présidentiel maculé de sang. Celui des ivoiriens. Puis, dans un profond soupir, il se dira : « enfin, il a crevé ». C’est peu de le dire, car les faits sont là et parlent d’eux-mêmes. Abou Cissé l’oncle maternel d’Alassane Ouattara est lui-même sans équivoque sur le sujet : « On dirige un pays avec un certain humanisme. Cet humanisme manque aujourd’hui à Alassane. La Côte d’Ivoire n’est pas seulement l’économie. C’est une histoire d’humanisme (…). Diriger un peuple ce n’est pas seulement avec le talent d’un économiste. Pour diriger un pays, il faut être investi d’un humanisme ». Puis il supplie son neveu Alassane Ouattara : « Cher neveu, ce rappel s’adresse à vous, à votre conscience d’homme, qui se transforme peu à peu en un roc, qui s’identifie à une vengeance répétitive qui n’a de comparaison que le cœur d’un Français sans âme et d’un Américain sans identité ». Si Abou Cissé, oncle maternel d’Alassane Ouattara, sensé connaitre son neveu mieux que nous, l’interpelle en ces termes, que pouvons-nous dire, nous qui ne sommes que de simples observateurs de l’actualité ?

Bientôt plus d’une décennie qu’Alassane Ouattara n’a eu de cesse d’afficher ses prétentions pour le poste de Président de la République de Côte d’Ivoire. Même lorsque ce poste était visiblement occupé. D’abord par Konan Bédié, qu’il menaça : « je frapperai ce pouvoir ». Ensuite par Laurent Gbagbo, qu’il prévint : « je rendrai ce pays ingouvernable ». Dans sa course effrénée au pouvoir, ses relais locaux et internationaux ont aussi joué leur parturition, le présentant comme le ‘’messie’’ tant attendu par les ivoiriens. L’homme providentiel qui détiendrait les ‘’solutions’’ aux problèmes de la Côte d’Ivoire. Dès sa prise du pouvoir, il lance une vaste traque aux proches du Président Laurent Gbagbo. Non sans avoir pris soin de jeter leur leader Laurent Gbagbo dans ses geôles infectes au nord de la Côte d’Ivoire. Sans pitié, il déverse sur le pays une horde de combattants assoiffés de sang. C’est alors la débandade dans le camp Gbagbo. Les proches collaborateurs de ce dernier, les militants et sympathisants de son parti, tous les groupes ethniques supposés soutenir Gbagbo en ont payé amèrement les frais : exécutions sommaires, exactions de tous genres, arrestations en cascades, gel des avoirs, emprisonnements... Pour vous qui n’habitez pas la Côte d’Ivoire, cela peut vous paraitre une simple récitation. Hélas, ce ne sont point des affirmations gratuites. Ces faits, nous les avons vécus et nous continuons des les subir.

Hier, Laurent Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui Alassane Ouattara. Le parallèle est vite fait. Là où Laurent Gbagbo permet à ses opposants, notamment Konan Bédié et Alassane Ouattara de rentrer d’exil, et leur reconnait un statut d’ex-Chef d’Etat pour l’un et de Premier Ministre pour l’autre, et ce malgré les grincements de dents qui fusaient dans son propre camp. Leur donnant ainsi leur dignité d’hommes ivoiriens. Un proche du camp Ouattara, à propos de Laurent Gbagbo, avoue : « (…) Il est humain, généreux, très généreux ». On a vu Gbagbo pleurer aux côtés de ceux qui pleuraient, des veuves et des orphelins. Les ivoiriens s’en souviennent, il ne s’est pas retenu de pleurer à chaudes larmes. C’était à l’occasion des funérailles de son compagnon et frère Emile Boga Doudou. Des hommes et des femmes de toute obédience politique ont largement profité de sa générosité. Rasant de nuit, pour certains, les murs du palais présidentiel. Ces hommes et femmes sont encore là et se reconnaitront certainement.

Certes Alassane Ouattara est aujourd’hui le chef de l’état, supposé défendre les intérêts (!) de la Côte d’Ivoire. Mais un chef d’état, si puissant soit-il, est avant tout un être humain. Un simple homme comme vous et moi. C’est cela qu’il ne faut jamais perdre de vue, quelque soit le poste que l’on occupe. C’est sur cet aspect, sur ce détail, que les ivoiriens, en temps opportun, le jugeront.

A peine nos parents d'Issia eurent-ils finis de pleurer Désiré Tagro, exécuté d’une balle en pleine bouche qu'ils doivient encore pleurer Bohoun Bouabré. On pourrait concevoir que Ouattara soit partagé, d’une part, entre ses partisans et alliés qui réclament que ‘’leur justice’’ soit faite. Qu’il punisse ainsi les pro-Gbagbo, tous sans exception. Et d’autre part, qu’il soit interpellé par les cris et les pleures, voire des supplications de ceux qu’il tient entre ses griffes. Mais entre ces deux situations, il y a, ce que l’on appelle la grandeur de l’âme. Cette caractéristique des grands hommes qui recommande que votre vis-à-vis, soit aussi perçu comme un homme, au même titre que nous, bien au-delà de nos querelles intestines et politiciennes. C’est cela, le devoir de « vivre et laisser vivre ».

Soit ! Allons plus loin et disons aux ivoiriens, aux africains qui ont pris fait et cause pour la Côte d’Ivoire digne : ne vous contentez pas d’incriminer la seule personne d’Alassane Ouattara. Car il n’est en effet qu’un exécutant. Un simple pion dans le vaste et nébuleux plan des ‘’dirigeants’’ de ce monde. Ces personnes tapis dans l’ombre. Qui n’ont jamais eu le courage d’avancer à visage découvert. Ceux qui n’ont de raison d’exister que leurs intérêts égoïstes. Déterminés par l’appétit vorace et insatiable du gain. De la Somalie, en passant par le Rwanda, la Libye, le Biafra, la RDC… Comptez les morts et vous comprendrez : ces hommes n’ont que faire de la vie des êtres humains, surtout des africains, lorsque leurs intérêts semblent menacés.

Des sources affirment que Guy André Kieffer, le journaliste franco-canadien, s’apprêtait à révéler les tenants et les aboutissants d’une mécanique infernale contre la Côte d’Ivoire, lorsqu’il disparut soudainement. Extrait de son article : « A l’origine de l'opération, il s'agit essentiellement d'une opération financière à très haute rentabilité, dont l'objectif final n'était pas une déstabilisation de la Côte d'Ivoire, mais l'obtention d'un gain considérable sur les marchés à terme du cacao et sur la revente des stocks de cacao physique entreposés dans les ports européens. La nécessité d'une déstabilisation de la Côte d'Ivoire s'est imposée, à partir de juillet, lorsqu'il est apparu évident aux initiateurs de l'opération cacao, Armajaro et AIG Fund, que la gestion de leurs positions sur les marchés à terme du cacao, à partir de la fin juin, nécessitait un passage à une dimension supérieure pour sauvegarder un gain potentiel s'inscrivant dans une fourchette de 500 à 800 millions de dollars américains, soit 280 à 450 milliards de francs CFA ».

Comme vous pouvez le constater, nous avons à faire à des hommes sans cœur. Cachés derrières les multinationales. Des personnes sorties tout droit des loges maçonniques ou des cercles lucifériens, de véritables ‘’illuminatis’’. Pour eux, seul le gain compte. La vie des autres n’a aucune valeur à leurs yeux. Ce sont eux qui décident, depuis leurs bureaux climatisés, bien calés dans leur fauteuil, le droit de vie ou de mort des peuples africains, en fomentant des coups pour protéger leurs immenses fortunes. Ce sont eux qui exploitent nos divisions, nos différences. Qui attisent les haines et qui nous poussent à la violence aveugle. Ils le font en utilisant nos propres frères qu’ils payent avec cet argent souillé.

C’est pourquoi, nous voudrions inviter les africains, à redoubler d’ardeur dans cette lutte sans merci contre ces prédateurs. Qui ne sont, certes pas, des enfants de cœur. Cessons de nous leurrer. A leurs yeux il n’y a pas de démocratie qui vaille pour l’Afrique et les africains. Seul importe le camp où se trouvent leurs intérêts. C’est à ces hommes-là qu’il faudrait demander ce qu’ils ont fait de Guy André Kieffer. Car c’est à eux que profite la disparition de l’homme qu’on disait sur le point de mettre à nu leurs pratiques démoniaques.

Alors, à l’endroit de ceux qui s’évertuent aujourd’hui à présenter le Ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré comme un suspect « recherché par la justice ivoirienne pour des crimes commis pendant la crise postélectorale » ou soupçonné « dans l’affaire de la disparition à Abidjan en 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer », salissant du même coup la mémoire du défunt, par des écrits tendancieux ou des propos irrévérencieux, rajoutant à notre douleur, nous disons : « laissez reposer en paix cet éminent professeur d'économie, ce digne fils, qui n’a fait que travailler pour son pays, la Côte d’Ivoire ».

Paix à ton âme, patriote Bohoun Bouabré et que la terre te soit légère !

Marc Micael

 

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