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28/09/2012

Côte d’Ivoire-Ghana, guerre larvée

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La guerre, ce n’est pas seulement quand les armes tonnent. Elle ne se résume pas non plus et uniquement à l’image de militaires, avec toute leur artillerie, se tirant dessus, sans discontinuer.

La guerre peut-être sournoise, verbale, politico-diplomatique... Les stratégies d’attaques et de contre-attaques peuvent être subtiles, passer inaperçues aux yeux du « commun des mortels ». C’est un art dont seuls les hommes politiques accomplis et les fins stratèges de la diplomatie ont le secret.


En observant de plus près, le déroulement de l’actualité politique, depuis les attaques de Noé par des inconnus armés, à la frontière ivoiro-ghanéenne, on peut affirmer -  sans risque de se tromper - que le Ghana et la Côte d’Ivoire sont en guerre. Ces deux pays voisins se livrent depuis ce triste évènement, une guerre qui ne dit pas son nom, une guerre que nous dirons souterraine.

L’on se souvient qu’à la suite de cette l’attaque des positions des FRCI à la frontière des deux pays (Côte d’Ivoire-Ghana), par un commando mystérieux, les autorités ivoiriennes n’ont pas – un seul instant – hésité à pointer du doigt le Ghana, d’où les assaillants seraient venus.

Hamed Bakayoko, ministre ivoirien en charge de la sécurité intérieur avait alors tenu les propos suivants : « Cela (l’attaque ndlr) a été organisé, ordonné et exécuté depuis le territoire ghanéen et les autorités ghanéennes savent qui sont ces gens ».

Non satisfait d’avoir crié au scandale, d’avoir dénoncé – avec des mots à peine voilés - le laxisme, voire la complicité sournoise dont auraient fait preuve les autorités ghanéennes, le régime ivoirien - joignant l’acte à la parole - ordonne aussitôt la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes (cette dernière sera rouverte par la suite).

La réponse, du côté ghanéen ne se fait pas attendre. Aucun acte politique n’étant jamais fortuit, Koné Katinan, porte-parole du président Laurent Gbagbo, arrêté au Ghana et en instance d’être extradé, à la demande des autorités ivoiriennes, est libéré – dans les jours qui suivent - par la justice ghanéenne. Dans la même veine, des troupes de l’armée ghanéenne sont déployées le long de la frontière ivoiro-ghanéenne. Le bras de fer est engagé.

La Ghana n’entend point se laisser intimider. La Côte d’Ivoire est sur le pied de guerre. Les frontières (terrestres et maritimes) restent fermées, jusqu’à nouvel ordre. Un conseil de guerre (réunion du conseil national de sécurité), avec la plupart des officiers de l‘armée ivoirienne se tient à Abidjan. Des décisions majeures sont prises : nomination de trois ex-chefs de guerres rebelles comme préfets de régions, à l’est (Bondoukou, côté frontière ivoiro-ghanéenne), à l’ouest (Guiglo, frontière avec le Libéria) et au sud-ouest (San-Pédro, entrée par voie maritime). Des régions visiblement « sensibles » et hautement stratégiques. Par cet acte, le schéma tactique des « Com’ zones » de l’ex-rébellion des forces vient ainsi d’être reconduit par monsieur Ouattara, celui qui, à ce jour continue – pourtant - de nier la paternité de cette tristement célèbre rébellion des Forces Nouvelles. Comme on s’imagine, ces « préfets » n’auront pas pour rôle de d’écrire ou signer de la paperasse, mais bien entendu, un véritable rôle de chef de guerre dans leurs zones respectives.

De fait, la colère des autorités ivoirienne envers leurs homologues ghanéens ne faiblit pas, bien au contraire.

Propos du sieur Hamed Bakayoko, sbire parmi les sbires de la ouattarandie, lors d’une sortie au cours de laquelle, il s’est voulu – volontairement - virulent à l’égard des ghanéens : « (…) Nos frères du Ghana sont conscients de nos contraintes. Et nous ferons tout pour trouver une solution. Mais que ce ne soit pas une solution de facilité. Ou bien on règle ces problèmes et on retourne à la normale ou bien chaque Etat prend ses dispositions pour se protéger ». (…) Quand le pays est en danger, quand il y a la guerre, quand il y a des menaces, on ne parle plus d’entreprise, on cherche à sauver sa vie ».

Puis, notre homme, poursuivant, avec des propos qu’il voudrait édulcorés, mais qui – finalement - trahissent bien sa pensée : « Nous avons des preuves que tout ce qui se passe est coordonné au Ghana. Nous ne disons pas avec la complicité des autorités ghanéennes. Mais juste au Ghana. Les gens font des réunions, ils sont un état-major en exil. (…) Je n’ai pas d’éléments qui prouvent une complicité de l’Etat ghanéen mais ça se passe sur le territoire ghanéen ».

Faisant ainsi mentir ou, plutôt battant en brèche les assurances que donna- quelques jours plus tôt - le président ghanéen – John Dramani - lui-même, lors de sa visite en terre ivoirienne et récemment, à la tribune de l’Onu, lorsqu’il affirma : « Le Ghana ne servira pas de base arrière pour déstabiliser la Côte d’Ivoire ».

Que des assaillants soient ou non du Ghana, est un fait. Pas nouveau d’ailleurs. Les rebelles venus du nord et qui aidèrent Ouattara dans sa conquête du pouvoir, n’ont jamais caché le fait qu’ils se soient entrainés - des mois durant - dans un camp, au Burkina Faso voisin.

Notons tout simplement que, faire du Ghana un bouc-émissaire, avec toujours en ligne de mire, ceux qu’on appelle les pro-Gbagbo, participe du vaste projet de détourner l’attention de l’opinion nationale et internationale sur l’incapacité de monsieur Ouattara à ramener la paix en Côte d’Ivoire.

Car voilà Ouattara depuis bientôt 17 mois au pied du mur de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Qu’a-t-il fait pour relever le challenge de la cohésion sociale ? Quels actes – significatifs - a-t-il posé dans le sens de la paix ? Pourquoi l’impression d’une Côte d’Ivoire qui s’enfonce de jour en jour dans l’abîme de la crise socio-politique, dans une insécurité ambiante, dans des violations massives des Droits Humains.., est-elle si vivace et si croissante ?

Ils ont, finalement bien raison, les détracteurs d’Alassane Ouattara qui semblent finalement bien le connaitre et qui affirment par conséquent qu’ « on ne dirige pas un pays avec les seuls talents d’économiste ». Et que « la politique est un métier, un art » qui n’est point du ressort des aventuriers politiques.

Monsieur Ouattara gagnerait donc à remettre en cause sa politique de violence, de va-t-en-guerre qui aura ici et maintenant montré ses limites, même face au voisin ghanéen qui, malgré ses agitations reste serein et imperturbable.

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

 

19:25 Publié dans La Riposte | Lien permanent | Commentaires (0)

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