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25/10/2012

Plaisanterie de mauvais goût

 

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Qui ne connait pas Laurent Gbagbo ? Ce politicien ivoirien hors pair, cet homme charismatique, ayant le don, sur une simple phrase teintée plaisanterie, de détendre l’atmosphère et de mettre ses interlocuteurs à l’aise ?

Le rire, que dis-je, la plaisanterie est surtout un art qu’il faut savoir distribuer, à la fois avec tact et maturité. Entre les mains d’un homme d’Etat, elle doit posséder tout son pesant d’or. La plaisanterie doit aussi pouvoir révéler sa connaissance élevée des alliances, us et coutumes inter-ethniques, notamment ivoiriennes.

C’est à cet nouvel exercice – certainement conseillé par les communicants de son régime - que le « grand cousin », s’est essayé.

Au détour de son tour de parole, lors d’une rencontre au palais présidentiel, devant ceux qu’on a appelé « les représentants du peuple Wê », l’homme - dans un rôle auquel il n’est visiblement pas habitué – à voulut – lui aussi, par imitation – détendre l’atmosphère.

Pour ce faire, il fit savoir à l’auditoire qu’avant la rencontre officielle avec ses hôtes les Wê, il a eu un entretien avec certains chefs Wê. Selon ce que ces chefs lui auraient révélé, il s’avérerait qu’à l’ouest, même des Wê se sont mis au « dozoya », y compris des baoulés. Sur ce, il n’a pas manqué de taquiner son premier ministre, Ahoussou Jeannot, le baoulé.

Résultat, des rires ont quant même fusés dans la salle, sur les lèvres, mais les visages - dans ce lieu hanté par l’âme des défunts Wê - ont trahi.

Le concept « dozo », ou l’évocation des dozos, cette confrérie de chasseurs traditionnels, venus du nord et aujourd’hui supplétifs des FRCI de Ouattara, à la faveur de la crise post-électorale, suffit à lui seul, pour celui qui a vécu les atrocités de l’ouest, pour raviver toute la douleur enfouie au fond de son cœur. Pour ses victimes, le dozo est l’incarnation même du traumatisme subi.

Car les dozos ne sont pas venus à l’ouest pour sauver les Wê, bien au contraire. Ce sont eux qui les briment et qui s’érigent dans cette partie du territoire ivoirien en roitelets, forts de leurs armes à feu et surtout de leur impunité.

On ne saurait alors, fut-ce, à travers la plaisanterie, minimiser l’impact des dozos dans le génocide Wê, surtout en pareils circonstances où les âmes des défunts, ne réclament que respect et considération.

On le sait, monsieur Ouattara, contrairement à son prédécesseur, ne possède pas ce talent de l’orateur, qui sait quand, où et surtout comment détendre l’atmosphère.

Un Baoulé ou un Wê qui deviennent dozos. A quoi peut bien répondre une telle attitude, sinon un désir, pour eux (Wê et Baoulé) aussi de prêter main forte aux autres dozos pour brimer et exercer le pouvoir des armes sur leurs semblables ?

Alors, qu’un Baoulé ou, qu’un Wê devienne dozo, ce n’est pas pour plaisanter, ni de la plaisanterie, aux yeux des victimes. Alors même que les violations graves et massives des Droits de l’Homme restent encore vivaces dans les mémoires de bon nombres d’ivoiriens, notamment des Wê.

Les visages des Wê dans l’assistance, ont ainsi donc trahis les rires obligés. La plaisanterie du « grand cousin » était manifestement de très mauvais goût.

Ce que l’on attend – en revanche - de monsieur Ouattara, l’aura-t-il bien comprit ?

C’est le retour sans délai de ces dozos envahissants, à leurs activités originelles, dans leurs zones géographiques naturelles et non une plaisanterie de mauvais goût dont le seul mérite est de susciter les rires jaunes chez des Wê qui n’ont - visiblement - pas voulut frustrer le « chef » dans ses nouveaux habits de pseudo-plaisantin.

Marc Micael

zemami1er@yahoo.fr

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