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25/10/2012

Quelque chose de bon peut-il venir de ce régime ?

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Ils se sont rencontrés. C’était lundi dernier, au palais présidentiel. Alassane Ouattara et certains Wê. Bien entendu, tous ne pouvaient pas être présents, car des milliers d’autres sont encore en exils, en prison, réfugiés, portés disparus, massacrés ou ont été tout simplement ignorés.

Les Wê de ce jour-là, ont parlé, parlé, souris, applaudis… Ouattara aussi a parlé. Puis, il a largué 200 000 millions de CFA sur ses hôtes, ces Wê. Fin de la rencontre.

Mais au fait, à quel objectif répondait une telle rencontre, notamment avec les Wê ? Répondre à cette question, revient naturellement à répondre à celle-ci : qu’est-ce que les Wê ont fait de plus répréhensible que les autres peuples de la Côte d’Ivoire  pour ainsi payer le plus lourd tribut de la profonde crise que traverse le pays? Pourquoi donc précisément, les Wê, au point qu’ils doivent rencontrer – à nouveau – monsieur Ouattara qui, pourtant réserva à leur région, sa première visite d’Etat ?


 

 

C’est donc avec un certain intérêt que nous avons suivi ce que l’on a appelé « La rencontre Ouattara et les Wê » au palais présidentiel d’Abidjan.

Ce n’est un secret pour personne, l’ouest de la Côte d’Ivoire a subi et continue de subir les pires affres de la grave crise socio-politique ivoirienne. Cette partie du territoire ivoirien, plus que toutes les autres, garde le souvenir d’une horreur sans fin, orchestrée depuis 2002 par les violeurs-rebelles de la mère-patrie.

Comme si ce sacrifice ne suffisait pas, les voilà – à nouveau – plongée  dans les plus horribles atrocités jamais commises sur le sol ivoirien, à la faveur de la crise-postélectorale au cours de laquelle des hordes de barbares venus du nord, se sont lancées à l’assaut des autres régions pour la conquête du pouvoir d’un homme : Alassane Ouattara.

C’est d’ailleurs peu de dire ainsi les choses, car ni même les mots écrits ou prononcés, ne suffisent à exprimer tout le drame, toute la douleur d’un peuple, visiblement victime de sa situation géographique, de ses immenses terres riches, de ses opinions, de ses convictions…

En effet, la guerre post-électorale de 2010, plus que celle de 2002 aura eu un impact des plus graves et des plus profonds. Si bien qu’une rencontre – à elle seule - ne saurait suffire à exorciser toutes les ignominies commises en cette région du pays.

Un observateur affirme à ce propos : « La crise postélectorale a gravement traumatisé les Ivoiriens qui n’avaient jamais vraiment connu la guerre. (…) Le traumatisme est sans doute aussi profond que celui provoqué par la conquête coloniale et il faudra des années pour le guérir ».

Malgré l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, les exactions de tous genres se perpétuent contre ce peuple de l’ouest. Exactions perpétrées notamment par des combattants de Ouattara et leurs supplétifs les dozos (chasseurs traditionnels venus du nord), avec la complicité des populations immigrées ou allochtones, qui leur sont favorables.

L’ouest, le grand ouest de la Côte d’Ivoire est donc ce qu’il convient d’appeler « la plaie » du régime d’Abidjan. Le drame l’ouest ou le génocide – c’est le mot qui convient – des Wê est donc ce qu’il y a de plus enlaidissant pour un régime qui veut – malgré tout - se donner une bonne figure et conserver – encore - un semblant de crédibilité aux yeux du monde entier. Monsieur Ouattara n’a donc d’autre choix que d’y faire face. D’où cette fameuse rencontre.

Or de deux choses l’une : Ouattara doit se résoudre à régler le problème des Wê « génocidés », réfugiés et expropriés. Auquel cas, la situation des Wê ne fera que s’empirer, au risque de voir disparaitre ce brave peuple ivoirien.

A moins qu’il n’ait choisit la voie du politicien véreux dont la devise est de « déplacer » les problèmes à défaut de les résoudre. Dans ce cas, la rencontre de ce lundi, ne s’inscrirait que le cadre d’une simple opération de charme médiatique, visant à tromper la vigilance des uns et des autres sur les vrais malheurs des Wê.

Voilà encore un autre sens d’une rencontre Ouattara-peuple Wê.

Un Ouattara qui à l’occasion tente aussi de se positionner désormais en « réconciliateur » au grand dam monsieur Konan Banny, patron de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) ivoirienne dont l’absence à cette cérémonie été des plus remarquée.

Mais là-bas, à Duékoué, Guitrozon, Petit carrefour…, ces enfants, ces femmes, ces hommes inconsolables, qui ont vu les leurs littéralement massacrés, toutes ces victimes, dans leur douleur indicible se posent encore la question : Pourquoi nous ? Qu’avons-nous donc fait ?

La réponse est toute simple ou peut y paraitre. Si l’on prend, un tant soit peu, la peine d’analyser la question sans passion et avec réalisme.

La voilà. C’est d’ailleurs et pourtant la seule qui qui résiste aux affabulations d’individus sans âme, achetés et mus par le gain sordide :

Deux hommes : Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara se sont disputés le fauteuil présidentiel. Une guerre a éclaté. Des puissances étrangères sont intervenues en faveur  de Ouattara. Gbagbo, quant à lui, a été capturé et emprisonné. L’armée qui lui est restée loyale a cessé les combats. Non satisfaits de s’être accaparé le pouvoir, Ouattara et ses hommes ont initié une ère d’épuration et de chasse à l’homme. Craignant – certainement – que leurs adversaires, les pro-Gbagbo, ne reviennent leur ravir ce fauteuil présidentiel pourtant cassé, donc dénué – en fin de compte – de toute légitimité.

C’est ainsi que les Wê, jugés proches de Laurent Gbagbo – les chiffres du dernier scrutin présidentiel l’attestent – se sont retrouvés dans le viseur du nouveau régime Ouattara. Les exécutants du plan « génocide Wê », en profiteront pour s’accaparer tous les biens de ce peuple en le massacrant comme s’ils marchaient sur un essaim de cafards.

Voilà donc monsieur Ouattara face à ses victimes, les Wê. Que peut-il bien se passer au sortir d’une telle rencontre, au de-là même des simples paroles ?

Une question reformulée, dans le documentaire italien « la France en noir », à travers le témoignage dramatique d’une femme Wê exprimant toute sa colère et son indignation : « ah si un président ou plutôt qui veut devenir président et croyez-moi, je n’avais rien contre Alassane et son désir de devenir président. Je m’en foutais simplement. Mais regardez ce qu’ils ont fait de mon village ! Dans quelles conditions ils ont détruit nos maisons. Nous sommes tous devenus des sans-abris ! Et ils ont massacré toutes nos familles, même la mienne. Ils sont tous morts, tous morts. Et maintenant ? Qui va nous dédommager de tout cela ? Cet Alassane, il sait ressusciter les morts ? Rendez-moi ma famille, ma famille ! ».

Un doute légitime pèse en effet sur l’issue de cette rencontre quand on sait que Monsieur Ouattara, après son accession au pouvoir en Côte d’ivoire, aura plus que déçu. Alors que les ivoiriens attendaient de lui – peut-être - mieux que son prédécesseur, que leur a-t-il - en revanche - servi ? Une justice des vainqueurs, un processus de « rattrapage » dans l’armée et l’administration en faveur des gens de son ethnie, des arrestations et la chasse tous azimuts aux pro-Gbagbo, des mandats d’arrêt internationaux, des enlèvements et des camps de torture, un dénie des libertés individuelles et collectives, le racket, l’insécurité, les ivoiriens dressés les uns contre les autres… Des fléaux qui sont loin d’avoir reculé d’un iota. Mieux, qui ne font que s’empirer d’avantage, depuis bientôt, 18 mois de règne « dramanien ».

Alors, l’on se demande bien. Après cette rencontre qui aura eu pour seule mérite de donner – entre autres – bonne conscience à un régime aux abois : quelque chose de bon peut-il venir d’un tel régime ?

Marc Micael

zemami1er@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

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