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28/03/2013

Que retiendra-t-on d’Alassane Ouattara ?

alassane_ouattara.jpgHormis le fait qu’il fut, un de ces jours et par un concours de circonstances franchement discutables, le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, que retiendra-t-on d’Alassane Ouattara ? Que retiendra-t-on de lui, du leader politique, au sens historique du terme ? Pouvons-nous garder de lui, l’image d’un leader qui, par ses actes forts et par son charisme naturel, aura réussi à marquer de façon durable les cœurs et les esprits, et qui reste incontestablement une référence et un modèle pour les jeunes générations ?

Encore quelques semaines pour que Ouattara soit à sa deuxième année d’exercice effectif du pouvoir. Deux ans peuvent paraitre – à première vue – insuffisants pour se prononcer. Mais,         cela ne saurait s’appliquer à un Alassane Ouattara qui, bien avant même d’être « propulsé » au pouvoir, nous a été – littéralement –  présenté, non seulement par ses partisans mais par les média commis à ses éloges, comme un véritable « messie » pour la Côte d’Ivoire. Une Côte d’Ivoire en pleine crise socio-politique (crise dont il n’était d’ailleurs pas totalement innocent).

Ses partisans ont clamé sous tous les toits, au sujet de leur mentor qu’il est : « Ado la solution», « Ouattara le démocrate policé », «Alassane Ouattara, l’homme à l’agenda fourni », « l’homme aux pluies de milliards», « le super-économiste », « le brave-tchè », etc. Tant et si bien que l’on a cru qu’il suffisait qu’il soit porté à la tête de ce pays, pour que tout marche comme sur des roulettes, pour que la Côte d’Ivoire devienne un merveilleux paradis où, plus aucun ivoirien ne souffrirait. Mais beaucoup d’entre nous, sauf – bien entendu - ceux qui sont encore en proie à ce « mythe» pernicieux, l’auront bien compris. Il ne suffit pas d’être affublé de tous les superlatifs possibles, pour être réellement ce que l’on pense ou dit de vous.

En Côte d’Ivoire, il aura fallut voir Alassane Ouattara « aux affaires » pour enfin savoir qui est celui dont les supporters - durant des années - ont abrutis certains, rien qu’en leur débitant les éloges de « ADO-la-solution ».

Effacer les traces de Gbagbo…

A peine eut-il foulé le seuil du palais présidentiel, que le premier « combat » d’Alassane Ouattara fut d’effacer les traces de son prédécesseur Laurent Gbagbo. L’opération de « nettoyage » ainsi lancée, ira de la chasse aux pro-Gbagbo dans l’armée et dans l’administration, jusqu’à la destruction sauvage de tous les monuments construits sous l’ère Gbagbo - et même avant - à travers tout Abidjan, la capitale économique. Résultat: des pillages et des expropriations en masse ; des chefs de familles jetés à la rue ; des milliers de morts, d’exilés et de prisonniers déportés dans le nord de la Côte d’Ivoire, tous victimes de leur appartenance supposée ou non au camp de Laurent Gbagbo. Avec Ouattara, nait une ère nouvelle: celle du « rattrapage » ethnique. Celle qui confère plus d’avantages et de privilèges aux cadres et ressortissants du nord, car comme Ouattara lui-même l’a affirmé, ces derniers auraient été lésés durant plusieurs années, en Côte d’Ivoire : «Il s’agit d’un simple rattrapage. Sous Laurent Gbagbo la communauté du Nord, soit 40% de la population, était exclue des postes de responsabilité ». Et vlan !

Suivre les traces d’Houphouët Boigny

Si Ouattara efface les traces de Laurent Gbagbo, il aimerait, par contre, suivre celles de (feu) Félix Houphouët Boigny – premier président ivoirien et bâtisseur de la Côte d’Ivoire post-coloniale. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Présent à toutes les cérémonies de pose de première pierre, y comprit celles dont il n’est pas le concepteur, le voilà flanqué d’un nouveau titre: « Ouattara le Bâtisseur ! ». Et ses flagorneurs d’exulter: « En 33 ans, Houphouët-Boigny a offert l’un des réseaux routiers les plus performants de l’Afrique de l’ouest, plusieurs ponts dont deux à Abidjan, ainsi que plusieurs autres infrastructures. En moins de deux ans de règne, Alassane Ouattara est bien sur les traces de celui dont il fût l’unique Premier ministre de 1990 à 1993. Comme un bon élève, le « fils » est en train de suivre les traces du « père ».

Le mythe ne s’arrête pas là. Ouattara serait aussi un combattant, d’après ses courtisans: « Comme Houphouët-Boigny dans son combat pour l’indépendance du pays, il (Alassane Ouattara, ndlr) se retrouve au centre d’une lutte pour l’introduire (la Côte d’Ivoire, ndlr) dans le cercle des pays émergents ».

On est tout de suite tenté de se demander contre quoi pourrait bien lutter Ouattara pour, comme ils le disent « introduire la Côte d’Ivoire dans le cercle des pays émergents » ? Lui, l’homme de la « communauté internationale », « l’ami » de toutes ces grandes institutions financières telles que le FMI ou la Banque Mondiale ? Pourrait-il subsister un quelconque obstacle à la réussite de cet homme annoncé comme « providentiel » pour la Côte d’Ivoire, de surcroit, « soutenu » et « reconnu » par la « communauté internationale » ? Normalement, pour un tel homme, c'est-à-dire Alassane Ouattara, faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020, ne devrait poser aucune difficulté.

En dépit de tout cela, après bientôt deux ans de règne, l’on continue d’assister au « one man show » de Ouattara, qui n’est en fait que du sur-place.

Alassane Ouattara n’est pas Houphouët Boigny

En effet, l’acharnement d’Alassane Ouattara à vouloir ressembler à Félix Houphouët Boigny se situe bien au-delà du simple désir de bâtir pour bâtir. Il aimerait bien occuper dans le cœur des ivoiriens, la place qu’occupât et qu’occupe encore celui que l’on a affectueusement appelé « Nanan Boigny ».

Malheureusement, Alassane Ouattara, n’est pas Houphouët Boigny. Le concepteur du « rattrapage ethnique » peut-il se targuer d’être un authentique « houphouétiste » ? En somme, entre Ouattara et Houphouët, le fossé reste béant, y comprit du point de vue de la capacité à rassembler, à fédérer toutes les forces vives autour de la mère patrie. Car comment comprendre que sous le règne du principal « guide » du « vivre ensemble », les ivoiriens soient aussi profondément divisés qu’ils ne l’aient jamais été auparavant ? En fait, Ouattara est-il vraiment le président de tous les ivoiriens ? Car sous nos yeux  médusés, les partisans de son clan jouissent de privilèges des plus ahurissants, même ceux allant jusqu’à l’impunité totale. Comment comprendre que des milliers d’ivoiriens soient expropriés de leurs biens, de leurs terres, par des aventuriers galvanisés par son accession au pouvoir sans que Ouattara n’ose lever le moindre petit doigt ? Quel est donc ce « vivre ensemble » si exclusif ?

Ce que les ivoiriens retiennent

En dépit de tous les stratagèmes déployés pour faire gober à l’opinion l’image d’un chef d’Etat au four et au moulin - voyages intempestifs, organisations de visites d’Etat, cérémonies d’inaugurations, participations à divers sommets, même celles où sa présence n’est pas nécessaire,… -  la mayonnaise n’a pas pris, tout comme a échoué le mythe du super-économiste de la croissance à deux chiffres. L’on s’est vite rendu compte que Ouattara aura plus marqué les esprits par sa propension à faire des promesses qu’à les tenir.

C’est donc aux turpitudes d’un homme rattrapé et submergé par les réalités du pouvoir qu’il nous est donné d’assister. Le chômage galopant, la pauvreté et la misère ambiantes, l’augmentation drastique des coûts du gaz, du carburant, de l’électricité, l’insécurité criarde et le désordre organisé au sein de la défense et de la sécurité nationale, l’opposition muselée, le fléau du « rattrapage » ethnique désormais institué en mode de « bonne gouvernance », renforcé par le phénomène du cumul des postes et des mandats des membres de son clan, sont autant de preuves qui démontrent le laxisme ou l’impuissance de monsieur Ouattara à rassurer les ivoiriens, à les réconcilier et à les conduire vers le progrès et le développement tant annoncés, sinon vers l’émergence à l’horizon 2020, qui sonne plus ici, comme un slogan de campagne de publicité mensongère qu’un projet viable. Voilà ce qui marque les esprits, voilà ce que retient l’ivoirien confronté aux dures réalités de son vécu, de son pays, au-delà de toute admiration béate ou de toute passion effrénée pour la simple personne d’Alassane Ouattara.

Le véritable leader n’est-il pas en fait, celui qui rassemble, sans aucune haine ni rancune et sans esprit de revanche ? N’est-ce pas aussi celui qui cherche, trouve au plus profond de lui-même, la force et les ressources nécessaires pour réconcilier et panser les cœurs meurtris ? N’est-ce pas celui qui lutte pour tous sans exception, pour l’intérêt supérieure de la nation et non pour celui de son seul clan…?

Cela, Alassane Ouattara ne semble guère s’en préoccuper. Pour lui, seule la relance économique pourra faire oublier aux ivoiriens leurs tragédies, et tour est joué ! Mais on ne dirige pas un pays avec les seuls talents d’économiste, comme le dit souvent son oncle maternel Abou Cissé.

En définitive, que saisir d’un Ouattara plus soucieux de redorer son image ou – aux dires de ses communicants - celle de la Côte d’Ivoire à l’extérieure, plutôt que de se pencher sur les véritables et profondes aspirations des ivoiriens ? Est-il si compliqué de retenir que le vrai leader n’est finalement pas celui qui demeure totalement déconnecté de son peuple, mais celui qui est en phase avec lui, prêt à tout pour défendre les intérêts de ce peuple?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

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