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30/03/2013

Note Salée N°03 – Notre ‘’Gnamien’’ qui est odieux…

Gnamien.jpgNotre ‘’Gnamien’’ qui est odieux. Que tes menaces retombent sur ta tête. Que tes injures te rattrapent. Que ton arrogance et ta suffisance précipitent ta chute. Toi qui « coupe » le pain quotidien des fonctionnaires et enseignants de Côte d’Ivoire. Nous ne nous soumettrons pas à tes élucubrations. Mais nous applaudirons ta chute fatale.

29/03/2013

Conflits à l’ouest - la fuite en avant du régime Ouattara

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« La réconciliation du pays passe par celle des habitants de Duékoué (ville située dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, et qui a enregistré le plus grand nombre de victimes, ndlr) », reconnait – pour une fois - France 24, une chaine de télévision française, à l’issue d’un reportage, en 2011, dans cette zone sinistrée de la Côte d’Ivoire, période post-électorale. Ce média a-t-il tort d’être aussi catégorique ?

En réalité, le constat de cette chaine de télé française sur les tueries de l’ouest et la conclusion qu’elle en tire, n’est ni plus, ni moins, ce que chacun de nous sait déjà. Et sur lesquelles, une fois de plus, certains ont préféré fermer les yeux – manifestement - par mauvaise foi. Le drame de l’ouest ivoirien, le voici, en quelques mots: habitations brûlées, détruites ; des centaines, voire des milliers de cadavres gisant dans des marres de sang, sauvagement massacrés ; des corps en putréfaction avancée, jetés dans des fosses communes ; des bras, des jambes, des têtes de personnes mutilées ; des villages entiers désertés, ou complètement rayés de la carte ; torrents de larmes ; silence de douleur ; fantômes errants, à la recherche de sépultures dignes… Nul doute, que ces tueries ont notamment eut lieu aux heures sombres qui ont marqué l’arrivée – au forceps – d’Alassane Ouattara au pouvoir, au cours de l’assaut sanguinaire des troupes rebelles venues du nord vers le sud. Ce que les communicants du régime ont, dans leurs illusions mesquines appelé « la chevauchée fantastique ».  

Ce tragique décor, aucune autre région de la Côte d’Ivoire, période crise post-électorale, mieux que la région ouest, ne pourra le revendiquer.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’ouest de la Côte d’Ivoire continue de sombrer : « Au moins trois attaques armées ont été enregistrées en 10 jours (dans le seul mois de mars 2013, ndlr) dans les villages de Zilébly, Tuobly et Petit-Guiglo dans les départements de Toulepleu et de Bloléquin, faisant au total une vingtaine de morts (…) », rapporte la presse ivoirienne dans son ensemble.

Alors que les inquiétudes se font sentir au sujet de ces nouvelles tueries à l’ouest, et que les yeux se tournent vers lui pour en savoir d’avantage et surtout sur le fond du problème et espérer le voir être réglé de façon efficace et durable, le régime en place, par la voix de son porte-parole, Koné Bruno, nous apprend, non sans désinvolture : « Les auteurs (des attaques, ndlr) peuvent être des bandits égarés ou d'anciens miliciens qui viennent se servir dans les villages" (…). Ces jeunes ne gagnent rien à s'en prendre aux populations et aux forces armées nationales ». En guise de conclusion, il indiquera qu’il y a lieu: « d'écarter le mobile politique ».

Cette posture adoptée par le régime Ouattara, alors que des vies humaines sont en jeu, et dès lors qu’il s’avère que le problème de l’ouest est plus profond qu’il ne le parait, n’est pas – à notre sens – pertinent. A la lumière de nombreux rapports d’enquêtes d’organismes internationaux, sur cette région du pays, ne serait-ce pas ses propres tares que le régime en place tente de  soustraire à l’opinion publique ?

La politique a exacerbé les clivages ethniques

La cohabitation n’étant pas toujours aisée, il est vrai que des conflits liés au foncier rural ont secoué cette zone de la Côte d’Ivoire, entre autochtones et allogènes, comme d’ailleurs dans bien d’autres régions. Un pays qui regorge de terres arables, objet d’attraction de plusieurs populations venues des pays voisins, ou de l’intérieur même de la Côte d’Ivoire.Il faut noter que la Côte d’Ivoire a cette particularité d’accueillir plus de 37% d’étrangers (chiffres officiels) sur son sol.

Pendant plusieurs années, des politiciens véreux ont surfé sur les vagues des clivages ethniques, tribales et régionales pour les besoins de la conquête du pouvoir politique. Mettant en conflit ivoiriens contre étrangers, puis ivoiriens contre ivoiriens. L’«ivoirité» promue par Henri Konan Bédié, a envenimé les relations entre nationaux et nouveaux migrants. Ensuite, en 2002, la tentative de coup d’Etat contre le régime de Laurent Gbagbo, transformée en rébellion. Cette rébellion qui estimait qu’une partie de la population ivoirienne, notamment celle du nord était exclue et l’objet de tracasseries en tout genre. La crise de 2002 a donné naissance à des groupes paramilitaires. Des mercenaires libériens, des miliciens ou encore groupes d’auto-défense, sévissant essentiellement dans la partie Ouest du pays, à la frontière avec le Libéria. A l’occasion de la crise post-électorale, la situation à l’ouest va s’aggraver d’avantage, en témoignent de nombreux rapports (Croix-Rouge, HCR, ONG de droits de l’Homme, etc.). Dans un article de terrain titré : «Un territoire hors de contrôle-Guerre pour le cacao dans l’ouest ivoirien», le périodique français ‘’Le Monde Diplomatique’’, dans son édition de septembre fait de graves révélations : « Quand la crise postélectorale opposant MM. Ouattara et Gbagbo se transforme en conflit armé, en mars 2011, Duékoué souffre comme jamais. Lors de la prise de la ville par l’armée créée par M. Ouattara, les forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci composées principalement des ex-Forces nouvelles), des centaines de personnes – la Croix rouge a compté 867 corps –, essentiellement de jeunes hommes, ont été assassinés. Selon une commission d’enquête internationale et des associations, ce sont des soldats des FRCI qui ont commis ces crimes, ainsi que des dozos, une confrérie de chasseurs traditionnels du nord du pays, et des partisans de M. Ouérémi ». Le périodique remarque aussi : « Les villages ont perdu tous leurs habitants autochtones » et ce pendant que FRCI, Dozos et ressortissants étrangers se sont arrogés les terres des autochtones en guise de butin de guerre.

Le périodique poursuit : « (…) l’immigration burkinabé d’une ampleur sans précédent. Huit cars transportant chacun environ 200 personnes arrivent désormais chaque semaine à Zagné, à 50 km au nord de Taï. Une partie de ces voyageurs s’entassent aussitôt dans des camions de chantiers qui prennent la direction du Sud Ouest. Leur installation se trouve facilitée par l’absence d’une grande partie de la population autochtone – au moins 70.000 personnes réfugiés au Liberia. Les treize villages implantés au sud de Taï ont ainsi perdu tous leurs habitants autochtones ». Et ne s’arrête pas là : « Après la mort des Casques bleus, plusieurs centaines d’éléments Frci ont été déployés autour de Taï pour une opération de ’sécurisation’’ dirigée par le commandant Losséni Fofana alias Loss. (…) les FRCI se sont arrogé le droit de percevoir les taxes qui devraient normalement revenir à l’Etat. Selon un rapport de l’Onu, elles prélèvent aussi ’de 4 à 60 dollars beaucoup plus’’, sur les déplacements de personnes et de véhicules (5). Et elles rackettent les paysans. (…) Ensuite viennent les dozos : arrivés dans la région pendant la crise, ils n’en sont jamais repartis. De plus en plus nombreux, ils circulent à moto, en habits traditionnels, agrippés à leurs fusils ‘’calibre 12’’. Beaucoup viennent du Burkina Faso et du Mali. Certains sont devenus agriculteurs ».

Comme on peut le constater, pour la plupart des conflits, le mobile politique est toujours présent en toile de fond, pour les besoins de la cause.

Impuissance et laxisme du régime Ouattara: des choix politiques incongrus

Aujourd’hui, il est question de savoir : Comment règle-t-on le problème des réfugiés ivoiriens au Libéria ? Pourquoi ne peuvent t-ils pas rentrer chez eux ? Que fait l’Etat ivoirien pour leur retour en Côte d’Ivoire, et comment pourront-ils récupérer leurs terres confisquées par les FRCI, les Dozos et les immigrés étrangers ? Comment ramener la paix dans cette zone et surtout comment réconcilier les populations en conflits ? C’est aux réponses à ces questions que nous nous attendions et non à la déclaration teintée de faux-fuyant de monsieur le porte-parole du gouvernement.

En fait, à l’ouest du pays, le régime Ouattara ne contrôle visiblement rien face à la mafia qui y est organisée. L’ultimatum d’évacuation des forêts, le désarmement annoncé, les promesses de poursuite judiciaire contre les responsables des tueries…, sont tous restés sans suite. Voilà le véritable fond du problème, voilà les raisons de la fuite en avant du régime Ouattara, son impuissance et son laxisme. N’est-ce pas là des choix politiques qu’il doit aussi reconnaitre et assumer ?

Finalement, retenons que les attaques de ces derniers jours, ne sont pas des faits isolés, comme tente de le faire croire le régime Ouattara. Le problème de l’ouest de la Côte d’Ivoire se situe bien au-delà de « bandits égarés (…) qui viennent se servir dans les villages ». Le mobile politique, ou tout simplement la politique, est bien présente, à l’origine des conflits. Le régime Ouattara a tort de négliger les signaux lancés ces derniers temps dans sa direction. Un principe élémentaire recommande de ne  négliger aucune piste, lorsque l’on veut se donner les chances de résoudre définitivement un problème. N’est-ce pas ce que nous enseignent les fins limiers, rompus à la résolution des situations les plus compliquées et dont doit aussi s’inspirer tout gouvernement sérieux ?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

Note Salée N°02: Far-west

Les pistoléros sévissent. C'est la pagaille dans le Far-west ivoirien. Plus de loi. Prêts à dégainer, les bandits font trembler le brave-tchè. Qui, retranché au sud, promet de les punir. On ne sait quand. En attendant, vive le Far-west !
Djèwily Amitoh

28/03/2013

Note salée N°01 – C’est le FPI !

C’est le FPI qui est responsable de tous les maux en Côte d’Ivoire. C’est le fait du FPI  si les prix augmentent, si le chômage fait des ravages, si la misère frappe les ivoiriens. C’est le FPI de Gbagbo, qui fait de Ouattara un incapable.

La Côte d’Ivoire, comme si de rien n’était ?

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Sous nos yeux, il s’est déroulé dans ce pays, la Côte d’Ivoire, une période d’horreur et d’inhumanité, pendant laquelle des dizaines de milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, ont brutalement croisé le chemin de la mort. Souvent dans des circonstances aussi atroces qu’indescriptibles.

Face à ce drame, nous avons failli. Tous, autant que nous sommes. Nous qui avons encore la chance d’être restés en vie après les tueries effroyables de la guerre post-électorale et même celles d’avant.

Nous avons failli, parce que nous nous taisons, comme se taisent les bourreaux de ces victimes et leurs commanditaires. Comme se sont tus les médias occidentaux sur la tragédie de ceux qui, supposés appartenir au « mauvais camp », celui de l’homme à abattre – Laurent Gbagbo –devraient être, systématiquement éliminés.

Mais pourquoi donc…? Pourquoi nous taisons-nous et restons-nous là, comme le font leurs impitoyables bourreaux aux cœurs de pierre ? Serions-nous soudainement frappés de troubles de mémoire au point de faire comme si de rien n’était ? Pensons-nous pouvoir ainsi sauver nos propres « âmes » en oubliant ou en ignorant tous ces êtres injustement massacrés parce qu’ils étaient simplement là au mauvais moment, au mauvais endroit, quelques fois et souvent même, prétendument du côté de celui qui n’était pas soutenu par « la communauté internationale » ?

Cette « communauté internationale », pilotée par la France, a ouvertement soutenu Alassane Ouattara au détriment de son adversaire Laurent Gbagbo. Cela est indéniable. Il convient toutefois de mentionner que ce soutien aveugle a été de tous ordres: financier, diplomatique, militaire mais aussi et surtout médiatique.

Le silence coupable des média occidentaux

Les média occidentaux, notamment français, appelés en renfort au chevet d’un Alassane Ouattara en difficulté, ont volontairement perdu la vue sur les crimes perpétrés en Côte d’Ivoire par les partisans de ce dernier. Mais, oh miracle ! Ils ont subitement recouvré la vue pour ceux – présumés - du camp de Laurent Gbagbo. N’est-ce pas là aussi, ce qui justifie sa présence - à lui seule - dans les geôles de la CPI ?

Avec acharnement, « la communauté internationale », à travers ses média, s’est investit dans la crise post-électorale ivoirienne. S’efforçant de présenter – à l’opinion nationale et internationale – Alassane Ouattara comme « le bon » et Laurent Gbagbo comme « l’affreux dictateur qui massacre son peuple ». Un acharnement tel qu’ils sont allés jusqu’à cautionner l’assaut sanguinaire rebelles d’Alassane Ouattara sur la partie sud du pays. Qualifiant même l’avancée de ce cortège sanglant, de « chevauchée fantastique des libérateurs ».

La vraie réalité cachée au reste du monde

Ces média et leurs barbouzes de journalistes étaient là, en Côte d’Ivoire, lors des crimes de masse commis au cours de la guerre post-électorale, par les rebelles de Ouattara. Ils savaient tout, ils voyaient tout. Mais ils n’ont pas tout dit, sauf pour les crimes – supposés - du camp Gbagbo. Délibérément. Parce que la France, les Etats-Unis et leurs alliés, mouillés jusqu’au cou par le sang des victimes de la barbarie pour que Ouattara soit au pouvoir, ont voulu que « leur réalité » soit ainsi présentée au reste du monde.

Et pourtant, il y a eu des dizaines de milliers de morts, résultat des crimes orchestrés par la horde de tueurs venus à la rescousse d’Alassane Ouattara, au-delà même des chiffres que l’on veut officiels.

Dans un article de presse, Wikileaks, une association spécialisée dans la publication de documents « sensibles », on peut lire les révélations d’un « observateur » sur place en Côte d’Ivoire, pendant que les armes crépitaient. Il décrit ce qui s’est déroulé dans la seule ville d’Abidjan : « Des bandes armées de criminels en maraude libérés des prisons pour rejoindre son armée (plus de 30000 au dernier compte) par les hommes de Ouattara tuent au hasard à travers tout Abidjan. Ils pillent, tuent, violent, pénètrent dans les habitations et prennent ce qu’ils veulent, volent des voitures et des 4×4. Les hommes de Ouattara vont de maison en maison en prenant les jeunes hommes de plus de 15 ans et en les tuant sur place ou les emmenant quelque part d’où ils ne sont jamais revus ».

Pour ce qui s’est passé autour de la résidence de Laurent Gbagbo, pendant l’occupation du périmètre par l’armée française, il affirme : « Les Français et l’ONU ont tué des milliers de jeunes qui ont offert leurs vies pour protéger leur président sans armes, quand ils ont encerclé sa résidence et le palais présidentiel ».

Ensuite, à propos d’Akouédo, la plus grande base militaire de Côte d’Ivoire, il rapporte : « (…) Saviez-vous que les Français et l’ONU ont tué beaucoup de civils à la base militaire d’Akouedo. Cette base était la résidence de centaines de familles de soldats. Plus de 2400 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie. Notre famille connaît des familles qui y ont été tuées ».

Durant l’embargo sur les médicaments, décrété par l’Union Européenne, il raconte : « Beaucoup de personnes sont en train de mourir parce qu’ils n’ont pas accès aux médicaments. Des enfants et des personnes âgées qui meurent du paludisme sans le remède simple ».

Enfin, il revient sur le drame des populations « génocidées » du grand ouest, en affirmant : « Au long de tout le conflit, Paris et Washington ont fermé les yeux sur des massacres de civils significatifs par les supporters de Ouattara – comprenant un de jusqu’à 1000 personnes dans un seul village (Duékoué, ndlr).

Ce n’est pas pour les ivoiriens eux-mêmes qu’il révèle tout ceci. Car tous, tous autant qu’ils sont, de quelque obédience politique qu’ils soient, ces ivoiriens savent pertinemment toutes ces choses. Parce que c’est leur propre histoire. Là n’est donc pas le problème. C’est plutôt leur passivité, leur propension à ignorer leur propre drame, en donnant ainsi une caution « légitime » à ceux qui sont venus mettre leur pays à feu et à sang, qui donne encore plus à la crise ivoirienne, son caractère tragique. Et c’est cela que nous mettons en cause ici.

Face à tant de désolation, tant de morts, devant tout ce bain de sang inutile, tous ces êtres humains sauvagement assassinés et plongés dans l’anonymat le plus cruel, le régime Ouattara, tout en niant sa part de responsabilité, a déjà prévu un cynique plan « d’urgence », pour une belle fuite en avant. Pour ce régime maculé de sang, « les enquêtes sont en cours » et bon débarras ! Certainement, elles le resteront encore longtemps, tant que l’on fermera les yeux sur cette sauvagerie bestiale de l’homme.

Ces morts volontairement ignorés

Ainsi va la Côte d’Ivoire. Où, les bourreaux sont tout autant responsables pour leurs crimes que leurs commanditaires damnés, où les parents de ces pauvres victimes, le sont autant pour leur mutisme, et nous autres, à cause de notre inaction. Tous, ensemble, nous le sommes, avec cette nette impression que nous avons à faire comme si de rien n’était, comme si tous ces morts n’étaient pas morts, comme s’ils n’avaient jamais – un jour - existé !

Pourquoi n’entend-t-on – toujours - parler que des morts d’un seul camp, celui d’Alassane Ouattara, des sept femmes d’Abobo, de ceux que Laurent Gbagbo aurait fait assassiner…? Auraient-ils plus de « valeur » que les morts de Duékoué, de Yopougon, de Nahibly…, supposés proches de Laurent Gbagbo?

Ces hommes, ces enfants, tués, ces femmes violées puis assassinés, qui sont-ils ? Qui étaient-ils ? Tous ces jeunes abattus autour de la résidence du président Laurent Gbagbo à Cocody par l’armée française, toutes ces familles massacrées à Akouédo, tous ces jeunes égorgés à Yopougon Gesco, toutes ces gens  tués à Duékoué, à Nahibly, dans un camp de déplacés, par les « seigneurs de guerre » de Ouattara, ces personnes dont les corps ont été ensevelis précipitamment dans le plus grand secret, sinon brulées ou jetées dans des fosses communes sans que leurs familles ni personne ne le sache ? Pourquoi leurs bourreaux ne sont-ils pas inquiétés? Savons-nous seulement qui ils étaient ? Pouvons-nous faire comme si de rien n’était ? Pourquoi ne leur rendons-nous pas leur dignité? Voulons-nous faire passer leur tragédie par pertes et profits…?

Un devoir de mémoire

Non, nous n’avons pas ce droit. Nous ne le devons-pas, au risque d’être confronté à leur colère, « la colère des morts ». Une colère dont parle l’écrivaine ivoirienne Véronique dans son œuvre intitulée « L’ombre d’Imana » et qui revient – un tant soi peu – sur les traces du génocide rwandais. Cet épisode du livre, raconte comment ceux qui sont décédés de façon violente, viennent crier, dans leur errance, aux oreilles des vivants leur solitude. Puissions-nous méditer sur ces quelques lignes de la tragédie au Rwanda :

« (…) Véronique Tadjo (…) ne se contente pas de réhabiliter la tradition africaine qui croit à la survie de l'âme des morts : elle demande aux morts de pardonner aux vivants leur inhumanité. "Nous supplions les morts de ne pas accroître la misère dans laquelle le pays se morfond, de ne pas venir tourmenter les vivants même s'ils ne méritent pas leur pardon. Nous leur demandons de reconnaître notre humanité même si nous sommes faibles et cruels. Nous avons sali la terre, saccagé le soleil. Nous avons piétiné l'espoir. Néanmoins, nous demandons aux morts de ne point se venger. De ne point nous maltraiter en envoyant un essaim de démons sur nos têtes." Profondément humain et poignant, à la fois incisif et pudique, son texte tente de porter un regard humain sur une des pires inhumanités de l’Histoire. C’est en écrivain, et non en historienne ou en journaliste, qu’elle réagit à ce drame qui la touche dans son identité d’africaine et d’ivoirienne. Tout en soulignant la dimension collective des responsabilités dans le déclenchement de l’horreur, elle ne porte nul jugement : sa seule revendication est celle d’un devoir de mémoire. Osant briser le silence pour perpétuer le souvenir du génocide, son texte est un acte de foi dans la capacité de la littérature à guérir les gens et à réconcilier les peuples. Pour terminer, l’auteur du résumé de l’œuvre  souligne: « Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le cœur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l'obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur ».

En Côte d’Ivoire, la lueur d’espoir suscitée par la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) n’a pas fait long feu dans le cœur des ivoiriens. C’est donc avec résignation qu’ils regardent désormais cette institution patauger dans la boue déversée sur son chemin par Ouattara et ses lieutenants. Car eux préfèrent, de toute évidence, perpétuer l’impunité, la justice des vainqueurs, la terreur et le gangstérisme d’Etat, pour continuer, non pas à gouverner, mais à régner sans vergogne sur le peuple ivoirien.

En définitive, retenons que notre futur, le futur de la Côte d’Ivoire, dépendra des actes que nous aurons posés d’aujourd’hui. Le devoir de mémoire pour la dignité de tous ces morts, la reconnaissance de la cruauté perpétrée contre eux et leurs familles endeuillées, la reconnaissance de la nation ivoirienne toute entière, à l’égard de leur tragédie, notre tragédie commune, est un passage obligé. Nous devons – absolument – le traverser, transcender toutes nos peurs et toutes nos angoisses, face à la dictature, si féroce soit-elle, de Ouattara.

Sinon, comment pourrions-nous, avec toutes ces douleurs, toutes ces rancœurs, toutes ces haines, toutes ces rages et colères, étouffées, dissimulées et contenues - par ceux qui sont morts, comme par nous qui sommes encore vivants - augurer de lendemains radieux pour notre pays, la Côte d’Ivoire ? Alassane Ouattara et sa « communauté internationale » - pour leur part – gagneraient aussi à y réfléchir sérieusement, avant que le spectre du génocide rwandais ne dépose ses bagages dans notre si cher pays, la Côte d’Ivoire.

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

Que retiendra-t-on d’Alassane Ouattara ?

alassane_ouattara.jpgHormis le fait qu’il fut, un de ces jours et par un concours de circonstances franchement discutables, le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, que retiendra-t-on d’Alassane Ouattara ? Que retiendra-t-on de lui, du leader politique, au sens historique du terme ? Pouvons-nous garder de lui, l’image d’un leader qui, par ses actes forts et par son charisme naturel, aura réussi à marquer de façon durable les cœurs et les esprits, et qui reste incontestablement une référence et un modèle pour les jeunes générations ?

Encore quelques semaines pour que Ouattara soit à sa deuxième année d’exercice effectif du pouvoir. Deux ans peuvent paraitre – à première vue – insuffisants pour se prononcer. Mais,         cela ne saurait s’appliquer à un Alassane Ouattara qui, bien avant même d’être « propulsé » au pouvoir, nous a été – littéralement –  présenté, non seulement par ses partisans mais par les média commis à ses éloges, comme un véritable « messie » pour la Côte d’Ivoire. Une Côte d’Ivoire en pleine crise socio-politique (crise dont il n’était d’ailleurs pas totalement innocent).

Ses partisans ont clamé sous tous les toits, au sujet de leur mentor qu’il est : « Ado la solution», « Ouattara le démocrate policé », «Alassane Ouattara, l’homme à l’agenda fourni », « l’homme aux pluies de milliards», « le super-économiste », « le brave-tchè », etc. Tant et si bien que l’on a cru qu’il suffisait qu’il soit porté à la tête de ce pays, pour que tout marche comme sur des roulettes, pour que la Côte d’Ivoire devienne un merveilleux paradis où, plus aucun ivoirien ne souffrirait. Mais beaucoup d’entre nous, sauf – bien entendu - ceux qui sont encore en proie à ce « mythe» pernicieux, l’auront bien compris. Il ne suffit pas d’être affublé de tous les superlatifs possibles, pour être réellement ce que l’on pense ou dit de vous.

En Côte d’Ivoire, il aura fallut voir Alassane Ouattara « aux affaires » pour enfin savoir qui est celui dont les supporters - durant des années - ont abrutis certains, rien qu’en leur débitant les éloges de « ADO-la-solution ».

Effacer les traces de Gbagbo…

A peine eut-il foulé le seuil du palais présidentiel, que le premier « combat » d’Alassane Ouattara fut d’effacer les traces de son prédécesseur Laurent Gbagbo. L’opération de « nettoyage » ainsi lancée, ira de la chasse aux pro-Gbagbo dans l’armée et dans l’administration, jusqu’à la destruction sauvage de tous les monuments construits sous l’ère Gbagbo - et même avant - à travers tout Abidjan, la capitale économique. Résultat: des pillages et des expropriations en masse ; des chefs de familles jetés à la rue ; des milliers de morts, d’exilés et de prisonniers déportés dans le nord de la Côte d’Ivoire, tous victimes de leur appartenance supposée ou non au camp de Laurent Gbagbo. Avec Ouattara, nait une ère nouvelle: celle du « rattrapage » ethnique. Celle qui confère plus d’avantages et de privilèges aux cadres et ressortissants du nord, car comme Ouattara lui-même l’a affirmé, ces derniers auraient été lésés durant plusieurs années, en Côte d’Ivoire : «Il s’agit d’un simple rattrapage. Sous Laurent Gbagbo la communauté du Nord, soit 40% de la population, était exclue des postes de responsabilité ». Et vlan !

Suivre les traces d’Houphouët Boigny

Si Ouattara efface les traces de Laurent Gbagbo, il aimerait, par contre, suivre celles de (feu) Félix Houphouët Boigny – premier président ivoirien et bâtisseur de la Côte d’Ivoire post-coloniale. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Présent à toutes les cérémonies de pose de première pierre, y comprit celles dont il n’est pas le concepteur, le voilà flanqué d’un nouveau titre: « Ouattara le Bâtisseur ! ». Et ses flagorneurs d’exulter: « En 33 ans, Houphouët-Boigny a offert l’un des réseaux routiers les plus performants de l’Afrique de l’ouest, plusieurs ponts dont deux à Abidjan, ainsi que plusieurs autres infrastructures. En moins de deux ans de règne, Alassane Ouattara est bien sur les traces de celui dont il fût l’unique Premier ministre de 1990 à 1993. Comme un bon élève, le « fils » est en train de suivre les traces du « père ».

Le mythe ne s’arrête pas là. Ouattara serait aussi un combattant, d’après ses courtisans: « Comme Houphouët-Boigny dans son combat pour l’indépendance du pays, il (Alassane Ouattara, ndlr) se retrouve au centre d’une lutte pour l’introduire (la Côte d’Ivoire, ndlr) dans le cercle des pays émergents ».

On est tout de suite tenté de se demander contre quoi pourrait bien lutter Ouattara pour, comme ils le disent « introduire la Côte d’Ivoire dans le cercle des pays émergents » ? Lui, l’homme de la « communauté internationale », « l’ami » de toutes ces grandes institutions financières telles que le FMI ou la Banque Mondiale ? Pourrait-il subsister un quelconque obstacle à la réussite de cet homme annoncé comme « providentiel » pour la Côte d’Ivoire, de surcroit, « soutenu » et « reconnu » par la « communauté internationale » ? Normalement, pour un tel homme, c'est-à-dire Alassane Ouattara, faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020, ne devrait poser aucune difficulté.

En dépit de tout cela, après bientôt deux ans de règne, l’on continue d’assister au « one man show » de Ouattara, qui n’est en fait que du sur-place.

Alassane Ouattara n’est pas Houphouët Boigny

En effet, l’acharnement d’Alassane Ouattara à vouloir ressembler à Félix Houphouët Boigny se situe bien au-delà du simple désir de bâtir pour bâtir. Il aimerait bien occuper dans le cœur des ivoiriens, la place qu’occupât et qu’occupe encore celui que l’on a affectueusement appelé « Nanan Boigny ».

Malheureusement, Alassane Ouattara, n’est pas Houphouët Boigny. Le concepteur du « rattrapage ethnique » peut-il se targuer d’être un authentique « houphouétiste » ? En somme, entre Ouattara et Houphouët, le fossé reste béant, y comprit du point de vue de la capacité à rassembler, à fédérer toutes les forces vives autour de la mère patrie. Car comment comprendre que sous le règne du principal « guide » du « vivre ensemble », les ivoiriens soient aussi profondément divisés qu’ils ne l’aient jamais été auparavant ? En fait, Ouattara est-il vraiment le président de tous les ivoiriens ? Car sous nos yeux  médusés, les partisans de son clan jouissent de privilèges des plus ahurissants, même ceux allant jusqu’à l’impunité totale. Comment comprendre que des milliers d’ivoiriens soient expropriés de leurs biens, de leurs terres, par des aventuriers galvanisés par son accession au pouvoir sans que Ouattara n’ose lever le moindre petit doigt ? Quel est donc ce « vivre ensemble » si exclusif ?

Ce que les ivoiriens retiennent

En dépit de tous les stratagèmes déployés pour faire gober à l’opinion l’image d’un chef d’Etat au four et au moulin - voyages intempestifs, organisations de visites d’Etat, cérémonies d’inaugurations, participations à divers sommets, même celles où sa présence n’est pas nécessaire,… -  la mayonnaise n’a pas pris, tout comme a échoué le mythe du super-économiste de la croissance à deux chiffres. L’on s’est vite rendu compte que Ouattara aura plus marqué les esprits par sa propension à faire des promesses qu’à les tenir.

C’est donc aux turpitudes d’un homme rattrapé et submergé par les réalités du pouvoir qu’il nous est donné d’assister. Le chômage galopant, la pauvreté et la misère ambiantes, l’augmentation drastique des coûts du gaz, du carburant, de l’électricité, l’insécurité criarde et le désordre organisé au sein de la défense et de la sécurité nationale, l’opposition muselée, le fléau du « rattrapage » ethnique désormais institué en mode de « bonne gouvernance », renforcé par le phénomène du cumul des postes et des mandats des membres de son clan, sont autant de preuves qui démontrent le laxisme ou l’impuissance de monsieur Ouattara à rassurer les ivoiriens, à les réconcilier et à les conduire vers le progrès et le développement tant annoncés, sinon vers l’émergence à l’horizon 2020, qui sonne plus ici, comme un slogan de campagne de publicité mensongère qu’un projet viable. Voilà ce qui marque les esprits, voilà ce que retient l’ivoirien confronté aux dures réalités de son vécu, de son pays, au-delà de toute admiration béate ou de toute passion effrénée pour la simple personne d’Alassane Ouattara.

Le véritable leader n’est-il pas en fait, celui qui rassemble, sans aucune haine ni rancune et sans esprit de revanche ? N’est-ce pas aussi celui qui cherche, trouve au plus profond de lui-même, la force et les ressources nécessaires pour réconcilier et panser les cœurs meurtris ? N’est-ce pas celui qui lutte pour tous sans exception, pour l’intérêt supérieure de la nation et non pour celui de son seul clan…?

Cela, Alassane Ouattara ne semble guère s’en préoccuper. Pour lui, seule la relance économique pourra faire oublier aux ivoiriens leurs tragédies, et tour est joué ! Mais on ne dirige pas un pays avec les seuls talents d’économiste, comme le dit souvent son oncle maternel Abou Cissé.

En définitive, que saisir d’un Ouattara plus soucieux de redorer son image ou – aux dires de ses communicants - celle de la Côte d’Ivoire à l’extérieure, plutôt que de se pencher sur les véritables et profondes aspirations des ivoiriens ? Est-il si compliqué de retenir que le vrai leader n’est finalement pas celui qui demeure totalement déconnecté de son peuple, mais celui qui est en phase avec lui, prêt à tout pour défendre les intérêts de ce peuple?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

09/03/2013

Côte d'Ivoire, silence ça gouverne !

alassane_ouattara.jpgDe tout temps, les hommes se sont battus pour le pouvoir, pour avoir le pouvoir, l’exercer, le conserver...

Quelqu’un disait : « On se bat pour avoir le pouvoir ou pour le conserver parce que c’est lui qui donne la richesse à son détenteur et, par ricochet, à tous ceux qui lui sont proches(…) ». Il n’a pas totalement tort.

En Côte d’Ivoire, depuis la mort du premier président Félix Houphouët Boigny, s’est ouverte, ce que l’on a convenu d’appeler « la guerre de succession » ou « la guerre des héritiers ». Ce qui n’était – en fait - rien d’autre qu’une « guerre » ouverte pour la conquête du pouvoir politique.

Cette « guerre » pour le pouvoir a – bien évidemment - lieu entre « frères » ivoiriens. Mais il ne faut pas aussi occulter l’éternelle question de l’immixtion directe ou indirecte, secrète ou non - des « forces prédatrices extérieures », qui pour des raisons évidentes « d’intérêts », manœuvrent pour avoir une certaine emprise sur le détenteur de ce pouvoir.

Du coup d’Etat contre Henri Konan Bédié en 1999, perpétré par la junte militaire avec à sa tête (feu) Robert Guei, en passant par celui manqué en 2002 contre Laurent Gbagbo, et aujourd’hui, la guerre née de la crise post-électorale, notons que tous ces évènements qui ont plongé la Côte d’Ivoire dans des jours sombres, n’ont que pour seul enjeu la prise du pouvoir ou le pouvoir, tout simplement.

Parmi tous ceux qui ont inlassablement aspiré à prendre ce pouvoir, Alassane Ouattara figure en bonne place. Ce dernier n’a d’ailleurs jamais caché son ambition de s’asseoir – un de ces jours - dans le fauteuil présidentiel, symbole du détenteur du pouvoir politique.

Aujourd’hui, ses partisans et lui peuvent s’écrier « ouf, ça y est, nous y sommes ! ». Mais, tels que sont inséparables le bouc et son odeur pestilentielle, ainsi demeurent les circonstances douteuses et l’intervention militaire franco-onusienne qui entourent l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara.  

Un pouvoir ainsi « acquis » par Ouattara, ne peut que susciter des contestations légitimes mais latentes - eu égard la psychose entretenues par ses hommes en armes - de ses adversaires politiques et aussi des ivoiriens. Cette particularité qui caractérise son pouvoir, renvoi forcément à l’image d’un homme assis sur un volcan qui menace à tout moment d’entrer en éruption.

 L’impérieuse nécessité de respecter les règles

« On se bat pour avoir le pouvoir », mais la bataille pour le pouvoir doit absolument respecter certaines règles.

En Côte d’Ivoire, le système politique adopté est bien la démocrate. Mais la démocratie définit des balises qui permettent une conquête « civilisée » du pouvoir. Elle offre la libre compétition et un cadre « sain » à l’alternance politique et pose des balises contre les options brutales et sauvages de (re)conquête du pouvoir. La démocratie s’apparente donc avant tout à un jeu avec des règles clairement définies auxquelles les acteurs conviennent à l’avance de se soumettre. C’est un jeu avec des règles à observer, sinon on tombe dans l’anarchie totale. Le respect des règles, l’honnêteté politique, voilà quelques qualités que doit posséder tout compétiteur politique. Car il en va de la vie des personnes et de l’avenir du pays qu’il aspire à gouverner.

En 2010, en Côte d’Ivoire, du déroulement du scrutin présidentiel, jusqu’à la proclamation « solitaire » des « résultats » par monsieur Youssouf Bakayoko à l’Hôtel du Golf, les règles ont-elles été respectées ?

Grosso modo, nous répondrons que la règle du plus fort s’est imposée. Et le plus fort ici, n’est nul autre que la France et son armée. Gregory Protche, journaliste et auteur engagé – illustre bien cet état de fait lorsqu’il titre ainsi  sa dernière œuvre sur la crise post-électorale ivoirienne: « On a gagné les élections, mais on a perdu la guerre ».

La question du vainqueur des élections de 2010 reste certes la pomme de discorde entre pro-Ouattara et pro-Gbagbo et plus généralement entre ivoiriens. Mais le fait est là, Ouattara est actuellement au pouvoir et l’exerce.

Aujourd’hui, d’autres questions s’imposent plutôt à nous. Y a-t-il des éléments qui démontrent que les règles de (re)conquête du pouvoir sont favorisées ? N’y a-t-il pas une volonté – pour le régime en place - de le conserver par tous les moyens en instaurant un cadre malsain, et en ne favorisant guère le libre déroulement du processus de (re)conquête du pouvoir ?

Que nous disent les faits ?

Dès sa prise de pouvoir, Alassane Ouattara fait emprisonner une multitude de cadres de l’opposition, notamment du FPI ; sous la menace des ses forces rebelles et sanguinaires, et de peur d’être emprisonnés comme plusieurs autres, des milliers d’ivoiriens, pour leur affinités supposées ou non avec Laurent Gbagbo, sont contraints à l’exil.

Des élections législatives se sont tenues – volontairement - sans l’opposition. Le même schéma est en train de se dessiner pour les régionales et les municipales ; toutes les velléités de manifestation de l’opposition sont réprimées, parfois dans le sang. Les arrestations des opposants et partisans de Laurent Gbagbo continuent. Pour ceux qui sont déjà en prison, le régime d’Abidjan clame haut et fort qu’ils ne sont pas des prisonniers politiques. Démontrant ainsi sa volonté de les maintenir pour de bon dans ses geôles infectes. Des citoyens continuent d’être torturés du fait de leur appartenance politique ou ethnique. La population est terrorisée par la soldatesque de Ouattara dont l’impunité est encouragée, voire récompensée. Un dialogue direct opposition-gouvernement est certes engagé. Mais l’on s’est bien vite rendu compte qu’il ne s’agissait en fait que d’un écran de fumée.

Comme on peut le constater, Alassane Ouattara gouverne la Côte d’Ivoire, depuis bientôt deux ans, sans véritable opposition. Sinon une opposition contre laquelle il manœuvre pour la maintenir en l’état, c'est-à-dire une opposition qui ne se contente que de déclarations, sans plus.

Alassane Ouattara gouverne, il ne faut pas le contrarier. « Nous sommes dans une période très sensible », « nous sommes en période de réconciliation », clame ses partisans. Les ivoiriens n’ont qu’à subir sa gouvernance, malheur à celui qui osera le contrarier, « la loi des vainqueurs » est en vigueur. Silence, Ouattara gouverne !

Cependant Ouattara sait très bien qu’il lui faut donner des gages – ne serait-ce que faire semblant - de démocratie, à l’opinion internationale, notamment à ses soutiens étrangers, pour pouvoir gouverner tranquillement.

En effet, cette attitude devra tous nous interpeller et nous pousser à nous interroger : Ouattara a-t-il réellement les mains libres pour gouverner ce pays?

Lisons plutôt entre ces lignes du compte rendu d’un journaliste ivoirien suite à la visite de la Conseillère Afrique du Président français François Hollande : « Mme Hélène Legal qui séjourne en terre ivoirienne a jugé utile de discuter avec le Fpi afin de se faire une opinion de la réalité qui prévaut en Côte d’Ivoire. (…) selon une source diplomatique, elle serait venue en Côte d’Ivoire dans le cadre du dialogue direct qui reprend cet-après-midi entre le Fpi et le gouvernement. La même source indique qu’elle serait porteur d’un message du président français pour rapprocher les positions des deux camps ».

Arrivée de la Conseillère Afrique de la France en Côte d’Ivoire, reprise immédiate du dialogue direct opposition-gouvernement. Qui tire véritablement les ficelles du « gouvernail » ivoirien ?

Marc Micael

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