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12/04/2013

Côte d’Ivoire - Réconciliation forcée

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Les partisans de la coalition autoproclamée « houphouétistes », seraient-ils revenus de leurs illusions, après s’être rendu compte qu’il ne suffisait pas de s’accaparer du pouvoir pour que, comme par enchantement, la Côte d’Ivoire devienne un havre de paix ? L’exercice du pouvoir a ses réalités. En Côte d’Ivoire, il s’agit entre autres de l’épineuse question de la réconciliation.

Certes, la réconciliation ne se décrète pas. Sinon, il aurait suffit  à monsieur Ouattara de prendre un décret à cet effet. Et les ivoiriens auraient fini – à ce jour - de se réconcilier. Evitant par la même occasion, à monsieur Charles Konan Banny, président de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), de se mettre à genou devant la nation – dans une mise en scène grotesque - et, d’avoir à justifier le budget à lui alloué, en courant de ville en ville, organiser d’improductives cérémonies de libations.

Le régime – abusivement - « houphouétiste » d’Abidjan, fait – quand même - bien de reconnaitre par la voix de monsieur Duncan, que la réconciliation «(…) n’est pas une option, mais bien une obligation de bon sens ». Mais ce la ne saurait suffire. Il faut aller au-delà des déclarations et des promesses. Il faut que les ivoiriens se réconcilient effectivement et cela, au plus vite, s’ils veulent éviter à leur pays de sombrer dans un chaos aux conséquences irréparables. Car, comme l’ont reconnu certains observateurs, « La Côte d’Ivoire est en effet loin d’être apaisée » et, « Les plaies de la crise post-électorale sont toujours saillantes ».

 

Dans le contexte socio-politique actuel, même si tous s’accordent à dire que la réconciliation est un passage certes obligé, doit-on, ou peut-on pour autant forcer la main au destin? Ne serait-il pas plus sage de se demander comment réconcilier les ivoiriens ? Surtout, y parvenir, sans avoir renoncé à la mise en œuvre d’une pratique visant à « neutraliser » Laurent Gbagbo, et ne pas réaliser qu’en fin de compte, c’est faire aussi un grand tort que l’on fait à ses partisans, donc à des ivoiriens ?

Alassane Ouattara gagnerait à se saisir de la question. D’abord, parce qu’il a appelé à la guerre. Son niveau de responsabilité morale est alors plus grand. Ensuite, parce qu’il est chef de la coalition politique au pouvoir. Un pouvoir qui œuvre d’arrache pied pour « effacer les traces » de Laurent Gbagbo.

Or, apparemment, monsieur Ouattara rechigne à saisir la portée d’une telle question. Il apparaît dès lors que la réconciliation telle que voulue, ne peut qu’être une tentative de passage en force. Pour cause…

 

A près la bataille, l’écriture de l’histoire doit-elle appartenir aux vainqueurs ?

 

« Après la bataille, l’écriture de l’histoire appartient aux vainqueurs », a-t-on l’habitude d’entendre très souvent.

 

En Côte d’Ivoire, si la question de savoir qui a gagné l’élection présidentielle de 2010, déchaîne tant de passions et  divise encore profondément les ivoiriens, c’est qu’il y a bien au-delà de cette polémique, toute une séries d’évènements qui entrent en ligne de compte. Ce sont différents évènements de la crise sur lesquelles ils n’arrivent pas à s’entendre. Qu’est ce qui s’est réellement passé avant, durant et après cette crise électorale ? Comment cela s’est-il passé ?

 

Arriver à comprendre ce qui a conduit à l’imbroglio électoral en Côte d’Ivoire, ne revient-il pas nécessairement à dire qui a gagné les élections ?

 

Si les ivoiriens – sans passions aucune - parviennent à trouver les vraies réponses à ces questions, pour en dégager les conclusions qui s’imposent, alors ils auront – pratiquement - réussi à trouver le chemin salvateur de la réconciliation.

Mais si une certaine classe politique ivoirienne continue de vendre à l’opinion une version préfabriquée de la crise post-électorale, les ivoiriens n’en seront que toujours et plus divisés. Surtout quand il s’avère que cette version est dictée par la « grande prescriptrice » occidentale et imposée comme la « version officielle » de l’histoire.

C’est pourquoi, l’histoire de la crise post-électorale, ne doit pas s’écrire par ceux que l’on dit « vainqueurs ». Encore moins par ceux que l’on appelle les « vaincus ».  L’histoire de la Côte d’Ivoire, doit s’écrire par les ivoiriens, tout simplement. Ils doivent l’écrire sans rien éluder.

Par exemple, l’embargo sur les médicaments et la fermeture des banques, passés sous silence. Quelles en ont été les conséquences ? Combien de précieuses vies humaines ces mesures iniques ont-elles occasionné ? Comment justifier l’utilisation des armes, avec l’implication d’une armée occidentale, de surcroit ex-puissance colonisatrice, dans un conflit électoral…?

Ainsi donc, affirmer dans le cas de la Côte d’Ivoire, qu’« Après la bataille, l’écriture de l’histoire appartient aux vainqueurs », relève tout simplement de l’obscurantisme. Mais encore, d’un malveillant désir de voir la Côte plonger pour de bon dans la division. Pourtant…

Les « vainqueurs » écrivent l’histoire en Côte d’Ivoire

Faut-il encore le rappeler ? Alassane Ouattara, soutenu par la ce que l’on a appelé la communauté internationale, a appelé de tous ses vœux, la guerre en Côte d’Ivoire.

Après le décompte macabre faisant état de plusieurs milliers de morts, il lui fallu se soulager la conscience. Un bouc émissaire fut trouvé: Laurent Gbagbo. Un récit préfabriqué de toutes pièces pour donner vie au scénario: « Laurent Gbagbo est un mauvais perdant ; Il s’est accroché au pouvoir après avoir perdu les élections ; C’est un affreux dictateur qui massacre son peuple ». Et l’histoire est écrite. Il ne restait plus qu’à la faire gober à l’opinion publique. Les médias occidentaux s’en sont donné à cœur joie.

De cette « thèse » découle la chasse aux sorcières perpétrée contre les partisans de Laurent Gbagbo. Emboitant le pas aux « vainqueurs », la justice internationale se rendit coupable d’impartialité. Si bien qu’elle sera épinglée par Human Rights Watch, une ONG des Droits de l’Homme. Sans détour, Human Rights Watch déclare : « La Cour pénale internationale (CPI) a "légitimé" la mise en place d'une justice partiale contre l'ex-président Laurent Gbagbo et ses proches en Côte d'Ivoire ».

Aujourd’hui, les partisans de Laurent Gbagbo et toutes les personnes supposées comme tel, sont « sommés » d’aller à la réconciliation. Au quel cas, ils s’exposent à la vindicte populaire, présentés comme étant opposés à la réconciliation nationale.

La réconciliation s’impose à tous, certes. Mais a-t-on le choix d’y aller sans se faire passer pour des automates programmables ? Sans se laisser manipuler comme des marionnettes ? Sans être contraints à s’inscrire dans une logique selon laquelle : de jour, l’on doit se conformer au dictat de la réconciliation, et de nuit subir la justice « des vainqueurs » ; être victime de violations des droits de l’homme ; d’emprisonnements abusifs ; de répressions brutales et sauvages…? Est-ce là, la réconciliation qu’il nous faut ?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

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