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15/05/2013

Quelque chose se manigance au RDR

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Le Rassemblement Des Républicains (RDR) – parti dont Alassane Ouattara demeure encore le président – se serait-il finalement laissé obnubiler par « les délices » du pouvoir, à tel point qu’il semble n’avoir d’autre objectif que de confisquer ce pouvoir, fut-ce contre vents et marées ?

Une ambition affichée

A peine parvenu au pouvoir, le RDR n’a-t-il pas caché – à la face de l’opinion publique - son avidité frénétique pour le pouvoir. A savoir se mettre dans la posture de celui qui entend – par-dessus tout - briguer un second mandat en 2015.

Le 24 novembre 2012 à Bouaké, à l'occasion de la rentrée politique du RDR, Amadou Soumahoro, l’impétueux secrétaire général par intérim de ce parti, fut le premier à annoncer les couleurs : « Je peux vous le dire, Alassane Ouattara va faire ses 10 ans. Peut être qu’on va mettre un an dessus (…) ». Le concerné, Alassane Ouattara – en personne - dans une interview accordée au magazine J.A (Jeune Afrique) ne dit pas non plus le contraire: « Oui, vraisemblablement, je serai amené à solliciter un deuxième mandat ». Comme on peut le constater, le signal lancé par le RDR en direction de ses éventuels adversaires est, on ne peut plus clair. Il tient en quelques mots: « j’y suis, j’y reste ».

Ce n’est pas tant l’ambition manifeste du RDR, quant à briguer un second mandat qui fâche, mais plutôt le timing et les moyens pernicieux dont il pourrait se servir pour parvenir à ses fins.

Ainsi, la gloutonnerie aidant, ce parti ne se contente pas que de lancer des signaux. Il fait aussi sien le dicton selon lequel « qui veut aller loin, ménage sa monture ». Le RDR prépare donc avec beaucoup d’habileté un plan pernicieux. Un plan dans lequel, on peut citer entre autre, la restructuration annoncée au sein du parti à la case.

Que cache cette « restructuration », sinon mettre d’ores et déjà en place les pions et les stratégies pour l’échéance présidentielle de 2015 ?

Même si les dernières élections locales ont laissé croire que le RDR a été considérablement affaibli par le phénomène des indépendants, ce n’est pas tant ce qui motive les réglages que le RDR entend opérer en son sein. Un cadre de ce parti, pressenti pour intégrer la nouvelle direction, confie au confrère du quotidien Nord-Sud: «Nous allons réformer le parti, en ayant les yeux rivés sur l’échéance de 2015 qui pointe déjà à l’horizon ».

Une machination en préparation

« Le RDR est, et demeure la première formation politique de Côte d’Ivoire », lançait récemment Joël N’guessan, porte-parole du RDR, au cours d’un point de presse, en s’appuyant sur les chiffres des dernières élections locales (législatives, municipales et régionales).

Au parti à la case verte, le mot d’ordre semble être « tous les moyens sont bons ». Pourvus qu’ils permettent à celui qui les utilise de se rester au pouvoir. Quelques indices nous permettent de déceler les signes d’une vaste machination en préparation au RDR. Elle consiste à mettre en place les mécanismes d’une « éternisation » d’Alassane Ouattara au pouvoir et dont Joël N’guessan est, sans nul doute, l’un des porte-flambeaux.

En effet, n’est-il pas facile d’affirmer qu’on est premier quand le Front Populaire Ivoirien (FPI), principal parti d’opposition – dont on ne peut malgré tout ignorer la force - est et demeurent sournoisement exclu du jeu politique, donc absent de ces élections ? Le FPI qui, malgré tout a réussi à boycotter ces élections comme l’atteste le faible taux de participation sur terrain. Un taux bien plus faible celui de 30% avancé par la caduque Commission Electorale Indépendante (CEI). Une commission plus que jamais au service du régime d’Alassane Ouattara.

Dire que son parti est premier, alors qu’il a – au préalable – pris grand soin de contraindre à l’exil ou d’emprisonner la quasi-totalité des cadres de l’opposition et que le sur le terrain, le véritable jeu politique peine à voir le jour par la seule volonté d’un régime qui n’a d’égal en matière de violence, de violation des Droits de l’Homme et de négation de l’Etat de droit.

Il faut donc, en effet – et avant tout - saisir au-delà de l’affirmation gratuite de Joël N’guessan, porte-parole du RDR, une tactique des républicains qui consiste à préparer les esprits à un holdup électoral qui sera mis en œuvre pour 2015.

Ensuite, à travers une telle affirmation –  réalité un écran de fumée - Joël N’guessan et le RDR espèrent ainsi galvaniser leurs militants qui, visiblement n’ont pas manqué – en de multiples circonstances - de manifester leurs mécontentements.

Enfin, en prétendant être « la première formation politique de Côte d’Ivoire », le RDR actionne un volet – non moins important - de sa tactique qui consiste à sonder, tâter le terrain, à voir comment ses éventuels adversaires politiques réagiront à sa provocation et surtout comment ces adversaires se préparent à leur tour pour l’échéance de 2015, évaluer leurs forces et leurs faiblesses... C’est donc à un jeu de tactique bien huilé que se livre insidieusement le RDR.

Une ambition inopportune

Un autre volet de ce plan pernicieux, consiste à laisser trainer les choses.  En effet, l’ambition grossièrement affichée du RDR de faire perdurer le règne d’Alassane Ouattara à la tête de ce pays, dénote d’une attitude à la fois inopportune et irresponsable, dans la mesure où il s’agit – visiblement -  de faire fi des questions essentielles et urgentes du moment, ou tout au moins les laisser trainer jusqu’aux prochaines échéances électorales, en 2015. En ne s’attaquant pas franchement et résolument  - ou en faisant semblant de s’attaquer - aux problèmes cruciaux tels que la question de l’impunité, de la réconciliation nationale, de la réforme de l’armée, du désarmement, des Droits de l’Homme, des prisonniers politiques, du chômage…, le RDR s’inscrit dans la logique de la mise en œuvre de son plan machiavélique. En agissant ainsi, le RDR, ne fait que démontrer à la face du monde qu’elle ne fait que de l’obtention d’un second mandat - pour son mentor Alassane Ouattara - son véritable et seul cheval de bataille.

Régler les problèmes à moitié ou remettre leurs résolutions aux calendes grecs, servira – sans doute – au pouvoir RDR à justifier ce qu’il pourrait être tenté d’appeler, selon l’expression consacrée : « l’impérieuse nécessité » de solliciter un second mandat.

Avec un FPI « retranché » dans sa logique de « préalables » et son corolaire de refus de participer à tout scrutin électoral ; un PDCI qui, bien que allié du RDR, pourrait être aussi tenté de se hisser au pouvoir, mais qui, malheureusement est tenu en laisse par le RDR par la promesse de partage du gâteau. Une alliance dont la clé de voûte, reste de toute évidence l’octogénaire Konan Bédié – président du PDCI - qui lui, envisagerait le même scénario que celui de 2010, mais cette fois, avec Alassane Ouattara comme candidat unique du RHDP au premier tour du scrutin présidentiel de 2015. En tout état de cause, qui pourrait nier que le contexte et les circonstances actuelles – tant qu’ils demeurent en l’état - ne profitent pas au RDR ?

9,8% pour « effacer » plus d’une décennie de tragédie

Selon certains caciques du régime RDR, « La paix et la réconciliation viendront toutes seules, lorsque l’activité économique aura repris ». Pour eux, cela sous-entend que le chiffre mirobolant de 9,8 % de taux de croissance brandi à tout vent par le régime en place, est une prouesse que son mentor Alassane Ouattara aurait réalisée en seulement deux ans de règne. Cela suffirait donc pour que les questions brûlantes du moment ne soient plus que de vieux souvenirs qu’il faille délaisser et se tourner résolument vers 2015. Dans ce cas, il faudrait – selon ces derniers - au nom de la relance économique, passer plus de vingt ans de frustrations, de douleurs et de rancœurs, par pertes et profits.

N’est-ce pas assurément mener la Côte d’Ivoire vers une énième crise que de souscrire à de telles inepties ?

Alioune Tine, défenseur des droits de l’homme, jette – malgré tout -  un regard objectif sur la situation en Côte d’Ivoire, lorsqu’il déclare : « Il faut tirer toutes les leçons de la tragédie passée pour reconstruire une nouvelle Côte d’Ivoire. L’opposition ne doit pas rester en marge. Un pouvoir qui veut exclure l’opposition n’a pas d’issue. L’essentiel, c’est la réconciliation nationale. Il faut que le leadership économique accompagne le leadership politique ».

En tout état de cause, Alassane Ouattara et le RDR font-ils preuve de bon sens et de responsabilité en se mettant dans la peau d’« ambitieux » du pouvoir plutôt que celle de gouvernants consciencieux et soucieux du bien-être de leurs concitoyens meurtris par plusieurs décennies de crises et son corolaire de misères ? Certes conquérir le pouvoir a été et reste de tout temps, une ambition noble et légitime. Cependant, le RDR n’a nullement pas le droit de sacrifier ce pays et les ivoiriens sur l’autel de ses ambitions égoïstes. Ce parti politique – le RDR - et son mentor Alassane Ouattara n’en n’ont pas le droit.

Dès lors qu’ils sont actuellement au pouvoir, c’est avant tout de leur responsabilité première de régler les problèmes essentiels de ce pays ou, à défaut, de créer  les conditions d’un cadre propice à leur résolution. Alassane Ouattara et le RDR n’ont donc pas le droit de se soustraire à leurs prérogatives en tant que détenteurs du pouvoir, pour se focaliser – à tout prix - sur un plan insidieux d’accaparement du pouvoir.

En analysant donc plus sereinement le contexte sociopolitique ivoirien actuel et tout ce qui se trame chez le parti à la case verte, on n’en arrive à l’implacable conclusion que, nous sommes bien ici en face d’un holdup électoral en préparation pour 2015, avec en perspective des conséquences qui pourraient s’avérer désastreuses pour ce pays, si rien n’est fait dès à présent pour stopper la « machine » RDR.

Pour finir, il y a lieu de reconnaitre que la question ici n’est pas de s’inquiéter ou de se morfondre à attendre que le RDR s’explique sur sa propension à fouler aux pieds ses responsabilités vis-à-vis des ivoiriens, mais de freiner son élan et de ruiner son  infâme plan. Il s’agira ici de tout mettre en œuvre pour amener ce parti et son mentor Alassane Ouattara à faire face à leurs responsabilités, sinon à annihiler le pernicieux plan qu’ils manigancent dans le dos des ivoiriens. Cette question intéresse – bien sûr et avant tout - les forces politiques ivoiriennes les plus représentatives, notamment le FPI et le PDCI, mais surtout l’ensemble du peuple ivoirien, car demain, car 2015, c’est leur avenir et celui de leur pays qui sera en jeu.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

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