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20/05/2013

Exilés ivoiriens - Est-il temps pour le retour ?

images (3).jpgUn prisonnier n’a pas de choix. C’est une réalité qui fait l’unanimité. Mais qu’en est-il de celui qui, craignant pour sa vie, est contraint de fuir son pays pour se réfugier dans un autre pays?

Cette question nous permet d’aborder le délicat sujet du retour des exilés ivoiriens en Côte d’Ivoire. Sujet dont le régime d’Abidjan – manifestement – se sert à des fins de propagandistes, en tâchant de masquer deux ans de règne de tortures, d’assassinats, d’enlèvements, de confiscation des libertés…

Lorsque le pays d’accueil fait mains et pieds pour vous prouver que vous n’êtes pas le bienvenu, a-t-on vraiment le choix entre rester ou retourner au pays ?

Qui ne se souvient pas de l’image de Lida Kouassi Moïse, arrêté au Togo, puis extradé – manu militari – sur Abidjan ? Et celles du commandant Seka Seka, livré au régime de Ouattara à l’escale d’Abidjan ? Celles de Blé Goudé ? Qui n’a pas entendu parler de l’arrestation puis l’extradition de Jean Yves Dibopieu, du commandant Jean Noel Abehi, depuis le Ghana voisin… ?

L’on retiendra – au-delà - de toutes ces arrestations, le rôle hautement considérable joué par les autorités des pays d’accueil d’où ces différentes personnes ont été extradées. En effet, les manœuvres souterraines qui permirent de mettre le grappin sur ces exilés, dénotent d’un fait qui n’est plus à prouver : la malheureuse accointance des autorités de ces pays d’avec le régime d’Alassane Ouattara.

Tout récemment, la descente musclée des forces de l’ordre togolaises, sur le camp de réfugiés ivoiriens d’Avepozo – au nez et à la barbe du HCR (Haut Commissariat des Réfugiés) – illustre bien cet état de fait.

Si donc – en dépit des conditions de vie misérables auxquelles les exilés ivoiriens sont confrontés – ces réfugiés doivent subir diverses pressions ; si donc tout est mis en œuvre pour les pousser vers la sortie, pensez-vous, qu’en dehors du reflexe de rentrer chez eux, ces malheureux exilés aient une autre alternative qui puisse franchement s’offrir à eux ?

Un retour vidé de son essence

La Constitution ivoirienne stipule en son article 12 : « Aucun ivoirien ne peut-être contraint à l’exil». Pour tout Etat digne de ce nom, une telle disposition de la Constitution devrait – en principe – constituer une priorité absolue. Car elle a trait à la dignité même du citoyen. Hélas, le régime Ouattariste, dès sa prise du pouvoir, a pensé le consolider, en initiant une véritable chasse aux sorcières dirigée principalement contre tous ceux qu’il jugeait potentiellement nuisibles. Notamment les proches de Laurent Gbagbo. Résultat : plusieurs milliers de morts ; des biens détruits, sinon confisqués ; plusieurs autres milliers d’ivoiriens contraints à l’exil.

Notons que l’exil n’a jamais été – pour celui qui y est contraint – un choix de gaieté de cœur. Car loin de sa patrie, l’âme de l’exilé ne trouvera jamais de paix. C’est par conséquent, un reflexe tout à fait naturel que des exilés soient tentés de répondre à l’appel les invitant à rentrer chez eux. Il n’y a donc – dans ce cas - vraiment pas de quoi fouetter un chat.

Or, l’opération dénommée « retour volontaire des exilés », et initiée par le régime Ouattara, semble plus viser des objectifs obscurs que rechercher - dans un souci d’apaisement et de réconciliation - simplement à aider des citoyens ivoiriens à rentrer chez eux.

Certes, quelques ivoiriens ont finalement accepté de retourner dans leur pays. Alassane Ouattara, nous apprend – au détour d’une interview -  que 438 d’entre eux sont rentrés. Il y a peu, la presse pro-Ouattara, se faisait l’écho du retour en fanfare de certains exilés qu’elle-même présente comme des « figures de proue de l’ex-LMP (La Majorité Présidentielle, coalition politique qui a soutenue la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2010, ndlr). Au passage, cette presse n’a pas rater l’occasion de tirer à boulets rouges sur ceux qu’elle appelle « les ennemis de la réconciliation » ; « ceux qui disent des contre-vérités » ; ou encore « les mauvaises langues ». Selon cette presse propagandiste, il faudrait voir dans le retour de ces quelques exilés ivoiriens, la réalisation de l’œuvre de « main tendue » de leur mentor Alassane Ouattara. Dans la même veine, elle affirme : « le FPI organise des réunions jour et nuit (…) ses leaders sont libres de tout mouvement et de toute expression ». Puis la démonstration est achevée par le fameux dicton : « on est mieux que chez soi ».

De telles élucubrations, peuvent-elles résister à ces quelques observations que nous faisions tantôt ?

A savoir, si l’on peut-on – en toute franchise – parler de « retour volontaire » dans des circonstances où, aux conditions de vie désastreuses s’ajoutent des pressions politiques de tous ordres - émanant d’une part, des autorités du pays d’accueil et d’autre part, de celles du pays d’origine – dans le seul but de contraindre l’exilé à faire marche-arrière ? Non, bien évidemment. Retourner au pays, dans ce cas, relève donc d’un instinct de survie ou de résignation, avec tous les risques que cela comporte.

Ainsi, ce qui est annoncé – par les sbires du régime Ouattara, au nombre desquels un certain Soro Alphonse - comme un « retour volontaire », ne l’est pas en réalité. Dès lors, il n’y a pas lieu de faire une publicité mesquine autour de ce qui apparait comme un non-évènement.

La fameuse opération dite de retour « volontaire » d’exilés brandis à la télévision est, non pas un geste de magnanimité de Ouattara – comme certains caciques du pouvoir veulent le faire croire – mais un écran de fumée pour détourner l’attention de l’opinion de ce qui doit constituer la dynamique du véritable retour des exilés. A savoir, poser les jalons d’une justice équitable et les conditions de véritable sécurité pour tous, gages d’une confiance retrouvée.

Le processus de réconciliation ou de cohésion sociale, doit avant tout trouver l’assentiment des ivoiriens. C'est-à-dire que le désir de se réconcilier doit provenir du plus profond de leur cœur. C’est pourquoi nous regardons d’un œil amusé et écoutons d’une oreille attendrie les déclarations passionnées de ces prétendus volontaires au retour d’exil. Car nous savons, qu’un château – fut-il magnifique – construit sur du sable, ne peut longtemps subsister. Le régime en place, doit donc donner aux ivoiriens, à tous les ivoiriens, les gages d’une réconciliation vraie. Alors personne n’ira dire à aucun exilé ou réfugié de rentrer chez lui, car ils rentreraient alors d’eux-mêmes, l’âme en paix.

Malheureusement, combien sont-ils, tous ceux qui rechignent encore à prendre la route du retour, parce que bien au fait des pratiques mafieuses du régime en place en Côte d’Ivoire ? Le douloureux souvenir de l’attaque du camp des déplacés de Nahibly est encore là pour nous rappeler que les bras armés du régime Ouattara, jouissent toujours d’une impunité sans égale.

En outre, certaines déclarations des lieutenants de ce régime, ne sont pas faites pour rassurer.

« Ceux qui ne se reprochent rien, peuvent rentrer ». Voici la base sur laquelle repose la « thèse » de ceux qui disent avoir « la main tendue » en direction des exilés. Mais une telle affirmation – en elle-même – est – d’une part – un obstacle, car elle pose – de prime à bord - une condition à leur retour. D’autre part, l’on se  doit de garder à l’esprit que le fait de « ne rien se reprocher », est – avant tout – une démarche subjective, qui n’engage que celui qui « ne se reproche rien ». Ainsi, rien ne dit que des personnes – qui vous en veulent encore – ne soient tapies dans l’ombre et n’attendent que votre retour pour assouvir – enfin - leur vengeance, assurées d’une impunité à eux offerte sur un plateau d’or par le régime en place. Ou, que la « justice d’Abidjan », manifestement pilotée à vue par l’exécutif, ne vous mette la main dessus.

Une justice démissionnaire

Nous le disons à dessein. Car nul n’ignore que dans nos Etats africains, la justice souffre de sa trop grande dépendance de l’exécutif. Ce qui fait d’elle une justice fragile, naturellement influençable.

En Côte d’Ivoire, sans conteste, la justice nationale, emboitant le pas à la justice internationale (CPI), s’est visiblement rangée du côté  de ceux que l’on a appelé « les vainqueurs ». Puisqu’aucun d’entre ces « vainqueurs », y comprit les Seigneurs de guerre tels que Chérif Ousmane, Fofié Kouakou..., n’ont été, jusque là inquiétés malgré leur implication avérée dans les graves violations des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. De même, qui peut encore nier que cette justice n’est pas aux ordres, quand il apparait certain qu’elle exécute le cahier de charges du régime en place ? Sinon, pourquoi use-t-elle de célérité quand il s’agit des proches de Laurent Gbagbo, et devient inerte quand cela concerne les chefs de guerre d’Alassane Ouattara ? Pourquoi doit-t-elle d’enquêter sur la mort de Robert Guei, plutôt que sur celle de Boga Doudou ou de Désiré Tagro, comme le souhaite les nouveaux occupants du palais présidentiel d’Abidjan ? Bien entendu, la justice doit faire son travail. Mais revient-il à l’exécutif de dire au judiciaire où, quand et comment, elle doit faire son boulot ?

L’exilé ivoirien n’est donc pas  à  l’abri de la justice sélective d’Abidjan. Ainsi, en Côte d’Ivoire, une chose est de rentrer d’exil – car quel exilé ne rêve pas de rentrer chez lui au pays, de voir les siens ? Quel exilé n’entend pas l’appel du sang de sa patrie : « fiers ivoiriens, le pays nous appelle » ? – et une autre est de pouvoir y survivre.

Loin de nous l’idée de nous opposer au retour des exilés ou de décourager ceux qui seraient tentés par l’aventure du retour. Ce que nous dénonçons ici, ce n’est pas tant la forme,  mais le fond de l’opération. Et cela se résume en cette simple interrogation : « le régime Ouattara a-t-il réuni toutes les conditions pour le retour des exilés ?

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

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