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27/05/2013

FPI-PDCI : jeu en eaux troubles

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Depuis quelques temps, les deux partis politiques que sont le FPI (Front Populaire Ivoirien), principal parti d’opposition et le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), se livrent – c’est le cas de le dire – à un jeu des plus troublants.

D’un côté, on lance un appel sans vraiment aller vers son destinataire. De l’autre, on se fait désirer, en n’osant dire clairement « oui » ou « non ». Naturellement, un tel schéma ne peut qu’ouvrir une voie royale à toutes sortes de supputations et de sous-entendus, dont des esprits mal inspirés pourraient se servir.

Certes le jeu d’alliances fait partie du jeu politique. Mais très souvent en Afrique, ces alliances entre partis politiques, finissent par se muer en guerres de tranchées entrainant parfois avec elles les différents groupes ethniques « affiliées » à ces partis.

En Afrique, même si, la démocratie est le principal système politique adopté par nos jeunes Etats au sortir de la colonisation, soit plus d’une cinquantaine d’années plus tard, l’on s’accorde à dire que des progrès restent encore à faire, notamment dans le domaine de l’éducation des populations à la culture politique et démocratique, de sorte à éviter les fréquentes guerres dont l’enjeu majeur est le contrôle du pouvoir, preuve que la politique n’est toujours pas le jeu noble qu’il devrait être et que nous devons sans cesse veiller à ce qu’il n’y ait pas de débordements en la matière.

Par ailleurs, si l’on s’accorde à admettre que la politique est un jeu, voire un art, elle ne peut l’être pleinement et réellement que lorsqu’elle se déroule entre personnes consciencieuses et soucieuses du respect des règles. Or, dès lors qu’il y a violence et mort d’hommes, peut-on encore parler de jeu politique ?

En Côte d’Ivoire, l’élection présidentielle de 2010, et son corollaire d’alliances entre partis politiques, ce que l’on a cru être de la politique nous a conduit à un chaos sans précédent. Un chaos si profond que les mémoires en sont encore fraiches: fracas de tirs lourds et nourris ; bruits de chars, de canons et d’hélicoptères de combat ; nuits effroyables ; déluges de feu ; cris, pleurs et douleurs ; cœurs battants la chamade ; rues souillées de sang et de cadavres en putréfaction, psychose générale…

C’est pourquoi, l’histoire douloureuse et récente de ce pays commande à chacun d’avoir un regard attentif sur toutes les tractations de nos hommes politiques et surtout, elle nous amène à exiger d’eux, franchise, clarté et transparence, tant que demeure au centre de ces tractations, l’avenir des populations et du pays qu’ils aspirent à diriger.

Cela nous pousse donc à nous intéresser de près, à l’appel lancé par le FPI au PDCI. Quelles peuvent en être les enjeux pour les différents acteurs impliqués, mais aussi et surtout pour un pays ravagé par plusieurs décennies de crises et trimbalé en eaux troubles par un « capitaine » pratiquement dépassé par l’ampleur de la tâche?  Que peuvent encore espérer les ivoiriens d’une nouvelle « combinaison » d’alliance, là où les précédentes ont lamentablement échoué ?

Enjeux pour le FPI

Extrait de l’appel du FPI au PDCI : « (…) Frères et sœurs du PDCI, le moment du grand sursaut national est venu. Resserrons nos rangs pour faire barrage aux prédateurs. Rassemblons-nous, pour défendre la Nation en péril. Nous n’avons que cette Patrie, alors défendons-là ensemble, au risque de disparaître tous ensemble, quand l’on nous demande de vivre ensemble chez nous, sans nous ».

« Défendre la Nation en péril », ainsi pourrait se résumer l’appel du FPI au PDCI. Mais au-delà, que peut bien cacher cet appel ?

Pourquoi donc, le FPI chercherait-il à s’allier au PDCI de Konan Bédié ? Serait-ce pour fragiliser l’alliance RHDP afin de mieux se positionner ? Ou alors, est-ce pour éjecter tout simplement Ouattara du fauteuil présidentiel ? Ou encore, serait-ce un aveu de reconnaissance du poids du PDCI dans l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir ? En somme, le FPI n’est-il pas en train de se fragiliser en montrant aux yeux du monde qu’il a nécessairement besoin du PDCI pour « vaincre » Ouattara ?

Reconnaissons qu’à première vue, pour un parti qui s’est toujours réclamé vainqueur de la présidentielle de 2010 face au RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix), coalition politique au sein de laquelle figure le PDCI, une telle démarche ne peut que susciter des interrogations. Tout compte fait, au parti à la rose, aguerri à l’art de la « subtilité politique » - à l’image de son mentor Laurent Gbagbo – cet appel n’a pas fini de livrer tout son contenu.

Enjeux pour le PDCI

Au PDCI, la récente réunion du Bureau politique, a levé un coin de voile sur la réaction de ce parti face à l’appel du FPI l’invitant à sortir d’une alliance en soutenant que le RDR : « nous demande de vivre ensemble chez nous, sans nous ». Et le PDCI de répondre - par la voix de Konan Bédié - : « (…) faut-il, pour cela, revenir sur la parole donnée et quitter une alliance parce que des éléments de l’association n’ont pas réussi à se maitriser ? Faut-il oublier ce que cette alliance a apporté à chaque membre et qu’elle a permis de débarrasser le pays d’un tyran ? Que le RHDP ne fonctionne pas, comme nous l’aurions souhaité est un fait, mais ne faut-il pas plutôt chercher à l’améliorer, que de la quitter ? ».

Dès lors, l’on penserait les carottes cuites pour l’appel du FPI au PDCI. Ce qui n’est pourtant pas le cas si l’on s’en tient aux déclarations de Kouadio Konan Bertin, dit KKB, président de la jeunesse du PDCI : « Le FPI n’est pas notre ennemi ». Et le Bureau politique qui ne semble pas non plus, avoir dit le dernier mot. « Alliance PDCI-FPI ? », s’interroge le principal quotidien proche du PDCI à sa Une, avant de répondre : « ni oui… ni non ! ». De quoi donner - au passage - des sueurs froides à son allié, le RDR (Rassemblement des Républicains) d’Alassane Ouattara.

C’est un secret pour personne, le PDCI se met désormais dans la peau du « sauveur » de la Côte d’Ivoire, car c’est – selon lui – son président Konan Bédié qui a permis de « sauver la Côte d’Ivoire ».

En adoptant une telle posture, en faisant d’avantage languir ses « prétendants », le PDCI ne caresserait-il pas – lui aussi – le secret espoir de se servir de sa position de « courtisée », pour revenir au pouvoir ou, à défaut réclamer d’avantage à son allié, le RDR, de plus grandes parts du gâteau ?

Enjeux pour le RDR

A les voir s’agiter dans tous les sens,  on comprend aisément que l’invite du FPI au PDCI à quitter le RHDP pour le rejoindre, vient sans doute, troubler le sommeil des républicains. Et pour cause…

Même allié au PDCI, le RDR a-t-il pu faire le poids face à la coalition politique dénommée LMP (La Majorité Présidentielle), qui supporta la candidature de Laurent Gbagbo ? A ce jour, rien n’atteste que ce parti ait réussi à remporter l’élection présidentielle de 2010, en dehors – bien sûr - des bombes de l’armée françaises. Le PDCI reste donc le seul accessoire de légitimité dont peut encore se revêtir le RDR d’Alassane Ouattara aux yeux de l’opinion publique.

Ainsi, au RDR, la question de « la mort du RHDP » demeure un sujet absolument tabou. Il suffit de remarquer comment, ce parti s’acharne à combattre tous ceux qui déclarent la mort de l’alliance des houphouétistes pour s’en rendre compte. Anaki Kobenan, président du MFA (Mouvement des Forces d’Avenir, parti politique membre (?) du RHDP) et Kouadio Konan Bertin dit KKB – pour ne citer que ces deux là - en ont déjà fait les frais.

Au RDR, la consigne est claire : mettre tout en œuvre pour ne pas perdre le PDCI, pour ne pas que le parti de Konan Bédié réponde favorablement à l’appel du FPI, pour qu’une alliance FPI-PDCI, jugée d’ores et déjà comme « explosive », ne voit le jour ; mettre tout mettre en œuvre, y comprit une campagne médiatique visant à faire croire à l’opinion que: à ceux qui « manœuvraient dans l’ombre pour déstabiliser l’alliance (RHDP, ndlr) », « Bédié ferme la bouche (…) ». Alors qu’en réalité, il n’en est rien.

Et, quand l’attitude du PDCI, face à l’appel du FPI, ne semble pas les satisfaire, les républicains n’hésitent pas alors à le traiter d’« allié douteux ».

En somme, l’appel du FPI au PDCI, est au RDR ce qu’est dans un camp adverse, une grenade dégoupillée, lancée par l’ennemi.

Enjeux pour  la Côte d’Ivoire et les ivoiriens

Pas besoin d’être devin pour savoir que le souhait de tout ivoirien, reste avant tout de voir son pays sortir du cycle de violences ; de voir s’éloigner de lui, le spectre de la haine, des frustrations gratuites ; de pouvoir célébrer la fin de la justice sélective ; de voir enfin s’estomper la confiscation et l’expropriation des biens, le désordre et l’insécurité, l’animalisation d’une catégorie d’ivoiriens au profit d’une autre…, bref, de sortir de cette période trouble que lui impose Alassane Ouattara et son clan.

Pour l’ivoirien qui ne sait plus à quel saint se vouer, bien au-delà de ce jeu de cache-cache entre le FPI et le PDCI, il importe que l’intérêt de la nation soit la priorité des priorités. En cela, le FPI et le PDCI, ont le devoir de définir clairement leur position, de prendre leurs courages à deux mains, d’assumer leurs responsabilités devant l’histoire et les hommes, de montrer aux ivoiriens qu’ils aiment leur pays, en le défendant, au-delà même de toute considération politique ou de tout avantage matériel.

Sinon, que ces partis politiques sachent bien que l’heure n’est plus au jeu, mais à la restauration de la cohésion sociale, de l’unité nationale pour ensemble affronter les défis majeurs qui s’annoncent dans les années à venir pour la Côte d’Ivoire. Au-delà du FPI et du PDCI, puissent-ils être nombreux ces ivoiriens qui saisiront la portée d’un tel défi.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

20/05/2013

Exilés ivoiriens - Est-il temps pour le retour ?

images (3).jpgUn prisonnier n’a pas de choix. C’est une réalité qui fait l’unanimité. Mais qu’en est-il de celui qui, craignant pour sa vie, est contraint de fuir son pays pour se réfugier dans un autre pays?

Cette question nous permet d’aborder le délicat sujet du retour des exilés ivoiriens en Côte d’Ivoire. Sujet dont le régime d’Abidjan – manifestement – se sert à des fins de propagandistes, en tâchant de masquer deux ans de règne de tortures, d’assassinats, d’enlèvements, de confiscation des libertés…

Lorsque le pays d’accueil fait mains et pieds pour vous prouver que vous n’êtes pas le bienvenu, a-t-on vraiment le choix entre rester ou retourner au pays ?

Qui ne se souvient pas de l’image de Lida Kouassi Moïse, arrêté au Togo, puis extradé – manu militari – sur Abidjan ? Et celles du commandant Seka Seka, livré au régime de Ouattara à l’escale d’Abidjan ? Celles de Blé Goudé ? Qui n’a pas entendu parler de l’arrestation puis l’extradition de Jean Yves Dibopieu, du commandant Jean Noel Abehi, depuis le Ghana voisin… ?

L’on retiendra – au-delà - de toutes ces arrestations, le rôle hautement considérable joué par les autorités des pays d’accueil d’où ces différentes personnes ont été extradées. En effet, les manœuvres souterraines qui permirent de mettre le grappin sur ces exilés, dénotent d’un fait qui n’est plus à prouver : la malheureuse accointance des autorités de ces pays d’avec le régime d’Alassane Ouattara.

Tout récemment, la descente musclée des forces de l’ordre togolaises, sur le camp de réfugiés ivoiriens d’Avepozo – au nez et à la barbe du HCR (Haut Commissariat des Réfugiés) – illustre bien cet état de fait.

Si donc – en dépit des conditions de vie misérables auxquelles les exilés ivoiriens sont confrontés – ces réfugiés doivent subir diverses pressions ; si donc tout est mis en œuvre pour les pousser vers la sortie, pensez-vous, qu’en dehors du reflexe de rentrer chez eux, ces malheureux exilés aient une autre alternative qui puisse franchement s’offrir à eux ?

Un retour vidé de son essence

La Constitution ivoirienne stipule en son article 12 : « Aucun ivoirien ne peut-être contraint à l’exil». Pour tout Etat digne de ce nom, une telle disposition de la Constitution devrait – en principe – constituer une priorité absolue. Car elle a trait à la dignité même du citoyen. Hélas, le régime Ouattariste, dès sa prise du pouvoir, a pensé le consolider, en initiant une véritable chasse aux sorcières dirigée principalement contre tous ceux qu’il jugeait potentiellement nuisibles. Notamment les proches de Laurent Gbagbo. Résultat : plusieurs milliers de morts ; des biens détruits, sinon confisqués ; plusieurs autres milliers d’ivoiriens contraints à l’exil.

Notons que l’exil n’a jamais été – pour celui qui y est contraint – un choix de gaieté de cœur. Car loin de sa patrie, l’âme de l’exilé ne trouvera jamais de paix. C’est par conséquent, un reflexe tout à fait naturel que des exilés soient tentés de répondre à l’appel les invitant à rentrer chez eux. Il n’y a donc – dans ce cas - vraiment pas de quoi fouetter un chat.

Or, l’opération dénommée « retour volontaire des exilés », et initiée par le régime Ouattara, semble plus viser des objectifs obscurs que rechercher - dans un souci d’apaisement et de réconciliation - simplement à aider des citoyens ivoiriens à rentrer chez eux.

Certes, quelques ivoiriens ont finalement accepté de retourner dans leur pays. Alassane Ouattara, nous apprend – au détour d’une interview -  que 438 d’entre eux sont rentrés. Il y a peu, la presse pro-Ouattara, se faisait l’écho du retour en fanfare de certains exilés qu’elle-même présente comme des « figures de proue de l’ex-LMP (La Majorité Présidentielle, coalition politique qui a soutenue la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2010, ndlr). Au passage, cette presse n’a pas rater l’occasion de tirer à boulets rouges sur ceux qu’elle appelle « les ennemis de la réconciliation » ; « ceux qui disent des contre-vérités » ; ou encore « les mauvaises langues ». Selon cette presse propagandiste, il faudrait voir dans le retour de ces quelques exilés ivoiriens, la réalisation de l’œuvre de « main tendue » de leur mentor Alassane Ouattara. Dans la même veine, elle affirme : « le FPI organise des réunions jour et nuit (…) ses leaders sont libres de tout mouvement et de toute expression ». Puis la démonstration est achevée par le fameux dicton : « on est mieux que chez soi ».

De telles élucubrations, peuvent-elles résister à ces quelques observations que nous faisions tantôt ?

A savoir, si l’on peut-on – en toute franchise – parler de « retour volontaire » dans des circonstances où, aux conditions de vie désastreuses s’ajoutent des pressions politiques de tous ordres - émanant d’une part, des autorités du pays d’accueil et d’autre part, de celles du pays d’origine – dans le seul but de contraindre l’exilé à faire marche-arrière ? Non, bien évidemment. Retourner au pays, dans ce cas, relève donc d’un instinct de survie ou de résignation, avec tous les risques que cela comporte.

Ainsi, ce qui est annoncé – par les sbires du régime Ouattara, au nombre desquels un certain Soro Alphonse - comme un « retour volontaire », ne l’est pas en réalité. Dès lors, il n’y a pas lieu de faire une publicité mesquine autour de ce qui apparait comme un non-évènement.

La fameuse opération dite de retour « volontaire » d’exilés brandis à la télévision est, non pas un geste de magnanimité de Ouattara – comme certains caciques du pouvoir veulent le faire croire – mais un écran de fumée pour détourner l’attention de l’opinion de ce qui doit constituer la dynamique du véritable retour des exilés. A savoir, poser les jalons d’une justice équitable et les conditions de véritable sécurité pour tous, gages d’une confiance retrouvée.

Le processus de réconciliation ou de cohésion sociale, doit avant tout trouver l’assentiment des ivoiriens. C'est-à-dire que le désir de se réconcilier doit provenir du plus profond de leur cœur. C’est pourquoi nous regardons d’un œil amusé et écoutons d’une oreille attendrie les déclarations passionnées de ces prétendus volontaires au retour d’exil. Car nous savons, qu’un château – fut-il magnifique – construit sur du sable, ne peut longtemps subsister. Le régime en place, doit donc donner aux ivoiriens, à tous les ivoiriens, les gages d’une réconciliation vraie. Alors personne n’ira dire à aucun exilé ou réfugié de rentrer chez lui, car ils rentreraient alors d’eux-mêmes, l’âme en paix.

Malheureusement, combien sont-ils, tous ceux qui rechignent encore à prendre la route du retour, parce que bien au fait des pratiques mafieuses du régime en place en Côte d’Ivoire ? Le douloureux souvenir de l’attaque du camp des déplacés de Nahibly est encore là pour nous rappeler que les bras armés du régime Ouattara, jouissent toujours d’une impunité sans égale.

En outre, certaines déclarations des lieutenants de ce régime, ne sont pas faites pour rassurer.

« Ceux qui ne se reprochent rien, peuvent rentrer ». Voici la base sur laquelle repose la « thèse » de ceux qui disent avoir « la main tendue » en direction des exilés. Mais une telle affirmation – en elle-même – est – d’une part – un obstacle, car elle pose – de prime à bord - une condition à leur retour. D’autre part, l’on se  doit de garder à l’esprit que le fait de « ne rien se reprocher », est – avant tout – une démarche subjective, qui n’engage que celui qui « ne se reproche rien ». Ainsi, rien ne dit que des personnes – qui vous en veulent encore – ne soient tapies dans l’ombre et n’attendent que votre retour pour assouvir – enfin - leur vengeance, assurées d’une impunité à eux offerte sur un plateau d’or par le régime en place. Ou, que la « justice d’Abidjan », manifestement pilotée à vue par l’exécutif, ne vous mette la main dessus.

Une justice démissionnaire

Nous le disons à dessein. Car nul n’ignore que dans nos Etats africains, la justice souffre de sa trop grande dépendance de l’exécutif. Ce qui fait d’elle une justice fragile, naturellement influençable.

En Côte d’Ivoire, sans conteste, la justice nationale, emboitant le pas à la justice internationale (CPI), s’est visiblement rangée du côté  de ceux que l’on a appelé « les vainqueurs ». Puisqu’aucun d’entre ces « vainqueurs », y comprit les Seigneurs de guerre tels que Chérif Ousmane, Fofié Kouakou..., n’ont été, jusque là inquiétés malgré leur implication avérée dans les graves violations des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. De même, qui peut encore nier que cette justice n’est pas aux ordres, quand il apparait certain qu’elle exécute le cahier de charges du régime en place ? Sinon, pourquoi use-t-elle de célérité quand il s’agit des proches de Laurent Gbagbo, et devient inerte quand cela concerne les chefs de guerre d’Alassane Ouattara ? Pourquoi doit-t-elle d’enquêter sur la mort de Robert Guei, plutôt que sur celle de Boga Doudou ou de Désiré Tagro, comme le souhaite les nouveaux occupants du palais présidentiel d’Abidjan ? Bien entendu, la justice doit faire son travail. Mais revient-il à l’exécutif de dire au judiciaire où, quand et comment, elle doit faire son boulot ?

L’exilé ivoirien n’est donc pas  à  l’abri de la justice sélective d’Abidjan. Ainsi, en Côte d’Ivoire, une chose est de rentrer d’exil – car quel exilé ne rêve pas de rentrer chez lui au pays, de voir les siens ? Quel exilé n’entend pas l’appel du sang de sa patrie : « fiers ivoiriens, le pays nous appelle » ? – et une autre est de pouvoir y survivre.

Loin de nous l’idée de nous opposer au retour des exilés ou de décourager ceux qui seraient tentés par l’aventure du retour. Ce que nous dénonçons ici, ce n’est pas tant la forme,  mais le fond de l’opération. Et cela se résume en cette simple interrogation : « le régime Ouattara a-t-il réuni toutes les conditions pour le retour des exilés ?

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

15/05/2013

Quelque chose se manigance au RDR

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Le Rassemblement Des Républicains (RDR) – parti dont Alassane Ouattara demeure encore le président – se serait-il finalement laissé obnubiler par « les délices » du pouvoir, à tel point qu’il semble n’avoir d’autre objectif que de confisquer ce pouvoir, fut-ce contre vents et marées ?

Une ambition affichée

A peine parvenu au pouvoir, le RDR n’a-t-il pas caché – à la face de l’opinion publique - son avidité frénétique pour le pouvoir. A savoir se mettre dans la posture de celui qui entend – par-dessus tout - briguer un second mandat en 2015.

Le 24 novembre 2012 à Bouaké, à l'occasion de la rentrée politique du RDR, Amadou Soumahoro, l’impétueux secrétaire général par intérim de ce parti, fut le premier à annoncer les couleurs : « Je peux vous le dire, Alassane Ouattara va faire ses 10 ans. Peut être qu’on va mettre un an dessus (…) ». Le concerné, Alassane Ouattara – en personne - dans une interview accordée au magazine J.A (Jeune Afrique) ne dit pas non plus le contraire: « Oui, vraisemblablement, je serai amené à solliciter un deuxième mandat ». Comme on peut le constater, le signal lancé par le RDR en direction de ses éventuels adversaires est, on ne peut plus clair. Il tient en quelques mots: « j’y suis, j’y reste ».

Ce n’est pas tant l’ambition manifeste du RDR, quant à briguer un second mandat qui fâche, mais plutôt le timing et les moyens pernicieux dont il pourrait se servir pour parvenir à ses fins.

Ainsi, la gloutonnerie aidant, ce parti ne se contente pas que de lancer des signaux. Il fait aussi sien le dicton selon lequel « qui veut aller loin, ménage sa monture ». Le RDR prépare donc avec beaucoup d’habileté un plan pernicieux. Un plan dans lequel, on peut citer entre autre, la restructuration annoncée au sein du parti à la case.

Que cache cette « restructuration », sinon mettre d’ores et déjà en place les pions et les stratégies pour l’échéance présidentielle de 2015 ?

Même si les dernières élections locales ont laissé croire que le RDR a été considérablement affaibli par le phénomène des indépendants, ce n’est pas tant ce qui motive les réglages que le RDR entend opérer en son sein. Un cadre de ce parti, pressenti pour intégrer la nouvelle direction, confie au confrère du quotidien Nord-Sud: «Nous allons réformer le parti, en ayant les yeux rivés sur l’échéance de 2015 qui pointe déjà à l’horizon ».

Une machination en préparation

« Le RDR est, et demeure la première formation politique de Côte d’Ivoire », lançait récemment Joël N’guessan, porte-parole du RDR, au cours d’un point de presse, en s’appuyant sur les chiffres des dernières élections locales (législatives, municipales et régionales).

Au parti à la case verte, le mot d’ordre semble être « tous les moyens sont bons ». Pourvus qu’ils permettent à celui qui les utilise de se rester au pouvoir. Quelques indices nous permettent de déceler les signes d’une vaste machination en préparation au RDR. Elle consiste à mettre en place les mécanismes d’une « éternisation » d’Alassane Ouattara au pouvoir et dont Joël N’guessan est, sans nul doute, l’un des porte-flambeaux.

En effet, n’est-il pas facile d’affirmer qu’on est premier quand le Front Populaire Ivoirien (FPI), principal parti d’opposition – dont on ne peut malgré tout ignorer la force - est et demeurent sournoisement exclu du jeu politique, donc absent de ces élections ? Le FPI qui, malgré tout a réussi à boycotter ces élections comme l’atteste le faible taux de participation sur terrain. Un taux bien plus faible celui de 30% avancé par la caduque Commission Electorale Indépendante (CEI). Une commission plus que jamais au service du régime d’Alassane Ouattara.

Dire que son parti est premier, alors qu’il a – au préalable – pris grand soin de contraindre à l’exil ou d’emprisonner la quasi-totalité des cadres de l’opposition et que le sur le terrain, le véritable jeu politique peine à voir le jour par la seule volonté d’un régime qui n’a d’égal en matière de violence, de violation des Droits de l’Homme et de négation de l’Etat de droit.

Il faut donc, en effet – et avant tout - saisir au-delà de l’affirmation gratuite de Joël N’guessan, porte-parole du RDR, une tactique des républicains qui consiste à préparer les esprits à un holdup électoral qui sera mis en œuvre pour 2015.

Ensuite, à travers une telle affirmation –  réalité un écran de fumée - Joël N’guessan et le RDR espèrent ainsi galvaniser leurs militants qui, visiblement n’ont pas manqué – en de multiples circonstances - de manifester leurs mécontentements.

Enfin, en prétendant être « la première formation politique de Côte d’Ivoire », le RDR actionne un volet – non moins important - de sa tactique qui consiste à sonder, tâter le terrain, à voir comment ses éventuels adversaires politiques réagiront à sa provocation et surtout comment ces adversaires se préparent à leur tour pour l’échéance de 2015, évaluer leurs forces et leurs faiblesses... C’est donc à un jeu de tactique bien huilé que se livre insidieusement le RDR.

Une ambition inopportune

Un autre volet de ce plan pernicieux, consiste à laisser trainer les choses.  En effet, l’ambition grossièrement affichée du RDR de faire perdurer le règne d’Alassane Ouattara à la tête de ce pays, dénote d’une attitude à la fois inopportune et irresponsable, dans la mesure où il s’agit – visiblement -  de faire fi des questions essentielles et urgentes du moment, ou tout au moins les laisser trainer jusqu’aux prochaines échéances électorales, en 2015. En ne s’attaquant pas franchement et résolument  - ou en faisant semblant de s’attaquer - aux problèmes cruciaux tels que la question de l’impunité, de la réconciliation nationale, de la réforme de l’armée, du désarmement, des Droits de l’Homme, des prisonniers politiques, du chômage…, le RDR s’inscrit dans la logique de la mise en œuvre de son plan machiavélique. En agissant ainsi, le RDR, ne fait que démontrer à la face du monde qu’elle ne fait que de l’obtention d’un second mandat - pour son mentor Alassane Ouattara - son véritable et seul cheval de bataille.

Régler les problèmes à moitié ou remettre leurs résolutions aux calendes grecs, servira – sans doute – au pouvoir RDR à justifier ce qu’il pourrait être tenté d’appeler, selon l’expression consacrée : « l’impérieuse nécessité » de solliciter un second mandat.

Avec un FPI « retranché » dans sa logique de « préalables » et son corolaire de refus de participer à tout scrutin électoral ; un PDCI qui, bien que allié du RDR, pourrait être aussi tenté de se hisser au pouvoir, mais qui, malheureusement est tenu en laisse par le RDR par la promesse de partage du gâteau. Une alliance dont la clé de voûte, reste de toute évidence l’octogénaire Konan Bédié – président du PDCI - qui lui, envisagerait le même scénario que celui de 2010, mais cette fois, avec Alassane Ouattara comme candidat unique du RHDP au premier tour du scrutin présidentiel de 2015. En tout état de cause, qui pourrait nier que le contexte et les circonstances actuelles – tant qu’ils demeurent en l’état - ne profitent pas au RDR ?

9,8% pour « effacer » plus d’une décennie de tragédie

Selon certains caciques du régime RDR, « La paix et la réconciliation viendront toutes seules, lorsque l’activité économique aura repris ». Pour eux, cela sous-entend que le chiffre mirobolant de 9,8 % de taux de croissance brandi à tout vent par le régime en place, est une prouesse que son mentor Alassane Ouattara aurait réalisée en seulement deux ans de règne. Cela suffirait donc pour que les questions brûlantes du moment ne soient plus que de vieux souvenirs qu’il faille délaisser et se tourner résolument vers 2015. Dans ce cas, il faudrait – selon ces derniers - au nom de la relance économique, passer plus de vingt ans de frustrations, de douleurs et de rancœurs, par pertes et profits.

N’est-ce pas assurément mener la Côte d’Ivoire vers une énième crise que de souscrire à de telles inepties ?

Alioune Tine, défenseur des droits de l’homme, jette – malgré tout -  un regard objectif sur la situation en Côte d’Ivoire, lorsqu’il déclare : « Il faut tirer toutes les leçons de la tragédie passée pour reconstruire une nouvelle Côte d’Ivoire. L’opposition ne doit pas rester en marge. Un pouvoir qui veut exclure l’opposition n’a pas d’issue. L’essentiel, c’est la réconciliation nationale. Il faut que le leadership économique accompagne le leadership politique ».

En tout état de cause, Alassane Ouattara et le RDR font-ils preuve de bon sens et de responsabilité en se mettant dans la peau d’« ambitieux » du pouvoir plutôt que celle de gouvernants consciencieux et soucieux du bien-être de leurs concitoyens meurtris par plusieurs décennies de crises et son corolaire de misères ? Certes conquérir le pouvoir a été et reste de tout temps, une ambition noble et légitime. Cependant, le RDR n’a nullement pas le droit de sacrifier ce pays et les ivoiriens sur l’autel de ses ambitions égoïstes. Ce parti politique – le RDR - et son mentor Alassane Ouattara n’en n’ont pas le droit.

Dès lors qu’ils sont actuellement au pouvoir, c’est avant tout de leur responsabilité première de régler les problèmes essentiels de ce pays ou, à défaut, de créer  les conditions d’un cadre propice à leur résolution. Alassane Ouattara et le RDR n’ont donc pas le droit de se soustraire à leurs prérogatives en tant que détenteurs du pouvoir, pour se focaliser – à tout prix - sur un plan insidieux d’accaparement du pouvoir.

En analysant donc plus sereinement le contexte sociopolitique ivoirien actuel et tout ce qui se trame chez le parti à la case verte, on n’en arrive à l’implacable conclusion que, nous sommes bien ici en face d’un holdup électoral en préparation pour 2015, avec en perspective des conséquences qui pourraient s’avérer désastreuses pour ce pays, si rien n’est fait dès à présent pour stopper la « machine » RDR.

Pour finir, il y a lieu de reconnaitre que la question ici n’est pas de s’inquiéter ou de se morfondre à attendre que le RDR s’explique sur sa propension à fouler aux pieds ses responsabilités vis-à-vis des ivoiriens, mais de freiner son élan et de ruiner son  infâme plan. Il s’agira ici de tout mettre en œuvre pour amener ce parti et son mentor Alassane Ouattara à faire face à leurs responsabilités, sinon à annihiler le pernicieux plan qu’ils manigancent dans le dos des ivoiriens. Cette question intéresse – bien sûr et avant tout - les forces politiques ivoiriennes les plus représentatives, notamment le FPI et le PDCI, mais surtout l’ensemble du peuple ivoirien, car demain, car 2015, c’est leur avenir et celui de leur pays qui sera en jeu.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

11/05/2013

Alassane Ouattara, objectif : amuser la galerie pour perpétuer son règne

20130506-13_jeune_afrique_2729.jpg Ces derniers temps, il n’est pas rare de le voir devant micros et journalistes, à la télévision nationale, en page de couverture de magazines politiques. Il parle et parle. Selon ses partisans, « il dit tout ». Comme toujours, depuis son arrivée au pouvoir, il vague sans cesse d’opérations de charme en opérations de charme pour se redorer une image plus que jamais ternie.

Mais nous sommes bien ici en politique. Et en politique, rien ne se fait au hasard. Il nous faut saisir – au-delà de cette machination opaque, le message « subliminal » qu’il nous renvoi.

Alassane Ouattara parle alors qu’on attend de lui des actes concrets. Il parle, répond aux questions des journalistes pendant que le chômage, la vie chère la pauvreté et leurs pénibles corolaires traquent les ivoiriens jusque dans leurs derniers retranchements. Il parle pendant que ces derniers crient leur misère sans savoir – finalement - à quel saint se vouer.

Il ne fait que parler, alors que ses seigneurs de guerre – en toute impunité - s’adonnent – au vu et au su de tous –  à des pratiques mafieuses, à ce que l’on a appelé « des activités économiques prédatrices » dans les zones qu’ils occupent depuis la rébellion de 2002.

Il ne fait que parler. Et ses paroles sont loin d’apaiser les cœurs et les esprits. Car que vaut la parole d’un homme qui a fini par habituer l’opinion nationale -  et même internationale - à des promesses non tenues ? Absolument rien.

Parler pour flatter

L’adage dit : « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». L’homme fort du régime d’Abidjan en est conscient. C’est pourquoi il se donne à fond, dans ce triste jeu de verbiage, monté de toute pièce.

Il lui faut sauver le semblant d’honorabilité qui reste à son régime. Il lui faut colmater les brèches, boucher les fissures qui apparaissent de plus en plus au grand jour. Il faut à monsieur Ouattara, rassurer ses partisans, montrer qu’il a encore toutes les cartes en main et que – sous son règne - demain sera radieux. En l’écoutant, on est tout de suite séduit, tant il manie à merveille promesses, chiffres virtuels sur la croissance économique et optimisme béat. Mais il est loin, bien loin de « transformer les discours en réalité », constatait – il y a peu - Human Rights Watch.

Pourquoi donc s’évertuer à vouloir convaincre – comme le malicieux renard - par des discours vains – un peuple affamé qui n’a d’ailleurs point d’oreilles et qui attend beaucoup de lui sur le terrain si ce n’est pas entre autre pour… ?

Gagner du temps

Pour les dossiers aussi brûlants que ceux du seigneur de guerre Amadé Ourémi qui sévit dans le mont Péko, la cherté de la vie et l’impunité érigée en programme de gouvernance, Ouattara préconise la patience aux ivoiriens. Il déclare : « (…) les dossiers sont en cours » ou encore « (…) on ne peut pas nous demander des résultat après un ou deux ans ».

Ici, le discours n’est pas que creux ou inutilement vain, il est mesuré, calculé d’avance. Il poursuit un but. Il vise à faire gagner du temps à celui qui le tient. Il vise à préparer les esprits à une éventuelle perpétuation de son règne à la tête de ce pays.

En 1990, Alassane Ouattara promettait 100 jours pour redresser l’économie de la Côte d’Ivoire. 100 jours plus tard, il demandait une rallonge. Pendant la campagne présidentielle de 2010, il sollicite 5 ans auprès des ivoiriens, prétendant être « la solution » à leurs problèmes. Deux ans après, soit à mi-parcours de son mandat, le ton du discours est plus modéré et l’ambition est revue à la baisse: « (…) à priori, je ne pense pas qu’il soit possible de redresser la Côte d’Ivoire comme je le voudrais dans les trois ans à venir ». Conclusion : Ouattara est candidat à sa propre succession pour 2015.

Après deux ans de règne à la tête de la Côte d’Ivoire, nous en sommes encore là avec monsieur Ouattara, à nous gaver de « solutions », à nous entre-dévorer comme des chiens affamés que l’on veut distraire en leur jetant des miettes afin d’avoir toute la latitude de commettre son forfait. Bref, après deux ans, nous en sommes encore à assister monsieur Ouattara amuser la galerie. Nous en sommes encore à nous contenter des discours creux et vains alors que les problèmes essentiels, ceux qui touchent à l’avenir de ce pays font l’objet de petites spéculations politiques au profit d’un clan qui entend perpétuer son règne, fut-ce au prix d’une dictature sans égale.

Mais comme toujours et encore, l’on s’accordera à dire que le dernier mot appartient aux seuls ivoiriens. Mais là encore, l’on ne saurait ne pas se demander : sauront-ils taire leurs petites querelles pour déjouer cette supercherie en préparation ?

 

Marc Micael

marcmicael@yaoo.fr 

 

 

07/05/2013

Plat du jour en Dramanistan: promesses et chiffres virtuels

 

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Yopougon Nouveau goudron. J’emprunte un taxi woro-woro, direction Bel air. Dans le taxi, un passager converse avec le chauffeur dont on devine à première vue qu’il est un ami de longue date. 9h38, le soleil darde ses rayons sur nos pauvres crânes. Dans le taxi, la chaleur est encore plus étouffante. Je me hasarde à prêter une oreille indiscrète à leur conversation. D’ailleurs cela ne les gêne pas puisqu’après être monté dans le taxi, ils n’interrompirent pas leur dialogue.

 

-     

-   Chauffeur : (…) tu n’es pas allé accueillir le président lors de sa visite dans le Tonkpi ?

 

-      Passager : Quoi ? Je vais aller faire quoi là-bas ? à l’heure où tout le monde se cherche, je vais aller perdre mon temps là-bas. Djo, ça chauffe trop actuellement.

 

-      Chauffeur : Djo, tu as raison, c’est pas toi seul. Eux (Ouattara et ses ministres ndlr) ils sont rassasiés, alors que nous, on souffre ici. La vie est devenue trop dure tchè !

 

-      Passager : Oui, nous on souffre, pendant que certains sont à la fois Ministres, Députés, Maires, Directeurs et hommes d’affaires. C’est eux qui ont tous les marchés. Ils font pour eux vis-à-vis et puis ça va pas quelque part.

 

-      Chauffeur : en tout cas, c’est là que le Prési a  vraiment zaillé (faillit ndlr)

 

-      Passager : vrai vrai là, il a zaillé partout même !

 

J’écoute sagement la conversation. Je n’en reviens pas. Des partisans de Ouattara – car à leur façon de l’appeler affectueusement « Prési » - déçus – à mi-parcours – de leur mentor ! Des partisans de Ouattara se plaignant de la gabegie au sommet de l’Etat, de la cherté de la vie, de la rareté des emplois, bref de la misère ambiante qu’ils subissent, c’était inattendu.

 

Quand je descendis du taxi, le soleil avait redoublé d’ardeur, comme pour me rappeler que ce que je venais d’entendre de mes propres oreilles, n’était rien d’autre que la triste vérité.

 

Je me demandai : mais alors que font-ils des discours, promesses et chiffres virtuels de croissance que le régime Ouattara leur sert ? Auraient-ils compris qu’en fin de comte, l’essentiel n’était pas d’arriver au pouvoir, mais de pouvoir répondre aux attentes des populations, sans exclusion. Et qu’il fallut privilégier le bien-être de ces populations, pour qu’elles puissent se nourrir à leur faim, trouver et exercer un emploi pour vivre décemment, jouir de leurs libertés, bref, vivre dans un pays où les gouvernants ne s’accaparent pas à eux seuls le peu d’ombre qui reste et que leurs paroles se traduisent en actes concrets, pour le bien-être des citoyens et celui de leurs familles.

 

Après ce bref échange dont je fus le témoin privilégié, je compris que les partisans de Ouattara, comme les autres ivoiriens d’ailleurs, ploient sous le poids de la misère, ils ont faim, mais comme à son habitude, Ouattara leur sert comme plat, des promesses et des chiffres virtuel. Pendant que les proches de son clan se la coulent douce et s’en mettent plein les poches. Et ce, jusqu’à quand ?

 

Marc Micael

zemami1er@yahoo.fr


 

 

 

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