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30/06/2013

Ouattara, la course aveugle au second mandat

ado_invest_12.jpgLe FPI (Front Populaire Ivoirien), principal parti d’opposition en Côte d’Ivoire, par la voix de son secrétaire général, Kodjo Richard, aura beau gesticulé, crié haut et fort son indignation, Alassane Ouattara et son clan resteront sourds à ses jérémiades. Car rien ne compte pour ces derniers, à l’orée de 2015, que le vif désir de briguer un second mandat.

Pour parvenir à leurs fins, ils ne lésinent pas sur les moyens. Et, disons-le tout net, pour les ouattaristes et leur mentor, la fin - sans nul doute - justifie les moyens.

S’ils étaient – au début – maquillés de prétextes fallacieux, comme ceux que l’on a déjà eu l’habitude d’entendre : « pas de réconciliation sans justice » ou encore « sans justice, il ne peut y avoir de d’amnistie »…, le temps – cet autre nom de Dieu, puis certaines indiscrétions et enfin les agissements orchestrés par le régime en place et dont plus personne n’est dupe, ont fini par dévoiler les tenants et les aboutissants du plan machiavélique mis en œuvre par ce régime pour s’arroger un second règne à la tête du pays des éléphants.

Dans sa rubrique « pouvoir et réseau », La Lettre du Continent (N°661 du 19 juin 2013), périodique français d’informations dont on ne peut nier d’être au parfum de ce qui ce qui se trame dans les cercles des pouvoirs, notamment africains, nous en livre quelques pistes : « Après avoir publiquement qualifié de ‘’vraisemblable’’ sa candidature à la présidentielle de 2015, Alassane Ouattara prépare déjà cette échéance. (…) ADO s’appuie sur Henri Konan Bédié pour étouffer toute velléité de candidature d’une personnalité forte sous la bannière du PDCI (…) Quand au FPI, il ne constitue en rien un danger pour Alassane Ouattara. Son affaiblissement par le maintien en exil ou en prison de ses principales figures, débouche pour le moment sur le boycotte du parti de Laurent Gbagbo de toutes les consultations électorales».

Ce périodique ne fait que confirmer ce que les observateurs avisés de la scène politique ivoirienne savent déjà. A savoir…

La mise en œuvre d’un plan sordide pour réaliser un second mandat

De peur de perdre  d’avantage la face – plus qu’elle ne l’est déjà  - au sortir de d’un mandat calamiteux, Alassane Ouattara sait pertinemment que désormais, pour lui, les minutes sont comptés. D’où son empressement à déclarer sa prochaine candidature en 2015, alors qu’il peine à  tenir ses promesses faites aux ivoiriens durant la campagne présidentielle de 2010. N’est-ce pas lui qui avait demandé à ces ivoiriens, que seulement cinq ans pour étonner le monde ? Pour transformer la Côte d’Ivoire en une terre où pleuvent des milliards de  nos francs ?

Certes le plus déplorable ici, n’est pas de se demander pourquoi monsieur Ouattara engage une course poursuite contre la montre en vue d’un second mandat, mais de ne pas perdre de vue que dans cette logique, l’approche la plus sordide soit mise en œuvre pour y parvenir. Il s’agit de : museler le PDCI au profit du candidat du RDR, en complicité avec Konan Bédié ; maintenir en exil et en prison les cadres de l’opposition, non sans geler leurs avoirs ; faire la sourde oreille aux revendications de l’opposition ; consacrer l’impunité dans son propre camp ; refuser le financement aux partis de l’opposition ; et enfin, entretenir un climat de terreur au détriment de tous ceux qui s’opposeraient à son règne.

L’aveuglement

A croire qu’il est seul maître à bord, Alassane Ouattara se croit aveuglement tout permis. Peut-être, ignore t-il que dans son acharnement à briguer coûte que coûte un second mandat, en s’investissant pour ce faire, dans le rôle de geôlier en chef de et tortionnaire sans égal, il exacerbe les haines, les colères et les rancœurs ? Sait-il seulement que les ivoiriens, dans leur silence lourd, ruminent impatiemment la misère, le chômage la pauvreté et l’insécurité dans lesquels il les plonge de jour en jour pour assouvir son égoïste ambition de réaliser un second mandat ?

Si dans un récent rapport, du côté de l’Onu (organisation des nations unies) l’on persiste à dire - malgré tout le tapage médiatique orchestré par le régime – que « les menaces qui pèsent sur le pays sont réelles », ce n’est pas l’avis d’Hamed Bakayoko, le « sécurocrate » en chef de la Ouattarandie. Pour lui, tout serait sous contrôle. Son mentor n’aurait plus alors qu’à dormir sur ses deux oreilles, en attendant tranquillement 2015.

Mais, les anciens, ont pour coutume de dire que : « Dieu seul décide de quoi demain sera fait ». Et Dieu, n’est nul autre que celui dont il est fait mention dans cette locution latine : « vox populi, vox Dei » (voix du peuple, voix de Dieu).

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr  

 

 

 

 

28/06/2013

Côte d’Ivoire : la justice des vainqueurs ou la « nazisation » des pro-Gbagbo

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Si d’aucuns croient encore qu’il ne s’agit que d’une simple vue de l’esprit, ils se trompent. Mais alors lourdement. En Côte d’Ivoire, il existe bel et bien une justice des vainqueurs. Cette politique inique qui consiste à ne poursuivre, traquer, emprisonner, accuser de tous les maux…, qu’une et une seule partie d’ivoiriens pour leurs opinions politiques. Mieux, Gnenema Coulibaly, ministre de la justice sous Ouattara, nous livre ce qui  en constitue le véritable fondement.

En effet, dans un entretien - qualifié de « grande interview » - accordé au principal quotidien pro-RDR (rassemblement des républicains, parti politique d’Alassane Ouattara), ce monsieur nous révèle – à mots à peine voilés – comment, en Côte d’Ivoire, le régime actuel au pouvoir, a toujours perçu tous les militants du FPI (front populaire ivoirien, parti politique crée par Laurent Gbagbo), les sympathisants de ce parti et – par ricochet - tous les ivoiriens qui croient et se sentent proches des idéaux de Laurent Gbagbo - c'est-à-dire, tous ceux que l’on nomme « pro-Gbagbo » - au sortir de la guerre post-électorale survenue en Côte d’Ivoire : « La Côte d’Ivoire n’est quand même pas le premier pays au monde qui connait une telle situation. Quand la guerre est finie en Europe, les Nazis n’ont-ils pas été les seuls à être poursuivis et jugés ? ». Voilà qui est clair.

Ainsi donc, les pro-Gbagbo ne sont rien d’autre, aux yeux des hommes d’Alassane Ouattara que de vulgaires nazis.

Cette comparaison des pro-Gbagbo aux nazis, du temps du triste Hitler, dicteur allemand – et des atrocités que ces nazis ont commis – est, à elle seule symptomatique de l’état d’esprit qui conduit inévitablement aujourd’hui, à la pratique de la justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire, par le régime d’Alassane Ouattara.

Dès lors, l’on comprend mieux cette cynique méthode de gestion de l’après-guerre post-électorale en Côte d’Ivoire, mais et surtout, les agissements qui en découlent.

Pro-Gbagbo, des moins que rien

A la question se rapportant au traitement des prisonniers pro-Gbagbo, le ministre répond : « Ceux dont vous parlez dans cette marre (9295 détenus, selon ses dires, ndlr), ne sont que des gouttes d’eau. (…) Quand vous parlez de deux ou trois personnes, vous vous rendez compte véritablement que ce n’est pas la tasse la plus grande à boire dans cette affaire. ». A lire ce qui précède, l’on se demande bien si monsieur Gnenema mesure la gravité de ses propos. La présence des prisonniers pro-Gbagbo dans les geôles de la ouattarandie, le traitement qu’ils y subissent, n’est-ce pas aussi-là, l’une des principales causes de la tension socio-politique qui perdure depuis la prise du pouvoir par son mentor Alassane Ouattara ? On ne peut se voiler la face devant ce qui apparait comme une privation en masse de liberté pour des personnes à cause – visiblement – de leurs choix politiques. Car la crise ivoirienne et singulièrement, la post-électorale, est avant tout, une crise politique, née d’un contentieux entre deux camps politiques. Nier, voire refuser aux prisonniers politiques, leur statut et la place incontournable qu’ils doivent occuper dans le processus de réconciliation nationale et de cohésion sociale en Côte d’Ivoire, est une regrettable erreur de jugement. Mais, n’est-ce pas - là aussi - la logique de « nazisation » d’une partie d’ivoiriens qui ne sont en fait, rien aux yeux du régime en place, sinon des prisonniers sans aucune importance, des nazis qui méritent bien leur sort ?

Faire mourir à petit feu ces nazis ivoiriens

Jusqu’à quand resteront encore en prison ces pro-Gbagbo, ces nazis ivoiriens ? Car le constat est-là. Plus qu’alarmant. Certains d’entre ces prisonniers n’ont – à ce jour – jamais pu voir leurs avocats, ni même bénéficier d’un début de procès.

« Ces dossiers avancent » ou encore, « ces dossiers sont en cours de traitement ». Voici ce qui, depuis bientôt plus de deux ans, reste l’invariable réponse donnée par les vainqueurs - à la juges et partie - de la ouattarandie. A ce rythme, la stratégie est claire, identique à celle appliquée aux nazis allemands, au sortir de la seconde guerre mondiale. En Côte d’Ivoire, il s’agit aussi de maintenir en détention et, pour le restant de leur vie, toutes ces personnes, fautives pour leur proximité avec Laurent Gbagbo, de sorte à les y faire mourir à petit feu.

Pro-Gbagbo, seuls coupables, comme les nazis

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, il est vrai que des nazis allemands ont été les seuls à être poursuivis et jugés. Il est aussi bien évidemment que les concepteurs, les commanditaires, les responsables de la mise en œuvre et les exécutants de cette guerre absurde qui a coûté la vie à plusieurs millions d’hommes, de femmes et d’enfants, soient jugés et poursuivis.

Mais en Côte d’Ivoire, qui sont es concepteurs, les commanditaires, les maîtres d’œuvre de la guerre post-électorale ? Qui sont ceux qui prirent le raccourci des armes comme unique solution dans un malheureux contentieux électorale ? Qui sont-ils, ceux qui ont crié haut et fort : « les armes se sont imposées à nous » ?

Le règne du pouvoir absolu et de la pensée unique

N’en déplaise à ceux qui pourraient s’offusquer de ce qui apparait, ni plus ni moins ici comme une « nazisation » de cette large frange d’ivoiriens, c'est-à-dire, la justice des vainqueurs qui a cours en Côte d’Ivoire, à ceux-là, monsieur Coulibaly Gnenema, ministre de la Justice d’Alassane Ouattara, répond, non sans désinvolture : « Nous avons un pays à gérer. Et personne ne pourra imposer à la Côte d’Ivoire une quelconque volonté. Nous travaillons comme nous estimons bon pour les populations et pour la Côte d’Ivoire ». En d’autres termes, monsieur Gnenema affirme – à mots couverts - que poursuivre ceux de son camp, coupables avérés de crimes graves, ne serait donc pas – aux yeux du régime Ouattara - une priorité. Aussi, nul ne saurait contraindre ce régime à adopter une attitude contraire. Car il est le détenteur absolu du pouvoir. Ce régime compte donc imposer sa pensée à tous et n’a, finalement, pas de compte à rendre à personne. Ainsi sonna-t-il le glas : en Côte d’Ivoire, seul le camp Gbagbo, s’est rendu coupable de crimes ayant occasionnés plus de 3000 morts. Il doit en payer le prix, lui et lui seul. Et la réconciliation dans tout ceci, pourrait-on se demander ?

Au regard de ce qui précède, il est bien évident qu’elle se fera de la manière dont Ouattara et son camp la conçoive.

En attendant, les hommes du FPI, et tous les pro-Gbagbo, ces nazis identifiés comme tels, ont-ils – sous cette forme de dictature – le choix d’autres moyens d’expression, en dehors de leur refus à s’asseoir à la même table de dialogue que leurs bourreaux-accusateurs ?

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

26/06/2013

Du MPCI au « Commando invisible » ou la sorcellerie politique

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La prise des armes fait-elle partie des modes d’acquisition du pouvoir en matière de démocratie ? Aussi déconcertante puisse-t-elle paraitre, la question n’est pas fortuite. En effet, au regard de toutes les machinations saugrenues qui ont  cours actuellement et depuis maintenant plus de dix ans dans un pays comme la Côte d’Ivoire - pays qui se veut démocratique - les ivoiriens ont le droit de savoir : comment des personnes, se prévalant du titre de démocrates, arrivent-ils à justifier la prise des armes comme unique solution pour résoudre la moindre question politique ?

En Côte d’Ivoire, il est encore présent dans les esprits, qu’au soir d’un certain du 18 septembre 2002, des rebelles venus du nord, des individus aux noirs desseins, ont tenté vainement de renverser un pouvoir démocratiquement installé. Et ce, par la seule force de leurs armes, non sans créer désolation, tristesse et chaos sur leur chemin et dans les zones qu’ils finirent par occuper. L’on se souvient encore comme d’hier, comment, des gendarmes, des policiers, des civils, qui n’ont pas eu la chance de fuir ces zones contrôlées par la rébellion, ont été massacrés et enterrés dans des fosses communes. L’on n’oublie pas comment – à cette période - des femmes ont été égorgées et éventrées, ainsi que des nouveau-nés. L’on se souvient des crimes de Guitrozon et de Petit-Duékoué, des victimes de Duékoué, massacrées en une seule journée et celles qui pensaient avoir trouvé refuge dans un camp de déplacés à Nahibly, mais qui y ont finalement subit le même sort. Toutes ces personnes, tuées pour leur proximité avérée ou supposée avec Laurent Gbagbo ; ces hommes, ces femmes et ces enfants dont la mort tragique et atroce est encore présente dans nos mémoires… Et d’Abobo ? La tristement célèbre commune d’Abobo ? Abobo, « quartier général » de la bande armée dénommée « commando invisible » qui s’en n’est violemment pris à tous ceux - populations civiles, policiers, gendarmes et militaires - qu’il jugeait – de façon arbitraire - hostiles à l’avènement au pouvoir de son mentor : Alassane Ouattara ?

L’on se souviendra et l’histoire retiendra de ces nihilistes, de ces ennemis de la vie humaine, cette fallacieuse phrase : « Les armes se sont imposées à nous ». Voici donc qui suffit pour justifier tant de sang inutilement versé ; tant de barbarie et de cruauté bestiale. Alors qu’il ne s’agissait- en fait - que de problèmes politiques, pouvant et devant être logiquement résolus dans un cadre démocratique.

Il faut donc nécessairement aux ivoiriens s’interroger pour savoir et comprendre ce qui, depuis 2002 à nos jours, constitue, non pas une simple thèse, mais une véritable idéologie qui sous-tend cette nébuleuse classe politique actuellement au pouvoir en Côte d’Ivoire, depuis l’avènement de la rébellion armée dénommée MPCI (mouvement patriotique de Côte d’Ivoire), à celle dite du « commando invisible » : « la prise des armes comme unique moyen de résolution de problèmes politiques et surtout d’accession au pouvoir ». Il faut absolument aux ivoiriens y consacrer toute leur énergie, s’ils veulent éviter à leur beau pays de sombrer dans une perpétuelle crise socio-politique aux conséquences inimaginables.

Comme toute idéologie, celle qui préconise l’usage armes en démocratie est un concept qui a été produit par la classe politique aujourd’hui au pouvoir, dans le but d’y faire adhérer les autres, sinon de les dominer. Elle s’adapte selon le milieu et les circonstances.

Ainsi en 2002, il s’agissait – pour les concepteurs de cette idéologie - de rallier tous les ressortissants du nord de la Côte d’Ivoire – et même certains étrangers - à leur cause, en arguant qu’ils étaient victimes de l’exclusion, et de la xénophobie. Et, qu’enfin de compte, il n’y avait que les armes seules pour les libérer du « triste sort » que leur faisait subir le régime en place. Celui de Laurent Gbagbo. Un régime qu’il fallait donc déloger à coups de kalachnikovs, de grenades, de lance-roquette et autres armes de guerre qui sèment la mort à leur passage.

En 2010, lors du contentieux électoral de la présidentielle, ces mêmes concepteurs n’ont rien fait d’autre que de mettre en œuvre leur idéologie, la même que celle de 2002: prendre les armes, avec en ligne de mire, le pouvoir. Peu leur importait le nombre de victimes et les conséquences que cela pourrait avoir sur l’avenir du pays. L’essentiel était de prendre le pouvoir, puissent-il y parvenir en traversant un océan de sang humain.  

Comme on peut s’en rendre compte, dix ans après plusieurs tentatives infructueuses, l’idéologie des armes a fini par s’imposer en Côte d’Ivoire, non sans –une fois encore - le soutien déterminant du colon français, tout aussi naturellement porté par la propension à user des armes comme mode de règlement de conflits politiques.

De 2011 à nos jours, soit après deux ans le triomphe des armes, la Côte d’Ivoire s’en est-elle sortie au point de retrouver toute sa sérénité et sa quiétude ? Non. Bien évidemment. Le constat est plutôt alarmant. Deux ans après, la voilà encore en train de surfer sur les dangereuses vagues de cette idéologie tribaliste, régionaliste et foncièrement meurtrière : la justice des vainqueurs, l’impunité, le rattrapage ethnique, l’animalisation d’une partie d’ivoiriens, la violence et la terreur… Bref, la dictature comme mode de gestion du pouvoir.

Après cela, de quelle démocratie peut-on encore bien parler en Côte d’Ivoire, lorsque les pays occidentaux se disant puissances démocratiques sont les premiers fournisseurs d’armes à des rebelles, leur promettant – au passage - de fermer les yeux sur leurs atrocités, en échange du bradage de la souveraineté économique du pays à attaquer? Il ne peut s’agir ici, que de ce que nous conviendront d’appeler de la pure et simple sorcellerie politique.

En définitive, les ivoiriens doivent toujours garder à l’esprit que la prise des armes pour accéder au pouvoir, cette sorcellerie politique, est absolument à proscrire pour les générations présentes, mais aussi pour celles à venir. Elle doit être combattue, non pas avec la même barbarie. Mais avec conviction, intelligence, fermeté et courage si l’on veut – un jour -  donner une chance à ce pays de relever la tête. Le défi sera donc pour les ivoiriens, non pas de se contenter de le vouloir, mais de pouvoir unir leurs forces pour arriver à exorciser cette diabolique idéologie qui concoure dangereusement à la perte de leur pays.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

10/06/2013

Le Ministre Kahé Eric s’indigne contre le ‘’Patriote’’


téléchargement (3).jpgDans un titre chaotique servi par un quotidien ivoirien qui a rapporté des propos de représentants de victimes sélectives et qui rappelle malheureusement une certaine carte de la Côte d'Ivoire qui a préfiguré la partition de l’après-septembre 2002, nous lisons que
«Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d'Ivoire».

En raison du caractère hautement dangereux d’un tel titre, il nous pose problème. Il pose aussi la question de savoir pourquoi une telle haine envers un homme avec lequel on avait naguère bâti le Front Républicain, ancêtre du combat pour la non exclusion? Peut-on être du côté du pouvoir et distiller tant de haine? Laurent Gbagbo fait-il donc si peur? L’auteur d’une telle politique ne dessert-elle pas l’image extérieure de son propre mentor et celle du régime que l’on tente parallèlement de construire à coup de milliards? Pour tout occidental, ce titre est haineux car la libération de Gbagbo ne devrait reposer que sur l’exactitude des faits à lui reprochés.

Natif d’une région où, en une seule nuit, j’ai perdu des milliers de compatriotes, je ne peux continuer de me taire face à ceux qui promettent encore de brûler les cendres qui nous restent! Je ne serais pas surpris du mépris de ceux qui ne regardent qu’au contenu de leur assiette plutôt qu’à l’avenir de la nation. Ceux-là me répondront que je suis laid, chef d’un "parti politique dont les militants ne peuvent remplir une boîte d’allumettes", indigent car n’ayant profité d’aucun casse de la Bceao, ni rien détourné pendant mon passage au gouvernement! Mais est-ce là le vrai débat? Mon indigence n’intéresse pas les Ivoiriens! Seul compte le débat des idées. À tous ceux qui seraient tentés de répondre au messager, de grâce, répondez au message car il y a mieux que la haine: la nation.

«Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d'Ivoire»! Et pourtant depuis deux ans que Laurent Gbagbo est privé de liberté, la Côte d'Ivoire ne cesse de brûler du feu de l’injustice, servi par une justice des vainqueurs! Je m’incline chaque jour devant la cause des victimes parce que porteur des mêmes douleurs, mais doit-on encore accepter d’instrumentaliser nos terribles souffrances à des fins de haine? Brandir le feu n’est-il pas un moyen d’avouer une incapacité à faire justice aux victimes?

«Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d'Ivoire»! Et pourtant depuis deux ans que Laurent Gbagbo est privé de liberté, la Côte d'Ivoire ne cesse de brûler. Laurent Gbagbo n’était-il pas à la CPI quand, parlant de la région de l’Ouest, Amnesty International a écrit: «Cette région, la plus meurtrie par la décennie d’instabilité qu’a connue le pays, a une nouvelle fois été le théâtre de violences lors de l’attaque, en juillet 2012, du dernier camp de personnes déplacées situé à Nahibly, à proximité de la ville de Duékoué (à 450 km d’Abidjan). Cette attaque a été perpétrée par des populations locales soutenues par des Dozos, une milice de chasseurs traditionnels soutenue par l’État et par l’armée. De nombreux témoignages recueillis par Amnesty International font état d’arrestations, de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires et d’une volonté des assaillants de raser ce camp de personnes déplacées». Le rapport poursuit d’ailleurs par cet autre constat: «Aucun des auteurs des violations et atteintes très graves aux droits humains décrites dans le présent rapport n’a été traduit en justice ni même relevé de ses fonctions. Cela illustre l’échec des autorités ivoiriennes à instaurer un état de droit près de deux ans après l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités. Loin de répondre aux espoirs d’une justice impartiale, les autorités ont exclusivement ciblé les partisans avérés ou présumés de l’ancien président Laurent Gbagbo et ont amorcé à leur encontre des procédures judiciaires dilatoires qui ne respectent pas les normes internationales d’équité. (…) l’instruction est faite uniquement à charge sans qu’il y ait eu, à ce jour (février 2013), ni confrontation avec des victimes ni aucun élément de preuve matériel communiqué à la défense».

«Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d'Ivoire»! Et pourtant depuis deux ans que Laurent Gbagbo est privé de liberté, la Côte d'Ivoire ne cesse de brûler, même quand des alliés organisent une élection à laquelle ne participe pas l’opposition et qui, mettant en compétition biaisée les alliés du régime, dégénère en violences malgré un "désert électoral".

«Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d'Ivoire»! Et pourtant depuis deux ans que Laurent Gbagbo est privé de liberté, la Côte d'Ivoire ne cesse de brûler avec une corruption galopante reconnue par le pouvoir comme difficile à combattre et une gouvernance de communication qui ne laissent aux populations que le choix de la misère!

«Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d'Ivoire»! Et pourtant depuis deux ans que Laurent Gbagbo est privé de liberté, la Côte d'Ivoire ne cesse de brûler, avec des personnalités de haut niveau qui promettent le cimetière à leurs adversaires politiques au point de se faire surnommer "Cimetière"!

La justice que l’on réclame, à juste titre, pour les victimes ne peut leur être profitable que dans un climat de paix et de cohésion sociale. Nous avons le choix entre plusieurs solutions dont celle à la sud-africaine, celle à la Nuremberg, etc. Notons toutefois qu’à Nuremberg ce ne sont pas les Allemands qui ont jugé les Allemands. Nous sommes tous les enfants d’un même pays.

Avec une Côte d'Ivoire humiliée sur la scène internationale et défigurée, apprenons à faire profil bas et surtout à envisager un avenir à notre pays au travers d’un pacte républicain qui n’effacerait pas les rapports de force! La Côte d'Ivoire brûle déjà. Et c’est sans doute en faisant justice à Laurent Gbagbo, un compatriote à nous tous, que nous libérerons notre pays et que nous ferons tomber une pluie sur toutes ces braises ardentes ! Que nous éteindrons ce volcan qui couve!

La paix, ce ne sont pas seulement des déclarations d’intention ou des mots mais aussi des non-mots! Surtout des actes d’amour!

Nous sommes allés trop loin dans la haine pour aller plus loin. Ici, doit s’achever la course! BORIBANA[1]!

Le ministre Eric KAHE

Président en exil de l’AIRD

 

 



[1] Expression Malinké signifiant « la course se termine ici »

09/06/2013

QUELLE DÉMOCRATIE SOUS OUATTARA ?


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L’opposition ivoirienne, dont le FPI (Front Populaire Ivoirien) est la principale figure de proue, va-t-elle encore verser dans ce qui - jusqu’ici - n’a été qu’une démarche quasiment infructueuse ? C'est-à-dire, rester-là, à pleurnicher sur l’arrestation de l’un de ses membres par le régime névrotique d’Abidjan ? La question circule sur les lèvres, dans la capitale Abidjanaise où, de nombreuses voix s’élèvent de plus en plus pour dire que la récente arrestation de Koua Justin, président  de la JFPI (jeunesse du FPI) est « la provocation de trop ». Une provocation face à laquelle l’opposition ne doit plus rester passive.

Mais, l’approche qui mérite ici d’être faite est, non pas de dénoncer l’apparente passivité du FPI, mais de se demander si le FPI a aujourd’hui, la possibilité de mener des actions d’envergure sur le terrain, pour réclamer la libération ou du moins, protester contre les arrestations arbitraires et les détentions abusives de ses membres, dans un contexte où le régime en place - totalement sourd aux critiques et aux dénonciations – a la dangereuse manie de confondre « démocratie » et « verser du sang » ? En d’autres termes, le FPI peut-il actuellement user – en toute liberté - de tous les moyens démocratiques dont il a normalement droit, dans un Etat qui s’estime démocratique ?

Le constat

Depuis le changement brutal de régime – genre bombes françaises – survenu en Côte d’Ivoire, l’opposition n’a jamais pu organiser une manifestation digne de ce nom. A part – bien sûr – les meetings de Koumassi et Yopougon place Ficgayo, qui ont pris brutalement fin avec l’irruption de bandes de voyous – sans doute sous l’effet de substances hallucinogènes – et dont les intérêts convergeaient naturellement avec ceux du régime en place. A savoir empêcher l’éclatement de la vérité à travers la mobilisation de la masse. Depuis l’avènement d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire, toutes les manifestations d’envergure projetées par l’opposition, sont sournoisement et systématiquement frappées d’interdiction. Plus cynique encore. La stratégie totalitaire du régime d’Abidjan ne se limite pas qu’à interdire les manifestations. Elle vise aussi et résolument à mettre sous l’éteignoir les acteurs politiques qu’il juge potentiellement « dangereux ». Donc qui pourraient contribuer à la mise en place d’une opposition forte, capable de compromettre son sombre projet d’accaparement du pouvoir.

Au nombre de ces acteurs, Koua Justin, président de la JFPI, très en verve -  ces derniers temps – contre le régime d’Alassane Ouattara. Certes, on le savait dans le collimateur du pouvoir, et les risques qu’il soit arrêté ne faisaient plus de doutes, tant il troublait le sommeil des républicains par ses déclarations. Mais la coïncidence, après quelques jours de la décision des juges de la CPI d’ajourner l’audience de confirmation / infirmation des charges contre Laurent Gbagbo, est frappante.

Dans un tel contexte, Koua Justin apparait comme celui qui devait subir les foudres d’un régime plongé – à la fois – dans une noire colère et une grosse frayeur, après l’annonce de la décision des juges de la CPI. Il devient ainsi l’homme sur qui le régime tortionnaire d’Abidjan devait passer sa colère pour se calmer.

Au-delà du cas « Koua Justin », de toutes ces arrestations et ces détentions illégales des membres de l’opposition, la vraie question qui mérite d’être posée, est et demeure celle se rapportant à leur statut : sont-ils, des prisonniers politiques ou des prisonniers de droit commun ?

L’on se souvient encore qu’à cette question, le régime Ouattara avait répondu par la voix de son ministre de la justice, Coulibaly Gnenema : « Il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire ». Fournissant au passage toute une panoplie de chefs d’accusations farfelus : « crimes économiques et atteinte à la sûreté de l’Etat ; le génocide, le crime contre la population civile, les meurtres, assassinats, crimes contre les prisonniers de guerre, coups et blessures volontaires, complicités, coaction et tentative de toutes ces infractions, voies de fait ; vols qualifiés, incendie volontaire d’immeubles, dégâts volontaires à la propriété immobilière d’autrui, complicité, constitution de bandes armées, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’ordre public, coalition de fonctionnaires, rébellion, usurpation de fonction, tribalisme, xénophobie, coaction et tentative de toutes ces infractions ». 

Deux ans après, l’on attend toujours de voir les preuves irréfutables des motifs pour lesquels ces opposants sont encore en prison.

Il faut ne faut surtout pas perdre de vue qu’en Côte d’Ivoire, il y a eu une guerre qui a mis aux prises deux camps. Et que, curieusement, seuls les membres d’un seul camp sont poursuivis, par la seule volonté d’un régime, à la fois juge et partie. Car ce régime, n’est-il pas – d’une part – tout aussi coupable dans cette guerre ? D’autre part, quelles preuves nous fournit-il – bien entendu, en dehors des bombes de l’armée française et du soutien aveugle de la communauté dite internationale – pour justifier la victoire de son mentor au sortir de l’élection présidentielle de 2010 ?

Les réponses à ces questions suffiraient amplement – à elles seules -  à justifier la détention de tous ces prisonniers de l’opposition. Hélas, la force, la violence, la barbarie, la loi du plus fort ont eu raison de la démocratie en Côte d’Ivoire.

Pendant ce temps et en attendant la fabrication des preuves – tout aussi farfelues – contre lui, Koua Justin vient d’être arrêté… que dis-je, enlevé. Car, lorsque des dizaines de policiers et gendarmes font irruption au siège d’un parti politique, mettent la main sur un homme sans donner aucune raison valable et le conduisent manu-militari, vers une destination inconnue, comment peut-on appeler cette sauvagerie ?

Après la dissipation des fumées dues aux bombes larguées par l’armée française, pour l’avènement d’un régime, on voit un plus clair dans cette sombre machination visant à faire croire que tous ces pro-Gbagbo emprisonnés sont des prisonniers de droit commun. Pourquoi eux et pas les autres, qui eux, ne sont visiblement pas exempts de tout reproche ? Il y a manifestement de la part des tenants du régime d’Abidjan, une volonté – tout comme c’est le cas pour Laurent Gbagbo à la CPI – de réduire l’opposition à néant. En la privant de ses membres -  les plus influents, les plus enclins à gêner leurs plans égocentriques.

A la vérité donc, nous sommes en face de prisonniers politiques. D’hommes et de femmes dont le seul tort est d’avoir mis leurs compétences au service de leur pays ; d’hommes et de femmes détenus pour leurs opinions, mis aux arrêts afin de ne point venir empêcher le régime d’aller en roue libre vers ses sombres desseins.

A ce rythme, l’on de se demande encore où est « le démocrate policé » dont les médias occidentaux nous ont rabattus les oreilles, des années durant, à propos d’Alassane Ouattara?

Ces mêmes médias ont toujours eu la fâcheuse tendance à faire croire à l’opinion qu’en Afrique, celui qui bénéficie du soutien de la communauté dite internationale, est majoritaire. Ce qui est manifestement, archi faux.

En Côte d’Ivoire, il y a un groupuscule qui, fort du soutien de ses parrains occidentaux, use de la violence et d’une barbarie inouïe dont elle s’est montrée capable durant la crise post-électorale, pour continuer à semer et entretenir la terreur, la psychose au sein de la population, notamment de l’opposition, pour l’empêcher de s’exprimer librement. En Côte d’Ivoire, des hommes armés en tenus, des dozos (chasseurs traditionnels venus du nord) armés jusqu’aux dents, parés d’accoutrements effrayants, se promènent librement dans les rues, écument villages et hameaux, y dictent leurs lois, y règnent en maitres absolus, en toute impunité, avec la bénédiction tacite du régime en place. Malheur à quiconque oserait contrarier le régime dont ils ne répondent qu’aux seuls ordres !

Ainsi, des barbares sont en liberté, alors que des cadres talentueux sont traqués comme des pestiférés ou tout simplement jetés en prison, parce que appartenant à un camp jugé mauvais, celui de Laurent Gbagbo. Ainsi va la démocratie sous Alassane Ouattara.

Koua Justin, opposant jugé trop « remuant », a fini par être enlevé sans motif valable. Ce jeune, mais farouche opposant, a fini par être fait prisonnier par le régime Ouattara. Cela n’est rien d’autre que la parfaite illustration que ce régime ne veut pas d’une opposition forte. Son but est plutôt de faire de la collection de prisonniers politiques, son cheval de bataille.

La Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, nous éclaire sur le sujet: « L’existence de prisonniers politiques est la preuve tangible d’un dysfonctionnement de la démocratie». Au regard de ce qui précède, de quelle démocratie peut-on encore bien parler en Côte d’Ivoire, sous l’ère Alassane Ouattara ?

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

07/06/2013

Ils veulent encore brûler le pays

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« Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d’Ivoire ». Ce titre, plaqué fièrement à la Une d’un quotidien pro-Ouattara, est si grave de sens, qu’il ne peut pas et ne doit pas passer inaperçu pour tout ivoirien ayant l’amour pour son pays. Ce titre haineux, cette phrase dangereuse, est l’exemple éloquent qu’au-delà de leurs « berceuses » sur la réconciliation nationale, des caciques du régime d’Abidjan, n’ont - en réalité – jamais abandonné leurs habitudes de pyromanes criminels.

Au nombre de ces derniers, on peut citer un certain Soro Alphonse, député de la ouattarandie, proche conseiller de Soro Guillaume et principal instigateur de cette phrase incendiaire.

Le contexte

A peine les juges de la CPI eurent-ils décidé d’un ajournement de l’audience de confirmation/Infirmation des charges contre Laurent Gbagbo, que l’ont constata un véritable émoi dans le camp Ouattara. Ce fut d’abord la surprise générale dans le camp des républicains. Surprise qui, vite fit place à l’inquiétude. Ensuite vint la révolte et enfin l’incitation à brûler le pays, c'est-à-dire, à la haine et au meurtre. Le tout, dans une crise d’hystérie, montée de toute pièce et, au centre delaquelle, des populations appelées « victimes de Gbagbo », sont malheureusement instrumentalisées. Ainsi, on reconnait ici l’éternel reflexe de gens – très souvent - à court d’arguments: l’appel à la violence.

Ce quotidien, complice de cet appel haineux, porte-voix du régime Ouattara, n’est d’ailleurs pas à son premier forfait. Après avoir « divisé » en deux, à sa Une, la carte de la Côte d’Ivoire, il y a quelques années, le voici encore à jeter de l’huile sur le feu. Et ce, au nez et à la barbe du CNP (conseil national de la presse), dont on le parti-pris n’étonne plus personne.

Mais intéressons-nous plutôt à cette crise d’hystérie qui s’empara subitement du camp Ouattara. Car elle est à prendre au sérieux. Mieux, il nous faut la décrypter, afin de pouvoir – le moment venu – dire au peuple ivoirien, sans risque de se tromper, qui sont ceux qui ont intérêt à mettre la Côte d’Ivoire à feu et à sang. Il nous faut nous interroger, afin de savoir pourquoi une décision de justice équivaudrait à brûler un pays, surtout de la part de gens qui soutenaient pourtant sur tous les toits qu’ « il ne pouvait y avoir de réconciliation sans justice préalable ».

Quand tombent les masques…

Qui n’a jamais entendu l’ennuyeux refrain : « les ivoiriens se réconcilient » ? Ou en encore : « la réconciliation est en marche en Côte d’Ivoire » ? Or, comment se fait-il que ce qui est dit, tranche nettement avec ce qui est fait ? Qu’en est-il donc réellement ?

Il se trouve que, pour faire croire qu’il faisait de la réconciliation sa priorité, Alassane Ouattara mit en place la CDVR ( commission dialogue vérité et réconciliation), avec à sa tête monsieur Konan Banny. Mais dès qu’il prit vent de ce que ce dernier avait des ambitions politiques inavouées et donc qu’il pourrait être pour lui, un potentiel adversaire à la course au pouvoir, il le court-circuita par la création d’une CDVR bis : le PNCS (programme national de cohésion social), piloté par, Madame Mariatou Koné. Quelle leçon peut-on en tirer ? Sinon que les ambitions personnelles l’ont emporté sur un projet qui devrait servir la communauté ? Et donc qu’ici, la réconciliation n’était pas – en fait - le mobile recherché ?

Mais, allons plus loin avec cette belle profession de foi de Kablan Duncan, premier ministre : «(…) la réconciliation n’est pas une option, mais une obligation de bon sens. Et le gouvernement est résolu, avec détermination et engagement, à y consacrer l’énergie qu’il faut ».

Contrairement à ces propos, certains observateurs, très au fait de la situation en Côte d’Ivoire, depuis l’arrivée au pouvoir de Ouattara, n’ont cessé de prévenir qu’il faille : « Transformer les discours en réalité », car « la Côte d’Ivoire est loin d’être apaisée » et que la réconciliation est « au point mort ». Mais Alassane Ouattara et son camp - que cette évidence irrite ostensiblement - n’ont jamais voulu l’admettre. Niant  - au passage – tout en bloc et se faisant passer pour les prophètes illuminés de la réconciliation.

Mais alors comment se fait-il que les masques tombent soudainement dès lors qu’il s’agit de libérer Laurent Gbagbo au point de vouloir brûler le pays ? Comment expliquer cette perte de sang froid de la part de nos nouvelles autorités alors qu’il ne s’agit-là que de rendre une décision de justice ?

En fait, pour la classe politique actuellement au pouvoir, l’adage ne fait que se confirmer : « chassez le naturel, il revient au galop ».

La nouvelle de l’ajournement de l’audience de confirmation / infirmation de Laurent Gbagbo et la perspective de la libération de ce dernier, ont bien eu raison de l’apparente sérénité du régime d’Abidjan. Cette nouvelle a eu le mérite de révéler sur la place publique, la fébrilité d’un régime qui, sentant le danger s’approcher, voit sa tendance naturelle ressurgir : recourir à ce qu’il sait faire le mieux. C'est-à-dire, l’incitation à la violence, verbale et physique.

On peut donc le répéter : avec cette annonce de la CPI, les masques sont lourdement tombés. Confirmant du coup, les soupçons des uns et des autres: à savoir, qu’à la moindre occasion, le régime en place relèguerait son hymne à la réconciliation aux calendes grecques pour brûler le pays.

Aujourd’hui, le pyromane Soro Alphonse, et les services du quotidien abusivement autoproclamé « Le Patriote », sont à la tâche, guettant avec fébrilité, une éventuelle libération de Laurent Gbagbo.

En somme, on comprend à mieux présent que ces gens, aujourd’hui aux affaires, n’ont jamais voulus d’une réconciliation sincère. Car ils cherchent plutôt à…

Confisquer le pouvoir et le consolider par tous les moyens

« Notre survie dépend de sa (Alassane Ouattara, ndlr) réélection », déclarait – il y a peu - Soro Guillaume.

Alors petite Question de bon sens: que ne ferait pas un homme pour survivre surtout lorsqu’il sent sa condition – pratiquement – désespérée ?

Et bien, il pourrait utiliser tous les moyens à sa disposition, surtout si – comme le dit si bien Soro - sa vie en dépend.

En en mettant en ordre de bataille, par de tels propos, ceux de son camp, Soro Guillaume ne fait rien d’autre qu’appeler à la confiscation du pouvoir, dans un contexte où chacun peut se rendre à l’évidence que son mentor, Alassane Ouattara, n’a réussi qu’à diviser et exacerber les différences entre ivoiriens. Dans ce contexte d’agitation dû à la décision des juges de la CPI qui pourrait se solder par la libération de Laurent Gbagbo, l’adversaire le plus farouche et le plus craint d’Alassane Ouattara, Soro Guillaume ne fait que jouer sa partition. Appeler à la perpétuation de ce qui – jusqu’ici – maintient son mentor au pouvoir : la poursuite de la mise en œuvre du plan machiavélique dont les deux mamelles nourricières ne sont autre que la justice sélective avec son corolaire de représailles contre les proches de Gbagbo et l’apologie de l’impunité totale accordée aux meurtriers au sein du camp Ouattara.

Une triste situation que l’ex-patron de l’Onuci, après 18 mois passées en Côte d’Ivoire et en partance pour le Mali, n’a pas manqué relever et d’exprimer au nombre de ses regrets. Il s’est dit préoccupé par « la lenteur des enquêtes » et qu’il regrette qu’ « aucune fouille des fosses communes (du massacre du camp de Nahibly-Duékoué, par les FRCI et les dozos fidèles à Ouattara, ndlr) signalées par les témoins, n’ait été programmées ». Une façon de rappeler aux autorités au pouvoir et à l’opinion publique que la justice en Côte n’a jamais été équitable depuis le changement de régime par les bombes françaises.

Ainsi, si l’on s’en tient au propos de Soro Guillaume selon lesquels de la réélection de Ouattara dépend la survie des partisans de leur camp, cela signifie que ce cynique plan, « nettoyer » tout sur leur chemin, afin d’espérer régner tranquillement ou à défaut, brûler la Côte d’Ivoire toute entière comme ils l’ont fait en 2002 et en 2011,  a encore de beaux jours devant lui.

Au final, on peut retenir qu’en réalité, il importe peu au régime en place de réconcilier les ivoiriens. Seuls comptent pour lui la logique de la confiscation du pouvoir et sa consolidation par tous les moyens. Un projet qui - on le devine aisément - ne peut être du goût de tout le monde.

Dès lors, Alassane Ouattara et son camp – à moins qu’ils ne se ressaisissent maintenant - ne peuvent être que les seuls tenus pour responsables de ce qui pourrait advenir à ce pays. Eux et seuls, seront les coupables de ce qui pourrait - une fois de plus - mettre la Côte d’Ivoire à feu et à sang.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19:09 Publié dans La Riposte | Lien permanent | Commentaires (0)

05/06/2013

Une chance donnée à la Réconciliation

 securedownload.jpgDémocrates et républicains, refusant de nous en prendre à des décisions de justice, nous pouvons tout de même, de façon citoyenne, apprécier le fait que la décision rendue par les juges de la CPI dans l’affaire « Procureur contre Laurent Gbagbo », bien qu’insuffisante, soit relativement bonne à prendre, comparée au pire que laissaient redouter les pressions politiques exercées sur la CPI.

 

 

Au cours de cette audience de confirmation des charges ou de relaxe de l’accusé (à ne pas confondre avec un procès), la Défense du président Laurent Gbagbo avait interpellé les juges sur l’aspect « brouillon » du dossier du procureur qui s’en était d’ailleurs offusqué ! Trois mois après cette observation, les Juges concluent à l’insuffisance des preuves avec demande d’enquêtes complémentaires. S’ils sont à féliciter pour avoir tenté de sortir des procédures politiciennes où des organisations internationales naguère créditées de confiance ont relayé des rumeurs assassines, notamment sur de nombreuses personnalités proches du président Laurent Gbagbo en vue d’objectifs ciblés, les juges auraient dû aller au bout de la logique qui veut qu’un innocent ne soit pas retenu en prison quand n’existent pas contre lui les preuves nécessaires.

 

La liberté provisoire du président Laurent Gbagbo reste plus que jamais d’actualité et cette décision lui ouvre la porte.

 

Cette décision nous rappelle aussi l’écart entre la justice des vainqueurs, aux ordres d’une politique de haine et de vengeance, et les procédures de la justice internationale dont le déroulement obligatoirement public ne permet pas que l’on puisse tordre le cou à la justice au-delà d’une certaine limite de décence. C’est le lieu d’avoir une pensée spéciale pour tous nos compatriotes et camarades détenus en Côte d'Ivoire sur la base des seules preuves qui n’existent pas.

 

Cette décision est aussi une invitation à une introspection ivoiro-ivoirienne, afin que, tournant la page d’un conflit qui n’a que trop duré, vainqueurs et vaincus d’hier, travaillent ensemble à construire un pacte républicain. A la veille de cette audience, dans une lettre ouverte, nous avions indiqué que nous étions à l’écoute des instructions du président Laurent Gbagbo. Il a largement fait sa part et nous avons cru décrypter sa réponse.  Aussi bien à la fin de l’audience en février que lors de la récente interview de Maître Altit – que nous félicitons avec l’ensemble de son équipe et des défenseurs des droits de l’homme – le président Laurent Gbagbo se positionne, en homme d’état, dans la direction de la construction de la nation.

 

Tous, opposition et pouvoir, nous sommes interpellés à sauver la Côte d'Ivoire. Le délai qui nous sépare de la prochaine audience devrait permettre à un Laurent Gbagbo en liberté, même provisoire, et au régime en place à Abidjan, de se parler.

 

A son arrivée  au Golf, à la suite de son arrestation, le président Laurent Gbagbo avait bien précisé que la « partie militaire était terminée et qu’il fallait passer au volet civil ».

 

Cette décision est une chance donnée à la Réconciliation par la paix des braves.

 

Eric KAHE, Président en exil de l’AIRD (4 juin 2013)