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07/07/2013

Leçon de réalisme

images (12).jpgAlors que les regards sont tournés vers le district des savanes où Alassane Ouattara se pavane en fanfare pour, de toute évidence, solliciter les voix des populations de cette région, l’artiste Frederic Ehui Meiway, quant à lui, a choisi de rappeler à tous, ce que devrait être la vraie réconciliation en Côte d’Ivoire, au-delà de tout le mal que certains auraient pu penser de lui.

L’interview-vidéo que Meiway accorde au média « Regards sur Gbagbo », au sortir d’une visite effectuée à la CPI à Laurent Gbagbo, le plus illustre prisonnier de ces lieux, avec tant d’autres avant lui, vient rappeler, notamment à ceux qui paradent de lieux en lieux pour parler de réconciliation, qu’il faille aller au-delà des vains discours. Si du moins la réconciliation est effectivement le mobile recherché par ces derniers.

Pourquoi maintenant ? Meiway ne cherche t-il pas plutôt – avec cette sortie médiatique - à reconquérir ses fans qui ont pu être offusqué par sa prise de position au cours de la crise-postélectorale ? Quels sont réelles intentions du « génie de Kpalèzo » ? Autant de questions que l’on pourrait logiquement se poser.

D’ailleurs, le maître du « zoblazo » reconnait d’entame : « les pro-Gbagbo me détestent ». Mais il tente néanmoins de justifier sa prise de position : « il fallait réagir (…) c’est ma double casquette de personnage publique, de leader d’opinion et de citoyen ivoirien qui m’ont amené à réagir ».

Au de-là des divers sentiments qui pourraient nous traverser, au regard de son acte et de ses propos, notre nature d’êtres humains ne nous commande t-elle pas de savoir raison garder, de faire fi de nos états d’âme excessifs lorsque sont en jeu, ce que l’on a appelé : l’intérêt commun ou l’intérêt supérieur du peuple ?

En fait, quel peut bien être le salut, en dehors d’une justice équitable, gage d’une réconciliation vraie, pour une Côte d’Ivoire défigurée et déchirée par tant de crises à répétition et de guerres fratricides ? Il n’y en n’a – à notre sens – aucun autre.

Et, le « génie de Kpalézo » fait bien et malgré tout de nous le rappeler, avec réalisme d’ailleurs : « Que certains payent et que d’autres soient liberté, c’est injuste ». Puis il poursuit : « Tous les interlocuteurs sont en prison. On ne peut pas se réconcilier », avant de conclure : « Il faut qu’il (Laurent Gbagbo, ndlr) soit libéré, c’est mon avis ».

Une fois de plus, c’est la question d’une justice partiale qui est mis en cause. La justice doit-elle être la cause de la chienlit, de troubles publiques ou de crises armées dans les pays où elle est sensée appliquer le droit ? Ou, doit-elle être au contraire, être source d’espoir, d’apaisement et de réparation pour les victimes ? Or en Côte d’Ivoire, il n’y pas que des victimes dans un seul camp, comme l’on tente de le faire croire. Il n’y pas que les victimes de Gbagbo, comme le prétend avec cynisme, le désormais président à vie du PDCI, l’octogénaire Konan Bédié. Il n’y pas que les victimes de l’autre camp refusent de porter plainte ou de se manifester. Il y a qu’elles sont encore et toujours victimes de la terreur, des intimidations et de la dictature étouffante des nouveaux seigneurs au pouvoir à Abidjan.

Au reste, en Côte d’Ivoire, il ne s’agit pas que d’individus, mais aussi et surtout de l’intérêt de tout un peuple.

Lorsque la CPI et notamment les maîtres du régime actuel, y compris, leurs suiveurs et leurs soutiens étrangers auront, non seulement comprit cela, mais s’y seront attelés, la Côte d’Ivoire ne s’en sortira que grandit, et la cohésion sociale n’en sera que renforcée.

En attendant, ayons la lucidité de saluer le réalisme de Meiway. Cet artiste chanteur qui a su dire haut et fort ce que certains pensent tout bas ; qui a su trouver les mots, là où ses homologues chanteurs Alpha Blondy et Tiken Jah – pour ne citer que ceux-là – naguère bavards contre Gbagbo, se taisent aujourd’hui avec Ouattara. Et, souhaitons-lui bon courage contre  d’éventuelles volées de bois verts dont il sera, sans nul doute l’objet, après cela, de la part des illuminés de la case verte.

Marc Micael

Chroniqueur Politique

marcmicael@yahoo.fr

 

 

17:30 Publié dans La Riposte | Lien permanent | Commentaires (0)

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