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03/08/2013

Le Pardon des chefs bété

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« Des chefs bété demandent pardon à Ouattara » ? Bien. Mais cela n’engage qu’eux. Et eux seuls. Car, non seulement, les bété n’ont mandaté personne pour aller demander pardon à qui que ce soit. Mais encore, fut-il Alassane Ouattara.

Chez les bété, le chef n’est pas un roi. S’il a tort, on le lui dit. Séance tenante. Sans passer par quatre chemins. Chez les bété, la vérité ne casse pas les yeux. Quand bien même vous fûtes le chef. Au moindre dérapage, l’on vous met à votre place. L’on vous rappellera que vous n’êtes qu’un simple homme. Au même titre que les autres. Et que, par conséquent, vous ne sauriez prétendre parler au nom des autres. Sans qu’ils ne vous y aient – préalablement - autorisé.

D’ailleurs, demander pardon : pourquoi ? Et, à qui ?

Dans ce pays, des gens se prennent pour Dieu. Le Tout-puissant. On doit leur demander pardon. Pour nos fautes. Mais dites donc ! Depuis quand ont-ils reçu le don de pardonner les péchés ?

Le pardon ne se quémande pas. Il doit venir du plus profond du cœur de celui qui le sollicite. Cela suppose qu’il doit, lui-même être - avant tout - convaincu de ses torts. C’est un principe universel. Voire divin.

Alors. Montrez-nous. En quoi les bété ont-ils mal agi ? Dire non au parti unique ? Refuser de s’assujettir aux velléités de l’envahisseur ? S’opposer à la percée de la pensée unique ? Dire haut et fort ce qu’ils pensent ? Soutenir le démocrate et digne fils, Laurent Gbagbo ?

Doivent-ils demander pardon… à Ouattara. Pour ses rebelles sanguinaires qui écument leurs villes et villages ? Pour la chasse à l’homme dont sont victimes leurs enfants ? Pour l’emprisonnement de plusieurs centaines d’entre eux ? Pour les villages pillés, brûlés et détruits ? Pour leurs progénitures massacrées, au fusil, à la hache, à la machette… Pour le sang versé sur leur sol par son armée de tueurs, sans foi ni loi ?

Chefs bété. Prenez l’argent de Ouattara et de Soro. Mangez à leurs tables. Rassasiez-vous des miettes qu’ils vous jettent. Et… demandez pardon. Surtout. Pour le salut de vos âmes.

Mais sachez-le. Aucun billet de banque. Aucun mets succulent. Ne peut acheter cette « puissance qui libère » : le pardon.

Savent-ils seulement - ces chefs bété - à qui ils ont affaire ? Peut-être se sont-ils laissé bercer par ces chants. Qui sonnent désormais faux : le vivre ensemble, la réconciliation… ? Peut-être pensent-ils – les pauvres – que le cœur de pierre de ceux qui se sont baignés dans une marre de sang pour se hisser au pouvoir ; de ceux qui ont appelés les bombes françaises sur la vie de leur digne fils ; de ceux qui n’ont que faire des souffrances des ivoiriens et qui pensent plutôt à brader le pays…, et qui aujourd’hui exigent leur pardon, se transformera – du jour au lendemain – en un immense cœur. Plein de bontés !

Non. Ce piège ridicule. Cette mise en scène grotesque. Ce chant des sirènes à l’endroit des parents de la victime. Ne passera pas. Chefs bété ou non.

Ils souhaitent qu’on leur demande pardon ? Et pourquoi donc ? Pour leur simple plaisir ? Certinement. Ils veulent que les bété leur demandent pardon. Juste pour tromper la vigilance des uns et des autres...

Non. Ils ne réécriront pas l’histoire de ce pays. Ils n’inverseront pas les rôles. A leur guise. Nous ne l’accepteront pas. Ni aujourd’hui. Ni demain. Le pardon - tout comme le respect - se mérite. Ce n’est point devant les caméras, ni dans des visites factices annoncées en grandes pompes. Le pardon. Ce n’est pas des paroles prononcées en l’air. Pour flatter les oreilles. Fut-ce – à la manœuvre – quelques chefs bété. Le pardon est un regret. Un changement d’attitude. Une résolution prise en toute conscience. Suivi d’actes forts. D’actes de rachats.

Le jour où chaque ivoirien et chaque ivoirienne. Singulièrement, le régime en place. Se laissera pénétrer par cette réalité. La Côte d’Ivoire sera – sans nul doute - libérée des tempêtes meurtrières ; des démons de la division et de la haine. Qui la font tanguer. Tel un bateau ivre. Dans des eaux troubles. Ce jour-là, l’on saura donner la vraie valeur au pardon des chefs bété, faisant le lit de la fameuse visite Soro à Gagnoa. C'est-à-dire: aucune.

Marc Micael

 

marcmicael@gmail.com

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