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12/09/2013

AFFI, COMME UN MESSIE

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Les faux « prophètes » sont dans leurs petits souliers. Le FPI (front populaire ivoirien), parti politique crée par Laurent Gbagbo, n’est pas « mort », comme annoncé. Bien au contraire. Il reprend du poil de la bête. La libération de ses quelques « ténors », participe de cette dynamique. Dès lors, peut-on dire qu’en face du système tyrannique d’Abidjan, il y a – enfin - du répondant ? Passation des charges ; militants galvanisés ; discours « musclé » et courageux du président statutaire, tournées de remobilisation prévues sur l’ensemble du territoire... sont autant d’indices qui nous offrent un début de réponse. Décryptage :

Affi N’guessan, président du FPI, fraîchement sorti de prison, était sur la chaire. De la Côte d’Ivoire actuelle, il a fait un remarquable diagnostique. Cette étape de son exposé, tient en une seule phrase : « La Côte d’Ivoire se désagrège et tombe en ruine ». Et ce, malgré « les campagnes intempestives de communication » du régime en place pour « cacher la réalité des chiffres », a-t-il dit. Il a fustigé l’insécurité, l’anarchie au sein des forces de défense et de sécurité ; la dégradation des conditions de vie des ivoiriens, à travers le taux de chômage intolérable, la cherté de la vie insupportable ; et dénoncé « une croissance appauvrissante ».

Que dire ? Sinon pousser un ouf de soulagement. Le même qu’un malade au bord du tombeau. Un malade qui vient d’entendre qu’il ne mourra pas. Un malade, naguère désespéré, mais qui enfin a trouvé, non pas simplement un médecin, mais le bon. Le seul  qui aura réussi à décrire avec exactitude le mal dont il souffre, qui aura su poser le vrai diagnostique du mal qui le ronge.

Le soulagement de tout un peuple longtemps muselé et opprimé ; un peuple qui a enfin trouvé quelqu’un pour clamer haut et fort ses souffrances, ses peines, ses douleurs… ; quelqu’un pour crier à la face du monde, son drame. Avec les mots qu’il faut.

Mais qu’est-ce qu’un bon médecin, sinon celui qui ne se borne pas qu’à poser un diagnostique. C’est celui qui propose le bon remède pour guérir son patient. Le diagnostique d’Affi N’guessan ainsi posé, le remède en va de soi : « Le vrai débat en Côte d’Ivoire, c’est comment réconcilier la Côte d’Ivoire avec elle-même, comment fonder une nation de la diversité et de la fraternité, débarrassée du tribalisme, du communautarisme et des fondamentalismes ; une nation laïque et démocratique ; le débat c’est comment refonder l’Etat, un Etat pour la Liberté, pour  l’Egalité et pour la Fraternité ; un Etat pour la Démocratie. Un Etat pour la Bonne gouvernance, pour la prospérité ». Salve d’applaudissements ! On croirait rêver. Il y a quelques mois, dans ce pays, tenir de tels propos, était suicidaire ; passible de représailles sauvages et barbares. Et Affi a osé cet exercice périlleux, là où Koua Justin et bien d’autres, s’ils ne se voyaient littéralement jeté en prison, étaient traqués comme des bêtes sauvages.

Que dire ? Sommes-nous enfin sur le chemin du vrai jeu démocratique en Côte d’Ivoire ? Le régime d’Abidjan s’est-il finalement résolu à se laisser apporter la réplique ? Alassane Ouattara et son clan vont-ils se renier au point de renoncer à ce qui – jusqu’ici – constitue le ciment de leur existence à la tête de ce pays ? C'est-à-dire, la violence et le dénie des libertés ? Si oui. A l’occasion de quel miracle ce brusque changement a-t-il pu s’opérer ?

Non. Ce serait trop facile. Quelque soit le naturel, même chassé, il revient toujours au galop, disent les fins connaisseurs de la nature humaine. Et personne n’ignore le naturel si acariâtre d’Alassane Ouattara et du RDR. Non. Ni Alassane Ouattara, ni le RDR n’ont changé. Encore moins Joël N’guessan, porte-parole du RDR.

Ce dernier n’a pas caché son désir de voir Affi N’guessan retourner en prison ; se servant du caractère « provisoire » de sa liberté comme menace. Chaque sortie d’Affi N’guessan, n’est-il pas perçu par le régime en place comme un acte de défiance, une occasion, pour ce régime souffrant d’un déficit de légitimité et allergique a toute critique, d’exprimer ses regrets quant à la libération des prisonniers politiques ? Non. Ceux qui nous oppriment aujourd’hui - à défaut de pouvoir nous gouverner - n’ont jamais renoncé à leur seul et unique but, qui reste et demeure de s’accaparer du pouvoir et de régner aussi longtemps qu’ils le veulent, pour eux et eux seuls.

 

Nous sommes bien en politique. Rien n’est gagné d’office. Quand bien même la prudence s’impose. Affi N’guessan, tel un messie, a ouvert une voie. Celle du salut. La seule qui pourra arriver à bout du système répressif actuel en Côte d’Ivoire. C’est par la détermination, le travail de mobilisation, de corps-à-corps auprès des populations ; l’intransigeance sans faille, à exiger et à obtenir le retour de tous les exilés et la libération de tous les prisonniers politiques, y comprit celle de Laurent Gbagbo. C’est le chemin obligé, si l’on veut obtenir la fin des souffrances des populations ivoiriennes. C’est un défi que l’opposition ivoirienne, désormais incarnée par son chef de file Affi N’guessan, doit absolument relever.


Marc Micael 

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