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21/09/2013

ET LE DEMON DE LA VENGEANCE EMPORTA MAHAN GAHE

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Sept vertèbres cervicales et cinq côtes cassées: condamné avant l’heure, Mahan Gahé Basile est mort. Le régime despotique d’Abidjan l’a assassiné. Tortures et traitements inhumains, à lui infligés par les sbires de ce régime, ont eu raison de lui...

Trouverons-nous les mots justes pour décrire ce crime ignoble ? Aurions-nous encore assez de larmes pour pleurer ce énième combattant de la liberté ?

Mahan Gahé vient ainsi de s’ajouter à la liste déjà trop longue des victimes d’une vengeance aveugle. Celle d’Alassane Ouattara et de son clan. De quoi en rajouter à notre douleur indicible. Dieu ait son âme !

Certes, ne nous effondrerons pas. Nous resterons dignes, comme lui. Comme cet émérite syndicaliste de la centrale DIGNITE qu’il fut. Toute sa vie fut un don de soi. Pour le bien-être de ses semblables. Pour les travailleurs de tous horizons, dont des milliers aujourd’hui sont jetés à la rue, par la faute des errements d’un régime boiteux. Sa mort restera une motivation de plus pour continuer le combat acharné ; pour que triomphent la liberté et la démocratie en Côte d’Ivoire.

Mahan Gahé est une victime. Une victime de la barbarie, de la vague de représailles sauvages contre les partisans de Laurent Gbagbo. Quelle menace pouvait bien représenter ce civil, après que les bombes françaises eurent accompli le sale boulot et, dès lors que le « poulain » de la communauté dite internationale, s’emparait du pouvoir ?

Mahan Gahé est la victime d’une vengeance gratuite. Sa mort et de celle de tous les autres avant lui, est l’une des pires conséquences de la croisade de vengeance lancée par les nouveaux occupants du palais contre leurs adversaires politiques et contre les populations qui ont osé leur dire : « non ». C’est le résultat de leur vengeance. Rien de plus. La vengeance, marque de fabrique de ceux qui, en ce moment, en Côte d’Ivoire, confondent gouverner et opprimer, démocratie et représailles.

Aujourd’hui encore, même après s’être installés au pouvoir, ils n’ont jamais renoncé à leur logique : haine et vengeance. Les récentes arrestations de Blé Goudé, Dibopieu,  Jean Noel Abehi, pour ne citer que ceux-là ; l’attaque du camp des déplacés de Nahibly, les massacres lors de la prise de la commune de Yopougon, la traque aux pro-Gbagbo et son lot de morts…, sont là pour nous le rappeler. Ces gens sont sans état d’âme.

La mort de Mahan Gahé ne leur fera donc ni chaud ni, ni froid. Si cela ne dépendait que d‘eux seuls, ils auraient même voulut – aux dires d’Amadou Soumahoro, secrétaire du parti d’Alassane Ouattara – envoyer tous leurs opposants au cimetière.

Mieux, Alassane Ouattara et ses partisans, certainement grisés par un pouvoir inespéré, ont fini par s’installer dans une confiance démesurée. Ils se sont enflés d’un orgueil béat. Tant et si bien qu’ils se croient, non pas seulement investis d’un droit de vie ou de mort sur leurs semblables, mais aussi, maîtres de leur avenir. Kouassi Adjoumani, cet autre flagorneur de la république, dans un texte où il tente tant bien que mal de s’adresser à Affi N’guessan, président du FPI, nous éclaire: « En 2015 et pour les élections qui suivront, il ne fait aucun doute que le président que les ivoiriens éliront sortira encore et toujours du Rhdp (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix. Coalition politique pilotée par Alassane Ouattara du RDR et Konan Bédié du PDCI, ndlr). Arrête de rêver et prépares-toi à passer de très nombreuses années dans l’opposition (…) ». S’dressant toujours à Affi N’guessan, le même Adjoumani affirme : « Au lieu d’avoir du remords pour les 3000 victimes de la crise post-électorale à la solde de ton parti, tu tiens des discours incendiaires (…) ». Vous avez bien lu. Le FPI, parti de Laurent Gbagbo, serait, selon lui, le seul responsable de tous les crimes perpétrés lors de la crise post-électorale, donc unique coupable des 3000 morts (chiffres officiels). Au passage, il citera quelques noms : Gueï Robert, Camara H, Téhé Emile, Benoit Dacoury-Tabley. Les présentant comme des victimes du FPI ; omettant volontairement de citer Mahan Gahé Basile, Désiré Tagro, Boga Doudou et bien d’autres, tombés sous la folie meurtrière de la rébellion sanglante venue du nord. Rébellion dont les commanditaires sont aujourd’hui à la tête de ce pays.

Comme on peut le constater, l’orgueil, la confiance surdimensionnée, mais aussi et surtout, le mépris pour la vie humaine, ont pris le dessus chez les partisans d’Alassane Ouattara. Adjoumani, néo-griot de la Ouattarrandie, ne fait qu’énoncer ici ce qui apparait, comme une thèse récurrente, pour lui et pour le camp qu’il défend: la logique sélective des victimes de la crise post-électorale. Selon cette thèse, il n’y a que des victimes de Laurent Gbagbo. Celles occasionnées par leurs criminels de rebelles n’ont jamais existé.

Mahan Gahé est mort. Ses bourreaux s’en réjouiront. Certainement. Il n’est à leurs yeux, qu’une insignifiante victime de leur vengeance inextinguible. Hélas, tous ceux qui croupissent en ce moment dans les geôles infectes d’Alassane Ouattara, ne sont à l’abri d’un pareil sort.

Ainsi, Alassane Ouattara et son clan accumulent-ils cadavres sur cadavres, frustrations sur frustrations, haines sur haines…, confiants d’une victoire éclatante en 2015, oubliant que : « qui sème le vent, récolte la tempête ».

Non. Mahan Gahé ne sera pas seulement, une victime de trop. Il sera, lui et tous les autres ivoiriens emportés par le démon de la vengeance d’Alassane Ouattara, le grain de sable qui grippera sa machine de répressions ; l’imprévu qui compromettra à coup sûr, ses sombres projets de confiscation du pouvoir.

 Marc Micael

 

 

 

 

 

14/09/2013

CÔTE D’IVOIRE, JEU DEMOCRATIQUE OU MANŒUVRES SUSPECTES ?

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Ce temps devait arriver. Forcément. Pour Alassane Ouattara et son camp : se résoudre à laisser du lest ou s’établir définitivement dans ce qui apparait  - jusqu’ici - comme une dictature sauvage et sanglante ; une chasse systématique et aveugle à tout ce qui représente à leurs yeux, une opposition, une menace : les pro-Gbagbo. Et ce, avec tous les risques qu’encoure un régime auréolé du soutien de la communauté dite internationale,  mais aussi et surtout, de ce qui n’est plus à présenter: les bombes françaises.

On peut l’affirmer. Sans risque de se tromper. L’opposition ivoirienne, représentée par le FPI (front populaire ivoirien), le parti de Laurent Gbagbo, revient de loin. Mieux, elle reprend des couleurs, après les heures de chaudes de l’ire vengeresse de ses adversaires politiques. C’est en tout cas, ce que nous permet d’entrevoir – ces derniers temps - une lecture assidue et objective de l’évolution du paysage politique ivoirien.

Malgré les grincements de dents entendus ça et là dans son propre camp, Alassane Ouattara semble avoir donné son quitus pour une opposition de plus en plus manifeste en Côte d’Ivoire. Quelques indices:

Plusieurs vagues de pro-Gbagbo libérés. Aux dires de Koné Bruno, porte-parole du gouvernement, même si jugement, il y a lieu, il n’est pas à exclure que : « (…) après ce jugement qui est rendu, le chef de l'Etat puisse, le cas échéant, prendre une décision autre que celle de maintenir ces personnes (prisonniers politiques, ndlr) dans les liens carcéraux ». Laissant ainsi deviner qu’Alassane Ouattara n’est pas fermé à l'idée de faire un geste en faveur de la réconciliation nationale.

Sur le retour des exilés, le porte-parole du gouvernement insiste : « Nous sommes très heureux que ces demandes (retour des exilés, et libération des prisonniers politiques, ndlr) viennent de M. Affi N'guessan, qui s'exprime comme il veut dans la presse, dans les médias d'Etat, sans être inquiété. Tout cela se fait dans ce que le chef de l'Etat souhaite, c'est-à-dire une Côte d'Ivoire qui est un Etat de droit. (…) Affi N'guessan circule aujourd'hui librement en Côte d'Ivoire. Qui d'autre au Fpi ne pourrait pas le faire ? Donc que tous ceux qui veulent participer à la vie publique en Côte d'Ivoire, reviennent ».

Concernant l’accès aux médias d’Etat, même si cela peut paraitre insignifiant, il faut néanmoins le noter que la cérémonie de passation des charges organisée par le FPI, a eu droit à un passage de 90 secondes à la télévision nationale. Fraternité matin, quotidien pro-gouvernemental, y a même consacré deux pages. Choses impensables, il y a quelques temps.

A noter aussi, qu’Affi N’guessan, président dudit parti entame actuellement une vaste tournée dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, sans qu’il n’y ait – pour le moment – aucun incident.

Certaines langues vont jusqu’à prédire qu’Alassane Ouattara envisagerait de mettre en place un gouvernement d’union ou d’ouverture, qui enregistrerait l’entrée de l’opposition, notamment du FPI.

La cerise sur le gâteau pourrait être le financement des partis politiques, dont le projet de loi vient d’être adopté en conseil des ministres.

Récemment, devant le corps préfectoral, Alassane Ouattara, martelait : « Je suis un démocrate ». Certes, comme le disait l’écrivain Wolé Soyinka, « le tigre proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore ». A moins que lui-même n’ait de sérieux doutes sur sa « tigritude », pourrions-nous ajouter. Or, Alassane Ouattara, n’au eu de cesse de prouver depuis son irruption sur la scène politique ivoirienne, qu’il est loin d’être un démocrate. Lui, le père-fondateur du concept du « pays ingouvernable » ; bénéficiaire - à titre exclusif – de la rébellion qui endeuilla la Côte d’Ivoire dès 2002 ; principal instigateur de la division entre ivoiriens du nord et ivoiriens des autres régions du pays… Alassane Ouattara, n’est donc ni un démocrate à l’origine, ni un démocrate en devenir. Il est simplement tributaire d’une situation socio-politique catastrophique,  occasionnée par ses soins et dont il peine à présent, à maitriser les effets, en tentant de dissimuler son incapacité sous semblant de jeu démocratique.

Au moment où, les ivoiriens et même ses parrains étrangers – attendent de lui des résultats probants ; des solutions à même sortir le pays de la léthargie et de lui impulser le développement tant souhaité, Alassane Ouattara continue de tâtonner. Quelle posture lui reste t-il à adopter face à la pression grandissante, sinon donner les gages d’un semblant de démocratie, tout en manœuvrant pour rester au pouvoir ? Assurément, tel est le plan secret d’Alassane Ouattara. Connaissant l’homme, le reste n’est que perte de temps et pures suppositions. Il ne s’agit point de démocratie, mais de manœuvres suspectes, pour détourner l’attention.

Il importe donc aux ivoiriens, notamment à l’opposition, de rester vigilante, face à ces manœuvres suspectes. Faut-il le rappeler ? Le vrai enjeu de la bataille politique ivoirienne est et reste 2015. La question pour les vrais démocrates de tous bords sera alors : allons-nous continuer à subir les affres d’un régime foncièrement allergique au respect des droits de l’homme ; visiblement opposé au vrai jeu démocratique, à l’Etat de droit ; continuer à cautionner un régime qui nous conduit irréversiblement vers la division, la pauvreté et la misère ou, allons-nous y mettre, tout simplement, un terme ?


Marc Micael

 

 

12/09/2013

AFFI, COMME UN MESSIE

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Les faux « prophètes » sont dans leurs petits souliers. Le FPI (front populaire ivoirien), parti politique crée par Laurent Gbagbo, n’est pas « mort », comme annoncé. Bien au contraire. Il reprend du poil de la bête. La libération de ses quelques « ténors », participe de cette dynamique. Dès lors, peut-on dire qu’en face du système tyrannique d’Abidjan, il y a – enfin - du répondant ? Passation des charges ; militants galvanisés ; discours « musclé » et courageux du président statutaire, tournées de remobilisation prévues sur l’ensemble du territoire... sont autant d’indices qui nous offrent un début de réponse. Décryptage :

Affi N’guessan, président du FPI, fraîchement sorti de prison, était sur la chaire. De la Côte d’Ivoire actuelle, il a fait un remarquable diagnostique. Cette étape de son exposé, tient en une seule phrase : « La Côte d’Ivoire se désagrège et tombe en ruine ». Et ce, malgré « les campagnes intempestives de communication » du régime en place pour « cacher la réalité des chiffres », a-t-il dit. Il a fustigé l’insécurité, l’anarchie au sein des forces de défense et de sécurité ; la dégradation des conditions de vie des ivoiriens, à travers le taux de chômage intolérable, la cherté de la vie insupportable ; et dénoncé « une croissance appauvrissante ».

Que dire ? Sinon pousser un ouf de soulagement. Le même qu’un malade au bord du tombeau. Un malade qui vient d’entendre qu’il ne mourra pas. Un malade, naguère désespéré, mais qui enfin a trouvé, non pas simplement un médecin, mais le bon. Le seul  qui aura réussi à décrire avec exactitude le mal dont il souffre, qui aura su poser le vrai diagnostique du mal qui le ronge.

Le soulagement de tout un peuple longtemps muselé et opprimé ; un peuple qui a enfin trouvé quelqu’un pour clamer haut et fort ses souffrances, ses peines, ses douleurs… ; quelqu’un pour crier à la face du monde, son drame. Avec les mots qu’il faut.

Mais qu’est-ce qu’un bon médecin, sinon celui qui ne se borne pas qu’à poser un diagnostique. C’est celui qui propose le bon remède pour guérir son patient. Le diagnostique d’Affi N’guessan ainsi posé, le remède en va de soi : « Le vrai débat en Côte d’Ivoire, c’est comment réconcilier la Côte d’Ivoire avec elle-même, comment fonder une nation de la diversité et de la fraternité, débarrassée du tribalisme, du communautarisme et des fondamentalismes ; une nation laïque et démocratique ; le débat c’est comment refonder l’Etat, un Etat pour la Liberté, pour  l’Egalité et pour la Fraternité ; un Etat pour la Démocratie. Un Etat pour la Bonne gouvernance, pour la prospérité ». Salve d’applaudissements ! On croirait rêver. Il y a quelques mois, dans ce pays, tenir de tels propos, était suicidaire ; passible de représailles sauvages et barbares. Et Affi a osé cet exercice périlleux, là où Koua Justin et bien d’autres, s’ils ne se voyaient littéralement jeté en prison, étaient traqués comme des bêtes sauvages.

Que dire ? Sommes-nous enfin sur le chemin du vrai jeu démocratique en Côte d’Ivoire ? Le régime d’Abidjan s’est-il finalement résolu à se laisser apporter la réplique ? Alassane Ouattara et son clan vont-ils se renier au point de renoncer à ce qui – jusqu’ici – constitue le ciment de leur existence à la tête de ce pays ? C'est-à-dire, la violence et le dénie des libertés ? Si oui. A l’occasion de quel miracle ce brusque changement a-t-il pu s’opérer ?

Non. Ce serait trop facile. Quelque soit le naturel, même chassé, il revient toujours au galop, disent les fins connaisseurs de la nature humaine. Et personne n’ignore le naturel si acariâtre d’Alassane Ouattara et du RDR. Non. Ni Alassane Ouattara, ni le RDR n’ont changé. Encore moins Joël N’guessan, porte-parole du RDR.

Ce dernier n’a pas caché son désir de voir Affi N’guessan retourner en prison ; se servant du caractère « provisoire » de sa liberté comme menace. Chaque sortie d’Affi N’guessan, n’est-il pas perçu par le régime en place comme un acte de défiance, une occasion, pour ce régime souffrant d’un déficit de légitimité et allergique a toute critique, d’exprimer ses regrets quant à la libération des prisonniers politiques ? Non. Ceux qui nous oppriment aujourd’hui - à défaut de pouvoir nous gouverner - n’ont jamais renoncé à leur seul et unique but, qui reste et demeure de s’accaparer du pouvoir et de régner aussi longtemps qu’ils le veulent, pour eux et eux seuls.

 

Nous sommes bien en politique. Rien n’est gagné d’office. Quand bien même la prudence s’impose. Affi N’guessan, tel un messie, a ouvert une voie. Celle du salut. La seule qui pourra arriver à bout du système répressif actuel en Côte d’Ivoire. C’est par la détermination, le travail de mobilisation, de corps-à-corps auprès des populations ; l’intransigeance sans faille, à exiger et à obtenir le retour de tous les exilés et la libération de tous les prisonniers politiques, y comprit celle de Laurent Gbagbo. C’est le chemin obligé, si l’on veut obtenir la fin des souffrances des populations ivoiriennes. C’est un défi que l’opposition ivoirienne, désormais incarnée par son chef de file Affi N’guessan, doit absolument relever.


Marc Micael