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25/12/2013

PAUVRE PENDA !

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Said Penda. C’est le nom du réalisateur du triste film-documentaire, pompeusement titré: «Laurent Gbagbo:despote ou anticolonialiste… le verbe et le sang».  C’est un journaliste de nationalité camerounaise, comme le sont aussi Théophile Kouamouo (Fondateur du quotidien bleu, « Le Nouveau Courrier ») ou encore Charles Onana (auteur de l’œuvre : « Côte d’Ivoire le coup d’Etat »).

Encore un camerounais qui vient se jeter à corps perdu dans la mare de la crise socio-politique en Côte d’Ivoire, nous nous sommes dit. Sauf que, contrairement à ses concitoyens, il entend prendre le contre-pied du complot occidental contre la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo. Sa réalisation, comme l’indique le périodique français « La Lettre du Continent », dans sa parution N° 670 du 13 novembre 2013, est un véritable «documentaire à charge» contre Laurent Gbagbo, actuellement incarcéré à la CPI. Said Penda vient donc s’ajouter – pour ainsi dire - à la longue liste des ennemis de Laurent Gbagbo et sur laquelle figurent déjà Alassane Ouattara et ses partisans, la France néocolonialiste et ses alliés, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda… Bref, tous ceux qui, tant bien que mal, manœuvrent pour que Laurent Gbagbo passe le restant de ses jours, derrière les barreaux.

Peut-être s’agit-il pour ce réalisateur, de donner son point de vue sur l’homme, Laurent Gbagbo. C’est son droit et nous respectons ce droit. A la question : qu’est ce qui l’a poussé à s’intéresser à la vie de Laurent Gbagbo ? Said Penda répond invariablement : c’est parce que très peu de personnes connaissent en réalité Laurent Gbagbo ». Lui-même, avoue le connaitre « plus ou moins bien ». Mais dit avoir donné la parole – comme on peut le voir dans la bande annonce du film - à des personnes qui ont côtoyées ce dernier. D’ailleurs pourquoi Said Penda ne tenterait-il pas de surfer sur la popularité de Laurent Gbagbo, histoire de sortir quelque peu de l’anonymat et de se faire, au passage, un peu de sous ? C’est en tout cas - à première vue - plausible.

Jusqu’ici, rien de sérieux. Mais là où, nous nous sommes sentis interpellés, c’est quand le nommé Said Penda présente son œuvre comme « une vérité irréfutable » ; et lorsque, dans la même foulée, il s’autoproclame « crédible », sous prétexte d’avoir « travaillé presque deux décennies » à la BBC, une chaine de radio qu’il présente comme « crédible » pour s’être toujours - selon ses dires - « basée sur les faits ». Ce qui nous a poussés à nous intéresser de près à cet obscur réalisateur qui prétend détenir « la vérité » sur Laurent Gbagbo et qui, pour des besoins publicitaires, arpente en ce moment, plateaux de télé et de radios.

D’abord, sur la radio BBC et la chaine de télé Africa 24, Said Penda utilise un ton mesuré. Il se veut dans le rôle du journaliste impartial et objectif. Lorsque le journaliste Jean-Célestin Edjangué de Africa 24 lui demande son avis sur la question soulevée par le titre de son documentaire, à savoir si pour lui, Gbagbo est  un panafricaniste ou un despote, il déclare: « (…) Ce n’est pas mon rôle à moi, en tant que journaliste-investigateur de répondre à cette question. Mais cette question a été répondue par des personnes qui l’ont très bien connues (…)». Mais ensuite, une fois, sur le plateau de la radio Africa N°1, au cours de l’émission « Le grand débat » présentée par un certain Francis Laloupo, dont l’hostilité à l’égard Laurent Gbagbo, n’est plus à démontrer, Said Penda, en compagnie du journaliste-barbouze français Jean-Pau Ney, laisse tomber son masque : « Je pense que Laurent Gbagbo, c’était en réalité, un illusionniste, et un prestidigitateur. Honnêtement. Tout ce qu’on avait l’impression de voir était faux ». Puis, après avoir dépeint Laurent Gbagbo comme un faux anticolonialiste, il poursuit : « Ce que j’aimerais dire à tous les compatriotes africains, c’est qu’il faut sortir de l’anticolonialisme dogmatique». Vous avez bien lu. Il reprend ici à son compte, ce qu’il appelle l’«anticolonialisme dogmatique», ce concept boiteux, qui n’est autre que celui prôné par un certain Franklin Nyamsi. Lui aussi camerounais, idéologue et rédacteur connu des discours de l’ex-chef de la rébellion Soro Guillaume, mais aussi  et surtout défenseur indéfectible du régime d’Alassane Ouattara. Enfin, plus rien n’arrête Said Penda. Il se déchaîne. Allant jusqu’à comparer Gbagbo à Hitler, le chef nazi. Arguant que bien que ce dernier ait été très populaire, il «était quelqu’un de mauvais et de monstrueux ». Transporté, il distille son venin: « Laurent Gbagbo nous a entrainé dans son piège. (…) Tous les partisans de Laurent Gbagbo me font pitié. En réalité, les partisans de Laurent Gbagbo comptent parmi ses premières victimes. Parce que c’est à eux qu’il a menti. C’est eux qu’il a trompé».

Que penser vis-à-vis de tels propos qui, visiblement transpirent la haine contre Laurent Gbagbo ? Que dire face à ce qui s’avère être, sans conteste, une grave insulte à l’intelligence de tous ceux qui ont soutenu et  qui continuent de soutenir Laurent Gbagbo ? Mais aussi et surtout un refus d’admettre qu’entre l’époque d’Hitler et ce 21ème siècle, l’humanité a réalisé des progrès significatifs en matière de changements de mentalités et des Droits de l’Homme? Quel est finalement, le véritable mobile de cet individu, Said Penda ?

Said Penda, auteur du film-documentaire, sorti en octobre dernier : « Laurent Gbagbo, despote ou anticolonialiste… le verbe et le sang », aurait pu simplement intituler son film-documentaire : « Laurent Gbagbo, le despote sanguinaire » (car c’est en réalité, ce qu’il n’a pas eu le courage de faire), que cela n’aurait étonné personne. Mais qu’en piètre réalisateur, il puisse se cacher derrière des paravents franchement contestables, pour finalement laisser tomber le masque, est tout à fait pitoyable.

Certes, nous n’allons pas le suivre dans ses agitations. Mais sans hystérie aucune, interrogeons-nous: Said Penda n’aurait-il pu pas aller jusqu’au bout de ce qu’il avance comme « faits » ou « vérité irréfutable » ? Pourquoi s’est-il volontairement et visiblement imposé des limites à ne pas franchir sur  le cas Laurent Gbagbo ?

D’entrée de jeu, Said Penda lui-même reconnait : «Laurent Gbagbo est très populaire au Cameroun (…) Pour nous journalistes africains qui avions suivis le parcours de Laurent Gbagbo dans l’opposition, il était une sorte de modèle (…) Laurent Gbagbo était pour  nous à l’époque, le genre de président que nous rêvions pour chacun de nos pays  (…) s’était pour nous un espoir énorme de voir Laurent Gbagbo arriver au pouvoir ». Alors, à quel moment Laurent Gbagbo serait-il devenu le « despote sanguinaire » que tente de nous démontrer Penda ? Allons au-delà de ses allégations. Il faut que Laurent Gbagbo soit replacé dans son véritable contexte.

L’an 2000. Laurent Gbagbo arrive au pouvoir avec un ambitieux programme de société qui dérangeait certainement certains. En 2002, en à peine deux ans d’exercice du pouvoir, il est victime d’un coup d’Etat manqué. Par pour le reste de sa présence au pouvoir, soit en 8 ans, il sera confronté à une rébellion armée qui occupe de fait et régente toute la partie nord de la Côte d’Ivoire. Volonté de l’empêcher de mettre en œuvre son ambitieux programme de société pour la Côte d’Ivoire ? Désir de mettre fin à une supposée  exclusion dont seraient victimes les ressortissants du nord? Toujours est-il qu’il fit face à une rébellion armée, dans une Côte d’Ivoire qui continue de susciter des convoitises de la part des puissances occidentales. Il affiche clairement son intransigeance à céder sans discernement à ce qui s’avère être le système « françafrique ». Un général français, Renaud de Malaussene, adjoint du général Poncet, à l’époque à la tête de la force Licorne, revèle au sujet de l’intervention française en Côte d’Ivoire en 2004, qu’il s’agissait « d’un projet politique qui visait à mettre Ouattara en place et dégommer Gbagbo », puis il ajoute: « La mouvance Gbagbo est tombée dans un piège ». 

On se demande : comment et pourquoi Gbagbo dérangeait-il, à ce qui semble, les intérêts français au point d’être dans le viseur de l’armée française ? Qui est en réalité le soutien et le véritable financier de la rébellion armée survenue en 2002 ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que la Côte d’Ivoire, n’est pas un cas isolé. Elle fait partie des victimes d’un vaste programme entrepris par les puissances occidentales dans le but de remodeler le monde en fonction de la nouvelle guerre économique mondiale, comme nous le revèle, une fois de plus les médias russes. Il consiste, pour les puissances occidentales telles que la France, de s’assurer le contrôle des ressources naturelles des pays faibles, et s’il le faut, pour ce faire, déstabiliser les régimes jugés trop récalcitrants et dont les chefs d’Etat n’ont d’autre choix que d’obtempérer au risque de se voir exposer à des rebellions. Des rebellions qui trouvent « miraculeusement » les financements nécessaires. Laurent Gbagbo, tout comme ses paires que sont Patrice Lumumba ou encore Thomas Sankara, s’est malheureusement retrouvé au centre de cette guerre à l’issue de laquelle, il a été défait militairement. Au cours de son mandat, il s’est longtemps battu contre toutes sortes de tentatives de déstabilisation de son régime et de son pays. Est-ce pour avoir lutté contre tout cela qu’il est aujourd’hui mis au banc des accusés et traité par des individus comme Said Penda, de despote ? Sans doute.

Ce qu’il ne faut surtout pas enfin négliger, c’est rôle et la puissance des médias. Les médias habilement manipulés, sont capables, en l’espace d’un instant, d’avilir l’image d’une personnalité ou d’en faire un héros. Les médias servent aujourd’hui d’armes de destruction massives aux mains de ceux qui ont les moyens les mettre en œuvre et de les manipuler à leur guise. C’est ce que certains observateurs ont appelés la « médiacratie ». C’est un pouvoir où les médias nous imposent ce qu’ils veulent et qui  ne vont pas jusqu’au bout de qu’ils nous montrent ou nous disent. La BBC, radio sous la couverture de laquelle se cache aujourd’hui Said Penda, échappe-t-elle à cette règle ? Pas du tout.

Cela, Said Penda le sait pertinemment. Et, c’est de cette arme qu’il use à travers son film documentaire à charge contre Laurent Gbagbo, au point de prendre, tous ceux qui soutiennent ce dernier, pour des idiots.

De ce qui précède, l’on comprend et l’on saisit enfin et mieux les motivations du sieur Penda. Pas besoin alors de perdre son temps à vouloir regarder ce ramassis de montages soigneusement ficelés, appelé film-documentaire, dans le seul but d’enfoncer d’avantage Laurent Gbagbo, vue sa trame viscéralement haineuse et propagandiste à souhait. Même pour Dame Fatou Bensouda, désespérément à la recherche de preuves contre  Laurent Gbagbo, il ne servirait absolument à rien. Encore moins pour la Côte d’Ivoire, en quête d’unité et de réconciliation.

Pauvre Penda, qui s’est donné tant de peine (12 mois de tournage et 108 millions) pour finalement parvenir au résultat contraire : Laurent Gbagbo demeure et demeurera le héros contemporain de la lutte contre l’asservissement de l’Afrique.