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09/02/2014

AFRIQUE, SOUVERAINETÉ EN PÉRIL - QUI PAIERA LA FACTURE?

SOMMET DE LA PAIX_BERCY_PRW_IMG_2408 copie_0.jpgAucun autre continent, mieux que l’Afrique ne saurait saisir la vraie valeur des notions telles que l’indépendance et la souveraineté. Elle qui a subi des siècles durant, les sombres périodes de l’esclavage, puis de la colonisation. On peut donc aisément comprendre l’immense euphorie qui s’empara des jeunes Etats africains dès les premières heures des indépendances en Afrique. Quelle ne fut alors la fierté de ces nouveaux Etats lorsqu’ils brandissaient leurs drapeaux, et les nouveaux citoyens récitant – à qui veut l’entendre - leurs devises ou chantant leurs nouveaux hymnes nationaux !

Mais, c’était il y a longtemps, à l’époque, dans les années 60. Et depuis, le temps s’est écoulé, considérablement. Aujourd’hui, en ce 21ème siècle, les enjeux ne sont plus les mêmes. Place – dit-on - à un monde plus interdépendant. Place à l’impérieuse nécessité de se « dissoudre » dans les « Organisations Internationales», de se « plier » aux exigences des « organismes des Droits de l’Homme ». Evidemment, l’Afrique n’est pas restée en marge d’une telle dynamique. Bien au contraire, elle a - même – plongé de toutes ses forces dans « l’océan » de organisations régionales, sous-régionales et internationales. On peut citer entre autres: la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), la Ligue arabe, l’Union africaine (UA), ou encore l’Organisation des Nations Unies (ONU). Mais, revers de la médaille…

Au plan économique, le binôme Banque Mondiale-Fonds monétaire internationale (FMI) impose et dicte ses lois, notamment aux pays africains durement éprouvés par la crise économique. Le fameux programme d’ajustement structurel (PAS) à eux imposé, restera à jamais, un de leur plus amer souvenir. Bien entendu, les Etats africains ne seront pas au bout de leurs peines tant que le duo infernal Banque Mondiale FMI règnera – sans partage - sur l’économie mondiale. N’est-ce pas ce duo (Banque Mondiale et FMI), le vrai « ministère des finances» de nos Etats – notamment – en Afrique ? D’autre part, les marchés internationaux, devenus plus puissants que les pays eux-mêmes, contrôlent et décident de tout, depuis l’Occident, au grand dam des Etats africains. L’exemple le plus frappant est celui des prix des produits agricoles africains destinés à l’exportation. En effet, ces prix dépendent entièrement - de ces marchés qui les fixent sans état d’âme.

Au plan humanitaire, les organismes de défense des Droits Humains, se voient dévoyés de leur mission première. Ils interviennent désormais là où l’action de l’Etat est – dit-on - déficiente - pour servir la cause des impérialistes occidentaux dont leurs financements dépendent en grande partie. De fait, ces organismes, défenseurs des Droits Humains servent plus de moyens de pression que de moyen humanitaire, notamment au détriment des Etats pauvres, au nom du prétendu « droit d’ingérence humanitaire » dont, seuls ces ONG jouiraient. Mieux, ces organismes servent aussi et quelques fois de « brèches » dans lesquelles leurs financiers n’hésitent pas à s’engouffrer pour atteindre leurs objectifs égoïstes. Les exemples ne manquent pas : Ceux de l’ex-Yougoslavie comme en Irak, où les grandes puissances, notamment les Etats-Unis pénétrèrent dans la brèche - pour mener la guerre - avec l’appui des Nations Unies. Quand les cas de la Libye et de la Côte d’Ivoire alimentent encore la polémique, celui de la Syrie est en cours.

Au niveau politique, la note est encore plus salée pour les africains. Le principe de la « souveraineté des Etats », pourtant au cœur du système des Nations Unies est carrément foulé aux pieds. Dans le cas de la Libye, la résolution 1973 a été jugé « historique » par le secrétaire général des Nations Unies lui-même. Elle autorisait « les Etats les membres (…) à prendre toutes les mesures nécessaires (…) pour protéger les civils et les zones peuplées par des civils ». Mais que revêt un terme aussi ambigu que celui de « toutes les mesures nécessaires »? Le triste dénouement de la crise libyenne, orchestré par l’Otan, nous en donnera quelques réponses. Concernant la Côte d’Ivoire, certains observateurs pensent que « le rôle joué par l’Onu et la Force Licorne dans l’arrestation (du président sortant Laurent Gbagbo ndlr) reste encore flou et continue de susciter des polémiques car de plus en plus de voix estiment que ces forces impartiales ont outrepassé leur mandat». Mais avant, ce fut le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, M. Choi qui outrepassa le sien, en désignant sous le prétexte de la « certification des résultats », le vainqueur de l’élection présidentielle, malgré les graves cas de fraudes enregistrés, notamment dans la partie nord du pays. Violant ainsi, de façon flagrante, la Constitution ivoirienne qui elle, désigne le Conseil Constitutionnel comme seule institution en charge de la proclamation des résultats définitifs des élections en Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs sur cette prise de position du représentant spécial du secrétaire des Nations Unies que toutes les autres organisations sous-régionales, dont la CEDEAO et l’Union Africaine, n’ont fait que s’aligner par la suite. Et ce, au grand désarroi de ceux qui militaient en faveur de la stricte application de la Constitution ivoirienne.

En définitive, qu’il s’agisse de la Côte d’Ivoire ou de la Libye, l’on se demande toujours si ces interventions auraient été envisagées s’il s’agissait de pays dépourvus de toute richesse et, ou de tout intérêt géostratégiques ?

Le scénario a toujours été le même. La Résolution du Conseil de Sécurité, donnant feu vert pour intervenir est votée. Les forces occidentales chargées de la mettre à exécution - une fois sur le terrain n’en feront qu’à leur guise. Bien entendu, dans les deux cas (interventions politiques et interventions humanitaires), le fameux principe de la « responsabilité de protéger » est évoqué. Certes, mais là encore, il faudrait pouvoir lever toute ambiguïté. Car comment être sûr que les nations (plus précisément, les membres permanents du Conseil de Sécurité) soient totalement désintéressées ? Comment faire la différence entre le mobile politique et le mobile humanitaire ?

Comme on peut le constater, les organisations internationales s’arrogent, par des prétextes plus ou moins flous, un droit d’ingérence qui leur permette de violer la souveraineté d’un Etat. Ainsi certains experts avertis soutiennent - à juste titre d’ailleurs - que « dans la pratique, la souveraineté des Etats est érodée par les processus de mondialisation économique, culturelle et politique ». Dès lors, on peut affirmer sans risque de se tromper, que les Etats, notamment les Etats africains, n’ont souvent les mains et les pieds liés lorsqu’il s’agit des décisions capitales à prendre, quand bien même ces décisions ont trait à des questions aussi sensibles, touchant à leur survie. Ces Etats sont ainsi pris au piège du système des organisations internationales, pilotées en arrière-plan et en sous-main par des forces « obscures » qui les soumettent à leurs exigences. Peut-on dès lors, dans un tel contexte, parler de souveraineté ? Mieux, que peuvent faire les nations africaines face au péril de leur souveraineté? Doivent-elles résister, lutter ou au contraire, assister impuissantes à la menace, au dictat de ces marchés et autres organisations dites internationales? Que faire face à ces «monstres devenues incontrôlables » ? Que faire face à ces « monstres » qui font dangereusement et de plus en plus ombrage à la souveraineté des jeunes Etats africains? Le débat peut-être ouvert à ce stade de notre analyse.

 

Quant aux gens du peuple, ils ont toujours partagé l’avis de cet illustre fils d’Afrique, aujourd’hui indûment incarcéré dans les geôles du néocolonialisme, qui estime que: « le combat pour la souveraineté demeure une question existentielle pour notre peuple ». Aujourd’hui, l’armée française intervient au Mali, en Centrafrique, comme elle est intervenue en Côte d’Ivoire... En Côte d’Ivoire où l’on annonce la mise en en place très prochaine d’une « base opérationnelle avancée française », précédée par la visite – fin février - du président français, François Hollande. Une visite qualifiée « d’espoir » par un régime - on l’imagine - dégoulinant de gratitude pour la France. Cette France en perte de vitesse sur le continent noir et à qui – disons les choses comme elles le sont – il doit son existence. Or l’on sait tous que : « La France tout comme ses alliés, ces autres puissances impérialistes, ne s'engagent jamais dans une guerre sans avoir au préalable la réponse à cette question cruciale: «Qui paiera la facture? ». En tout cas, « Ils ne font rien pour rien ». Cela, les gens du peuple l’ont toujours su.

Marc Micael

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