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26/03/2014

TRANSFÈREMENT DE BLÉ GOUDÉ, CESSONS DE RÊVER !

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Il ne faut pas se laisser leurrer. La décision de transfèrement de Blé Goudé n’est pas le résultat d’une pression qu’aurait subi le gouvernement ivoirien de la part CPI (Cour Pénale Internationale), comme tente de l’insinuer le magazine « Jeune Afrique » dans sa dernière livraison.

Comme vous vous en serez certainement rendu compte, ce n’est pas non plus parce que le FPI (Front Populaire Ivoirien) aurait « tiré sur la corde » après la publication des photos de maltraitance de Jean Yves Dibopieu et de Blé Goudé à la DST (direction de la surveillance du territoire). Nous sommes en politique, et la décision de transfèrement de Blé Goudé à la CPI, est bel et bien une décision politique. Il ne faut pas, non plus, croire que ceux qui l’ont prise sont des enfants de cœur et qu’ils ne mesurent pas la portée de leurs actes (quoi qu’ils demeurent des piètres politiciens). Bien au contraire.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le réveil de l’opposition, avec pour chef de file le FPI, inquiète sérieusement le régime en place. Pour preuve, toutes les tournées initiées par son président Affi N’guessan, à l’intérieur du pays, comme à Abidjan, sont un franc succès. Par dizaines de milliers, les populations en liesse sont sorties pour accueillir le chef de l’opposition, bravant, par la même occasion, la peur et marquant leur rejet pour  le pouvoir Ouattara. Ce qu’il y a deux ans, était inimaginable, tant le règne de terreur du régime Ouattara était à son apogée. De plus en plus, des ivoiriens commencent s’exprimer sans crainte d’être réprimés. Le temps où il fallait raser les murs de peur de subir la barbarie des éléments incontrôlés d’Alassane Ouattara, le nouvel homme fort du régime en place, est  révolu.

En effet, nul n’ignore que dans toutes les révolutions, le peuple a toujours le dernier mot, tôt ou tard. La force des armes ne triomphera pas toujours de la volonté du peuple. Alassane Ouattara et son camp en sont conscients. Mais peut-être veulent-ils que la Côte d’Ivoire soit l’exception qui confirme la règle ?

Le transfèrement de Blé Goudé est donc une décision mûrement réfléchie par Alassane Ouattara et son gouvernement. Ce n’est point un acte fortuit. Le réveil de l’opposition ivoirienne et l’éveil de la conscience populaire, face à la violence qui fait désormais force de loi en Côte d’Ivoire, face à la justice sélective, face à l’arbitraire…, est une réalité avec laquelle le régime d’Abidjan doit compter. En effet comme toute dictature naissante, il lui fallait, affirmer sa suprématie sur l’opposition et s’assurer de sa domination sur les populations ivoiriennes. Voilà la triste réalité. Le reste n’est que vaines supputations.

En transférant à la CPI, un leader des jeunes comme Blé Goudé, et non des moindres, le régime d’Abidjan savait pertinemment que cela ne serait pas du goût de l’opposition, mais aussi d’une large frange d’ivoiriens, notamment parmi les jeunes. Mais c’était pour ce régime, un risque à prendre, pour s’assurer qu’il a encore les cartes en main ; qu’il constitue encore un objet de terreur et de crainte pour les ivoiriens qui viennent à peine de sortir d’une période de traumatisme collectif. C’était pour ce régime, un test de terrain, un test pour sonder la capacité de réaction des ivoiriens. Toutes les hésitations, toutes les tergiversations observées, quant au transfèrement de Blé Goudé, participent de cette stratégie. Il s’agissait de voir si aujourd’hui, en 2014, des ivoiriens, notamment ceux qu’on appelle « les jeunes patriotes » étaient encore capables de se « soulever » contre le régime en place. Il s’agissait pour ce régime de se rassurer quant l’effectivité de sa force de dissuasion (et non de persuasion) contre les ivoiriens.

Pari réussi ? Apparemment. Mais rien n’es encore gagné…

Ce qu’il faut aussi et surtout retenir de ce sordide stratagème des dirigeants ouattaristes au pouvoir, c’est que le transfèrement de Blé Goudé, contrairement à ce que certains pensent, ne vise qu’une seule et même personne : Laurent Gbagbo, considéré comme la « bête noire » du régime Ouattara. Dès lors, c’est plutôt le non-transfèrement de Simone Gbagbo qui vise Soro Guillaume et ses hommes. Comment et pourquoi ?

Ecoutons pour ce faire Koné Bruno argumenter sur le refus d’Alassane Ouattara de transférer Simone Gbagbo : « Aujourd’hui la situation est différente. Les juridictions ivoiriennes sont en place, les juges sont là. Nous avons estimé, au niveau du gouvernement, que les conditions étaient réunies pour un procès juste et équitable en Côte d’Ivoire, pour madame Gbagbo ». Mais c’est Coulibaly Gnenema, ministre de la justice qui, plutôt, se veut plus clair sur la question: « Nous ne voulons pas envoyer Mme Simone Gbagbo à la Haye. C’est une question d’image… ». Vous avez bien lu !

Que personne ne s’étonne de ce que demain, ces mêmes arguments, entre autres, pour une question « d’image », soient utilisés pour appuyer le refus du transfèrement, notamment de Soro Guillaume, s’il s’avérait qu’il était « réclamé » par la CPI.

Il faut donc que l’on cesse de rêver. Alassane Ouattara n’a point l’intention de livrer Soro Guillaume et ses hommes à la CPI. Le cas Simone Gbagbo lui servira de « jurisprudence », si d’aventure la CPI lui exigeait le transfèrement de son dauphin constitutionnel. Souvenons-nous, c’était hier, lors de visite d’Etat d’Alassane Ouattara dans le nord, aujourd’hui « chasse gardée », par la force des choses, du RDR, son parti politique. Ce dernier lançait à la face des parents de Soro Guillaume et du monde entier, ces paroles qui ont, à l’époque scandalisées plus d’un, et qui devraient aujourd’hui nous donner à réfléchir. Alassane Ouattara vantait alors les « gloires » du jeune chef de la rébellion armée en ces termes : « (…) un jeune qui a grandi ici, qui a fait le Petit séminaire à Katiola et qui a fait preuve d'un courage exceptionnel. (…) Bien sûr, il (Guillaume Kigbafori Soro, ndlr) a estimé à un moment donné que nous les anciens étaient engagés dans une voie qui peut-être allait prendre trop de temps pour faire aboutir notre combat. Il a fait preuve de courage, il a fait preuve de sacrifice. (…) Il s'est battu pour que les populations du Nord puissent recouvrer leur dignité par la nationalité ivoirienne (…) C'est donc un acte très fort, au dessus des religions. C'est un acte de patriotisme. S'il a fait cela, c'est parce qu'il aime la Côte d'Ivoire. Je voudrais te féliciter mon cher Guillaume pour ton courage, ta fidélité et ton patriotisme ». Vous imaginez encore Alassane Ouattara transférer ce Soro Guillaume-là, à la CPI, au nom de la justice et de la réconciliation ?

En fait, la réconciliation nationale est le dernier des soucis de ceux qui tiennent actuellement les rênes de la Côte d’Ivoire. Car Blé Goudé, par sa force de mobilisation, par sa capacité à ressembler, aurait pu être un acteur essentiel pour la réussite du processus de réconciliation ivoirien. Mais Alassane Ouattara et son entourage n’en n’ont eut cure. Blé Goudé et Laurent Gbagbo peuvent « moisir » à la CPI, des ivoiriens peuvent rester en exil, d’autres peuvent périr dans les prisons ivoiriennes, la corruption et le népotisme peuvent gangréner la société ivoirienne, les ivoiriens peuvent s’en indigner autant qu’ils le peuvent, le régime Ouattara peut dormir sur ses deux oreilles tant qu’il se sentira invulnérable.

 

Malgré tout, certains veulent encore croire que Soro et ses hommes iront à la CPI pour, pensent-ils : « le grand bonheur des ivoiriens ». C’est leur droit. Mais qu’ils sachent que le grand bonheur des ivoiriens, ne réside pas que dans le simple transfèrement de Soro Guillaume et de ses hommes. Il se situe bien au-delà d’un simple acte de transfèrement. Il s’agit pour les ivoiriens  de vivre décemment et dignement dans une Côte d’Ivoire libre, libérée de toute domination étrangère ; une Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même, dans l’union de ses fils et filles…, une Côte d’Ivoire solidaire et prospère. Et cela passe, sans doute, par la mise hors d’état de nuire de ce qui constitue aujourd’hui, un frein à cette soif de justice et de liberté partagée, ici en Côte d’ivoire, mais aussi partout en Afrique. A savoir, la fin du régime d’Alassane Ouattara, comme bien d’autres en Afrique, imposées à coups complots et de bombes françaises.

Marc Micael

23/03/2014

PRENONS GARDE, LE PIRE EST À CRAINDRE

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« La guerre des photos » vient de connaitre son épilogue. Blé Goudé a été finalement transféré à la CPI (Cour pénale internationale) par le régime Ouattara. Notons que c’est la deuxième personnalité ivoirienne à être ainsi transférée, et la troisième d’un seul et même camp, poursuivie par la CPI.

Or, il y a quelques jours, ce même régime, pour justifier son refus de transférer Simone Gbagbo, l’épouse de Laurent Gbagbo, déclarait au sortir d’un Conseil des ministres que : « les juridictions ivoiriennes sont aptes à la juger ». Mieux, que : « ces juridictions sont aujourd’hui à même de lui garantir un procès juste et équitable garantissant les droits de la défense ». Pourquoi ce flagrant deux poids deux mesures pour deux personnages pourtant poursuivies, pour les mêmes chefs d’accusations de crimes contre l’humanité ? Pourquoi ce triste désaveu ?

Parce que nous sommes bien ici, en face de bricoleurs. Nous sommes en présence d’un club d’amateurs politiques.., bref, nous faisons face à un groupe de personnes sans foi ni loi, n’ayant aucune vision glorieuse pour ce pays, la Côte d’Ivoire. Conséquence: Blé Goudé transféré à la CPI, la Côte d’Ivoire ne s’en portera pas mieux. Bien au contraire.

C’est sans doute, pour cette raison, qu’à l’annonce de la décision de transfèrement de ce dernier, certains ont vite fait de crier : « C’est fini pour la réconciliation » ; « Le régime enterre la réconciliation » ou de remarquer, enfin, que : « La réconciliation nationale est un échec ». Savent-ils seulement, ceux-là, que la réconciliation en Côte d’Ivoire n’a jamais existé que de nom ?

La réconciliation nationale telle que « goupillée », par le nouveau régime, n’est en fait qu’un habillage cosmétique ayant un double objectif : pour ce régime, il s’agit d’abord de donner à l’opinion internationale, mais surtout à ses soutiens étrangers, les gages de bonne foi. Ensuite, il  s’agit pour lui de calmer les ardeurs de ceux qui, au sortir de la guerre post-électorale, avaient encore des velléités d’en découdre avec lui. Rien de plus. C’est pourquoi plusieurs années après cette crise, les observateurs objectifs s’accordent à dire que : « la réconciliation est au point mort ». D’ailleurs Alassane Ouattara et son clan, eux-mêmes, n’ont jamais cru en la réconciliation. Car on ne s’investit totalement et sincèrement que dans ce que l’on croit. En fait, la réconciliation n’a jamais eu son vrai son sens à leurs yeux. Pourquoi ne peuvent-ils pas croire en la réconciliation direz-vous ?

Simplement parce qu’ils sont conscients qu’ils ont posé des actes qu’ils savent quasiment inexcusables. Ils ont perpétrés des actes, les uns plus ignobles que les autres, des actes qu’eux-mêmes ne sauraient pardonner aux autres. Souvent, dans leurs délires, ils vont jusqu’à affirmer que Laurent Gbagbo est un « dictateur », un « tyran ». Sauf que lui, Laurent Gbagbo, contrairement à eux, n’a jamais brûlé un seul village ivoirien ; ni emprisonné à la pelle des centaines d’ivoiriens ; il n’a aucunement contraint à l’exil plusieurs milliers d’entre eux ; ni exproprié certains de leurs terres ; encore moins monté une rébellion-armée tribale, pour en faire une armée nationale ; Laurent Gbagbo n’a point forcé des ivoiriens à se réfugier sur leurs propres terres comme à l’ouest, comme à Nahibly…

Parce que ce régime n’a pas le courage de reconnaitre ses crimes, le courage de les regarder en face…, de les admettre. Il ne peut ni croire, encore moins, être artisan de la réconciliation. C’est aussi là que se trouve le drame ivoirien.

Ce drame débute avec la contestation des résultats de l’élection présidentielle de 2010. Deux camps ont été aux prises. Mais la compétition s’est terminée dans la douleur et la confusion. A ce jour, il subsiste encore de grosses zones d’ombres, qui donnent au camp, forcé à être perdant, de nourrir des doutes légitimes sur les résultats de ces élections. La course au pouvoir s’est achevée dans le sang, avec fracas, douleurs et gémissements…, avec le net sentiment pour un camp d’avoir été floué par son adversaire. Un adversaire, en complicité avec des forces étrangères, qui ne doit finalement sa victoire, qu’à la force sauvage et brutale. Naissent alors des ressentiments qui ne quitteront jamais plus certains. Dans le même temps, d’autres s’armeront d’esprit de revanche et de vengeance. De ces sentiments, les uns et les autres ne s’en sont jamais départis jusqu’à aujourd’hui. Ce qui nous amène à dire que la crise ivoirienne, est une crise qui transcende le temps. Car on ne peut sereinement envisager ce qui se déroule aujourd’hui ou qui se passera demain, sans avoir à l’esprit ce qui a été hier. Quatre ans plus tard, la crise ivoirienne reste entière. Le temps n’a eu sur elle, sur les ressentiments nés au départ de la crise post-électorale, aucun effet. Se demander si Alassane Ouattara a vraiment remporté l’élection de 2010, c’est aussi apporter une réponse à la question suivante : pourquoi Blé Goudé est-il aujourd’hui transféré à la CPI ?

La crise post-électorale a eu pour conséquence de semer dans le cœur de la plupart des ivoiriens, les graines de la haine. Les nouveaux arrivants, après et malgré une prise brutale et sanglante du pouvoir, avaient pourtant l’occasion de se rattraper. Malheureusement, ils n’ont pas été à la hauteur des attentes, ils n’ont pas été au rendez-vous du dépassement de soi, du sacrifice… Pire, ils sont descendus dans la poubelle de la chasse aux sorcières de la justice sélective, du tribalisme et du régionalisme…. Ils ne se sont jamais démarqués de leur haine viscérale, de leur désir de vengeance… Sinon, nous n’en serions pas là aujourd’hui, à parler de divisions en Côte d’Ivoire.

En fait, ils sont arrivés au pouvoir avec une feuille de route bien précise. Dans la forme : il s’agit de préserver une certaine image d’eux-mêmes. Une image très reluisante, en vue de rassurer leurs soutiens étrangers. Dans le fond, il s’agit de se venger contre leurs adversaires d’hier, ne leur laisser aucun répit, ne leur laisser aucun temps pour reprendre leur souffle et mieux s’organiser, il s’agit de tenir l’opposition en laisse, le temps de jouir d’un pouvoir immérité.

Résultat, ils n’ont fait que renforcer les ressentiments qui étaient déjà présents dès le début de la crise post-électorale. Le transfèrement de Blé Goudé, ce jeune leader d’opinion, doué d’une force de mobilisation exceptionnelle au sein de la jeunesse ivoirienne ; Blé Goudé, partisan de Laurent Gbagbo, celui qui aura visiblement donné du fil à retordre à ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir, mais aussi à leurs soutiens étrangers, participe à cet état de fait.

Ils sont donc plusieurs à avoir maintenant compris à quelle sorte de régime ils avaient affaire en Côte d’Ivoire. Ils sont plusieurs à soutenir qu’il faut agir dès à présent sinon la Côte d’Ivoire coure inéluctablement à sa perte. Ils ont certes raison. Mais avant, il faut se poser la question qui conditionnera les actions futures : sommes-nous des démocrates ou des partisans de la lutte armée ? Ce que nous savons, c’est que Laurent Gbagbo et ses amis, bien qu’étant des démocrates, ont pourtant réussi à faire « plier » le régime d’Houphouët Boigny.

 Malgré tout, certains soutiendront, d’ailleurs comme la CDVR (commission dialogue vérité et réconciliation), pilotée par monsieur Charles Konan Banny, que : « les ivoiriens veulent de la réconciliation ». Nous leur répondront : les ivoiriens veulent vivre en paix, sans être humiliés, sans être spoliés de leurs biens, sans être opprimés… Nous leur rétorqueront que : ce ne sont  pas les ivoiriens qui ont apporté la guerre en Côte d’Ivoire, mais des politiciens assoiffés de pouvoir. Les ivoiriens ne peuvent donc en aucun cas être les héritiers d’une guerre qu’ils n’ont pas provoqué. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’en n’ont pas gros sur le cœur.

Nous leur déclareront, à ces personnes qui prennent les ivoiriens pour des marionnettes, que chaque ivoirien, porte probablement en lui, son fardeau trop lourd, péniblement et patiemment. Il n’attend qu’une occasion espérée pour sen délester. Alors, il le fera certainement, d’une manière ou d’une autre. Prenons donc garde, le pire est à craindre.

 Marc Micael

 

 

 

 

 

 

 

19/03/2014

METTRE FIN A LA COMÉDIE

images (26).jpgLa guerre née de la crise post-électorale en Côte d’ivoire, s’est achevée dans un effroyable bain de sang. Laurent Gbagbo capturé et fait prisonnier, des milliers de morts jonchant les rues, des dégâts matériels importants orchestrés, de profonds préjudices moraux subis…, tout cela fera, longtemps encore, tâche d’huile dans la mémoire collective des ivoiriens. S’il y a une chose à retenir de ce sanglant et brutal dénouement, c’est bien cette évidence selon laquelle Alassane Ouattara n’a pu finalement s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, que grâce au rôle déterminant de l’armée française, appuyée par les forces de l’Onuci (opération des nations unies en Côte d’Ivoire) et de la rébellion descendue du nord de la Côte d’Ivoire ; c’est bien à l’issue de l’usage des armes et moins par les urnes qu’il accède ainsi au pouvoir en 2011.

Mais bien avant, il y a décembre 2010 : les rideaux viennent de tomber sur le scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire. Débute alors une longue et angoissante période d’attente des résultats. Non satisfait d’avoir inutilement joué avec les nerfs des ivoiriens, Youssouf Bakayoko, le président de la CEI (Commission Electorale Indépendante), apparaît sur les écrans de la télévision nationale, quelques minutes avant la forclusion de l’organe qu’il dirige : « Il n’est pas encore minuit », lâche t-il au grand dam des spectateurs. Paul Yao N’dré (avant qu’il ne déclare avoir été possédé par le diable !), président du Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire, proclame alors les résultats définitifs, comme le stipule la Constitution ivoirienne. Laurent Gbagbo est déclaré élu.

Mais son élection est aussitôt contestée, par le camp adverse, celui d’Alassane Ouattara. Ce dernier bénéficie du soutien de la France et de ses alliés planqués au sein de l’Onu. La Côte d’Ivoire est l’objet d’un outrancier lynchage médiatique de la part des médias occidentaux, relayés en cela, par leurs satellites africains. Objectif : faire admettre à l’opinion qu’Alassane Ouattara est le vainqueur du scrutin présidentiel. En fin de compte, Alassane Ouattara et ses soutiens sont parvenus à leurs fins.

Certes, les armes, se sont tus en Côte d’ivoire. Mais demeure lancinante la question de la réconciliation, gage d’une paix durable. En Côte d’Ivoire, c’est une évidence qui saute aux yeux. Le sentiment de méfiance, la haine et la rancœur sont, plus que jamais, présentes dans les esprits et ne cessent de gagner du terrain au sein de la population. Dès lors, le calme et la paix dont certains pourraient se targuer ne sont qu’une fragile façade qui menace à tout moment de voler en éclat. La plupart des ivoiriens gardent en leur cœur leur propre douleur ou l’amer souvenir d’un proche arraché à terre des hommes. Voilà l’évidence persistante que l’on tente de cacher à l’opinion.

Pourquoi un tel état d’esprit malgré tout le temps que l’on claironne ça et là en faveur de la réconciliation nationale? N’est-ce pas parce que des personnes, notamment ceux qui sont aujourd’hui aux affaires, ont cru pouvoir s’imposer et imposer la paix par les armes et non par un dialogue franc et constructif ?

Il ne faut pas le nier : la Côte d’Ivoire est profondément divisée. Il y a un mal profond qui la ronge. Si l’on n’y prend garde, ce mal risque de lui causer des dégâts irréversibles.

Ceux qui nous dirigent ont parlé de justice avant réconciliation. Mais à la pratique, ils ont plutôt opté pour une justice des vainqueurs et une politique qui favorise un clan, une communauté, une ethnie... Ils dorlotent et protègent à souhait ceux qui  ont tué, massacré, égorgé des ivoiriens, c'est-à-dire, ceux qui les ont aidés à prendre le pouvoir. Ils tentent de faire de ces assassins, des héros, bien que les mains de ces derniers soient remplies de sang. Ils ferment les yeux sur les victimes de ces bourreaux, allant jusqu’à nier pratiquement leur existence. Pour eux, ils n’y que des victimes de Laurent Gbagbo. Ils rejettent la faute sur l’opposition. Ils l’accusent de ne pas vouloir la réconciliation. En réalité, ils voudraient voir l’opposition – elle aussi - jouer la même comédie. Pour eux, il n’y a que Gbagbo qui a occasionné 3000 morts. Eux, sont des « saints », des « libérateurs ». Ils s’efforcent à présenter de la Côte d’Ivoire, une image plus que reluisante : « les ivoiriens se réconcilient » ; « tout va bien au pays », disent-ils à qui veut l’entendre.

Pourtant, chaque jour, fusent des nouvelles à nous glacer le dos. Des individus auraient attaqués dans tel ou tel endroit, d’autres sont arrêtés pour dit-on, atteinte à al sureté de l’Etat. Des communautés s’affrontent à l’intérieur du pays. L’opposition est accusée de : « mettre de l’huile sur le feu »… les nouvelles en provenance du pays, ne sont pas bonnes.

S’ils reconnaissent, malgré tout, ceux qui tiennent aujourd’hui les rênes du pays, qu’il y a « le feu » dans ce pays, pourquoi ne tentent t-ils pas de l’éteindre tout bonnement ? Et bien parce qu’ils sont eux-mêmes les pyromanes. Ce sont eux qui ont causé l’incendie, mais ils se refusent à l’admettre. Parce qu’ils n’ont pas ce qui fait la force et la réussite d’une réconciliation vraie et durable: l’humilité, le pardon, l’esprit de sacrifice pour l’intérêt commun…

Avec leurs armes, ils ont tué, divisé les ivoiriens. Avec ces mêmes armes ils veulent leur imposer la paix. Mais personne n’est dupe de cette comédie de mauvais goût.

 

Mais alors, jusqu’à quand se rendront-ils compte que la paix imposée par les armes est nulle et de nul effet ? En effet, les armes n’ont jamais réussi à imposer la paix, une vraie et durable paix. L’histoire de l’humanité n’offre aucun exemple de ce genre. Dès lors, il appartient aux ivoiriens de prendre leurs responsabilités pour mettre fin à cette comédie, cette farce dont ils ne sont, en réalité, que les dindons.

Marc Micael

15/03/2014

EN VÉRITÉ, ILS NE SONT PAS DIGNES

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C’est une réalité à laquelle le régime en place doit dorénavant se conformer. Le monopole médiatique national et le soutien des médias internationaux dont il jouissait aux heures chaudes de la crise post-électorale, ne sont, désormais plus, qu’un lointain souvenir. Il lui faudra, à l’avenir, rivaliser avec le géant et l’omniprésent Internet, qui intègre notamment, les réseaux sociaux, devenus, plus que jamais, en ce 21ème siècle, un puissant outil de communication.

Les détails sur l’opération chirurgicale subie par Alassane Ouattara en France, et qui étaient sensés rester ultra-confidentiels, ont pourtant été divulgués à travers les réseaux sociaux. L’on a pu assister à tout le mal que s’est donné le régime en place pour tenter de taire les rumeurs les plus folles à ce sujet. Mais aussi et surtout, au retour organisé et précipité, en désespoir de cause, d’Alassane Ouattara, au risque de mettre en péril l’état de santé, visiblement, très précaire de ce dernier.

Tout récemment, des photos Blé Goudé et de Jean Yves Dibopieu, prisonniers du régime d’Alassane Ouattara, ont été rendues publiques, une fois de plus, par le canal des réseaux sociaux, créant au passage, un émoi général et jetant l’opprobre sur le régime tenu par Alassane Ouattara.

Dans la foulée, certains se sont laissés envahir par l’émotion. A la vue des photographies dégradantes de ces deux hommes, avérés proches de Laurent Gbagbo. Aux uns la pitié, les pleurs ; aux autres, la colère, l’indignation…, oubliant que ces deux jeunes leaders d’opinion ne sont rien de plus, aux yeux du régime Ouattara, que des trophées de guerre et non pas, comme ce régime veut le faire croire à l’opinion, des prisonniers de droit commun.

Qu’elles sachent, ces personnes enclines aux émotions gratuites, que ce temps, le temps des pleurs, est révolu. Les lamentations n’ont jamais rien résolus. Seule l’action coordonnée et soutenue peut influencer le cours des choses, dans le sens que l’on souhaite. Et cela, les gens du peuple ne le savent que très bien. D’ailleurs, depuis belle lurette, une chose est certaine : nous sommes bel et bien, en Côte d’Ivoire, en face d’un régime tortionnaire et totalitaire ; un régime qui n’accorde aucune considération au respect des droits de l’homme, comme l’ont maintes fois confirmé les organisations internationales de défense des droits de l’homme, dans leurs différents rapports. Pire, nous avons affaire, en Côte d’Ivoire, à un régime qui pratique, à grande échelle, une justice des vainqueurs, consolidée par un « rattrapage ethnique » flagrant.

Nous n’allons donc pas céder aux émotions. Mais nous vous inviterons, à travers ce qu’il est convenu d’appeler « la guerre des photos », à observer de près la laideur d’un régime, détenteur d’un pouvoir immérité. Pour que, le moment venu, il puisse être traité comme tel.

Depuis le 9 mars 2014, des photos de Blé Goudé Charles et de Jean Yves Dibopieu sont anonymement publiées sur les réseau sociaux, dans un contexte où, ni les parents, ni les amis, encore moins les avocats de ces derniers, n’avaient aucune nouvelles d’eux, là où le régime d’Abidjan, par la voix de son « sécurocrate » attitré, Hamed Bakayoko, soutenait mordicus, que Blé Goudé notamment, était détenu, selon ses propres termes, dans une « résidence protégée » et « bien traité ». Dès la publication des photos, l’indignation s’empare des milliers d’internautes. Des photos où l’on peut clairement voir des prisonniers barbus, visiblement amaigris, couchés à même le sol, vêtus de leurs seuls caleçons. Puis la presse prend le relai, les jours suivants. L’opinion est choquée. N’ayant aucun argument solide pour se défendre, et débordé par la vague d’indignation qui ne cesse d’enfler, très vite, le régime criera au « montage » et à la « mise en scène », par la voix de Koné Bruno, son porte-parole. Quelques jours après, de nouvelles photos, notamment de Blé Goudé, sont publiées sur la page facebook de monsieur Hamed Bakayoko, visiblement, dans une tentative de contre-attaque. On y voit Blé Goudé, apparemment forcé à jouer les mannequins de circonstance, au cours d’une séance de prise de vues rapidement improvisée. Au lieu de produire l’effet escompté, c’est bien le contraire qui se produit. Des détails flagrants, décelés dans les nouvelles photographies, démontrent la supercherie, la mise en scène grotesque du régime d’Alassane Ouattara. Un régime qui, de peur de se discréditer d’avantage, n’a finalement d’autre choix que de laisser éclater la vérité. Blé Goudé sera entendu par un juge. Enfin ! Depuis tout ce temps, pourrait-on s’exclamer. Notons au passage que si Blé Goudé lui, a pu rencontrer ses avocats, voir le juge et bénéficier, d’un bref séjour dans « sa » fameuse « résidence protégée », personne ne sait en revanche, le sort réservé à Jean-Yves Dibopieu. En fin de compte, c’est la conférence de presse animée le vendredi 14 mars 2104, par les avocats de Blé Goudé Charles, qui mettra fin à la polémique et qui viendra clouer le bec au régime manipulateur d’Abidjan. Blé Goudé et Jean-Yves Dibopieu étaient bel et bien incarcérés dans les geôles de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), dans des conditions drastiques, humiliantes et dégradantes et non pas comme annoncé par ceux qui disent nous gouverner, dans une « résidence protégée ».

Ce « court-métrage » a été édifiant. A plus d’un titre. Il nous a montré que des personnes, au sommet de l’Etat, pouvaient se permettre de mentir au peuple, sans vergogne. Il révélé la fâcheuse tendance du régime en place, à se réfugier derrière des arguments à deux sous, pour se défendre, toutes les fois qu’il est en mauvaise posture. Enfin, cela nous a enseigné que la réconciliation et le dialogue prônés par ce régime dont l’irresponsabilité et l’incompétence ne sont désormais plus à démontrer, n’ont jamais été que des slogans creux, pour masquer la tragédie que vit ce pays. La « guerre des photos » a eu pour avantage de montrer la face cachée du régime d’Alassane Ouattara. Un régime qui ne doit son existence, son règne, que par le non respect des lois et des règles établies ; un régime qui n’excelle que par le mensonge et la dissimulation ; un régime qui n’impose son autorité que par la violence. Or, l’autorité ne s’impose que par elle-même. Elle tire sa source par le respect que forcent les actes de celui qui la détient, nous disent les experts.

En définitive, les ivoiriens, les gens du peuple, tous ceux en qui demeure encore un brin de lucidité et d’objectivité, auront retenu que ceux qui disent nous diriger, ne sont en fait que des incompétents notoires, des amateurs de la politique, qui s’amusent à leur servir le mensonge. Bref, qui ne méritent pas de diriger un grand pays comme la Côte d’Ivoire.

 

Souvent, certains nous répliquent par ce dicton : « C’est Dieu qui donne le pouvoir », certainement pour justifier la présence de ce comité d’aventuriers politiques, à la tête de la Côte d’Ivoire. Insinuant par là, qu’il relèverait de la volonté de Dieu que ce comité soit en ce moment, au pouvoir. Mais ce que ce dicton ne dit pas, c’est que Dieu dans son infinie souveraineté, parfois, n’empêche pas celui qui convoite le pouvoir, de le prendre. Dans ce cas, ce dernier devra assumer, tôt ou tard et le moment venu, toutes les conséquences de son acte d’usurpation. En vérité, chaque chose a donc son temps. Les indignes paieront pour leurs forfaits, ils auront toujours en face d’eux des personnes dignes et debout pour leur dire : non, ça suffit ! 

Marc Micael