topblog Ivoire blogs

14/07/2014

LE FPI ET LA POMME DE DISCORDE

pascal-affi-n-guessan-laurent-gbagbo13.jpg

En proie à des dissensions, le FPI inquiète. Le parti de Laurent Gbagbo ne rassure guère, notamment tous ceux et celles qui lui ont fait confiance pour mettre un terme au règne d’Alassane Ouattara, un homme soupçonné – à juste titre – d’être le pion de l’impérialisme occidental et, à terme, pour sortir la Côte d’Ivoire du joug du néocolonialisme.

Laurent Gbagbo semble ne pas être la priorité des priorités pour Affi N’guessan. Voilà ce qui est reproché par certains au président du parti à la rose. Voilà  ce qui constitue – en somme - la pomme de discorde au sein du FPI.

Pomme de discorde, l’expression est lâchée. Pour mieux la comprendre, référons-nous à la mythologie grecque, où la déesse Discorde, fille de la nuit, sœur de la mort et mère de la misère, de la famine, des batailles, du meurtre et des mensonges voulut se venger, pour n’avoir pas été invitée aux noces de Pelée et Thétis. Elle jeta au milieu des invités une pomme d’or. Aphrodite, Héra et Athéna, des déesses présentes à la cérémonie, se disputèrent le fruit. Ce qui eut la fâcheuse conséquence de gâcher la fête.

Dans le cas du FPI, à qui pourrait bien profiter les disputes entre frontistes ? A première vue, à Alassane Ouattara et son camp, bien entendu. Mais Ouattara et ses partisans sont-ils, à l’image la déesse Discorde, ceux qui ont jeté « la pomme » aux milieux des dirigeants du FPI ? Non. Bien évidemment. Cherchons plutôt du côté du FPI.

Ici Discorde n’est autre que le démon de la division. Un esprit pernicieux qui pousse les hommes à agir plus vite qu’à réfléchir ; un esprit qui excite plus les passions que la raison. C’est cette petite voix intérieure qui vous souffle à l’oreille et vous rend sourd à celle de votre conscience. Or, la politique comme nous le dit l’excellent Bailly Ferro est: « une compétition vivante qui (…) fait fi des humeurs et des états d’âme ». Discorde, fille de la nuit, sœur de la mort et mère de la misère…, a jeté sa pomme au sein du FPI, et s’en réjoui. Que faire pour éviter l’implosion…, la mort du parti de Gbagbo ?

Référons-nous, aux suggestions de notre excellent ami Bailly Ferro. Voici ses conseils, empreints d’objectivité et de réalisme : le FPI devrait viser un unique objectif : la libération de Laurent Gbagbo. Mais ne pas se figer dans un bras de fer avec ses adversaires ; Il lui faudra louvoyer pour mieux s’adapter sans perdre de vue sa cible. A Affi N’guessan, il faudra jouer balle à terre, parvenir à taire les bruits sur son fameux « agenda secret »…, bref, il lui faut  - au plus vite - rassurer les uns et les autres.

Dans le même temps, les frontistes doivent prendre conscience du danger que représente la pomme de discorde, dans un contexte où, les forces ont plus que jamais besoin d’être rassemblées que d’être dispersées ; un contexte où l’adversaire commun s’apprête à rempiler pour un second mandat. La précipitation n’est pas bonne conseillère et l’on fini toujours par regretter les actes qu’elle suggère. Pour finir, disons haut et fort que le FPI n’a pas le droit de trahir la confiance que les ivoiriens, voire les africains ont placé en lui, à travers Laurent Gbagbo. Il urge au FPI de mettre fin au triste spectacle et de renvoyer à la déesse Discorde, fille de la nuit, sœur de la mort et mère de la misère, de la famine, des batailles, du meurtre et des mensonges, la pomme qu’elle lui a jeté. Le plus tôt sera le mieux.

 A bientôt pour une nouvelle expression !

Djédjé Dadjinan

 

 

02/07/2014

CÔTE D’IVOIRE : VOUS CONNAÎTREZ LA VÉRITÉ…

LG MATTEI.jpgLa Cour pénale internationale (CPI) vient de mettre fin à plus de deux ans d’une saga judiciaire à rebondissements, en confirmant les charges qui pesaient contre Laurent Gbagbo.

A Abidjan, les réactions étaient diamétralement opposées entre les deux et principaux camps rivaux. Chez les pro-Gbagbo, le moral était en berne. Affi N’guessan, président du FPI, parti politique de Laurent Gbagbo, décrit cet évènement comme : « (…) un moment de grande tristesse et de profondes appréhensions (…) pour toutes les personnes éprises de justice, de liberté et de paix, en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde ». Chez les pro-Ouattara on a plutôt crié victoire et on a chanté le « rêve brisé » du FPI. Quel rêve ? Celui de voir Laurent Gbagbo rentrer dans son pays, accueilli en triomphe, ses partisans requinqués, nourrissant le secret espoir de voir leur parti revenir au pouvoir ? Certainement.

Le constat est donc clair : la décision des juges de la CPI est loin de créer l’union en Côte d’Ivoire. Bien au contraire, elle est de nature à exaspérer d’avantage les positions dans un pays où malgré la fin de la crise post-électorale, la division est palpable et les tensions encore vives.

On attendait avec intérêt la réaction du FPI, dont l’avenir, nul ne l’ignore, reste intimement lié au sort du plus célèbre prisonnier de Scheveningen. Elle n’a pas mis longtemps à venir. Dans le texte lu par Affi N’Guessan au cours du point de presse organisé par le FPI, il s’agissait avant tout de rassurer les militants et sympathisants sur la vacuité des éléments de preuve fournis par la procureure de la CPI, Fatou Bensouda. Mais il s’agissait aussi d’envoyer un signal fort, au pouvoir en place et – certainement - à ses soutiens extérieurs : « La libération du président Laurent Gbagbo est le moteur de la réconciliation nationale (…) La réconciliation nationale est la clé de l’émergence (…)».

Devrions-nous entendre par là que tant que Laurent Gbagbo continuera d’être l’objet d’emprisonnement à la CPI, les ivoiriens resteront profondément divisés au point de retarder la marche vers le progrès de leur pays? Sans doute.

Laurent Gbagbo incarne en Côte d’Ivoire, une idéologie politique qui a besoin de s’exprimer dans un cadre démocratique sain et libre. Or, l’on sait que la démocratie a pour principes la liberté, la pluralité d’expressions et d’opinions politiques. Dans ce cas, Laurent Gbagbo en prison, c’est effectivement une grande partie des ivoiriens qui se sentent victimes d’une injustice flagrante ; ce sont des ivoiriens bâillonnés dans leur élan de… vivre leur rêve. Affi N’guessan ne semble pas dire le contraire. En parlant du procès à venir de Laurent Gbagbo à la CPI, il affirme : « Ce procès n’est pas le procès d’un homme. C’est le procès d’une ambition, d’une vision, d’un idéal. C’est le procès de la démocratie, c’est le procès de la liberté, le procès de la dignité. C’est le procès de l’Afrique ».

Pour autant, la perspective d’un long procès et l’idée de voir leur mentor croupir – peut-être – pour quelques années encore dans les geôles de la CPI, brise-t-elle définitivement le rêve des partisans de Laurent Gbagbo, comme le soutiennent les pro-Ouattara ? Cela ne semble pas être le cas. La page Gbagbo ne sera pas tournée. Bien au contraire.

Affi N’guessan, engage ici ses partisans à la détermination plutôt qu’à se laisser abattre : « C’est notre procès. Nous devons le gagner ». Puis il les invite à passer à l’action : « Notre part c’est de nous mobiliser et d’assurer une plus grande coordination de nos activités en vue de réussir efficacement la libération du Président Laurent Gbagbo ».

Maître Altit, principal avocat de Laurent Gbagbo, quant à lui, se dit satisfait : « C’est une bonne décision. C’est une étape nécessaire pour le dévoilement de la vérité (…) Cet évènement sera l’occasion de faire le procès de tous ceux qui ont déstabilisés la Côte d’Ivoire, de tous ceux qui avaient intérêt à répandre la violence. En somme, des tenants de la françafrique ».

Ce qu’il faut retenir, c'est que le procès de Laurent sera, en définitive, l’occasion pour les ivoiriens d’avoir ce qui leur fait cruellement défaut. A savoir, connaître toute la vérité sur les sombres périodes de leur histoire : qui sont les responsables de leurs malheurs et leurs commanditaires ? Quelles sont leurs réelles motivations ? Autant de questions qui méritent des réponses.

Tout compte fait, la vérité fini toujours pas triompher, dit-on. Ce procès pourrait donc avoir le mérite de répondre aux questions qui hantent encore les esprits des ivoiriens ; il pourrait mettre à nu les lourds secrets que l’on cache et qui continuent de faire du mal aux uns ; dissiper ou confirmer, une fois pour toute, les soupçons qui pèsent sur les autres...

Bref, les ivoiriens sauront la vérité pour sortir définitivement de la spirale de crises, pour un nouveau départ. Car la vérité impose un changement d’attitude, même pour ceux qui la rejettent au profit de leurs intérêts égoïstes. « La vérité rougie les yeux, mais elle ne les casse pas », dira le dicton populaire ;

Laurent Gbagbo, quant à lui, du fond de sa prison a, semble –t-il décidé, de dire sa part de vérité sur la crise ivoirienne en co-signant un livre avec le journaliste français François Mattei pour, dit-on: « la vérité et la justice ». Une œuvre intitulée : « Côte d’Ivoire : Révélations sur un scandale français ».

Coïncidence ? Gildas Le Lidec, ex-ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, vient de sortir de son côté : « De Phnom Penh à Abidjan, fragments de vie d’un diplomate », un livre un livre dans lequel – de toute évidence - il innocente Gbagbo et accable les dirigeants actuels.

Des publications qui ne sont à l’évidence pas du goût des partisans d’Alassane Ouattara. Des partisans qui n’ont d’autres recours que de crier au mensonge : « Tout est faux ! », disent-ils, non sans accuser les auteurs de ces différentes œuvres de « tordre le coup à l’histoire ».

De toutes manières, seul le peuple ivoirien sortira gagnant de ce procès historique, car la vérité sera sue, d’une façon ou d’une autre ; la vérité qui libère. Car il est écrit : « Vous connaitrez la vérité et la vérité vous affranchira ».

Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

 

 

 

SABRI LAMOUCHI OU LE MÉPRIS POUR LE PEUPLE IVOIRIEN

Lamouchi.jpgAbidjan, juin 2014, il y a plusieurs jours que « les éléphants » de Côte d’Ivoire ont été lamentablement éliminés du mondial qui se déroule cette année au Brésil. Certes les pluies diluviennes ne cessent, chaque jour de causer d’énormes dégâts, mais au sein des populations ivoiriennes, l’amertume née de l’élimination, est encore palpable. Par petits groupes on se ressasse les temps forts du match. On tente de comprendre ce qui n’a pas marché. Les ivoiriens semblent n’avoir pas digérés la défaite de leur équipe nationale, pourtant si près d’accéder – pour la première fois de son histoire - au second tour d’un mondial. Dure, dure est l’élimination.

S’il ne s’agissait que d’une simple élimination, la pilule aurait été plus facile à digérer. Mais il y avait plus navrant. C’est d’avoir cru qu’on pouvait aller loin dans une telle compétition avec quelqu’un qui n’avait jamais coaché la moindre équipe, ni été sur un banc le touche en tant qu’assistant. Du jamais vu !

Jamais dans l’histoire du football ivoirien, sélectionneur national n’a été aussi contesté, aussi controversé que Sabri Lamouchi. Mais au fait, qui est Sabri Lamouchi ?

Lamouchi est un ex-fooballeur franco-tunisien, qui débarqua – un de ces quatre matins - en Côte d’Ivoire avec un diplôme d’entraineur flambant neuf et un CV carrément vierge, pour ne pas dire inexistant. Il fut bombardé sélectionneur national, par la seule volonté des dirigeants de la fédération ivoirienne de football (FIF), en l’occurrence Sidy Diallo et ses amis, avec un salaire estimé dix fois supérieur à celui de son prédécesseur Zahoui François. Lamouchi remplace Zahoui, pourtant crédité d’une excellente CAN, co-organisée par le Gabon et la Guinée Equatoriale du 21 janvier au 12 février 2012.

Eh oui, Zahoui a été remercié. C’est le cas de le dire. Mais pourquoi donc ? Se demandent encore les ivoiriens à ce jour. Car les arguments qui ont pu être avancés pour justifier son limogeage, ne les ont visiblement pas convaincus.

Mais revenons à celui qui fut le sélectionneur « des éléphants », l’équipe nationale de football de Côte d’Ivoire, du 28 mai 2012 au 24 juin 2014, à savoir : Sabri Lamouchi.

En effet, pour mettre à la tête de la première équipe africaine au classement FIFA et 15ème au niveau mondial ; une équipe bourrée de joueurs talentueux et de renommée mondiale…, un entraineur à peine sorti de son centre de formation, un patenté novice, dans un pays comme la Côte d’Ivoire, il faut oser, il faut avoir du culot ! Et ce culot, Sidy Diallo et ses amis l’ont eu. Mais là n’est pas le problème. Le plus grave est de savoir : quelles ont été leurs véritables motivations ? Qu’est-ce qui a déterminé leur acte au point de choquer, d’indigner, voire de couvrir de honte le peuple ivoirien dont le cœur continue de battre – malgré tout - pour son équipe nationale ? La réponse à cette question nous permettra certainement de comprendre les méandres de la débâcle des éléphants.

Sidy Diallo et ses amis de la FIF ont imposé contre vents et marrés, Sabri Lamouchi à la tête des éléphants. Ils l’ont fait sachant pertinemment que ce choix ne serait pas du goût des ivoiriens. Ils l’ont fait parce qu’ils savaient que les contestations des uns et des autres n’iraient pas plus loin que le stade de simples contestations. Ils ont compté sur le laxisme des ivoiriens, ils ont abusé de leur tolérance…, ils ont abusé de la confiance des ivoiriens. Et cela n’est rien d’autre qu’un mépris total, un manque flagrant de respect envers ces ivoiriens, envers tout un peuple. Justement, le manque d’égards et de respect : voilà ce qui mine depuis toujours notre football, voilà ce qui fait d’une génération bourrée de talents, un énorme gâchis.

Naturellement, cela, rejailli sur les joueurs et s’en ressens sur le terrain. Yaya Touré qui ne pense pas à remettre le brassard de capitaine à Drogba quand celui-ci fait son entrée sur l’aire de jeu ; Didier Drogba qui refuse de saluer le staff technique, parce qu’il ne voulait pas être remplacé ; des joueurs qui se méprisent entre eux ; un tel joueur qui exige que ses caprices soient satisfaites avant de porter le maillot national ; des joueurs écartés de la sélection pour des raisons à dormir debout ; la politique qui fait son entrée dans les vestiaires ; le rattrapage ethnique qui n’est pas loin…

Didier Zokora l’un des plus anciens de l’équipe reconnait qu’au sein de l’équipe, l’atmosphère n’est pas saine : « Je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et c’est dommage ».

Après l’élimination au mondial et alors qu’il se trouve encore au Brésil, Sabri Lamouchi a démissionné, sans crier gare. C’est une preuve que cet homme - tout comme ceux qui l’ont recruté -  n’a aucune considération pour les ivoiriens et qu’il les méprise au plus haut point.

De sa responsabilité dans l’élimination des éléphants, Gervinho déclare : « (…) il n’y a pas que les joueurs qui sont concernés. (…) Le staff et le coach doivent aussi avoir l’expérience pour gérer ce genre de rencontres. C’est aussi la responsabilité du coach (…) ».

L’affront subi  par le peuple ivoirien ne doit pas rester impuni. La FIF doit être auditée ; Sidy Diallo et ses amis de la FIF Ils doivent rendre compte aux ivoiriens à qui ils ont manqué de respect. Sabri Lamouchi – soupçonné aux dernières nouvelles, d’être le gendre d’une personnalité au sommet du pouvoir ivoirien -  doit s’expliquer sur ses méthodes et ses choix douteux, après avoir empoché l’argent du contribuable ivoirien. Les joueurs qui se sont illustrés par leur mauvais comportements, doivent présenter leurs excuses publics aux ivoiriens. Car le non-respect pour ceux au service de qui l’on est sensé être, le non-respect des lois et règles. Tant que l’on continuera dans ce sens, quelqu’un l’a dit, à juste titre : « rien ne nous sera donné ».

Marc Micael

marcmicael@gmail.com