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24/09/2014

DEMOCRATIE BÉDIÉENNE POUR CANDIDATURE UNIQUE

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Stupeur, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier l’état dans lequel se trouve aujourd’hui plongée une certaine communauté dite internationale, face « aux prouesses » de celui qu’elle a, dans le temps, soutenu, reconnue et défendu bec et ongle. Sans doute cette communauté internationale, en réalité, pilotée en sous main par la France, attendait-elle de son poulain, une fois, Laurent Gbagbo, le plus farouche adversaire de celui-ci, jeté en prison à la CPI, qu’il libère – ou qu’il fasse mine de libérer - le jeu démocratique  en Côte d’ivoire. La voilà bien déçue, cette communauté. Alassane Ouattara a préféré entrer dans l’histoire par la petite porte. D’ailleurs avait-il le choix ?

Après une chasse aux sorcières menée contre ses opposants supposés ou non, soldée par l’instauration d’un Etat-terreur et, non satisfait d’avoir « verrouillé » les élections à venir (présidentielle de 2015), en faisant main basse sur la commission électorale indépendante (CEI), avait-il encore besoin de s’accommoder de copinage politique avec l’octogénaire président du PDCI, Henri Konan Bédié? C’est pourtant le cas.

Henri Konan Bédié vient de renoncer à mener son parti à la conquête du pouvoir en 2015, en appelant, que dis-je, en intimant l’ordre à celui-ci de soutenir la candidature unique d’Alassane Dramane Ouattara : « Je donne des orientations fermes pour soutenir ta candidature à l’élection présidentielle prochaineJe demande à toutes les structures du Parti démocratique de Côte d’Ivoire et des partis composants, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, de se mettre en mouvement pour faire aboutir ce projet. Tu seras ainsi le candidat unique de ces partis politiques pour l’élection présidentielle». Henri Konan Bédié vient ainsi de fouler au pied les résolutions du dernier congrès, instance suprême du PDCI qui recommandait que le parti ait son propre candidat, à savoir un « militant actif » qui sera désigné à la prochaine convention, au grand dam que quelques militants qui, hormis le jeune député Kouadio Konan Bertin dit KKB, n’ont pas le l’audace d’exprimer ouvertement leur désaccord.

Hélas, le PDCI n’est pas le FPI, parti politique fondée par Laurent Gbagbo.  Nous avons été témoins des débats parfois très houleux qui ont secoué le parti à la rose, menaçant de le faire éclater et disparaitre. On se souvient même que l’on a failli en venir aux mains lors des échanges entre militants. Affi n’guessan le président du FPI, dont certaines décisions ont été contestées par des militants a été mis en minorité par ceux-ci, au sortir d’une réunion du comité central de son propre parti, et n’eut d’autre choix que de se plier à la loi de la majorité. Aujourd’hui, la tempête semble bien passée au FPI. Tous (anti et pro-Affi) souhaitent à présent regarder dans la même direction et mener un même combat : la libération de Laurent Gbagbo, désir cher à tous les militants et sympathisants de ce parti.

Si au FPI, la base a su imposer à son président, sa vision des choses, ce n’est pas le cas au PDCI, où les volontés de Konan Bédié valent à eux seules des résolutions d’un congrès. «Si je vois rouge et que le président Bédié me dit c’est blanc, je dirais c’est blanc!», affirme, sans gêne, Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole du PDCI-RDA, comme pour traduire l’état d’esprit qui prévaut au PDCI-RDA.

Certes comparaison n’est pas raison. Mais pour une fois, il faut se rendre à l’évidence : au FPI, il y a une base forte qui mène le débat ; un débat ouvert, au point de contraindre son président à revoir sa copie. Au PDCI, il y a un président tout-puissant qui dicte ses caprices, pour son propre bonheur et une base quasiment muette voire inexistante, qui acquiesce mécaniquement les désidératas de son chef « bien-aimé ».

Les dissensions éclatées au grand jour, au sein du FPI ont, dès lors, eut pour avantage de mettre en exergue la force d’une base qui n’entend pas se laisser dicter sa conduite par qui se soit et qui en impose.

On peut dire, sans risque de se tromper : l’appel de Bédié, à soutenir la candidature unique d’Alassane Dramane Ouattara - appelons cela : la démocratie Bédiéenne - n’est, ni plus ni moins, qu’un recul de la démocratie. Le signal renvoyé par cet acte, à la face du monde, est qu’en Côte d’Ivoire l’on est encore loin de la pluralité politique, de la liberté d’expression... du vrai jeu démocratique. A quels besoins répond la candidature unique ? Sinon pour Alassane Ouattara, la crainte de subir la sanction, voire l’humiliation d’un peuple qui, après avoir été frustré en 2010, dans son désir d’élire librement son président entre plusieurs candidats, n’a finalement eu d’autre choix que d’accepter celui imposé par les bombes de l’armée française.

En somme, la candidature unique, telle que goupillée par les sieurs Bédié et Ouattara, est une menace pour la démocratie en Côte d’ivoire. Car en démocratie, les choses dépendent non pas du petit nombre mais de la majorité. C’est ce que l’on a appelé le gouvernement du peuple (du plus grand nombre) par le peuple (par la majorité).

Si les africains, les ivoiriens pouvaient, une fois pour toutes, réaliser que c’est à eux et à eux seuls, que revient d’exercer le vrai pouvoir et non pas aux politiciens ou aux élus qui ne sont qu’à leur service, l’Afrique serait moins remplie de dictateurs et le peuple serait de moins en moins spolié de ses droits.

                                                                                                     Mc Micael

In le mensuel Africa Diaspora – mois de septembre 2104 ©

 

http://africa-diaspora.com/

17/09/2014

Au pays des éléphants, les politiques se battent, les «titrologues » payent les pots cassés

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Côte d’ivoire, on peut le dire, un nouveau jour se lève sur Abidjan. Mais qui sait de quoi il sera fait ? En effet, il y a trois ans, le pays était à feu et à sang. Les querelles entre partis politiques, pour la prise et le contrôle du pouvoir, s’étaient terminées par un bain de sang effroyable. Les abidjanais eux, n’avaient eut d’autre choix que de subir les affres d’une guerre qu’ils n’avaient pas souhaité. Ce matin, les « titrologues », comme à leur habitude, les yeux rivés sur les titres à la une des journaux, lisent en silence ; un silence lourd et angoissant. Ils lisent les titres de la presse ivoirienne qui verse parfois dans le sensationnel, qui joue le jeu des chapelles politiques, en rapportant à dessein, en amplifiant à souhait et essentiellement, les coulisses des bagarres, des querelles, des guéguerres, des intrigues... de la classe politique ivoirienne. 

Il fait jour et dans la petite foule de « titrologues » massée devant le kiosque à journaux, les visages sont graves. Lorsque l’un d’entre eux se décide enfin à quitter les lieux, ce n’est pas sans pousser un long soupir, perplexe et dépité. Presqu’un ras-le-bol. Les nouvelles ne sont pas bonnes. En Côte d’Ivoire, les vieux démons rodent encore. Et pour cause…

Le FPI, principal parti d’opposition a claqué la porte de la CEI (commission électorale indépendante), organe chargé de l’organisation des élections, avec pour éventuelle conséquence, sa non participation aux futures élections de 2015. Au centre de la vive polémique qui met aux prises gouvernement et opposition, la CEI, mais plus encore : Youssouf Bakayoko, président sortant. La reconduction de ce dernier à la tête de la CEI, un acte perçu par une partie de l’opposition comme une volonté manifeste pour le régime en place de vouloir confisquer le pouvoir.  Voilà le sujet qui occupe, en ce jour, les titres à la une en Côte d’Ivoire.

Mais qui est Youssouf Bakayoko ? C’est cet homme qui, alors que l’on attendait avec anxiété les fameux résultats de l’élection présidentielle de 2010 et que le délai imparti à l’organe qu’il dirigeait pour livrer ces résultats, était épuisé, apparut, étrangement seul, entouré de quelques journalistes de chaînes étrangères, accourus pour la circonstance et proclama lesdits résultats, au Golfe Hôtel, un endroit pourtant réputé pour être le QG d’Alassane Ouattara, alors candidat au second tour face à Laurent Gbagbo.

Pour le FPI : « Youssouf Bakayoko n’est pas crédible ; il a  une grande part de responsabilité dans la crise post-électorale ».

Réponse du berger: un chef d’Etat agacé, voire courroucé et… nettement menaçant : « Je suis fatigué du FPI (…) Youssouf Bakayoko (…) ne sera pas changé. Je demande au Fpi de revenir dans la Commission électorale. (…) Si ça continue, je demanderai au ministre de l'Intérieur d'organiser les élections. Youssouf Bakayoko est président de la Cei et demeure président de la Cei (…) J’ai mis ces personnes (cadres de l’opposition) en liberté provisoire et cette liberté n’est que provisoire». Et, Koné Bruno, porte-parole du gouvernement de renchérir : « S’ils (le FPI et ses alliés) ne veulent pas revenir (à la CEI), la vie continuera sans eux».

Conséquence : Le FPI pourrait être désormais absent aux discussions politiques et éventuellement à l’élection présidentielle de 2015. Faut-il craindre le pire ?

« IL y  a des raisons d’avoir peur », avancent certains, mais pour d’autres, comme Joël N’guessan, porte-parole du RDR, parti au pouvoir : « il n’y aura rien ».

Les ivoiriens s’en souviennent : en 2000, de grands partis ivoiriens que sont le RDR et le PDCI sont été écartés – à tort ou à raison - de la présidentielle. Deux ans plus tard surgissait une rébellion armée au nord du pays. Quelques années plus ensuite, le nouveau régime lançait un slogan de campagne, à la limite, vexant pour ses adversaires politiques : « Ya rien en face, c’est maïs ! ». La suite, on la connait : une crise post-électorale, 3000 morts…

Frustrations, arrogance, divisions, propos virulents, exclusion, menaces… La scène politique ivoirienne, comme hier, est à nouveau, en ébullition. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, on en tremble déjà de peur à Abidjan, en Côte d’Ivoire, comme ces « titrologues », ce matin, qui lisent les titres des journaux, la gorge nouée d’angoisse ; une angoisse mêlée d’une sourde colère…, comme il y a quelques années.

Dans cette même Côte d’Ivoire, il y a peu, le FPI, principal parti politique d’opposition lavait son linge sale sur la place publique, agité par les démons de la division. Cela n’est rien d’autre que l’image d’une Côte d’Ivoire à la croisée des chemins. Une Côte d’Ivoire qui hésite à choisir entre le dialogue et la résistance ;  le pardon et la justice ; entre son passé et son avenir…

Mais en réalité, il n’y a pas qu’au FPI qu’il y a des remous. Tous les principaux partis politiques ivoiriens (PDCI, RDR..) traversent eux aussi, à l’image de la Côte d’Ivoire des turbulences mal étouffées : certains cadres se gavent, alors que les militants crient famine.  Les politiques servent au peuple la haine et la division, pendant que ce peuple souffre. Et comme toujours et partout en Afrique, c’est la politique qui  inspire les divisions, c’est la politique qui inspire les guerres.

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Quel ivoirien un jour, en passant, ne fut pas dans le rôle d’un « titrologue » ? Ils sont nombreux en tout cas, ceux qui découvrent chaque matin et souvent avec stupéfaction, les titres des journaux, avec en toile de fond, les propos incendiaires de la classe politique ; ces ivoiriens anonymes, ces « titrologues » de circonstances, qui hélas, se retrouvent ainsi placés chaque jour devant le fait accompli : devant les titres. Ces ivoiriens qui assistent impuissants à la confiscation de leur avenir et de celui de leurs descendances. Ces ivoiriens qui « feuillètent » en silence les titres des journaux en devinant leur sort scellé d’avance et qui au final, sont toujours les premiers à récolter ce qu’ils n’ont pas semé… en somme, à payer, les pots cassés, des politiques, de ceux-là même qui sont sensés être - si nous étions dans une vraie démocratie - à leurs service et non se servir d’eux.

Au pays des éléphants, les choses auraient pu se dérouler autrement si chaque ivoirien savait que dans la pratique, les élus ou les représentants désignés par le peuple et tous ceux qui s’occupent des affaires publiques (les politiques),  ne sont que des serviteurs au compte du peuple, et que par ce fait, ils ont l’obligation de transparence, l’obligation de rendre des comptes. Ils peuvent être à tout moment révocables et sont soumis à des sanctions en cas de manquement à leurs obligations. Les politiques ont ainsi l’obligation de défendre les intérêts du peuple et de non mettre la vie de ce peuple en péril. D’accord, cela n’est vrai que lorsqu’il s’agit d’une véritable démocratie.

 Ouattara Vadjonan.