topblog Ivoire blogs

08/08/2016

LE RDR ET « LE QUOTA DE RECRUTEMENT » : UNE PROVOCATION DE TROP

Bictogo_Agbo.jpg

C’est mon ami Y.A qui m’appela très tôt ce matin-là. Il y a de cela quelques jours. Il devait avoir quelque chose d’intéressant à me dire. Certes, Y.A n’a jamais caché son appartenance au parti à la case verte. C’est donc avec un enthousiasme à peine voilé qu’il m’annonça que l’ex-ministre Adama Bictogo, Secrétaire National chargé des relations avec les autres partis politiques au sein du Rassemblement Des Républicains (RDR), parti au pouvoir, avait tenu une réunion avec les jeunes militants, notamment ceux en manque d’emploi. Au cours de ladite réunion, face aux jeunes du RJR (Rassemblement des jeunes républicains), visiblement remontés et impatients, le ministre avait martelé que « le parti doit faire embaucher les jeunes ». Mon ami me fit savoir aussi que l’ex-ministre avait même ajouté : «que chaque ministre et DG fasse sa part ». Et qu’il avait enfin précisé qu’il « faut un quota de recrutement à chacun des responsables (du RDR, ndlr)».

Il est vrai qu’en Côte d’Ivoire, comme partout ailleurs en Afrique, la question de l’emploi des jeunes a toujours été une question très préoccupante. Y.A a obtenu son BTS, il y a bientôt 4 ans de cela. Et depuis, à l’image de la majorité des jeunes ivoiriens, il est à la recherche d’un emploi. Le discours tenu, ce jour-là, par son responsable politique ne pouvait être pour lui qu’une excellente nouvelle.

Bien entendu, que des jeunes militants d’un parti politique aspirent à avoir du travail, n’a rien d’anormal. Mais qu’à la face de la nation toute entière, un responsable politique encourage des Ministres de l’Etat et des Directeurs généraux à initier des « quotas de recrutement » dans l’administration publique au profit exclusif des jeunes d’un parti politique, fut-il au pouvoir, est non seulement inacceptable mais surtout très inquiétant. Ces aberrations de l’ex-ministre Adama Bictogo sont à dénoncer et à combattre avec la dernière énergie. Car il s’agit bien ici de favoritisme, un acte anti-républicain, ce mal pernicieux qui ronge depuis longtemps notre société.

Faut-il le rappeler ? En Côte d’Ivoire, l’accès aux postes dans l’administration publique et même privée est égal pour tous sans exclusive. La Côte d’Ivoire ayant opté pour un régime démocratique, les possibilités d’emploi sont donc égales pour tous les ivoiriens. Pour les emplois dans l’administration publique notamment, les deux principales conditions sont d’être ivoirien et de posséder au moins le diplôme requis.

Si le RDR n’a eu de cesse, pendant qu’il est encore au pouvoir, de susciter des frustrés pour n’avoir pas tenue ses promesses, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Mais de là sortir des sentiers battus, à chercher des solutions qui sont loin d’être républicaines, pour un parti qui se dit républicain, est un véritable scandale, une fuite en avant et la preuve d’un échec cuisant dans la gestion même du pouvoir d’Etat. Que sont devenus les milliers d’emplois promis par le chef de l’Etat Alassane Ouattara pour qu’on en soit aujourd’hui, au RDR, à intimer l’ordre à des ministres et à des Directeurs généraux de procéder à des recrutements arrangés pour les militants? Est-ce là un model de bonne gouvernance que de favoriser la facilité au sein de la jeunesse d’un parti ? Que deviennent alors les autres jeunes, ceux qui ne sont pas des militants du RDR ? Ou, ceux qui ne sont simplement militants d’aucun parti politique ? Tous ces jeunes au chômage, à la recherche d’un premier emploi depuis des lustres ? Et ceux qui poursuivent d’arrache pied leurs études, loin de la politique, espérant un jour décrocher un emploi au bout de leurs efforts? Que devient la jeunesse ivoirienne en proie au chômage, si pour avoir la chance d’obtenir un emploi, il faille désormais figurer dans le « quota de recrutement » du parti au pouvoir ?

Au-delà de toutes ces questions, il faut surtout comprendre que nous sommes bien ici en présence d’un parti politique en pleine décadence, le RDR. La gestion du pouvoir d’Etat étant un exercice tellement délicat que pour y prétendre, l’on doit avoir les hommes qu’il faut, aux postes qu’il faut ; de véritables hommes de devoir qui font passer avant tout, l’intérêt du peuple et non des hommes corrompus et médiocres qui usent de leur position pour favoriser leur clan, leur familles ou leurs petits copains ; ces hommes indignes, mû par l’enrichissement personnel et illicite, tels qu’on en voit aujourd’hui au sein du gouvernement.

La révolte des jeunes chômeurs du RDR contre leurs dirigeants n’est en réalité que l’un des reflets de cette décadence amorcée. Passerons-nous sous silence la profonde problématique des frustrés occasionnés par ce parti et dont le nombre grandissant a atteint des proportions jamais imaginées ; à tel point qu’il est de notoriété que des personnes qui vouaient jadis à ce parti, admiration et confiance aveugle, lui tirent dessus aujourd’hui à boulets rouges, s’étant eux-mêmes rendu compte que ses hauts dignitaires se sont en fait servi d’eux pour parvenir à leurs fins ? Il est vrai que le RDR, en sus d’avoir floué ses militants traine encore ses casseroles: justice sélective, traque et emprisonnement des opposants, rattrapage ethnique, dictature, arrogance et mépris des autres… Même l’initiateur des « quotas de recrutement », Adama Bictogo, le reconnait : « Nous avons échoué… », a dit le très proche collaborateur d’Alassane Ouattara.

A l’orée de la fin du second mandat d’Alassane Ouattara, c’est la déception généralisée : le peuple proteste contre les factures trop élevées, il crie son indignation face à la vie devenue de plus en plus chère et l’insécurité galopante. Face à cela, des mesures, encore des mesures, mais toujours inopérantes… Si a ces pénibles réalités, dont le peuple a du mal à s’accommoder, il faille ajouter le sombre projet d’embauche exclusivement réservé aux jeunes du RDR à travers le sinistre système de « quotas de recrutement », au détriment de l’immense majorité des autres jeunes du pays, ce ne sera ni plus, ni moins que de la provocation, une provocation de trop du RDR, parti au pouvoir.

Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

 

WALLAYE*, ÇA FAIT PITIÉ !  

agenou bke.jpg

 Bouaké, capitale du centre de la Côte d’Ivoire. Tout un symbole : ex-capitale de la rébellion, la ville s’est singulièrement illustrée par les casses et pillages qui s’y sont déroulés lors des manifestions éclatées contre les factures élevées de la Compagnie Ivoirienne d’électricité (CIE). Ce qui n’a pas du tout plu – aux dires d’Hamed Bakayoko, ministre de l’intérieur - au chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Mais alors pas du tout. Même le déploiement des troupes de l’armée dans la ville, la traque aux pilleurs et les arrestations tous azimuts n’ont pas suffit à calmer la colère noire du Chef de l’Etat. Hamed Bakayoko, le sécurocrate en chef, a même promis qu’il ira « jusqu’au bout ».

Propagande politique ou acte de contrition ? Ce dont l’on est sûr, c’est que des individus – se réclamant de Bouaké - se sont mis en idée d’initier une cérémonie dite de « pardon au Chef de l’Etat Alassane Ouattara ». Rétablir l’image salie du Chef de l’Etat, ou à défaut, subir les représailles à venir y sont certainement pour quelque chose. Cela n’est pas à négliger. Bien entendu, même si cela est déplorable, il faut tout de même voir dans ce geste en désespoir de cause, un instinct de survie. Ces gens n’ont donc pas totalement torts, car nul n’ignore que chasse aux sorcières, traque, enlèvements, emprisonnements, tortures… sont encore monnaie courante sous l’actuel régime.

Ainsi, le « sabari day » (‘’jour du pardon’’, en malinké et en anglais) comme l’ont dénommé certains internautes, voit le jour. Malgré le discours musclé et très remarqué d’Hamed Bakayoko sur « les terres » de son adversaire déclaré, c’est bien le spectacle de ces pères et de ces mères de famille agenouillés pour demander pardon à Alassane Ouattara qui a le plus marqué les esprits, non sans y graver le spectre hideux de la dictature.

La scène se déroule bien à notre époque, ici chez nous en Côte d’Ivoire. On peut bien déplorer les casses et pillages, mais qu’un peuple s’agenouille pour demander pardon au Chef de l’Etat pour avoir manifesté – ce qui est et reste d’ailleurs son droit le plus fondamental - contre ce qui apparait nettement comme une augmentation abusive du coût de l’électricité, est impensable… Sauf en Côte d’Ivoire, bien sûr, sous d’Alassane Ouattara.

C’était tout simplement Ahurissant et du jamais vu ! Les images, de ces gens de Bouaké agenouillés – implorant le pardon du chef Ouattara - ont fait le tour du web sans manquer de susciter, au passage, des réactions diverses et des plus indignées, y compris au sein de même des partisans du chef de l’Etat. Ainsi, plusieurs jours après la scène ubuesque, les commentaires vont encore bon train sur la toile : « c'est fou comme l'esprit humain est capable de s'aliéner en produisant les scénarios les plus catastrophiques », remarque une internaute. « Cette image m'a révulsé, dire qu'ils ont des enfants qu'ils éduquent ! Quelle déchéance ! » ; « Tout simplement pathétique » ; « Pitreries d’individus mal affranchis. Que des nègreries » ; « Indignité, grande tristesse » ; « Cela nous ramène aux temps du maître colon tout ça. Quelle honte quel manque de dignité » ; «  Ils ignorent que le droit de manifestation est fondamental et ils se plaisent dans cette aliénation. Diantre que de griots aux ordres politiciens » ; « Plus rien m'étonne encore avec ce régime » ; « Quel gouvernant s'est agenouillé pour demander pardon aux populations frustrées ? »… s’offusquent d’autres. Mais l’un des commentaires les plus remarquables a été celui-ci : « Le folklore continu, rendant de moins en moins probable cette émergence promise à coups de mesures plus problématiques que convaincantes. Mais bon, c'est le propre des démocraties bananières. En général, c'est ce que dit le (guide) présidentiel et/ou spirituel qui est sacré et ne peut souffrir d'aucune contestation. Vraiment DOMMAGE que ce soit sous le règne de celui en qui nous avons placé notre confiance pendant ces décennies de turbulences politiques. Aujourd'hui, avec ce spectacle que nous voyons, nous sommes bien loin de la promesse des fleurs... ». Et une autre internaute de conclure sur un ton complètement dépité : « Wallaye ça fait honte ! Ça fait honte pour ceux qui se sont agenouillés comme des gamins ou comme au temps de l'esclavage ou du colonialisme et ça fait honte pour ceux qui leur ont demandé de s'agenouiller ou qui ont approuvé qu'ils le fassent !». J’ai envie de dire après elle : vraiment, wallaye*, ça fait pitié !

 

Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

*Wallaye = Au nom de Dieu

 

 

02/08/2016

UN PEUPLE MÉCONTENT...

bke cie.jpgCe qui s’est passé le 18 septembre 2002 en Côte d’Ivoire, n’était ni plus ni moins que le début de la descente aux enfers de ce pays. C’est la conséquence de toutes les tragédies et les crises sociales qu’il vit aujourd’hui.

L’on a tenté et réussi à accéder au pouvoir par les armes, bafouant du coup le pouvoir du peuple… C’est le début de son mécontentement.

Des rebelles tentent de renverser un président démocratiquement élu. S’ils échouent dans un premier temps, ils réussissent néanmoins à semer le chaos et la désolation partout. Ils finissent par occuper de force une grande zone du pays. Même à Abidjan, la commune d’Abobo devient le quartier général du « commando invisible » et le théâtre de l’assassinat de plusieurs éléments des FDS-CI (forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire). Ce n’est que partie remise.

2010, à l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle, l’on assiste à une pluie de bombes de l’armée françaises sur la résidence du chef de l’Etat, à des massacres, des pillages, des destructions de biens…, en lieu et place du résultat du scrutin tant attendu. C’est le chaos. Les rebelles sont descendus sur le sud du pays.

Depuis lors, du MPCI (rébellion armée) au « Commando invisible », le sang n’a cessé de couler. Les victimes, de tous bords, de tous les camps, sont tombées par milliers. Pour justifier leurs barbaries, les bourreaux diront : « Les armes se sont imposées à nous », sans le moindre remords. Alors qu’en bas, la rancœur s’enracine au sein du peuple, faute de réconciliation véritable, le mécontentement perdure.

Au sommet, après la prise des armes comme unique moyen d’accession au pouvoir, s’installe : « la dictature comme mode de gestion et de confiscation du pouvoir ». C’est l’apogée d’une certaine confrérie de gouvernants véreux, vautrés dans l’opulence, dos tournés à ceux-là même, qui jadis furent leurs partisans. Au sommet, c’est le règne de la corruption et la course à l’enrichissement, pendant qu’en bas, le peuple crie famine et se meure face à ses conditions de vie qui, de jour en jour se dégradent. Assez parlé ! Notons toutefois, qu’un peuple mécontent en vaut deux.

M.M