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28/03/2013

La Côte d’Ivoire, comme si de rien n’était ?

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Sous nos yeux, il s’est déroulé dans ce pays, la Côte d’Ivoire, une période d’horreur et d’inhumanité, pendant laquelle des dizaines de milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, ont brutalement croisé le chemin de la mort. Souvent dans des circonstances aussi atroces qu’indescriptibles.

Face à ce drame, nous avons failli. Tous, autant que nous sommes. Nous qui avons encore la chance d’être restés en vie après les tueries effroyables de la guerre post-électorale et même celles d’avant.

Nous avons failli, parce que nous nous taisons, comme se taisent les bourreaux de ces victimes et leurs commanditaires. Comme se sont tus les médias occidentaux sur la tragédie de ceux qui, supposés appartenir au « mauvais camp », celui de l’homme à abattre – Laurent Gbagbo –devraient être, systématiquement éliminés.

Mais pourquoi donc…? Pourquoi nous taisons-nous et restons-nous là, comme le font leurs impitoyables bourreaux aux cœurs de pierre ? Serions-nous soudainement frappés de troubles de mémoire au point de faire comme si de rien n’était ? Pensons-nous pouvoir ainsi sauver nos propres « âmes » en oubliant ou en ignorant tous ces êtres injustement massacrés parce qu’ils étaient simplement là au mauvais moment, au mauvais endroit, quelques fois et souvent même, prétendument du côté de celui qui n’était pas soutenu par « la communauté internationale » ?

Cette « communauté internationale », pilotée par la France, a ouvertement soutenu Alassane Ouattara au détriment de son adversaire Laurent Gbagbo. Cela est indéniable. Il convient toutefois de mentionner que ce soutien aveugle a été de tous ordres: financier, diplomatique, militaire mais aussi et surtout médiatique.

Le silence coupable des média occidentaux

Les média occidentaux, notamment français, appelés en renfort au chevet d’un Alassane Ouattara en difficulté, ont volontairement perdu la vue sur les crimes perpétrés en Côte d’Ivoire par les partisans de ce dernier. Mais, oh miracle ! Ils ont subitement recouvré la vue pour ceux – présumés - du camp de Laurent Gbagbo. N’est-ce pas là aussi, ce qui justifie sa présence - à lui seule - dans les geôles de la CPI ?

Avec acharnement, « la communauté internationale », à travers ses média, s’est investit dans la crise post-électorale ivoirienne. S’efforçant de présenter – à l’opinion nationale et internationale – Alassane Ouattara comme « le bon » et Laurent Gbagbo comme « l’affreux dictateur qui massacre son peuple ». Un acharnement tel qu’ils sont allés jusqu’à cautionner l’assaut sanguinaire rebelles d’Alassane Ouattara sur la partie sud du pays. Qualifiant même l’avancée de ce cortège sanglant, de « chevauchée fantastique des libérateurs ».

La vraie réalité cachée au reste du monde

Ces média et leurs barbouzes de journalistes étaient là, en Côte d’Ivoire, lors des crimes de masse commis au cours de la guerre post-électorale, par les rebelles de Ouattara. Ils savaient tout, ils voyaient tout. Mais ils n’ont pas tout dit, sauf pour les crimes – supposés - du camp Gbagbo. Délibérément. Parce que la France, les Etats-Unis et leurs alliés, mouillés jusqu’au cou par le sang des victimes de la barbarie pour que Ouattara soit au pouvoir, ont voulu que « leur réalité » soit ainsi présentée au reste du monde.

Et pourtant, il y a eu des dizaines de milliers de morts, résultat des crimes orchestrés par la horde de tueurs venus à la rescousse d’Alassane Ouattara, au-delà même des chiffres que l’on veut officiels.

Dans un article de presse, Wikileaks, une association spécialisée dans la publication de documents « sensibles », on peut lire les révélations d’un « observateur » sur place en Côte d’Ivoire, pendant que les armes crépitaient. Il décrit ce qui s’est déroulé dans la seule ville d’Abidjan : « Des bandes armées de criminels en maraude libérés des prisons pour rejoindre son armée (plus de 30000 au dernier compte) par les hommes de Ouattara tuent au hasard à travers tout Abidjan. Ils pillent, tuent, violent, pénètrent dans les habitations et prennent ce qu’ils veulent, volent des voitures et des 4×4. Les hommes de Ouattara vont de maison en maison en prenant les jeunes hommes de plus de 15 ans et en les tuant sur place ou les emmenant quelque part d’où ils ne sont jamais revus ».

Pour ce qui s’est passé autour de la résidence de Laurent Gbagbo, pendant l’occupation du périmètre par l’armée française, il affirme : « Les Français et l’ONU ont tué des milliers de jeunes qui ont offert leurs vies pour protéger leur président sans armes, quand ils ont encerclé sa résidence et le palais présidentiel ».

Ensuite, à propos d’Akouédo, la plus grande base militaire de Côte d’Ivoire, il rapporte : « (…) Saviez-vous que les Français et l’ONU ont tué beaucoup de civils à la base militaire d’Akouedo. Cette base était la résidence de centaines de familles de soldats. Plus de 2400 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie. Notre famille connaît des familles qui y ont été tuées ».

Durant l’embargo sur les médicaments, décrété par l’Union Européenne, il raconte : « Beaucoup de personnes sont en train de mourir parce qu’ils n’ont pas accès aux médicaments. Des enfants et des personnes âgées qui meurent du paludisme sans le remède simple ».

Enfin, il revient sur le drame des populations « génocidées » du grand ouest, en affirmant : « Au long de tout le conflit, Paris et Washington ont fermé les yeux sur des massacres de civils significatifs par les supporters de Ouattara – comprenant un de jusqu’à 1000 personnes dans un seul village (Duékoué, ndlr).

Ce n’est pas pour les ivoiriens eux-mêmes qu’il révèle tout ceci. Car tous, tous autant qu’ils sont, de quelque obédience politique qu’ils soient, ces ivoiriens savent pertinemment toutes ces choses. Parce que c’est leur propre histoire. Là n’est donc pas le problème. C’est plutôt leur passivité, leur propension à ignorer leur propre drame, en donnant ainsi une caution « légitime » à ceux qui sont venus mettre leur pays à feu et à sang, qui donne encore plus à la crise ivoirienne, son caractère tragique. Et c’est cela que nous mettons en cause ici.

Face à tant de désolation, tant de morts, devant tout ce bain de sang inutile, tous ces êtres humains sauvagement assassinés et plongés dans l’anonymat le plus cruel, le régime Ouattara, tout en niant sa part de responsabilité, a déjà prévu un cynique plan « d’urgence », pour une belle fuite en avant. Pour ce régime maculé de sang, « les enquêtes sont en cours » et bon débarras ! Certainement, elles le resteront encore longtemps, tant que l’on fermera les yeux sur cette sauvagerie bestiale de l’homme.

Ces morts volontairement ignorés

Ainsi va la Côte d’Ivoire. Où, les bourreaux sont tout autant responsables pour leurs crimes que leurs commanditaires damnés, où les parents de ces pauvres victimes, le sont autant pour leur mutisme, et nous autres, à cause de notre inaction. Tous, ensemble, nous le sommes, avec cette nette impression que nous avons à faire comme si de rien n’était, comme si tous ces morts n’étaient pas morts, comme s’ils n’avaient jamais – un jour - existé !

Pourquoi n’entend-t-on – toujours - parler que des morts d’un seul camp, celui d’Alassane Ouattara, des sept femmes d’Abobo, de ceux que Laurent Gbagbo aurait fait assassiner…? Auraient-ils plus de « valeur » que les morts de Duékoué, de Yopougon, de Nahibly…, supposés proches de Laurent Gbagbo?

Ces hommes, ces enfants, tués, ces femmes violées puis assassinés, qui sont-ils ? Qui étaient-ils ? Tous ces jeunes abattus autour de la résidence du président Laurent Gbagbo à Cocody par l’armée française, toutes ces familles massacrées à Akouédo, tous ces jeunes égorgés à Yopougon Gesco, toutes ces gens  tués à Duékoué, à Nahibly, dans un camp de déplacés, par les « seigneurs de guerre » de Ouattara, ces personnes dont les corps ont été ensevelis précipitamment dans le plus grand secret, sinon brulées ou jetées dans des fosses communes sans que leurs familles ni personne ne le sache ? Pourquoi leurs bourreaux ne sont-ils pas inquiétés? Savons-nous seulement qui ils étaient ? Pouvons-nous faire comme si de rien n’était ? Pourquoi ne leur rendons-nous pas leur dignité? Voulons-nous faire passer leur tragédie par pertes et profits…?

Un devoir de mémoire

Non, nous n’avons pas ce droit. Nous ne le devons-pas, au risque d’être confronté à leur colère, « la colère des morts ». Une colère dont parle l’écrivaine ivoirienne Véronique dans son œuvre intitulée « L’ombre d’Imana » et qui revient – un tant soi peu – sur les traces du génocide rwandais. Cet épisode du livre, raconte comment ceux qui sont décédés de façon violente, viennent crier, dans leur errance, aux oreilles des vivants leur solitude. Puissions-nous méditer sur ces quelques lignes de la tragédie au Rwanda :

« (…) Véronique Tadjo (…) ne se contente pas de réhabiliter la tradition africaine qui croit à la survie de l'âme des morts : elle demande aux morts de pardonner aux vivants leur inhumanité. "Nous supplions les morts de ne pas accroître la misère dans laquelle le pays se morfond, de ne pas venir tourmenter les vivants même s'ils ne méritent pas leur pardon. Nous leur demandons de reconnaître notre humanité même si nous sommes faibles et cruels. Nous avons sali la terre, saccagé le soleil. Nous avons piétiné l'espoir. Néanmoins, nous demandons aux morts de ne point se venger. De ne point nous maltraiter en envoyant un essaim de démons sur nos têtes." Profondément humain et poignant, à la fois incisif et pudique, son texte tente de porter un regard humain sur une des pires inhumanités de l’Histoire. C’est en écrivain, et non en historienne ou en journaliste, qu’elle réagit à ce drame qui la touche dans son identité d’africaine et d’ivoirienne. Tout en soulignant la dimension collective des responsabilités dans le déclenchement de l’horreur, elle ne porte nul jugement : sa seule revendication est celle d’un devoir de mémoire. Osant briser le silence pour perpétuer le souvenir du génocide, son texte est un acte de foi dans la capacité de la littérature à guérir les gens et à réconcilier les peuples. Pour terminer, l’auteur du résumé de l’œuvre  souligne: « Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le cœur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l'obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur ».

En Côte d’Ivoire, la lueur d’espoir suscitée par la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) n’a pas fait long feu dans le cœur des ivoiriens. C’est donc avec résignation qu’ils regardent désormais cette institution patauger dans la boue déversée sur son chemin par Ouattara et ses lieutenants. Car eux préfèrent, de toute évidence, perpétuer l’impunité, la justice des vainqueurs, la terreur et le gangstérisme d’Etat, pour continuer, non pas à gouverner, mais à régner sans vergogne sur le peuple ivoirien.

En définitive, retenons que notre futur, le futur de la Côte d’Ivoire, dépendra des actes que nous aurons posés d’aujourd’hui. Le devoir de mémoire pour la dignité de tous ces morts, la reconnaissance de la cruauté perpétrée contre eux et leurs familles endeuillées, la reconnaissance de la nation ivoirienne toute entière, à l’égard de leur tragédie, notre tragédie commune, est un passage obligé. Nous devons – absolument – le traverser, transcender toutes nos peurs et toutes nos angoisses, face à la dictature, si féroce soit-elle, de Ouattara.

Sinon, comment pourrions-nous, avec toutes ces douleurs, toutes ces rancœurs, toutes ces haines, toutes ces rages et colères, étouffées, dissimulées et contenues - par ceux qui sont morts, comme par nous qui sommes encore vivants - augurer de lendemains radieux pour notre pays, la Côte d’Ivoire ? Alassane Ouattara et sa « communauté internationale » - pour leur part – gagneraient aussi à y réfléchir sérieusement, avant que le spectre du génocide rwandais ne dépose ses bagages dans notre si cher pays, la Côte d’Ivoire.

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

Que retiendra-t-on d’Alassane Ouattara ?

alassane_ouattara.jpgHormis le fait qu’il fut, un de ces jours et par un concours de circonstances franchement discutables, le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, que retiendra-t-on d’Alassane Ouattara ? Que retiendra-t-on de lui, du leader politique, au sens historique du terme ? Pouvons-nous garder de lui, l’image d’un leader qui, par ses actes forts et par son charisme naturel, aura réussi à marquer de façon durable les cœurs et les esprits, et qui reste incontestablement une référence et un modèle pour les jeunes générations ?

Encore quelques semaines pour que Ouattara soit à sa deuxième année d’exercice effectif du pouvoir. Deux ans peuvent paraitre – à première vue – insuffisants pour se prononcer. Mais,         cela ne saurait s’appliquer à un Alassane Ouattara qui, bien avant même d’être « propulsé » au pouvoir, nous a été – littéralement –  présenté, non seulement par ses partisans mais par les média commis à ses éloges, comme un véritable « messie » pour la Côte d’Ivoire. Une Côte d’Ivoire en pleine crise socio-politique (crise dont il n’était d’ailleurs pas totalement innocent).

Ses partisans ont clamé sous tous les toits, au sujet de leur mentor qu’il est : « Ado la solution», « Ouattara le démocrate policé », «Alassane Ouattara, l’homme à l’agenda fourni », « l’homme aux pluies de milliards», « le super-économiste », « le brave-tchè », etc. Tant et si bien que l’on a cru qu’il suffisait qu’il soit porté à la tête de ce pays, pour que tout marche comme sur des roulettes, pour que la Côte d’Ivoire devienne un merveilleux paradis où, plus aucun ivoirien ne souffrirait. Mais beaucoup d’entre nous, sauf – bien entendu - ceux qui sont encore en proie à ce « mythe» pernicieux, l’auront bien compris. Il ne suffit pas d’être affublé de tous les superlatifs possibles, pour être réellement ce que l’on pense ou dit de vous.

En Côte d’Ivoire, il aura fallut voir Alassane Ouattara « aux affaires » pour enfin savoir qui est celui dont les supporters - durant des années - ont abrutis certains, rien qu’en leur débitant les éloges de « ADO-la-solution ».

Effacer les traces de Gbagbo…

A peine eut-il foulé le seuil du palais présidentiel, que le premier « combat » d’Alassane Ouattara fut d’effacer les traces de son prédécesseur Laurent Gbagbo. L’opération de « nettoyage » ainsi lancée, ira de la chasse aux pro-Gbagbo dans l’armée et dans l’administration, jusqu’à la destruction sauvage de tous les monuments construits sous l’ère Gbagbo - et même avant - à travers tout Abidjan, la capitale économique. Résultat: des pillages et des expropriations en masse ; des chefs de familles jetés à la rue ; des milliers de morts, d’exilés et de prisonniers déportés dans le nord de la Côte d’Ivoire, tous victimes de leur appartenance supposée ou non au camp de Laurent Gbagbo. Avec Ouattara, nait une ère nouvelle: celle du « rattrapage » ethnique. Celle qui confère plus d’avantages et de privilèges aux cadres et ressortissants du nord, car comme Ouattara lui-même l’a affirmé, ces derniers auraient été lésés durant plusieurs années, en Côte d’Ivoire : «Il s’agit d’un simple rattrapage. Sous Laurent Gbagbo la communauté du Nord, soit 40% de la population, était exclue des postes de responsabilité ». Et vlan !

Suivre les traces d’Houphouët Boigny

Si Ouattara efface les traces de Laurent Gbagbo, il aimerait, par contre, suivre celles de (feu) Félix Houphouët Boigny – premier président ivoirien et bâtisseur de la Côte d’Ivoire post-coloniale. Il ne s’en cache d’ailleurs pas. Présent à toutes les cérémonies de pose de première pierre, y comprit celles dont il n’est pas le concepteur, le voilà flanqué d’un nouveau titre: « Ouattara le Bâtisseur ! ». Et ses flagorneurs d’exulter: « En 33 ans, Houphouët-Boigny a offert l’un des réseaux routiers les plus performants de l’Afrique de l’ouest, plusieurs ponts dont deux à Abidjan, ainsi que plusieurs autres infrastructures. En moins de deux ans de règne, Alassane Ouattara est bien sur les traces de celui dont il fût l’unique Premier ministre de 1990 à 1993. Comme un bon élève, le « fils » est en train de suivre les traces du « père ».

Le mythe ne s’arrête pas là. Ouattara serait aussi un combattant, d’après ses courtisans: « Comme Houphouët-Boigny dans son combat pour l’indépendance du pays, il (Alassane Ouattara, ndlr) se retrouve au centre d’une lutte pour l’introduire (la Côte d’Ivoire, ndlr) dans le cercle des pays émergents ».

On est tout de suite tenté de se demander contre quoi pourrait bien lutter Ouattara pour, comme ils le disent « introduire la Côte d’Ivoire dans le cercle des pays émergents » ? Lui, l’homme de la « communauté internationale », « l’ami » de toutes ces grandes institutions financières telles que le FMI ou la Banque Mondiale ? Pourrait-il subsister un quelconque obstacle à la réussite de cet homme annoncé comme « providentiel » pour la Côte d’Ivoire, de surcroit, « soutenu » et « reconnu » par la « communauté internationale » ? Normalement, pour un tel homme, c'est-à-dire Alassane Ouattara, faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020, ne devrait poser aucune difficulté.

En dépit de tout cela, après bientôt deux ans de règne, l’on continue d’assister au « one man show » de Ouattara, qui n’est en fait que du sur-place.

Alassane Ouattara n’est pas Houphouët Boigny

En effet, l’acharnement d’Alassane Ouattara à vouloir ressembler à Félix Houphouët Boigny se situe bien au-delà du simple désir de bâtir pour bâtir. Il aimerait bien occuper dans le cœur des ivoiriens, la place qu’occupât et qu’occupe encore celui que l’on a affectueusement appelé « Nanan Boigny ».

Malheureusement, Alassane Ouattara, n’est pas Houphouët Boigny. Le concepteur du « rattrapage ethnique » peut-il se targuer d’être un authentique « houphouétiste » ? En somme, entre Ouattara et Houphouët, le fossé reste béant, y comprit du point de vue de la capacité à rassembler, à fédérer toutes les forces vives autour de la mère patrie. Car comment comprendre que sous le règne du principal « guide » du « vivre ensemble », les ivoiriens soient aussi profondément divisés qu’ils ne l’aient jamais été auparavant ? En fait, Ouattara est-il vraiment le président de tous les ivoiriens ? Car sous nos yeux  médusés, les partisans de son clan jouissent de privilèges des plus ahurissants, même ceux allant jusqu’à l’impunité totale. Comment comprendre que des milliers d’ivoiriens soient expropriés de leurs biens, de leurs terres, par des aventuriers galvanisés par son accession au pouvoir sans que Ouattara n’ose lever le moindre petit doigt ? Quel est donc ce « vivre ensemble » si exclusif ?

Ce que les ivoiriens retiennent

En dépit de tous les stratagèmes déployés pour faire gober à l’opinion l’image d’un chef d’Etat au four et au moulin - voyages intempestifs, organisations de visites d’Etat, cérémonies d’inaugurations, participations à divers sommets, même celles où sa présence n’est pas nécessaire,… -  la mayonnaise n’a pas pris, tout comme a échoué le mythe du super-économiste de la croissance à deux chiffres. L’on s’est vite rendu compte que Ouattara aura plus marqué les esprits par sa propension à faire des promesses qu’à les tenir.

C’est donc aux turpitudes d’un homme rattrapé et submergé par les réalités du pouvoir qu’il nous est donné d’assister. Le chômage galopant, la pauvreté et la misère ambiantes, l’augmentation drastique des coûts du gaz, du carburant, de l’électricité, l’insécurité criarde et le désordre organisé au sein de la défense et de la sécurité nationale, l’opposition muselée, le fléau du « rattrapage » ethnique désormais institué en mode de « bonne gouvernance », renforcé par le phénomène du cumul des postes et des mandats des membres de son clan, sont autant de preuves qui démontrent le laxisme ou l’impuissance de monsieur Ouattara à rassurer les ivoiriens, à les réconcilier et à les conduire vers le progrès et le développement tant annoncés, sinon vers l’émergence à l’horizon 2020, qui sonne plus ici, comme un slogan de campagne de publicité mensongère qu’un projet viable. Voilà ce qui marque les esprits, voilà ce que retient l’ivoirien confronté aux dures réalités de son vécu, de son pays, au-delà de toute admiration béate ou de toute passion effrénée pour la simple personne d’Alassane Ouattara.

Le véritable leader n’est-il pas en fait, celui qui rassemble, sans aucune haine ni rancune et sans esprit de revanche ? N’est-ce pas aussi celui qui cherche, trouve au plus profond de lui-même, la force et les ressources nécessaires pour réconcilier et panser les cœurs meurtris ? N’est-ce pas celui qui lutte pour tous sans exception, pour l’intérêt supérieure de la nation et non pour celui de son seul clan…?

Cela, Alassane Ouattara ne semble guère s’en préoccuper. Pour lui, seule la relance économique pourra faire oublier aux ivoiriens leurs tragédies, et tour est joué ! Mais on ne dirige pas un pays avec les seuls talents d’économiste, comme le dit souvent son oncle maternel Abou Cissé.

En définitive, que saisir d’un Ouattara plus soucieux de redorer son image ou – aux dires de ses communicants - celle de la Côte d’Ivoire à l’extérieure, plutôt que de se pencher sur les véritables et profondes aspirations des ivoiriens ? Est-il si compliqué de retenir que le vrai leader n’est finalement pas celui qui demeure totalement déconnecté de son peuple, mais celui qui est en phase avec lui, prêt à tout pour défendre les intérêts de ce peuple?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

09/03/2013

Côte d'Ivoire, silence ça gouverne !

alassane_ouattara.jpgDe tout temps, les hommes se sont battus pour le pouvoir, pour avoir le pouvoir, l’exercer, le conserver...

Quelqu’un disait : « On se bat pour avoir le pouvoir ou pour le conserver parce que c’est lui qui donne la richesse à son détenteur et, par ricochet, à tous ceux qui lui sont proches(…) ». Il n’a pas totalement tort.

En Côte d’Ivoire, depuis la mort du premier président Félix Houphouët Boigny, s’est ouverte, ce que l’on a convenu d’appeler « la guerre de succession » ou « la guerre des héritiers ». Ce qui n’était – en fait - rien d’autre qu’une « guerre » ouverte pour la conquête du pouvoir politique.

Cette « guerre » pour le pouvoir a – bien évidemment - lieu entre « frères » ivoiriens. Mais il ne faut pas aussi occulter l’éternelle question de l’immixtion directe ou indirecte, secrète ou non - des « forces prédatrices extérieures », qui pour des raisons évidentes « d’intérêts », manœuvrent pour avoir une certaine emprise sur le détenteur de ce pouvoir.

Du coup d’Etat contre Henri Konan Bédié en 1999, perpétré par la junte militaire avec à sa tête (feu) Robert Guei, en passant par celui manqué en 2002 contre Laurent Gbagbo, et aujourd’hui, la guerre née de la crise post-électorale, notons que tous ces évènements qui ont plongé la Côte d’Ivoire dans des jours sombres, n’ont que pour seul enjeu la prise du pouvoir ou le pouvoir, tout simplement.

Parmi tous ceux qui ont inlassablement aspiré à prendre ce pouvoir, Alassane Ouattara figure en bonne place. Ce dernier n’a d’ailleurs jamais caché son ambition de s’asseoir – un de ces jours - dans le fauteuil présidentiel, symbole du détenteur du pouvoir politique.

Aujourd’hui, ses partisans et lui peuvent s’écrier « ouf, ça y est, nous y sommes ! ». Mais, tels que sont inséparables le bouc et son odeur pestilentielle, ainsi demeurent les circonstances douteuses et l’intervention militaire franco-onusienne qui entourent l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara.  

Un pouvoir ainsi « acquis » par Ouattara, ne peut que susciter des contestations légitimes mais latentes - eu égard la psychose entretenues par ses hommes en armes - de ses adversaires politiques et aussi des ivoiriens. Cette particularité qui caractérise son pouvoir, renvoi forcément à l’image d’un homme assis sur un volcan qui menace à tout moment d’entrer en éruption.

 L’impérieuse nécessité de respecter les règles

« On se bat pour avoir le pouvoir », mais la bataille pour le pouvoir doit absolument respecter certaines règles.

En Côte d’Ivoire, le système politique adopté est bien la démocrate. Mais la démocratie définit des balises qui permettent une conquête « civilisée » du pouvoir. Elle offre la libre compétition et un cadre « sain » à l’alternance politique et pose des balises contre les options brutales et sauvages de (re)conquête du pouvoir. La démocratie s’apparente donc avant tout à un jeu avec des règles clairement définies auxquelles les acteurs conviennent à l’avance de se soumettre. C’est un jeu avec des règles à observer, sinon on tombe dans l’anarchie totale. Le respect des règles, l’honnêteté politique, voilà quelques qualités que doit posséder tout compétiteur politique. Car il en va de la vie des personnes et de l’avenir du pays qu’il aspire à gouverner.

En 2010, en Côte d’Ivoire, du déroulement du scrutin présidentiel, jusqu’à la proclamation « solitaire » des « résultats » par monsieur Youssouf Bakayoko à l’Hôtel du Golf, les règles ont-elles été respectées ?

Grosso modo, nous répondrons que la règle du plus fort s’est imposée. Et le plus fort ici, n’est nul autre que la France et son armée. Gregory Protche, journaliste et auteur engagé – illustre bien cet état de fait lorsqu’il titre ainsi  sa dernière œuvre sur la crise post-électorale ivoirienne: « On a gagné les élections, mais on a perdu la guerre ».

La question du vainqueur des élections de 2010 reste certes la pomme de discorde entre pro-Ouattara et pro-Gbagbo et plus généralement entre ivoiriens. Mais le fait est là, Ouattara est actuellement au pouvoir et l’exerce.

Aujourd’hui, d’autres questions s’imposent plutôt à nous. Y a-t-il des éléments qui démontrent que les règles de (re)conquête du pouvoir sont favorisées ? N’y a-t-il pas une volonté – pour le régime en place - de le conserver par tous les moyens en instaurant un cadre malsain, et en ne favorisant guère le libre déroulement du processus de (re)conquête du pouvoir ?

Que nous disent les faits ?

Dès sa prise de pouvoir, Alassane Ouattara fait emprisonner une multitude de cadres de l’opposition, notamment du FPI ; sous la menace des ses forces rebelles et sanguinaires, et de peur d’être emprisonnés comme plusieurs autres, des milliers d’ivoiriens, pour leur affinités supposées ou non avec Laurent Gbagbo, sont contraints à l’exil.

Des élections législatives se sont tenues – volontairement - sans l’opposition. Le même schéma est en train de se dessiner pour les régionales et les municipales ; toutes les velléités de manifestation de l’opposition sont réprimées, parfois dans le sang. Les arrestations des opposants et partisans de Laurent Gbagbo continuent. Pour ceux qui sont déjà en prison, le régime d’Abidjan clame haut et fort qu’ils ne sont pas des prisonniers politiques. Démontrant ainsi sa volonté de les maintenir pour de bon dans ses geôles infectes. Des citoyens continuent d’être torturés du fait de leur appartenance politique ou ethnique. La population est terrorisée par la soldatesque de Ouattara dont l’impunité est encouragée, voire récompensée. Un dialogue direct opposition-gouvernement est certes engagé. Mais l’on s’est bien vite rendu compte qu’il ne s’agissait en fait que d’un écran de fumée.

Comme on peut le constater, Alassane Ouattara gouverne la Côte d’Ivoire, depuis bientôt deux ans, sans véritable opposition. Sinon une opposition contre laquelle il manœuvre pour la maintenir en l’état, c'est-à-dire une opposition qui ne se contente que de déclarations, sans plus.

Alassane Ouattara gouverne, il ne faut pas le contrarier. « Nous sommes dans une période très sensible », « nous sommes en période de réconciliation », clame ses partisans. Les ivoiriens n’ont qu’à subir sa gouvernance, malheur à celui qui osera le contrarier, « la loi des vainqueurs » est en vigueur. Silence, Ouattara gouverne !

Cependant Ouattara sait très bien qu’il lui faut donner des gages – ne serait-ce que faire semblant - de démocratie, à l’opinion internationale, notamment à ses soutiens étrangers, pour pouvoir gouverner tranquillement.

En effet, cette attitude devra tous nous interpeller et nous pousser à nous interroger : Ouattara a-t-il réellement les mains libres pour gouverner ce pays?

Lisons plutôt entre ces lignes du compte rendu d’un journaliste ivoirien suite à la visite de la Conseillère Afrique du Président français François Hollande : « Mme Hélène Legal qui séjourne en terre ivoirienne a jugé utile de discuter avec le Fpi afin de se faire une opinion de la réalité qui prévaut en Côte d’Ivoire. (…) selon une source diplomatique, elle serait venue en Côte d’Ivoire dans le cadre du dialogue direct qui reprend cet-après-midi entre le Fpi et le gouvernement. La même source indique qu’elle serait porteur d’un message du président français pour rapprocher les positions des deux camps ».

Arrivée de la Conseillère Afrique de la France en Côte d’Ivoire, reprise immédiate du dialogue direct opposition-gouvernement. Qui tire véritablement les ficelles du « gouvernail » ivoirien ?

Marc Micael

http://afriquemergente.ivoire-blog.com/

 

07/03/2013

Côte d’Ivoire, vive la normalité !

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A quand le retour à la normalité en Côte d’Ivoire ? Une normalité promise par le « champion » tout terrain en promesses, Alassane Ouattara depuis plusieurs années ?

Normalité, ou retour à la normalité, le terme est omniprésent dans les discours de « l’indéboulonnable ». L’évoquant, il reconnait ainsi que depuis, son accession au pouvoir, la Côte d’Ivoire, est dans un état d’anormalité très avancé.

Or, qui dit anormalité dans un Etat, dit absence de démocratie, non respect des règles de l’Etat de droit, violations massives des droits de l’Homme, impunité galopante, gabegie, népotisme, pour ne pas dire « rattrapage » ethnique... En attendant une liste plus exhaustive, contentons-nous de celle-là.

Bien sûr, les partisans de «Ado-solutions » peuvent d’emblée mettre cette situation chaotique au compte de la guerre née de la crise postélectorale, une crise postélectorale au dos bien large, en effet. Eux qui, il y a quelques années, accusaient Laurent Gbagbo, de tout mettre – notamment les embuches rencontrées lors à sa gouvernance - au compte de la guerre provoquée par la rébellion venue du nord en 2002, avec à sa tête Soro Guillaume.

Ironie du sort ? La crise postélectorale est devenue un prétexte tout trouvé pour les ouattaristes aujourd’hui au pouvoir. Pourtant entre la Côte d’Ivoire de 2002 à 2010 et celle d’aujourd’hui, « il n’y pas photo », comme on le dit.

Avant 2010, la Côte d’Ivoire est divisée de fait en deux parties. L’une tenue par la rébellion et l’autre par le régime légitime de Laurent Gbagbo. La Côte d’Ivoire est quasiment « isolée » du fait de son Chef d’alors qui a choisit délibérément l’option de la souveraineté, au détriment de la soumission au dictat des puissances occidentales.

Mais la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, a à sa tête un « Président reconnu par la communauté internationale ». L’ami de toutes les puissantes institutions financières telles que la Banque Mondiale et le FMI. L’homme à « l’agenda riche et chargé ».

Ce qui serait donc normal, c’est que la Côte d’Ivoire devrait à présent être un véritable modèle de démocratie et un exemple d’Etat de droit.

Or, malgré tout ce bel habillage, la Côte d’Ivoire est encore à la recherche de « sa normalité ».

La Côte d’Ivoire a connu certes sa plus sombre histoire au cours de cette crise postélectorale. Elle n’en n’est, pas encore sortie, mais la venue de monsieur Ouattara, ayons le courage de le reconnaitre, n’aura rien arrangé. Bien au contraire. Si bien que ce dernier se voit obligé de promettre, un retour à la normalité, passant sous silence son bilan calamiteux, en deux ans de règne à la tête de ce pays.

Mais il ne s’agit pas de promettre une chose, pour que, comme par enchantement elle se produise. Il en va de même pour la réconciliation nationale, tant chantée. Il ne s’agit pas de la proclamer, pour qu’elle ait lieu. Ce que l’on dit, doit se traduire aussi en des faits concrets, palpables, vérifiables et profitables à tous. C’est aussi cela, la trame des vrais hommes d’Etat.

Nous sommes en 2013, est-ce une année de normalité ? Où sont les facteurs qui annoncent, ou qui préfigurent d’une quelconque normalité ?

Il y a des rackets organisés, l’impunité dont jouissent les FRCI à la solde d’Alassane Ouattara et l’insécurité dans laquelle ces derniers plongent le pays tout entier. Pour ce seul exemple, chaque citoyen ivoirien ou non, peut s’en rendre compte, tant le constat est frappant.

Il s’agit bien de cette horde hétéroclite de rebelles, ex-Forces nouvelles (FN) muées en FRCI, Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). FRCI racketeurs, FRCI tortionnaires, FRCI « gnambros», FRCI assassins, FRCI occupant illégalement et de force champs et domiciles privés, FRCI justiciers…, qui ignorent tout d’une République. Que dire ? Sinon, vive la normalité sous Ouattara !

L’avènement des nouveaux treillis n’aura fait qu’empirer la situation. Elle aura permis à ces derniers de mieux se confondre aux ex-FDS. On ne sait plus qui est qui, ni qui fait quoi. Les ivoiriens voudraient bien savoir.

Mais il y a pire. Le reste de la bande, qui écume nos marchés, nos villages, nos rues. Ne sachant manier que les biceps et les armes. Ceux dont la population ivoirienne est devenue le souffre-douleur.

Alors comment prendre les déclarations de monsieur Ouattara pour argent comptant, lorsqu’’on ne voit rien poindre à l’horizon ? Que fait-on pour les encaserner ? Que fait-on pour juguler l’inquiétant problème de l’insécurité en Côte d’Ivoire ?

En fait, c’est l’épineuse question de la réforme de l’armée, des forces de défense et de sécurité qui s’impose aujourd’hui à la Côte d’Ivoire. Que fait monsieur Ouattara pour la régler depuis qu’il est assis dans le fauteuil présidentiel, à part ses nombreux voyages?

En effet, « Ado-solution » s’est probablement « noyé » dans ses propres promesses, tellement il en a fait.

Mais on ne construit pas un Etat solide à coups de promesses, hélas. Les ivoiriens en sont bien conscients. Le respect de la parole donnée, c’est sur cette base que le peuple jugera tous ceux qui ont aspiré à le représenter ou à le servir.

Le constat est donc à la fois clair et amer. 2013 n’est pas en passe de devenir « l’année de la normalité ». Bien au contraire la Côte d’Ivoire s’enfonce d’avantage – avec les répressions des manifestations de l’opposition et les scandales des violations des droits de l’Homme mis au grand jour, tout cela, ajouté à l‘insécurité galopante – dans une confusion encore plus noire.

Pendant ce temps, les FRCI continuent de semer la chienlit et de se sucrer sur le dos des ivoiriens, au vu et au su de tous, surtout de leurs « employeurs ».

Cela ne peut que susciter une interrogation: pourquoi ?

Pourquoi le régime en place reste t-il complaisant face aux souffrances causées sur les populations par les FRCI et  leurs supplétifs les dozos ?

Est-ce un aveu d’impuissance ou simplement une preuve de l’incompétence d’un régime propulsé à coups de bombes françaises ?

Cherchons plutôt nos réponses ailleurs...

Et si, en fait, ces hommes en armes ne faisaient que servir de paravent au régime Ouattara ? Et si, ces FRCI tueurs, servaient en fait d’une sorte « d’assurance vie » à Alassane Ouattara et à son régime dont le vernis de légitimité tend à fondre au fil du temps ?

Marc Micael

http://afriquemergente.ivoire-blog.com/

 

 

28/02/2013

Gnenema, une épée dans l’eau

 

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Ce qui est dit est dit. Mieux, cela est même établit. Les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) à la solde de Ouattara et leurs supplétifs les dozos, sans compter les civils armés, eux aussi acquis à la cause de Ouattara, ont massacré plus d’un millier de personnes. Notamment à Duékoué et dans le camp de déplacés de Nahibly.

Ce que l’on savait déjà, l’ONG Amnesty Internationale, vient de l’étaler sur « la place publique », à un moment crucial du procès de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo. Coïncidence ?

Ce dont l’on est sûr, c’est que le régime d’Abidjan piétine les Droits de l’Homme et fait l’apologie de l’impunité, bien après la prise du pouvoir par son mentor Alassane Ouattara. Amnesty vient donc de le confirmer au monde entier.

Coulibaly Gnenema, ministre de la Justice ivoirienne et des Droits de l’Homme, à qui il revient – naturellement - en premier de donner les raisons de cette scandaleuse défaillance dans le fonctionnement du régime Ouattara est – comme on s’y attendait – monté au créneau. Manque de pot pour lui. Il aura beau gesticulé, avancé explications saugrenues sur explications pour noyer le poisson, cela ne pourra rien y changer. Il ne peut - fort heureusement - « cacher le soleil avec la main ». Il y a eu  massacre dans le grand ouest de la Côte d’Ivoire. Un véritable début de génocide planifié. Pendant ce temps, des pro-Gbagbo sont arrêtés, extradés, systématiquement emprisonnés sans même qu’il y ait un début d’enquête.

« Il faut attendre(…). Les enquêtes sont en cours(…). Pour de bonnes investigations, il faut du temps(…) », déclare-t-il, non sans cynisme.

Il va même plus loin en essayant certes maladroitement de remettre en doute le drame vécu par les populations victimes de la barbarie des partisans de Ouattara et même de faire des promesses – à l’image de son patron - qui seront tenues, comme d’habitude, quand les poulets auront des dents : « (…) s’il y a des faits avérés, nous prendrons les dispositions nécessaires ». Bref, nous vous épargnerons tout le charabia qui s’en suit.

Ce que l’on constate, c’est qu’un tollé général s’est installé dans le camp Ouattara, en marge du procès de confirmation des charges qui se tient en ce moment à la CPI. Tollé matérialisé par des lamentations et les pleurnichements constatés dans la presse pro-Ouattara, au nom des victimes. La stratégie d’instrumentalisation de ces victimes entamée aux premières heures de ce procès n’émeut plus personne.

La riposte de l’équipe d’avocats à la défense conduite par Maître Altit et son aisance déconcertante à démonter méthodiquement les accusations du Procureur, corsée par le rapport accablant d’Amnesty internationale, achève de créer la panique générale dans le camp Ouattara.

Mais la véritable le véritable enjeu de la polémique autour des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire se trouve ailleurs. Bien au-delà des gesticulations de monsieur Gnenema.

Où se trouve la fameuse « Communauté internationale » ?

Il est indéniable que monsieur Alassane Ouattara est  décrit par certains comme « le président reconnu par la communauté internationale ». Lui et son camp, d’ailleurs ne s’en cachent pas. Mieux, ils s’en félicitent. Mais cette « Communauté internationale », qui n’est en fait rien d’autre que la France et l’Onu (les Etats-Unis et alliés) n’a pas fait que le « reconnaitre ». Elle a activement et pratiquement œuvré à sa prise du pouvoir.

Or les crimes dont il est actuellement question, tant dans le rapport d’Amnesty international, que dans les interventions de l’équipe de défense, ont été perpétrés alors que Alassane Ouattara avait de fait, pris le pouvoir, donc l’exerçait en tant que tel, alors que Laurent Gbagbo était fait prisonnier. C’est donc sous son autorité, sous sa responsabilité que ces crimes ont été commis contre, notamment, les populations de l’ouest.

Nous sommes d’avis que la crise postélectorale ivoirienne s’inscrit dans un cadre global. Et qu’il est nécessaire de tenir compte de tous les acteurs y ayant participé activement pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Or, il est incontestable que la France et l’Onu sont des acteurs majeurs de cette crise. Pour leur rôle actif, pour avoir pris fait et cause – au terme d’un scrutin présidentiel controversé - pour un camp, celui d’Alassane Ouattara. Ce soutien accordé à Alassane Ouattara va bien au-delà d’un simple soutien. Il implique notamment qu’ils doivent aussi répondre pour les actes de celui à qui ils ont apporté un soutien, au demeurant sans réserve.

La question en toile de fond est dès lors, la suivante : cette communauté dite internationale, reconnait-t-elle s’être trompée sur le compte d’Alassane Ouattara à travers son silence coupable sur les crimes perpétrés en Côte d’Ivoire, après l’installation de ce dernier ? Reconnait-elle ainsi avoir surestimé les capacités de Ouattara à réconcilier les ivoiriens et de faire de la Côte d’Ivoire un véritable Etat de droit ?

Que répondre, sinon constater que l’étrange silence de cette « communauté » ne fait que traduire ses angoisses, ses regrets, son amertume…

Alors, au ministre Gnenema, il convient de rappeler que ses interventions ne pourront rien changer au processus d’éclatement de la vérité enclenché depuis le 11 avril 2011. Toute tentative visant tordre le cou à l’histoire ou de la falsifier, ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.

Malgré tout, on est bien tenté de se demander où va le régime Ouattara, maintenant que pointe à l’horizon la lueur de la vérité qui bientôt brillera de mille feux sur la Côte d’Ivoire et le monde entier ?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

No Gbagbo, no Côte d’Ivoire ?

 

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L’être humain n’est pas éternel. La science, malgré tous les progrès réalisés, n’est pas encore arrivée à repousser les limites de l’espérance de vie de l’homme. Une espérance de vie qui tend – malheureusement - à se réduire avec l’avancée des années.

Laurent Gbagbo, dont le procès de « Confirmation des charges » se tient en ce moment à la CPI et qui focalise toutes les attentions, n’échappe pas à ce principe de la condition humaine. Laurent Gbagbo est – bien entendu - un être mortel.

Mais la Côte d’Ivoire, ce pays qu’il dirigea dix ans durant, n’est pas soumise à cette règle. La Côte d’Ivoire est appelée à exister bien longtemps encore après que des générations d’ivoiriens se seront succédées. Bien longtemps encore après Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire – sauf cataclysme - continuera d’exister.

Alors, quelle incidence le sort de cet homme peut-il bien avoir sur l’avenir de ce pays ? Peut-on– en toute objectivité -  conditionner le sort de ce dernier à celui de la Côte d’Ivoire ? Peut-on accorder du crédit aux partisans du « No Gbagbo, no Côte d’Ivoire » (pas de Gbagbo, pas de Côte d’Ivoire ndlr) ?

Cette question mérite d’être posée. Si – du moins - l’on se donne la peine de songer au bilan socio-politique de ce pays, depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara – dans des conditions que nous savons - au détriment de son adversaire Laurent Gbagbo. Un bilan jusqu’ici, très peu reluisant.

Aussi, pour ne pas s’enfoncer dans un radicalisme fanatique, reformulerons-nous la question en d’autres termes : « Quels sont les enjeux pour la Côte d’Ivoire, si d’aventure, Laurent Gbagbo devrait être condamné ou acquitté ? ».

La Côte d’Ivoire est certes comme un long fleuve qui s’écoule. Mais dont le point d’aboutissement reste incertain. L’avenir de ce pays dépend – sans aucun doute – des faits qui se déroulent aujourd’hui et qui le touchent de près ou de loin.

Un principe inaltérable tiré des expériences de la vie, n’enseigne t-il pas que « demain sera ce que l’on fait d’aujourd’hui » ? Ce déterminisme impose que l’on accorde une attention et un effort soutenus aux actes que nous posons aujourd’hui, de sorte à envisager l’avenir avec sérénité.

Il en va aussi de cet historique procès de Laurent Gbagbo devant l’histoire et de la longue marche de la Côte d’Ivoire en quête de réconciliation.

La Côte d’Ivoire pourra-t-elle retrouver sa quiétude après que ce dernier aura été condamné ou acquitté ?

Car il y a d’un côté cette Côte d’Ivoire qui sort de guerre. Une Côte d’Ivoire dont les fondements même de la cohésion sociale ont été ébranlés.

Puis de l’autre, Laurent Gbagbo, présumé coupable. Accusé d’avoir orchestré cet état de fait. D’avoir, selon ses accusateurs, « refusé de quitter le pouvoir après avoir perdu les élections ». Laurent Gbagbo, vainqueur au premier tour des élections, déclaré vaincu au second tour avec près de 46% des voix par Youssouf Bakayoko et par L’ONU.

Ses nombreux partisans – en Côte d’Ivoire et partout dans la diaspora -  ne cessent de crier au complot et ne comptent pas se laisser faire, tant que leur leader est tenu à l’écart de la vie socio-politique de la Côte d’voire, dans les geôles de la CPI   . Chantage ou réalisme politique ?

Reconnaissons, tout de même que quel quelque soit l’issue de ce procès, la Côte d’Ivoire continuera certes d’exister.

Mais que vaudrait en revanche, une existence sans quiétude ? Que vaudrait une nation sans la paix dans les cœurs ? Que vaudrait un pays dans lequel règne un réel sentiment d’injustice ? A quoi peut-on s’attendre dans un tel pays où le tissu social est sans cesse fragilisé par un régime dont la gestion politique se caractérise par une volonté de régner dans la violence, un désir de réprimer sans état d’âme tout ce qui s’oppose à lui ?

N’est-ce pas là le visage hideux qu’offre la Côte d’Ivoire sous le règne d’Alassane Ouattara ? Un pays où Arrestations, extraditions, meetings réprimés, goulags remplis  de prisonniers politiques et militaires, violations graves des droits de l’Homme, recrutements à caractères régionaux et tribaux dans l’administration…, ne se comptent plus ?

Aussi, ne pouvons-nous que constater ce tableau sombre et avilissant de la Côte d’Ivoire actuelle. Mais pourquoi donc ?

Parce que des personnes, réunies au sein d’une alliance maléfique (rebelles pro-Ouattara, la France et l’Onu), animées de pensées malsaines, mues uniquement que par leurs propres intérêts, ont refusé le vrai jeu démocratique là où il s’imposait. Ils ont préféré des voies et moyens détournés pour s’arroger le pouvoir en Côte d’Ivoire, en massacrant au passage des milliers d’ivoiriens, au grand dam de Laurent Gbagbo, de tous ceux qui se reconnaissent en lui et même du peuple ivoirien, littéralement floué.

Et cela, les partisans de Laurent Gbagbo n’entendent pas l’accepter d’avantage, comme on peut le constater dans toutes leurs interventions et manifestations.

Libre, Laurent Gbagbo pourrait donc être un acteur vital dans la quête pour la réconciliation en Côte d’Ivoire. Au pire des cas, la Côte d’Ivoire continuera-t-elle d’exister sans lui?

Laurent Gbagbo est certes un être mortel, mais le symbole d’une lutte pour l’émancipation de l’Afrique toute entière. Or les symboles sont éternels.

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr