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08/11/2013

WARI BÉMI* ?

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Avril 2011. Laurent Gbagbo vient d’être fait prisonnier. Alassane Ouattara peut enfin sortir de sa tanière du Golfe hôtel pour tenir son speech de « président reconnu par la communauté internationale ». Devant lui, une forêt de micros. Des flashes d’appareils photos, sans cesse, le mitraillent. Des journalistes accourus pour couvrir l’évènement se jouent des coudes afin de ne rater aucune de ses paroles. Des ruines encore chaudes de la résidence présidentielle, s’élèvent les fumées noires des bombes françaises. Flottent encore à nos narines, l’odeur insupportable de corps en putréfaction  jonchant les rues d’Abidjan. Une horde de rebelles tueurs vient de s’abattre sur la capitale. Nous assistons, spectateurs ahuris, au dénouement brutal et sanglant d’un contentieux électoral en Côte d’Ivoire.

Dans plusieurs quartiers d’Abidjan, c’est la stupeur totale. Les habitants sont encore tétanisés par la peur. Les hommes d’Alassane Ouattara contrôlent la ville. Par contre, dans d’autres quartiers, c’est la liesse. Les djembés* ont été sortis. Leurs sons sont assourdissants. Les quelques partisans d’Alassane Ouattara, sortis pour manifester leur joie, se trémoussent au rythme endiablé des djembés*. « Pissanci, Ado pissanci, a mâgni dêh* ! ». Peut-on entendre de la foule surexcitée et dont le champion vient de s’emparer du pouvoir.

Les premiers mots du chef du parti à la case sonnent encore à nos oreilles comme si c’était hier : deux cargos de billets de banque de la série ‘’A’’ en provenance de la BCEAO, sont en route. Le wari-fatchè* a parlé. Le pays sera inondé d’espèces sonnantes et trébuchantes. Si bien que ses partisans grisés par les paroles de leur champion, mirent en veilleuse leurs diverses activités économiques pour dresser ça et là des bâches, afin de s’adonner, des mois durant, à de pompeuses festivités, en l’honneur d’Alassane Ouattara, « l’homme qui sait chercher l’argent », « le prophète aux pluies de milliards »…, selon eux.   

Deux ans après, l’ardeur des premiers instants semble être retombée. Ces militants naguère enthousiasmés, sont revenus de leurs illusions. Le refrain « Ado la solution », sonnent désormais à leurs oreilles, comme une grave injure. « Ado pissanci », leur est resté en travers de la gorge, semble t-il. La réalité est que l’argent ne circule plus. Mais, il « travaille », soutien-ton, du côté du palais présidentiel. Pourtant, la situation socio-économique des ivoiriens vit ses heures les plus sombres. Rien ne marche ou, du moins, rien ne marche plus comme avant, constatent amers, de nombreux ivoiriens. Personne n’est épargné. Même du côté des supporters au slogan : « Ado solution ». La misère bat son plein. La pauvreté asphyxie ses victimes. Pendant que le (presque) nouveau chef prétend faire émerger le pays et prévoit une croissance à deux chiffres. Le panier de la ménagère reste désespérément vide et les poches, plus que jamais trouées. Le « chef » et son gouvernement recommandent la patience en nourrissant leurs pauvres concitoyens de promesses à n’en point finir. Rien que de promesses.

Au nombre des martyrs de la crise socio-économique, oh surprise, les fonctionnaires ! Qui l’eût cru ? La grogne a fini aussi par gagner cette frange de la population ivoirienne. On les croyait à l’abri. Que non.…

Chez les fonctionnaires de Côte d’Ivoire, les fins de mois passent, mais ne se ressemblent pas. En fait, chez ces braves serviteurs de l’Etat, la question du virement des salaires ressemblent plus à un jeu de loterie. Si bien que les moments de paiement des salaires sont attendus avec beaucoup d’appréhension. Sous Ouattara, il faut désormais attendre le tout dernier jour du mois ou le premier du prochain, avant de se hasarder au distributeur automatique ou se présenter devant sa caissière de banque. Les virements ne sont plus faits avec la même célérité et la même régularité que sous l’ancien régime. Encore que, d’une banque à une autre, les réalités différent.

A la SGBCI (société générale de banque en Côte d’Ivoire), par exemple, une banque qui, pour soutenir Ouattara, ferma ses portes aux ivoiriens, la crise est encore plus profondément ressentie. Or, la filiale de banque française revendique plus de 40% de la masse salariale, soit plus de 35 milliards de F CFA de salaires en Côte d’Ivoire. Spectacle de fin de mois à la SGBCI:

Au Plateau, une impressionnante foule a pris d’assaut le siège de cet établissement financier. Longues files. Des clients de la banque sont assis à même le sol, sur les marches, à l’entrée du bâtiment. Mines d’enterrement, agacements et colères se lisent sur les visages. Les guichets ne marchent pas, ou du moins, ils refusent de donner aux usagers leurs dus, commente un client. Depuis des heures, les plus courageux font le pied de grue. D’ailleurs, ont-ils le choix ? D’autres sont priés d’aller voir leurs gestionnaires, pour espérer toucher l’hypothétique salaire. Malheur à eux, si leurs comptes sont domiciliés hors d’Abidjan. Faudrait pouvoir assurer les frais du voyage.

Approchés, les responsables de ladite banque se cachent derrière un tas de raisons : un nouveau système en cours d’expérimentation occasionnerait les pannes des machines ; il y aurait un problème de réseau ; ou encore une grève des employés, en cours, etc.

Quelque soient les raisons évoquées, le constat qui s’impose d’emblée est le suivant : un manque criard d’argent. « S’il y en (l’argent, ndlr) avait suffisamment, nous n’en serions pas là », vocifère un habitué de la banque.

Les banques refuseraient-elles de payer les fonctionnaires, sous prétexte que l’Etat de Côte d’Ivoire, version Ouattara, leur doit de l’argent ? Peut-on se demander.

Toujours est-il que la rareté des billets de banque touche le pays tout entier. Ces sont les ivoiriens, dans leur ensemble qui, malheureusement, constatent que l’argent ne circule plus. Or, monsieur Ouattara et son clan soutiennent mordicus que : « l’argent travaille ». Mais où ? Ou alors, à quoi travaille cet argent pendant que souffrent les ivoiriens ?

Il est temps, grand temps que l’on demande à monsieur Ouattara de s’expliquer sur cette situation qui ne cesse de créer tristesse et désolation au sein des braves populations ivoiriennes. Bien évidemment, nous en laisserons le soin à ses suiveurs. Eux sauront surement trouver, à travers leurs déceptions et désillusions encore plus grandes que celles des autres, les mots justes pour le faire. On imagine leur toute première question. Elle sera certainement du genre : « Ouattara-tchè*, wari bémi ? ».

*****************************

*Wari bémi ? = où est l’argent ?

*Le djembé=instrument de percussion africain

* Ado pissanci, a magni dêh != La puissance d’Ado est terrible !

*Le wari-fatchè* =l’argentier

*Ouattara-tchè*=monsieur Ouattara


Marc  Micael

 

 

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23/10/2013

LES COULEUVRES DE OUATTARA

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Il nous a promis l’émergence. A l’horizon 2020. Soit, d’ici sept ans. Belle promesse ! En effet. Qui ne voudrait pas voir son pays « émerger » ? Mais une question demeure. Lancinante. Brûlante, même. Sommes-nous réellement sur le chemin de l’émergence ? Telle est la question. Elle n’est pas fortuite. Bien au contraire. Un regard sur ce qu’est devenu ce pays, la Côte d’Ivoire, sous la gestion de celui qui a tenu, coûte que coûte, à en tenir les rênes, et l’on est édifié. Il y a vraiment lieu de s’inquiéter. Le constat est amer : Alassane Ouattara a jeté des couleuvres aux ivoiriens. Alors que ces derniers s’attendaient à voir tomber les « pluies de milliards » promis. Les voilà contraints à les avaler. En d’autres termes, les voilà réduits à subir ses affronts, sans pouvoir protester.

Hier encore, ils étaient des milliers à avoir été replongés dans le traumatisme de la guerre. Les tirs nourris en provenance de la caserne de la BAE (brigade anti-émeute) de Yopougon Gesco, ont contraint les populations avoisinantes à se barricader chez elles, sinon, à prendre leurs jambes à leur cou, loin de la zone d’échanges de tirs. Selon les témoignages, il s’agissait de deux factions rivales d’ex-combattants qui se tiraient dessus. En pleine journée. Plusieurs heures durant. Dans un pays, dont le chef prétend qu’il sera émergent, d’ici 2020.

Ce que certains pourraient considérer comme un banal incident, n’est malheureusement qu’une infime partie de la gangrène qui ronge ce beau pays. Alassane Ouattara a fait appel à des milliers d’individus pour les besoins de sa cause. Des prisons ont été cassées. Des prisonniers se sont évadés. Ils ont été intégrés aux forces d’Alassane Ouattara. Des bandits de grands chemin, des voyous de tout acabit et même des chasseurs traditionnels, ont été appelés, à la rescousse d’Alassane Ouattara ; pour l’« aider » à s’emparer du « fauteuil ». Ces hommes ont été armés. Jusqu’aux dents. Alors que la majorité d’entre eux, ignorent jusqu’à la règle la plus élémentaire de discipline, les règles fondamentales de la guerre et souvent même, un traitre mot de la langue de Molière, pour ne pas dire une seule lettre de la charte des Droits de l’Homme. Ils ne sont véritablement entrés en scène que lorsque la Force française Licorne eut accomplit le sale boulot. Leurs seuls actes de « bravoure » ne se comptent ainsi, que parmi les pauvres populations civiles, sans armes, auxquelles ils s’en prennent chaque jour, sans vergogne. Aujourd’hui, les chiffres officiels parlent de 64.777 d’entre eux,  qui attendent d’être désarmés, démobilisés et réinsérés. Mais nul n’ignore que des milliers d’autres ont été, sur le coup, abandonnés, livrés à eux-mêmes. Ils n’obéissent à aucune hiérarchie. Ils sont donc hors de tout contrôle. Aujourd’hui, ils écument villes, villages, campements et hameaux de la Côte d’Ivoire, à la recherche de leur pitance quotidienne. Non sans y semer mort et désolation. Et cela, sans jamais être inquiétés. La question est donc : existe-t-il des autorités dans ce pays ? Si elles existent, elles ne le sont que de nom. C’est bien le constat. Car chaque jour qui passe, charrie sont flot de sang, et de larmes, impunément versés par les tirailleurs de Ouattara, sans que ce dernier daigne lever le moindre petit doigt. Le fléau des ex-combattants hors de contrôle, reste entier, alors que monsieur Ouattara s’échine à nous chanter l’émergence à l’horizon 2020.

A-t-on jamais vu un pays prétendre à l’émergence et verser, dans le même temps, dans l’impunité la plus béate ; s’agripper à une justice sélective comme bouée de sauvetage et trainer comme un boulet au pied, des idéologies claniques et tribales, telles que le « rattrapage ethnique » d’Alassane Ouattara ? Seul un auteur de science-fiction, pourrait réaliser une telle prouesse. Hélas, Alassane Ouattara n’est pas un auteur. Et la Côte d’Ivoire, encore moins une œuvre de science-fiction. La Côte d’Ivoire est un pays qui existe. Bel et bien. Avec ses habitants. La Côte d’Ivoire, sous Ouattara, est malheureusement devenue un pays où les habitants vivent chaque jour, sous le poids de l’insécurité, de la misère, du racket, du chômage…, sous la menace permanente de la mort, sans pouvoir émettre la moindre protestation au risque de subir le courroux des sbires du pouvoir.

Voilà l’œuvre d’Alassane Ouattara, à la tête de ce pays, la Côte d’Ivoire. Elle se résume en quelques mots: faire avaler ses couleuvres aux ivoiriens.

 

 Marc Micael

 
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr

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12/08/2013

Soro Guillaume à Gagnoa: ce qu’il ne faut pas oublier

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Manquons-nous -  à ce point - de sujets de sujets de distractions à même de noyer - un tant soit peu - notre misère et notre drame collectifs ou, sommes-nous tellement perdus dans les méandres de notre propre tragédie, au risque de faire d’un simple déplacement de Soro Guillaume à Gagnoa, un évènement si capital ? L’on serait tenté d’y répondre par l’affirmative, au regard du traitement accordé au sujet en question.

Le projet de Soro Guillaume de se rendre à Gagnoa, à l’invitation des chefs coutumiers, pour inaugurer leur siège et d’en profiter pour visiter des villages tels que ceux de Blé Goudé, de Laurent Gbagbo et de la mère de ce dernier, aura soulevé plus de réactions, certes justifiées, mais plus passionnées qu’il n’en faut. Après donc les émotions, passons à l’essentiel : que peut bien apporter la visite de Soro à Gagnoa, notamment au peuple de bété, privé de son illustre fils Laurent Gbagbo ? De la réponse à cette question découle ce que nous devrions absolument retenir de ce voyage, si polémique, de cette visite si obstinée.

A voir tout l’arsenal médiatique déployé par ses services de communication, à ses moindres faits et gestes, l’on comprend vite que Soro Guillaume, n’est pas homme à improviser. Il sait ce qu’il veut. Et, à l’évidence, en allant à Gagnoa, il sait ce qu’il prépare.

Face aux « embuches » qui semblent s’opposer à son voyage, il n’entend pas se laisser faire. Il lui faut « légitimer » sa visite. Toute l’armada de ses conseillers et de ses communicants est – dès lors - mise à contribution, pour ledit voyage. Un tour dans les médias, et on peut s’en rendre compte. Sur les réseaux sociaux, sur son site web dédié et sur son blog personnel, on retrouve des interviews de certains autochtones de Gagnoa. Au nombre desquelles, celle accordée par Gnépo Dédi Léopolde – présenté comme frère ainé de Blé Goudé Charles, leader de la galaxie patriotique, détenu en « résidence protégée ». Bien entendu, les personnes interrogées ne disent rien d’autre qu’être favorables à sa venue à Gagnoa. Dans ces interviews automatiquement relayées par la presse écrite proche de son cercle, les intervenants soutiennent qu’en tant que Président de l’Assemblée Nationale, donc deuxième personnalité du pays, son arrivée à Gagnoa « va tout changer ». Ils évoquent notamment le développement de la région, mais aussi la question si cruciale de la réconciliation, intimement liée à celle de la libération des prisonniers politiques. Notamment celles de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé Charles. Par ailleurs, la récente libération provisoire de 12 prisonniers politiques, pro-Gbagbo, à quelques jours de ce fameux voyage, ne laisse-t-elle pas entrevoir qu’il s’en servira pour les besoins de sa cause ?

Sur la question du développement de Gagnoa, inutile de se leurrer. Ce n’est pas Soro Guillaume, même avec tous les gris-gris de la rébellion, qui pourra réussir grand chose, là où son mentor Alassane Ouattara, chef d’Etat et « grand économiste » de son état, peine à trouver des « solutions ».

De même, sur celle relative à la libération des prisonniers politiques, l’on doit garder toute la sérénité nécessaire. Le disciple ne réussira pas à surpasser son mentor, ni à le contredire. Un mentor qui, à ses temps perdus à jouer les démocrates hors du commun, préconise qu’il faille « laisser la justice faire son travail ». Soro Guillaume ne fera donc pas mieux qu’« écouter » les populations et leur assurer en retour de « transmettre » leurs doléances. Certes, réussira t-il, tout au plus, à les « emballer » dans un discours politique. Un discours qui se voudra, hautement « réconciliateur » et truffé de promesses, par ces temps de vaches maigres, où de simples mots d’espoir suffisent à faire vivre celui qui les écoute.

Et même, si par extraordinaire, il en arrive à leur « garantir » la libération des prisonniers politiques, notamment celle de Blé Goudé, ou même de Laurent Gbagbo, sachons qu’il ne fera rien d’autre que forcer une porte qui est déjà ouverte. Faut-il le rappeler. Le processus de libération des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire, est le fruit de multiples pressions tant internes qu’externes, c’est le résultat d’une lutte acharnée contre un système mondial infernal et un régime dont la dictature n’est plus à prouver. Soro Guillaume et Alassane Ouattara, n’en sont que de simples pions. Inutile donc, pour Soro, de vouloir s’attirer les gloires d’un combat dont il n’est pas participant.

En définitive, la visite de Soro à Gagnoa, n’apportera rien de nouveau à Gagnoa, aux populations en proie à la pauvreté galopante, à la terreur ambiante entretenue par ses dozos et profondément affectées par la douleur d’avoir perdu à jamais un proche. Elle ne sortira pas non plus leur région de la misère. La visite de Soro Guillaume à Mama, Gnaliépa, Kpogrobo, Gnagbodougnoa…, n’aura qu’un seul et réel but pour lui : se faire valoir. Rien de plus. C’est le but précis que vise Soro Guillaume. Et, il entend se donner les moyens de l’atteindre, même en partant à Gagnoa contre vents et marées. Aller à Gagnoa participe pour lui d’un processus de mise en avant de son image de d’homme politique « correct », en route pour briguer la magistrature suprême. Il manœuvre « secrètement », en tirant ses ficelles et en préparant son avenir. Il espère y arriver, en comptant, à l’usure, sur la bonté des ivoiriens et sur… une fortune colossale, indument amassée.

Voilà ce qu’il faudra retenir de cette visite obstinée de Soro Guillaume à Gagnoa, sans jamais perdre de vue que cet homme qui se tiendra demain devant les populations de Gagnoa et singulièrement, devant le peuple bété, ne sera et ne restera rien d’autre qu’un rebelle, coupable du massacre de milliers d’ivoiriens innocents. Car tels sont inséparables le bouc et son odeur pestilentielle, tels sont inséparables, le chef rebelle, Soro Guillaume, et ses mains pleines de sang.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

 

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07/07/2013

Leçon de réalisme

images (12).jpgAlors que les regards sont tournés vers le district des savanes où Alassane Ouattara se pavane en fanfare pour, de toute évidence, solliciter les voix des populations de cette région, l’artiste Frederic Ehui Meiway, quant à lui, a choisi de rappeler à tous, ce que devrait être la vraie réconciliation en Côte d’Ivoire, au-delà de tout le mal que certains auraient pu penser de lui.

L’interview-vidéo que Meiway accorde au média « Regards sur Gbagbo », au sortir d’une visite effectuée à la CPI à Laurent Gbagbo, le plus illustre prisonnier de ces lieux, avec tant d’autres avant lui, vient rappeler, notamment à ceux qui paradent de lieux en lieux pour parler de réconciliation, qu’il faille aller au-delà des vains discours. Si du moins la réconciliation est effectivement le mobile recherché par ces derniers.

Pourquoi maintenant ? Meiway ne cherche t-il pas plutôt – avec cette sortie médiatique - à reconquérir ses fans qui ont pu être offusqué par sa prise de position au cours de la crise-postélectorale ? Quels sont réelles intentions du « génie de Kpalèzo » ? Autant de questions que l’on pourrait logiquement se poser.

D’ailleurs, le maître du « zoblazo » reconnait d’entame : « les pro-Gbagbo me détestent ». Mais il tente néanmoins de justifier sa prise de position : « il fallait réagir (…) c’est ma double casquette de personnage publique, de leader d’opinion et de citoyen ivoirien qui m’ont amené à réagir ».

Au de-là des divers sentiments qui pourraient nous traverser, au regard de son acte et de ses propos, notre nature d’êtres humains ne nous commande t-elle pas de savoir raison garder, de faire fi de nos états d’âme excessifs lorsque sont en jeu, ce que l’on a appelé : l’intérêt commun ou l’intérêt supérieur du peuple ?

En fait, quel peut bien être le salut, en dehors d’une justice équitable, gage d’une réconciliation vraie, pour une Côte d’Ivoire défigurée et déchirée par tant de crises à répétition et de guerres fratricides ? Il n’y en n’a – à notre sens – aucun autre.

Et, le « génie de Kpalézo » fait bien et malgré tout de nous le rappeler, avec réalisme d’ailleurs : « Que certains payent et que d’autres soient liberté, c’est injuste ». Puis il poursuit : « Tous les interlocuteurs sont en prison. On ne peut pas se réconcilier », avant de conclure : « Il faut qu’il (Laurent Gbagbo, ndlr) soit libéré, c’est mon avis ».

Une fois de plus, c’est la question d’une justice partiale qui est mis en cause. La justice doit-elle être la cause de la chienlit, de troubles publiques ou de crises armées dans les pays où elle est sensée appliquer le droit ? Ou, doit-elle être au contraire, être source d’espoir, d’apaisement et de réparation pour les victimes ? Or en Côte d’Ivoire, il n’y pas que des victimes dans un seul camp, comme l’on tente de le faire croire. Il n’y pas que les victimes de Gbagbo, comme le prétend avec cynisme, le désormais président à vie du PDCI, l’octogénaire Konan Bédié. Il n’y pas que les victimes de l’autre camp refusent de porter plainte ou de se manifester. Il y a qu’elles sont encore et toujours victimes de la terreur, des intimidations et de la dictature étouffante des nouveaux seigneurs au pouvoir à Abidjan.

Au reste, en Côte d’Ivoire, il ne s’agit pas que d’individus, mais aussi et surtout de l’intérêt de tout un peuple.

Lorsque la CPI et notamment les maîtres du régime actuel, y compris, leurs suiveurs et leurs soutiens étrangers auront, non seulement comprit cela, mais s’y seront attelés, la Côte d’Ivoire ne s’en sortira que grandit, et la cohésion sociale n’en sera que renforcée.

En attendant, ayons la lucidité de saluer le réalisme de Meiway. Cet artiste chanteur qui a su dire haut et fort ce que certains pensent tout bas ; qui a su trouver les mots, là où ses homologues chanteurs Alpha Blondy et Tiken Jah – pour ne citer que ceux-là – naguère bavards contre Gbagbo, se taisent aujourd’hui avec Ouattara. Et, souhaitons-lui bon courage contre  d’éventuelles volées de bois verts dont il sera, sans nul doute l’objet, après cela, de la part des illuminés de la case verte.

Marc Micael

Chroniqueur Politique

marcmicael@yahoo.fr

 

 

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05/07/2013

Les choses ont changé…

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Certains nous avaient prévenus à son sujet : « cet homme a la frime facile ». D’autres n’ont pas voulut y croire. Mais le temps, qui a cette fâcheuse tendance à mettre à nu ce que nous sommes réellement, a fait son œuvre.

Alassane Ouattara aura finit par « étonner » - comme lui-même le dit si bien – mais surtout par convaincre le monde entier et singulièrement les ivoiriens encore lucides, sur sa capacité à créer une nouvelle méthode de gouvernement : « la frime boucantière ». Ou, disons-le tout simplement : la mystification.

Les premiers qui, après avoir bravé leur peur dans un climat de terreur ambiant, entretenu par le régime en place, et à avoir mis sur la place publique cette nouvelle forme de supercherie érigée en programme de gouvernement, furent nos jeunes frères les étudiants. L’université baptisée « Félix Houphouët  Boigny », sensée avoir été rénovée à coups de plusieurs centaines de milliards de nos francs, n’était en fait qu’un canular maquillé par plusieurs mètres cube de peinture.

L’épopée du maitre-mystificateur ne s’arrête pas là. L’une de ses plus grandes mystifications aura été de promettre aux ivoiriens « une pluie de milliards ». Et depuis, les ivoiriens scrutent avec anxiété le ciel, dans l’espoir d’en voir tomber les milliards promis. Malheureusement, en lieu et place, les voilà plongé au cœur d’une des plus sombres et des plus tristes périodes de leur histoire par la faute d’un homme – décrit par ceux qui le connaissent mieux comme : « plus friand du superflu, du cérémonial, du beau décor, du côté martial du pouvoir…que du travail lui-même ».

Après deux ans de règne, Alassane Ouattara ne s’est pas départi de sa fameuse propension à faire des promesses rien que pour émerveiller son auditoire et s’attirer ainsi une sympathie imméritée.

Le voilà donc cette fois dans le district des savanes, manifestement, plus en tournée de campagne présidentielle, qu’en visite d’Etat. Voici l’homme, Alassane Ouattara dans cette région du pays, à promettre monts et merveilles aux populations obnubilés par tout le tapage protocolaire et théâtral. Le voilà à profiter de la simplicité, voire de la naïveté de certains pour s’adonner à ce qu’il sait faire le mieux : la mystification.

Extrait de ses propos : « Je voudrais faire comprendre que les choses ont changé. Et que bientôt, la Côte d’Ivoire sera un pays moderne, un pays émergent. (…) ». A l’en croire, les choses ont donc changé en Côte d’Ivoire. Sous-entendons, depuis qu’il a pris les rênes du pouvoir.

A moins que cela ne soit le fait de l’émotion dû à la présence d’une foule surchauffée à blanc pour l’occasion ou à l’euphorie d'un moment, qui veut-il tromper avec ces paroles ? « Les choses » ont changé ? Quelles choses ? Pourrait-on bien se demander ?

A part les circonstances de son accession à la tête de ce pays, symbolisant le triomphe de la loi du plus brutal au mépris de tout principe démocratique ; une prise du pouvoir qui consacre la culture de la violence et de la terreur ; qui renie les libertés collectives et individuelles à tous ceux qui ne chantent pas la même mélodie que lui ; qui fait la part belle aux seuls membres de son clan, aux nordistes et à ceux qui « mangent » avec lui… Par ailleurs, soulignons que l’ivresse et l’enthousiasme nées de la prise du pouvoir qui ont, au début, données l’impression que les choses étaient en train de bouger, ont fini par laisser apparaître qu’il ne s’agissait en fait que d’un effet d’illusion.

A part cela, qu’est ce qui a bien pu changer de façon significative dans ce pays ? Qu’est ce qui peut bien pousser monsieur Ouattara à faire croire à l’opinion publique, notamment aux ivoiriens, que quelque chose a changé dans leur quotidien, eux qui vivent au jour le jour, les dures réalités de leur pays ?

La Côte d’Ivoire version Ouattara - bien au contraire - est devenue plus que jamais méconnaissable. Et ce ne sont pas les ivoiriens qui diront le contraire, pas plus que les observateurs de la vie socio-politique ivoirienne, qui ne cessent d’interpeller Ouattara et alerter l’opinion publique à travers des rapports plus accablants qu’élogieux à l’égard du régime en place, sur les conséquences de la corruption et du racket qui ont atteint des proportions inquiétantes ; sur les pertes systématiques d’emploi et le taux de chômage grossissant ; sur l’impunité, l’insécurité galopante et les attaques devenues monnaie courantes ; sur les violations massives des droits de l’Homme…

Peut-être, est-ce à tout cela que monsieur Ouattara fait allusion en parlant de choses qui ont changé et de "pays émergent"? Sinon, comment interpréter autrement sa phrase ?

Rappelons que, ceux qui nous avaient prévenus à son sujet, n’avaient pas aussi manqué de dire : «Non, Ouattara n’apportera rien à la Côte d’Ivoire. Juste quelque temps et vous le découvrirez dans toute son incapacité ».

Marc Micael

 

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

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07/06/2013

Ils veulent encore brûler le pays

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« Libérer Gbagbo, c’est brûler la Côte d’Ivoire ». Ce titre, plaqué fièrement à la Une d’un quotidien pro-Ouattara, est si grave de sens, qu’il ne peut pas et ne doit pas passer inaperçu pour tout ivoirien ayant l’amour pour son pays. Ce titre haineux, cette phrase dangereuse, est l’exemple éloquent qu’au-delà de leurs « berceuses » sur la réconciliation nationale, des caciques du régime d’Abidjan, n’ont - en réalité – jamais abandonné leurs habitudes de pyromanes criminels.

Au nombre de ces derniers, on peut citer un certain Soro Alphonse, député de la ouattarandie, proche conseiller de Soro Guillaume et principal instigateur de cette phrase incendiaire.

Le contexte

A peine les juges de la CPI eurent-ils décidé d’un ajournement de l’audience de confirmation/Infirmation des charges contre Laurent Gbagbo, que l’ont constata un véritable émoi dans le camp Ouattara. Ce fut d’abord la surprise générale dans le camp des républicains. Surprise qui, vite fit place à l’inquiétude. Ensuite vint la révolte et enfin l’incitation à brûler le pays, c'est-à-dire, à la haine et au meurtre. Le tout, dans une crise d’hystérie, montée de toute pièce et, au centre delaquelle, des populations appelées « victimes de Gbagbo », sont malheureusement instrumentalisées. Ainsi, on reconnait ici l’éternel reflexe de gens – très souvent - à court d’arguments: l’appel à la violence.

Ce quotidien, complice de cet appel haineux, porte-voix du régime Ouattara, n’est d’ailleurs pas à son premier forfait. Après avoir « divisé » en deux, à sa Une, la carte de la Côte d’Ivoire, il y a quelques années, le voici encore à jeter de l’huile sur le feu. Et ce, au nez et à la barbe du CNP (conseil national de la presse), dont on le parti-pris n’étonne plus personne.

Mais intéressons-nous plutôt à cette crise d’hystérie qui s’empara subitement du camp Ouattara. Car elle est à prendre au sérieux. Mieux, il nous faut la décrypter, afin de pouvoir – le moment venu – dire au peuple ivoirien, sans risque de se tromper, qui sont ceux qui ont intérêt à mettre la Côte d’Ivoire à feu et à sang. Il nous faut nous interroger, afin de savoir pourquoi une décision de justice équivaudrait à brûler un pays, surtout de la part de gens qui soutenaient pourtant sur tous les toits qu’ « il ne pouvait y avoir de réconciliation sans justice préalable ».

Quand tombent les masques…

Qui n’a jamais entendu l’ennuyeux refrain : « les ivoiriens se réconcilient » ? Ou en encore : « la réconciliation est en marche en Côte d’Ivoire » ? Or, comment se fait-il que ce qui est dit, tranche nettement avec ce qui est fait ? Qu’en est-il donc réellement ?

Il se trouve que, pour faire croire qu’il faisait de la réconciliation sa priorité, Alassane Ouattara mit en place la CDVR ( commission dialogue vérité et réconciliation), avec à sa tête monsieur Konan Banny. Mais dès qu’il prit vent de ce que ce dernier avait des ambitions politiques inavouées et donc qu’il pourrait être pour lui, un potentiel adversaire à la course au pouvoir, il le court-circuita par la création d’une CDVR bis : le PNCS (programme national de cohésion social), piloté par, Madame Mariatou Koné. Quelle leçon peut-on en tirer ? Sinon que les ambitions personnelles l’ont emporté sur un projet qui devrait servir la communauté ? Et donc qu’ici, la réconciliation n’était pas – en fait - le mobile recherché ?

Mais, allons plus loin avec cette belle profession de foi de Kablan Duncan, premier ministre : «(…) la réconciliation n’est pas une option, mais une obligation de bon sens. Et le gouvernement est résolu, avec détermination et engagement, à y consacrer l’énergie qu’il faut ».

Contrairement à ces propos, certains observateurs, très au fait de la situation en Côte d’Ivoire, depuis l’arrivée au pouvoir de Ouattara, n’ont cessé de prévenir qu’il faille : « Transformer les discours en réalité », car « la Côte d’Ivoire est loin d’être apaisée » et que la réconciliation est « au point mort ». Mais Alassane Ouattara et son camp - que cette évidence irrite ostensiblement - n’ont jamais voulu l’admettre. Niant  - au passage – tout en bloc et se faisant passer pour les prophètes illuminés de la réconciliation.

Mais alors comment se fait-il que les masques tombent soudainement dès lors qu’il s’agit de libérer Laurent Gbagbo au point de vouloir brûler le pays ? Comment expliquer cette perte de sang froid de la part de nos nouvelles autorités alors qu’il ne s’agit-là que de rendre une décision de justice ?

En fait, pour la classe politique actuellement au pouvoir, l’adage ne fait que se confirmer : « chassez le naturel, il revient au galop ».

La nouvelle de l’ajournement de l’audience de confirmation / infirmation de Laurent Gbagbo et la perspective de la libération de ce dernier, ont bien eu raison de l’apparente sérénité du régime d’Abidjan. Cette nouvelle a eu le mérite de révéler sur la place publique, la fébrilité d’un régime qui, sentant le danger s’approcher, voit sa tendance naturelle ressurgir : recourir à ce qu’il sait faire le mieux. C'est-à-dire, l’incitation à la violence, verbale et physique.

On peut donc le répéter : avec cette annonce de la CPI, les masques sont lourdement tombés. Confirmant du coup, les soupçons des uns et des autres: à savoir, qu’à la moindre occasion, le régime en place relèguerait son hymne à la réconciliation aux calendes grecques pour brûler le pays.

Aujourd’hui, le pyromane Soro Alphonse, et les services du quotidien abusivement autoproclamé « Le Patriote », sont à la tâche, guettant avec fébrilité, une éventuelle libération de Laurent Gbagbo.

En somme, on comprend à mieux présent que ces gens, aujourd’hui aux affaires, n’ont jamais voulus d’une réconciliation sincère. Car ils cherchent plutôt à…

Confisquer le pouvoir et le consolider par tous les moyens

« Notre survie dépend de sa (Alassane Ouattara, ndlr) réélection », déclarait – il y a peu - Soro Guillaume.

Alors petite Question de bon sens: que ne ferait pas un homme pour survivre surtout lorsqu’il sent sa condition – pratiquement – désespérée ?

Et bien, il pourrait utiliser tous les moyens à sa disposition, surtout si – comme le dit si bien Soro - sa vie en dépend.

En en mettant en ordre de bataille, par de tels propos, ceux de son camp, Soro Guillaume ne fait rien d’autre qu’appeler à la confiscation du pouvoir, dans un contexte où chacun peut se rendre à l’évidence que son mentor, Alassane Ouattara, n’a réussi qu’à diviser et exacerber les différences entre ivoiriens. Dans ce contexte d’agitation dû à la décision des juges de la CPI qui pourrait se solder par la libération de Laurent Gbagbo, l’adversaire le plus farouche et le plus craint d’Alassane Ouattara, Soro Guillaume ne fait que jouer sa partition. Appeler à la perpétuation de ce qui – jusqu’ici – maintient son mentor au pouvoir : la poursuite de la mise en œuvre du plan machiavélique dont les deux mamelles nourricières ne sont autre que la justice sélective avec son corolaire de représailles contre les proches de Gbagbo et l’apologie de l’impunité totale accordée aux meurtriers au sein du camp Ouattara.

Une triste situation que l’ex-patron de l’Onuci, après 18 mois passées en Côte d’Ivoire et en partance pour le Mali, n’a pas manqué relever et d’exprimer au nombre de ses regrets. Il s’est dit préoccupé par « la lenteur des enquêtes » et qu’il regrette qu’ « aucune fouille des fosses communes (du massacre du camp de Nahibly-Duékoué, par les FRCI et les dozos fidèles à Ouattara, ndlr) signalées par les témoins, n’ait été programmées ». Une façon de rappeler aux autorités au pouvoir et à l’opinion publique que la justice en Côte n’a jamais été équitable depuis le changement de régime par les bombes françaises.

Ainsi, si l’on s’en tient au propos de Soro Guillaume selon lesquels de la réélection de Ouattara dépend la survie des partisans de leur camp, cela signifie que ce cynique plan, « nettoyer » tout sur leur chemin, afin d’espérer régner tranquillement ou à défaut, brûler la Côte d’Ivoire toute entière comme ils l’ont fait en 2002 et en 2011,  a encore de beaux jours devant lui.

Au final, on peut retenir qu’en réalité, il importe peu au régime en place de réconcilier les ivoiriens. Seuls comptent pour lui la logique de la confiscation du pouvoir et sa consolidation par tous les moyens. Un projet qui - on le devine aisément - ne peut être du goût de tout le monde.

Dès lors, Alassane Ouattara et son camp – à moins qu’ils ne se ressaisissent maintenant - ne peuvent être que les seuls tenus pour responsables de ce qui pourrait advenir à ce pays. Eux et seuls, seront les coupables de ce qui pourrait - une fois de plus - mettre la Côte d’Ivoire à feu et à sang.

Marc Micael

marcmicael@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19:09 Publié dans La Riposte | Lien permanent | Commentaires (0)

12/04/2013

11 avril 2011, les ivoiriens n’ont pas capitulé

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Le 11 avril, Laurent Gbagbo est arrêté. La guerre prend officiellement fin en Côte d’Ivoire.

Peut-on, à partir de cette date, parler d’une capitulation des forces de défense et de sécurité (FDS), devant la puissance de feu de l’armée française ? Ou, peut-on encore dire qu’à cette date, les ivoiriens qui revendiquaient haut et fort leur souveraineté et leur soif de liberté, ont fini par abdiquer devant le déluge de feu gaulois ?

Non, car répondre par l’affirmative reviendrait à dire que malgré leur nombre, les armes dont ils disposaient et l’obligation qui leur commandait de défendre la patrie au prix de leur vie, les FDS auraient décidé de se conduire en soldats indignes. Cela reviendrait aussi à dire que – du côté des civils - les ivoiriens auraient renoncé à leur amour-propre, pour se vautrer dans la boue du déshonneur.

Si donc, cette impression de léthargie, n’est pas de la capitulation, alors comment l’interpréter ?

Entre passion et raison

Il s’agit d’abord d’un choix. Le choix de la raison sur la passion. La passion, tout comme la colère est mauvaise conseillère. Cela est prouvé. Car qui aurait pu imaginer les conséquences d’une guerre totale, au de-là même de celles que nous connaissons aujourd’hui ? Qui aurait pu prévoir où une guerre sans merci aurait mené ce pays, si les passions avaient pris le dessus sur la raison ?

Si les passions l’avaient emporté sur la raison, les forces de défense et de sécurité, appuyées par les civils auraient combattus jusqu’au dernier. Les dégâts causés par les armes dans une guerre interminable, seraient inimaginables et longtemps préjudiciables pour ce pays.

Il fallait préserver ce pays, épargner des vies, celle des enfants. Même si – à première vue - cela est douloureux. Il fallait faire comme l’une des femmes parties solliciter l’arbitrage du Roi Salomon, à propos d’un bébé.

Devant la détermination des deux femmes, comment savoir celle à qui appartenait réellement le bébé ? Pour éprouver les deux femmes, Salomon ordonna qu’on coupe l’enfant en deux à l’aide d’un sabre, afin que chacune reparte avec une partie du bébé. L’une d’elle, choisit d’abandonner l’enfant à l’autre, pour éviter la mort certaine à l’enfant. Ce qui prouva qu’elle était indéniablement la véritable mère du bébé.

Parce que la Côte d’Ivoire appartient aux ivoiriens, ils ont fait le choix de la raison et de la sagesse face aux mercenaires qui eux, n’avaient rien à perdre.

Ce n’est donc pas de la faiblesse, ni de l’impuissance, encore moins de la résignation. Mais la raison qui commande de taire les passions pour préserver l’essentiel, si maigre soit-il. Car quel héritage auraient-ils laissés à leurs descendants s’ils avaient fait le choix du jusqu’auboutisme ?

L’instinct de survie

Ils n’ont pas été vaincus. Ils n’ont pas capitulé. Mais ils ont fait le choix de la raison. Certes, il n’y a pas que ce choix.

Ils ont aussi décidé de ne pas sacrifier inutilement leurs vies en laissant ainsi la place libre à leurs adversaires. Ce serait trop facile ! Ils ont décidé de ne pas leur faire ce plaisir. Ils ont choisi de vivre pour lutter, au lieu de mourir et tout perdre.

Dans « Racines », film-documentaire sur l’esclave des noirs. Un esclave conseillait à son frère de se nourrir. En effet ce dernier refusait de s’alimenter sous prétexte qu’il s’agissait de la nourriture de « l’homme blanc ». Mais son frère insista, le pressant de se nourrir, de prendre des forces et de rester en vie, malgré tout. Afin que le moment venu, ils puissent utiliser ces forces pour combattre « l’homme blanc » et s’affranchir.

Les ivoiriens ont aussi suivi ce principe de survie. Un principe qui commande que l’on s’adapte aux temps et aux circonstances, pourvu que l’on reste en vie.

En donnant l’impression d’avoir été réduits à néant, ont-ils pour autant renoncé à leur amour-propre, pour se vautrer dans la boue du déshonneur?

Absolument pas. Ils ont choisi de méditer sur leur sort, de tirer les leçons du drame qu’ils ont subi, pour ne plus commettre les erreurs hier. Ils ont choisi – dans ce moment de patience à toute épreuve - de prendre des forces et le moment venu de triompher sans aucune bavure.

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr

 

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