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03/01/2014

2014 : FRANCHIRONS-NOUS LE RUBICON ?


60664_1.jpgQu’il nous soit permis, avant tout propos, chers lecteurs, de vous souhaiter la traditionnelle : « 
Bonne et Heureuse Année 2014 ». Et, la paix en Côte d’Ivoire !

Certes, nos frères et sœurs de la Centrafrique, eux n’auront pas connu une entrée paisible dans cette nouvelle année. Hélas. La Centrafrique est à feu et à sang. Encore des noirs qui se tirent dessus ou, qui se découpent à la machette. Chrétiens contre Musulmans. Anti-balaka contre Seleka. Nous rapporte-t-on. Escalade des atrocités. Des milliers de morts. Des milliers de réfugiés fuyant les affrontements. Situation sanitaire alarmante… Encore notre Afrique, au cœur d’un spectacle désolant. Pauvre Afrique ! Jusqu’à quand tes enfants continueront-ils de se conduire de la sorte ? Pires que des bêtes sauvages ?

Ce triste spectacle n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce que nous avons aussi vécu. Ici, chez nous en Côte d’Ivoire. En 2011. Nous entamions alors, la plus grave et la plus sanglante crise de notre histoire : un changement brutal de régime politique.

Dès lors, les peurs et les douleurs de toutes ces populations civiles, de tous ces centrafricains, fuyant pour leurs vies, sont aussi les nôtres. Nous ne pouvons que compatir à leur tragédie. Dieu leur vienne en aide !

Cependant, pouvons-nous, sereinement soutenir - ne serait-ce que moralement - ces frères et sœurs centrafricains, si nous-mêmes, ivoiriens, n’avons pas encore trouvé le chemin qui nous sortira définitivement de notre drame collectif ? Pouvons-nous résolument, nous préoccuper du feu qui dévore la case du voisin, tant que n’avons pas éteint le feu qui consume notre propre pays? Et nous savons tous - ivoiriens attentifs à la situation socio-politique du pays - que la Côte d’Ivoire est loin d’être sortie de l’auberge. Le cas de la Centrafrique devrait nous servir de prétexte – une fois de plus - pour nous interroger sur notre propre sort, à l’orée de ce nouvel an 2014.

Sommes-nous prêts à sortir du cycle de violences qui perdure depuis plusieurs années ? 

Comme le veut la tradition, le nouvel an est l’occasion pour les hommes de se souhaiter leurs meilleurs vœux. Au-delà de ce que chacun de nous peut espérer ou souhaiter pour lui et pour ses proches, il y a la Côte d’Ivoire. Cette terre de nos ancêtres. Ce pays qui a fait de nous ce que nous sommes : des citoyens appartenant à une nation fière et digne, comme le stipule notre hymne national. La Côte d’Ivoire, ce pays auquel nous sommes si attachés, ce pays que nous aimons tant. Au point où, s’il est piétiné ou vilipendé, nous souffrons avec lui, avant de nous révolter et finalement, sentir le besoin de le défendre, fut-il, au prix de notre vie. Eh oui. Il n’y a pas que les corps habillés qui sont destinés à mourir pour le pays. Les civils aussi sont appelés à faire preuve de leur patriotisme.

Ainsi, avant tout, il y a le pays, la Côte d’Ivoire, sans laquelle nos rêves, nos espoirs ne resteraient que des rêves et des espoirs. Rien de plus. Dès lors, le vœu le plus cher pour tout ivoirien, reste la paix pour son pays, après ce qu’il a vécu en 2011. Heureusement – et loin de nous tout cynisme – la plupart des ivoiriens ont pu toucher de doigt – comme en ce moment en Centrafrique - les réalités d’une guerre. Même ceux qui caressent le secret espoir d’en finir par le bas ou la petite porte, ne peuvent la concevoir qu’au terme d’une guerre éclaire. Hélas, ils se trompent. Comme François Holland qui fut pris au piège. Le président français qui promettait, il y a quelques jours devant les médias que l’intervention de l’armée française, baptisée « opération Sangaris » en Centrafrique, n’était pas prévue pour durer, a dû revoir sa copie. « Le discours officiel sur la durée de l’intervention évolue et se mue en : six mois à un an ». Nous rapporte la presse française. Moralité : la guerre, on sait quand elle commence, mais personne ne sait quand est-ce qu’elle finira.

On ne peut donc que formuler des vœux de paix, rien que la paix pour la Côte d’Ivoire. En espérant que le reste suivra. Surtout en œuvrant d’arrache-pied pour que cela se concrétise dans les faits. Pour ce faire, nous devons nécessairement répondre à la question suivante : comment en sommes-nous arrivés là ? Sans doute, le refus de nous conformer aux lois que nous nous sommes librement imposées ; la faiblesse de céder trop facilement à l’appel de la haine et des passions qui – très souvent - l’emportent sur notre raison. Peut-on répondre.

Mais il y a une autre question. Bien plus préoccupante encore que la première. Celle qui devrait donner à tous, des raisons d’avoir des sueurs froides: Quels risques coure un pays à peine sorti d’une tragédie soldée par un bain de sang aussi effroyable, quand le nouveau régime en place demeure complice et complaisant des violations graves des droits de l’homme dont se rendent coupables des milices tribales, des seigneurs de guerre et leurs bandes armées qui ont soutenu son arrivée au pouvoir ; que peut-on espérer d’un pays dans lequel les richesses sont accaparés par un clan ethnique et religieux, qui fait à lui seul la pluie et le beau temps, pendant que plus de la moitié de la population est animalisée, en exil ou en prison ?

Pensons-y en cette nouvelle année 2014. Avant qu’il ne soit trop tard. Cherchons – sans relâche - des solutions. Asseyons-nous et discutons. C’est à ce prix et à seul prix que nous pourrons espérer ne jamais traverser le Rubicon, c’est dire, aller au-delà de ce qui est permis ; s’engager sans possibilité de retour.

Pour la petite histoire, le Rubicon est une Rivière du Nord de l'Italie qui servit de frontière entre la Rome impériale et la Gaule cisalpine. Aucun général n'avait l'autorisation de le franchir avec une armée; ce que fit pourtant Jules César en s'écriant "Alea jacta est" ("le sort en est jeté").

 

 Marc Micael

25/12/2013

PAUVRE PENDA !

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Said Penda. C’est le nom du réalisateur du triste film-documentaire, pompeusement titré: «Laurent Gbagbo:despote ou anticolonialiste… le verbe et le sang».  C’est un journaliste de nationalité camerounaise, comme le sont aussi Théophile Kouamouo (Fondateur du quotidien bleu, « Le Nouveau Courrier ») ou encore Charles Onana (auteur de l’œuvre : « Côte d’Ivoire le coup d’Etat »).

Encore un camerounais qui vient se jeter à corps perdu dans la mare de la crise socio-politique en Côte d’Ivoire, nous nous sommes dit. Sauf que, contrairement à ses concitoyens, il entend prendre le contre-pied du complot occidental contre la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo. Sa réalisation, comme l’indique le périodique français « La Lettre du Continent », dans sa parution N° 670 du 13 novembre 2013, est un véritable «documentaire à charge» contre Laurent Gbagbo, actuellement incarcéré à la CPI. Said Penda vient donc s’ajouter – pour ainsi dire - à la longue liste des ennemis de Laurent Gbagbo et sur laquelle figurent déjà Alassane Ouattara et ses partisans, la France néocolonialiste et ses alliés, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda… Bref, tous ceux qui, tant bien que mal, manœuvrent pour que Laurent Gbagbo passe le restant de ses jours, derrière les barreaux.

Peut-être s’agit-il pour ce réalisateur, de donner son point de vue sur l’homme, Laurent Gbagbo. C’est son droit et nous respectons ce droit. A la question : qu’est ce qui l’a poussé à s’intéresser à la vie de Laurent Gbagbo ? Said Penda répond invariablement : c’est parce que très peu de personnes connaissent en réalité Laurent Gbagbo ». Lui-même, avoue le connaitre « plus ou moins bien ». Mais dit avoir donné la parole – comme on peut le voir dans la bande annonce du film - à des personnes qui ont côtoyées ce dernier. D’ailleurs pourquoi Said Penda ne tenterait-il pas de surfer sur la popularité de Laurent Gbagbo, histoire de sortir quelque peu de l’anonymat et de se faire, au passage, un peu de sous ? C’est en tout cas - à première vue - plausible.

Jusqu’ici, rien de sérieux. Mais là où, nous nous sommes sentis interpellés, c’est quand le nommé Said Penda présente son œuvre comme « une vérité irréfutable » ; et lorsque, dans la même foulée, il s’autoproclame « crédible », sous prétexte d’avoir « travaillé presque deux décennies » à la BBC, une chaine de radio qu’il présente comme « crédible » pour s’être toujours - selon ses dires - « basée sur les faits ». Ce qui nous a poussés à nous intéresser de près à cet obscur réalisateur qui prétend détenir « la vérité » sur Laurent Gbagbo et qui, pour des besoins publicitaires, arpente en ce moment, plateaux de télé et de radios.

D’abord, sur la radio BBC et la chaine de télé Africa 24, Said Penda utilise un ton mesuré. Il se veut dans le rôle du journaliste impartial et objectif. Lorsque le journaliste Jean-Célestin Edjangué de Africa 24 lui demande son avis sur la question soulevée par le titre de son documentaire, à savoir si pour lui, Gbagbo est  un panafricaniste ou un despote, il déclare: « (…) Ce n’est pas mon rôle à moi, en tant que journaliste-investigateur de répondre à cette question. Mais cette question a été répondue par des personnes qui l’ont très bien connues (…)». Mais ensuite, une fois, sur le plateau de la radio Africa N°1, au cours de l’émission « Le grand débat » présentée par un certain Francis Laloupo, dont l’hostilité à l’égard Laurent Gbagbo, n’est plus à démontrer, Said Penda, en compagnie du journaliste-barbouze français Jean-Pau Ney, laisse tomber son masque : « Je pense que Laurent Gbagbo, c’était en réalité, un illusionniste, et un prestidigitateur. Honnêtement. Tout ce qu’on avait l’impression de voir était faux ». Puis, après avoir dépeint Laurent Gbagbo comme un faux anticolonialiste, il poursuit : « Ce que j’aimerais dire à tous les compatriotes africains, c’est qu’il faut sortir de l’anticolonialisme dogmatique». Vous avez bien lu. Il reprend ici à son compte, ce qu’il appelle l’«anticolonialisme dogmatique», ce concept boiteux, qui n’est autre que celui prôné par un certain Franklin Nyamsi. Lui aussi camerounais, idéologue et rédacteur connu des discours de l’ex-chef de la rébellion Soro Guillaume, mais aussi  et surtout défenseur indéfectible du régime d’Alassane Ouattara. Enfin, plus rien n’arrête Said Penda. Il se déchaîne. Allant jusqu’à comparer Gbagbo à Hitler, le chef nazi. Arguant que bien que ce dernier ait été très populaire, il «était quelqu’un de mauvais et de monstrueux ». Transporté, il distille son venin: « Laurent Gbagbo nous a entrainé dans son piège. (…) Tous les partisans de Laurent Gbagbo me font pitié. En réalité, les partisans de Laurent Gbagbo comptent parmi ses premières victimes. Parce que c’est à eux qu’il a menti. C’est eux qu’il a trompé».

Que penser vis-à-vis de tels propos qui, visiblement transpirent la haine contre Laurent Gbagbo ? Que dire face à ce qui s’avère être, sans conteste, une grave insulte à l’intelligence de tous ceux qui ont soutenu et  qui continuent de soutenir Laurent Gbagbo ? Mais aussi et surtout un refus d’admettre qu’entre l’époque d’Hitler et ce 21ème siècle, l’humanité a réalisé des progrès significatifs en matière de changements de mentalités et des Droits de l’Homme? Quel est finalement, le véritable mobile de cet individu, Said Penda ?

Said Penda, auteur du film-documentaire, sorti en octobre dernier : « Laurent Gbagbo, despote ou anticolonialiste… le verbe et le sang », aurait pu simplement intituler son film-documentaire : « Laurent Gbagbo, le despote sanguinaire » (car c’est en réalité, ce qu’il n’a pas eu le courage de faire), que cela n’aurait étonné personne. Mais qu’en piètre réalisateur, il puisse se cacher derrière des paravents franchement contestables, pour finalement laisser tomber le masque, est tout à fait pitoyable.

Certes, nous n’allons pas le suivre dans ses agitations. Mais sans hystérie aucune, interrogeons-nous: Said Penda n’aurait-il pu pas aller jusqu’au bout de ce qu’il avance comme « faits » ou « vérité irréfutable » ? Pourquoi s’est-il volontairement et visiblement imposé des limites à ne pas franchir sur  le cas Laurent Gbagbo ?

D’entrée de jeu, Said Penda lui-même reconnait : «Laurent Gbagbo est très populaire au Cameroun (…) Pour nous journalistes africains qui avions suivis le parcours de Laurent Gbagbo dans l’opposition, il était une sorte de modèle (…) Laurent Gbagbo était pour  nous à l’époque, le genre de président que nous rêvions pour chacun de nos pays  (…) s’était pour nous un espoir énorme de voir Laurent Gbagbo arriver au pouvoir ». Alors, à quel moment Laurent Gbagbo serait-il devenu le « despote sanguinaire » que tente de nous démontrer Penda ? Allons au-delà de ses allégations. Il faut que Laurent Gbagbo soit replacé dans son véritable contexte.

L’an 2000. Laurent Gbagbo arrive au pouvoir avec un ambitieux programme de société qui dérangeait certainement certains. En 2002, en à peine deux ans d’exercice du pouvoir, il est victime d’un coup d’Etat manqué. Par pour le reste de sa présence au pouvoir, soit en 8 ans, il sera confronté à une rébellion armée qui occupe de fait et régente toute la partie nord de la Côte d’Ivoire. Volonté de l’empêcher de mettre en œuvre son ambitieux programme de société pour la Côte d’Ivoire ? Désir de mettre fin à une supposée  exclusion dont seraient victimes les ressortissants du nord? Toujours est-il qu’il fit face à une rébellion armée, dans une Côte d’Ivoire qui continue de susciter des convoitises de la part des puissances occidentales. Il affiche clairement son intransigeance à céder sans discernement à ce qui s’avère être le système « françafrique ». Un général français, Renaud de Malaussene, adjoint du général Poncet, à l’époque à la tête de la force Licorne, revèle au sujet de l’intervention française en Côte d’Ivoire en 2004, qu’il s’agissait « d’un projet politique qui visait à mettre Ouattara en place et dégommer Gbagbo », puis il ajoute: « La mouvance Gbagbo est tombée dans un piège ». 

On se demande : comment et pourquoi Gbagbo dérangeait-il, à ce qui semble, les intérêts français au point d’être dans le viseur de l’armée française ? Qui est en réalité le soutien et le véritable financier de la rébellion armée survenue en 2002 ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que la Côte d’Ivoire, n’est pas un cas isolé. Elle fait partie des victimes d’un vaste programme entrepris par les puissances occidentales dans le but de remodeler le monde en fonction de la nouvelle guerre économique mondiale, comme nous le revèle, une fois de plus les médias russes. Il consiste, pour les puissances occidentales telles que la France, de s’assurer le contrôle des ressources naturelles des pays faibles, et s’il le faut, pour ce faire, déstabiliser les régimes jugés trop récalcitrants et dont les chefs d’Etat n’ont d’autre choix que d’obtempérer au risque de se voir exposer à des rebellions. Des rebellions qui trouvent « miraculeusement » les financements nécessaires. Laurent Gbagbo, tout comme ses paires que sont Patrice Lumumba ou encore Thomas Sankara, s’est malheureusement retrouvé au centre de cette guerre à l’issue de laquelle, il a été défait militairement. Au cours de son mandat, il s’est longtemps battu contre toutes sortes de tentatives de déstabilisation de son régime et de son pays. Est-ce pour avoir lutté contre tout cela qu’il est aujourd’hui mis au banc des accusés et traité par des individus comme Said Penda, de despote ? Sans doute.

Ce qu’il ne faut surtout pas enfin négliger, c’est rôle et la puissance des médias. Les médias habilement manipulés, sont capables, en l’espace d’un instant, d’avilir l’image d’une personnalité ou d’en faire un héros. Les médias servent aujourd’hui d’armes de destruction massives aux mains de ceux qui ont les moyens les mettre en œuvre et de les manipuler à leur guise. C’est ce que certains observateurs ont appelés la « médiacratie ». C’est un pouvoir où les médias nous imposent ce qu’ils veulent et qui  ne vont pas jusqu’au bout de qu’ils nous montrent ou nous disent. La BBC, radio sous la couverture de laquelle se cache aujourd’hui Said Penda, échappe-t-elle à cette règle ? Pas du tout.

Cela, Said Penda le sait pertinemment. Et, c’est de cette arme qu’il use à travers son film documentaire à charge contre Laurent Gbagbo, au point de prendre, tous ceux qui soutiennent ce dernier, pour des idiots.

De ce qui précède, l’on comprend et l’on saisit enfin et mieux les motivations du sieur Penda. Pas besoin alors de perdre son temps à vouloir regarder ce ramassis de montages soigneusement ficelés, appelé film-documentaire, dans le seul but d’enfoncer d’avantage Laurent Gbagbo, vue sa trame viscéralement haineuse et propagandiste à souhait. Même pour Dame Fatou Bensouda, désespérément à la recherche de preuves contre  Laurent Gbagbo, il ne servirait absolument à rien. Encore moins pour la Côte d’Ivoire, en quête d’unité et de réconciliation.

Pauvre Penda, qui s’est donné tant de peine (12 mois de tournage et 108 millions) pour finalement parvenir au résultat contraire : Laurent Gbagbo demeure et demeurera le héros contemporain de la lutte contre l’asservissement de l’Afrique.

 

 

13/10/2013

LIBERATION DE GBAGBO, DE QUOI ONT-ILS PEUR ?

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A l’audience du 9 octobre dernier, tenue à la Haye, siège le la CPI, s’agissait-il de libérer Laurent Gbagbo ou non ? En tout cas, il ne s’agissait ni de l’un, ni de l’autre. Pourtant, la rumeur a circulé. Et même bien circulé. A qui la faute ? A la presse pour son laxisme, aux populations, pour avoir trop vite cédé à l’émotion?

En effet, il ne s’agissait nullement de la libération de Laurent Gbagbo. La juge unique, Silvia de Gurmendi, l’a encore précisé dès l’entame de l’audience. Il s’agissait d’entendre les arguments des deux parties (Accusation et Défense), conformément à la règle 118-3 des textes régissant la CPI. Sans plus. Pourtant, des ivoiriens y ont cru. Jusqu’au bout. Au point de se laisser aller à la rumeur : « Gbagbo a été libéré ! ». Effets immédiats : explosions de joie, scènes de liesses dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, nous a-t-on rapporté…

Il n’en fallait pas plus pour que la presse pro-Ouattara en fasse ses choux gras. « Rumeurs de libération de l’ex-dictateur (…), les pro-Gbagbo ont dansé pour rien », titre, sur un ton sarcastique, le principal canard ouattarien. Sa une du lendemain se veut plus impérieuse : « Annonces intempestives de la libération de Gbagbo, militants du FPI, ouvrez les yeux. Affi et ses hommes vous manipulent trop ». D’autres quotidiens, ne jurant que par Alassane Ouattara et le RDR, ont cru voir dans la quasi-certitude des dirigeants du FPI, quant à la libération prochaine de Laurent Gbagbo, les risques qu’ils feraient courir à leurs propres militants. Les analystes de ces quotidiens, se sont d’abord demandés, si déclarer aux militants « avec une certitude quasi inébranlable que Laurent Gbagbo sera libéré », ne relevait pas de la « manipulation, de la surenchère politique » ou n’avait pas pour but de mettre la « pression sur la CPI et les dirigeants ivoiriens ». Puis ils ont conclu, en affirmant - sans dire comment – que : « jouer à fond avec les nerfs des militants (…) risque d’être contre-productif, si Gbagbo ne venait pas à être libéré ».

A première vue, on s’interroge. De quoi se mêlent les thuriféraires d’Alassane Ouattara ? Sont-ils déjà las de cirer les bottes à leur mentor ? Si tant il est vrai que les dirigeants du FPI « manipulent » ou « arnaquent » leurs militants, à propos de la libération de Laurent Gbagbo, n’est-ce pas tout à l’avantage d’Alassane Ouattara, celui dont ces journaux défendent l’image ? Si, dans les rêves les plus fous, des suiveurs d’Alassane Ouattara, les militants du FPI se rendaient compte au final, qu’ils ont été floués, n’est-ce pas du FPI et de Laurent Gbagbo que ces ivoiriens se détourneront, et ce, peut-être, au bénéfice d’Alassane Ouattara ? Malheureusement, pour eux, cela reste du domaine de la fantasmagorie.

Mais alors, comment interpréter cette débauche d’énegie des suiveurs d’Alassane Ouattara, dans une affaire où ils ne cessent de prédire de gros risques pour leurs adversaires politiques ? Que cachent en réalité, toutes leurs agitations autour d’une libération dont eux-mêmes jurent qu’elle ne se fera jamais ?

En fait, ils ont, tout simplement, peur. A travers leurs gesticulations, il faut aussi voir leurs inquiétudes. N’est-ce pas ces mêmes qui avaient, dès le début, crié sous tous les toits, que le FPI était « mort », et que Laurent Gbagbo était « fini » ? Or, il s’avère qu’après le 11 avril, date à laquelle ils prononcèrent la messe de requiem du FPI et son leader emblématique Laurent Gbagbo, les choses n’ont pas évolué dans le sens qu’ils ont souhaité. Le FPI n’est pas mort. Des milliers d’ivoiriens continuent de sortir en masse pour démontrer leur attachement à ce parti. Les tournées d’Affi N’guessan en témoignent. Laurent Gbagbo n’est pas fini. Il continue de bénéficier du soutien des millions d’ivoiriens. Les jubilations d’avant-heure, occasionnées, ça et là, par la rumeur, en témoignent. Mieux, à présent qu’il est injustement incarcéré à la CPI, pour s’être soumis à la Constitution de son pays, ces ivoiriens se sentent, tout aussi victimes d’une insupportable injustice. Ils se sentent, de plus en plus humiliés par une justice sélective, imposée par Alassane Ouattara.

Si donc les ivoiriens continuent de soutenir Laurent Gbagbo et d’appeler de tous leurs vœux, sa libération, en dépit du titre « d’affreux dictateur » dont il est grossièrement affabulé, c’est en effet parce qu’ils n’accordent aucun crédit à ces diffamateurs du dimanche et à leurs soutiens de la secte internationale. C’est de cette réalité qu’on peur tous ceux qui s’agitent fiévreusement autour de la libération de Laurent Gbagbo. Ils ont peur d’être rattrapés par leur imposture ; peur qu’en fin de compte, les ivoiriens, encore plus galvanisés par la libération de Laurent Gbagbo, ne les rejettent pour de bon, car ayant comprit que depuis le début, les bombes françaises n’ont servi en réalité, qu’à détruire la vérité des urnes ; elles n’ont eu d’autre objectif que d’anéantir la démocratie et de frustrer la soif ardente de liberté des ivoiriens, pour imposer un régime qui incarne mieux les intérêts obscurs de ses commanditaires. Voici ce qui, depuis le 11 avril, constitue le mal dont souffre la Côte d’Ivoire actuelle. Voici ce qui contribue à exacerber une tension généralisée dans le pays. C’est certainement pour avoir compris cette vérité incontournable que Koffi Annan a émis le vœu de voir Laurent Gbagbo revenir dans son pays pour participer au processus de réconciliation nationale. Voilà tout le sens d’une libération, au demeurant, salutaire pour la Côte d’Ivoire. Si cela constitue une peur bleue pour certains, et bien, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

 

 Marc Micael

marcmicael@gmail.com 

02/10/2013

ETATS GÉNÉRAUX DE LA RÉPUBLIQUE, POURQUOI OUATTARA LE RDR ONT PEUR

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Qu’est ce que « les états généraux de la république » ? Pour le FPI, concepteur de ce terme, il s’agit d’un : « débat large, inclusif, franc et sincère sur toutes les questions qui divisent les ivoiriens depuis plusieurs années, qui constituent les causes de la crise ivoirienne et dont la résolution permettra de fonder un nouveau consensus national pour la paix, la stabilité, l’unité et la réconciliation nationale ».

Mais pour les partisans du RDR, parti au pouvoir, « les états généraux de la république », c’est tout, sauf ce qu’en disent ses concepteurs. A leurs yeux, il s’agit plutôt d’une « proposition farfelue pour plomber le travail du président (Alassane Ouattara, ndlr) », ou encore, d’une tentative du FPI visant à « perdre le temps » à leur mentor. Aussi, la sentence du RDR, se veut-elle sans appel : « Le RDR ne s’inscrira jamais dans un tel projet ». Dixit Amadou Soumahoro, secrétaire général de ce parti. Et Joël N’guessan, porte-parole dudit parti de d'enfoncer le clou: « La Côte d’Ivoire n’a pas encore besoin d’un second forum » (allusion faite au « Forum national de la réconciliation », le premier qu’a connu ce pays en 2001).

Une fois de plus, au-delà de la polémique autour de ces « états généraux de la république » proposés par le FPI, principal parti d’opposition, c’est la problématique de la crise ivoirienne, elle-même, qui est posée. Comment et pourquoi la Côte d’Ivoire, naguère paisible ; comment ce pays, qu’on appelait « la perle de l’Afrique », s’est-il, du jour au lendemain, transformé en une terre rongée par la guerre civile ; comment s’est-il vu déchiré par une crise si profonde ? Philipe Duval, journaliste français, spécialiste de l’Afrique, décrit la tragédie ivoirienne: « La crise poste a gravement traumatisé les ivoiriens qui n’avaient jamais connu la guerre. L’irruption de combattants étrangers (français, ouest-africains, dozos) dans le conflit a profondément déséquilibré une communauté d’une soixantaine d’ethnies qui avaient réussi à trouver communauté un modus vivendi, (…). Puis il conclut : « Le traumatisme est sans doute aussi profond que celui provoqué par la conquête coloniale et il faudra des années pour le guérir ».  Si Philipe Duval, qui lui, n’est qu’un observateur étranger de la crise, trouve des mots justes pour la décrire, c’est que la crise ivoirienne n’est plus une tragédie dont on peut cacher les effets.

Certes, il faudra des années, mais il faudra surtout trouver la meilleure thérapie pour guérir ce pays. Jusqu’ici, les actions initiées, sous l’égide du régime en place, n’ont fait que buter sur des désaccords et ou, montrer leurs limites et insuffisances. Pour preuve, ni la commission dialogue vérité et réconciliation (CDVR), ni le cadre permanent de dialogue (CPD), encore moins le dialogue direct position-gouvernement, n’ont réussi à faire sortir le pays du bourbier de la division, des rancœurs et des haines dans lequel il s’est vu empêtré depuis le début de la crise, par la faute de politiciens véreux et au demeurant, foncièrement égoïstes et égocentriques. En fait aucune des méthodes de résolution de crise employées jusqu’ici, n’a eu aucune approche fondamentalement inclusive. Plus grave, ceux qui gèrent le pouvoir en ce moment en Côte d’Ivoire, selon des observateurs, « ne veulent en aucun cas remettre en question leur domination quasi-princière. Elles optent par conséquent pour e cadre légal qui leur garanti ; justement, une prédominance parce qu’elles contrôlent l’état ». Ces observateurs n’ont pas tort. Récemment, interrogé sur la question des « états généraux de la république », Alassane Ouattara, candidat déclaré, a éludé la question et préféré dire à l’opinion ce qui importe pour lui: son maintient au pouvoir. La grave crise qui mine le pays, étant le dernier de ses soucis : « Je considère que c’est important que le dialogue politique puisse se poursuivre (…) Mais qu’en octobre 2015 les ivoiriens puissent voter, c’est le plus important ».

Si Alassane Ouattara et son clan étaient plus soucieux du sort des ivoiriens et de l’avenir de ce pays, s’ils étaient plus préoccupés à le sortir du cycle infernale de violence dans lequel ils l’ont eux-mêmes plongé, ils ne se seraient pas cantonnés à des approches qui ont fini par montrer leurs limites et insuffisances. Ils auraient exploré toutes les pistes de résolutions à eux offertes. Ils n’auraient pas boudé cette proposition de résoudre les problèmes de fond, sur des bases objectives, inclusives et consensuelles. Ils n’auraient pas rejeté « les états généraux de la république » proposés par l’opposition.

Mais voilà. Ils la rejettent. Sans même qu’elle ne fasse l’objet d’une analyse approfondie de leur part. Les voilà à botter en touche. Les voilà à se recroqueviller sur eux-mêmes.

En fait, la question est : pourquoi le RDR rejette-il cette proposition qui impliquerait la participation de toutes les couches représentatives du pays, notamment sur des questions d’une extrême gravité et surtout, au vu et au su du monde entier ? Le peuple ivoirien n’a-t-il pas son mot à dire dans cette crise qui dénature son pays ?

En fait, le RDR, parti politique dont Alassane Ouattara est le mentor, a tout simplement peur. Une peur bleue. Peur du FPI de Laurent Gbagbo ; peur de voir étalé sur la place publique, sa répugnante laideur ; peur qu’enfin ne soient dévoilés ses forfaits, ses crimes odieux, son imposture… Le RDR  a peur que les victimes de sa barbarie ne parlent : ceux de Duékoué, de Nahibly, de Yopougon, des contrées les plus reculées de la Côte d’Ivoire. Ceux à qui il a infligé les pires atrocités de sa vengeance. Ce parti abonné aux coups fourrés et aux complots en tous genres, a peur de se voir rattrapé par ses propres crimes…. peur de subir les conséquences que  le débat national lui imposera: la déchéance et la perte du pouvoir. Le RDR a peur de devoir, en fin de compte, subir ce qu’il a fait endurer aux autres. Voilà tout le sens de sa fuite en avant, face à ce qui se présente comme l'incontournable débat de fond et de vérité: les états généraux de la république.

  Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

 

CÔTE D’IVOIRE, A L’OREE D’UNE NOUVELLE CRISE

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Elle n’est pas encore terminée. Encore faudrait-il qu’elle ait eu un début de solution. Mieux, elle est en passe de se reproduire. Et cette fois, les conséquences risquent d’être des plus effroyables.

La Côte d’Ivoire, est à l’orée d’une nouvelle crise socio-politique. Pire que la précédente. Loin de nous, l’idée de jouer aux oiseaux de mauvais augure. Il se trouve tout simplement que certains en sont encore à prendre les populations pour des marionnettes assujetties à leurs bons vouloirs.

En Côte d’Ivoire, le nerf de la guerre, c’est bien le pouvoir. Comment le conquérir, l’exercer, mais aussi et surtout, comment le conserver ? Tels sont les enjeux de la lutte sans merci à laquelle se livrent depuis toujours, les politiques ivoiriens. Malheureusement, entre le conserver selon les règles démocratiques et se l’accaparer par la force ou par des moyens illégaux et illégitimes, certains ont du mal à faire la distinction. Volontairement. Sans doute. Conscients qu’ils n’y parviendront jamais sans user de moyens détournés.

Alassane Ouattara est arrivé au pouvoir. Parce qu’il y est arrivé, précédé de bombes et d’une guerre aux relents de conquête du nord contre le sud ; parce que l’on a dénombré 3000 morts (au bas mot), là où l’on aurait pu recompter les voix ; parce que les fusils sont venus s’immiscer dans le jeu démocratique ; parce que les armes ont contribué à vouloir « noyer » les nombreux et flagrants cas d’irrégularités et de fraudes constatées lors de la présidentielle de 2010 (ce qui n’a visiblement pas atténué les doutes persistants sur les résultats de cette élection)…, Alassane Ouattara ne peut pas apparaitre aux yeux de l’opinion publique comme un président « normal ». Mais plutôt comme un chef d’Etat fatalement admis par un peuple devenu apparemment passif, mué par un ultime instinct de survie.

Après avoir finalement pris le pouvoir et été fatalement admis comme chef d’Etat, Alassane Ouattara avait, s’il eut été habité par le bon sens, avait l’occasion de réparer ses torts. Que non. Il a plutôt préféré s’accrocher désespérément à la violence comme bouée de sauvetage. Après donc la conquête sanglante, une gestion chaotique du pouvoir, avec pour fondement la violence : des ivoiriens dispersés aux quatre coins du monde, forcés à fuir l’appareil répressif d’Alassane Ouattara ; son adversaire politique direct en prison à la Haye ; des prisons bourrées à craquer de prisonniers politiques ; les ONG des Droits de l’Homme se fatiguent à produire rapports accablants sur rapports accablants contre son régime ; c’est le début d’une ère de représailles et de vengeance contre tous ceux qui naguère s’étaient opposés à sa volonté obstinée de conquérir le pouvoir d’Etat.

Cela se traduit aussi par le vote de lois impopulaires. Des lois impliquant jusqu’à l’avenir même de la nation sont votées avec une légèreté déconcertante, par une assemblée monocolore et aux ordres. Il s’agira entre autres, au nom de la « bonté infinie » d’Alassane Ouattara, de faire des millions d’étrangers vivants en Côte d’Ivoire, des ivoiriens. Qu’ils le veuillent ou non. Ceux-ci sont désormais « sommés », de devenir ivoiriens et, du coup, propriétaires fonciers.

C’est aussi et surtout l’ère de la « magnificence » des ressortissants du nord au détriment de celles du sud. L’ère du rattrapage ethnique, renforcé par le règne de l’impunité pour ceux de son camp. La Côte d’Ivoire n’est plus une simple « poudrière identitaire » comme l’ont dit certains, mais désormais un « volcan génocidaire », aux dires de Martial Ahipeaud, membre fondateur de la Fesci (la fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire).

La réconciliation tant annoncée, est définitivement calfeutrée au stade de simple vœu pieux. En somme, Alassane Ouattara au pouvoir, c’est la mise à mort de la cohésion sociale.

Tout ceci contribue, visiblement à exacerber un sentiment d’injustice généralisé.

Mais à peine, sa gestion calamiteuse achevée, le voilà « très vraisemblablement » candidat pour un second mandat en 2015 ; oubliant – peut-être - le sentiment d’injustice généralisé du peuple ivoirien ; le sentiment d’un peuple tout entier plongé dans une sorte de résignation qui n’en n’est – en fait - pas une. Alassane Ouattara oublie qu’il s’agit plutôt d’un silence avant une terrible tempête. Ce sentiment d’injustice généralisé qui plane tout au long de son mandat à la tête de ce pays, ne contient t-il pas, en lui-même, les germes d’une crise pire que celles que nous avons vécu jusqu’à présent ? Certainement.

Mais alors, comment éviter cette énième crise ? Naturellement, en « annihilant » ce qui en est à la base ; ce qui cause ce profond et légitime sentiment d’injustice : Alassane Ouattara.

 Marc Micael

marcmicael@gmail.com

 

 

14/09/2013

CÔTE D’IVOIRE, JEU DEMOCRATIQUE OU MANŒUVRES SUSPECTES ?

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Ce temps devait arriver. Forcément. Pour Alassane Ouattara et son camp : se résoudre à laisser du lest ou s’établir définitivement dans ce qui apparait  - jusqu’ici - comme une dictature sauvage et sanglante ; une chasse systématique et aveugle à tout ce qui représente à leurs yeux, une opposition, une menace : les pro-Gbagbo. Et ce, avec tous les risques qu’encoure un régime auréolé du soutien de la communauté dite internationale,  mais aussi et surtout, de ce qui n’est plus à présenter: les bombes françaises.

On peut l’affirmer. Sans risque de se tromper. L’opposition ivoirienne, représentée par le FPI (front populaire ivoirien), le parti de Laurent Gbagbo, revient de loin. Mieux, elle reprend des couleurs, après les heures de chaudes de l’ire vengeresse de ses adversaires politiques. C’est en tout cas, ce que nous permet d’entrevoir – ces derniers temps - une lecture assidue et objective de l’évolution du paysage politique ivoirien.

Malgré les grincements de dents entendus ça et là dans son propre camp, Alassane Ouattara semble avoir donné son quitus pour une opposition de plus en plus manifeste en Côte d’Ivoire. Quelques indices:

Plusieurs vagues de pro-Gbagbo libérés. Aux dires de Koné Bruno, porte-parole du gouvernement, même si jugement, il y a lieu, il n’est pas à exclure que : « (…) après ce jugement qui est rendu, le chef de l'Etat puisse, le cas échéant, prendre une décision autre que celle de maintenir ces personnes (prisonniers politiques, ndlr) dans les liens carcéraux ». Laissant ainsi deviner qu’Alassane Ouattara n’est pas fermé à l'idée de faire un geste en faveur de la réconciliation nationale.

Sur le retour des exilés, le porte-parole du gouvernement insiste : « Nous sommes très heureux que ces demandes (retour des exilés, et libération des prisonniers politiques, ndlr) viennent de M. Affi N'guessan, qui s'exprime comme il veut dans la presse, dans les médias d'Etat, sans être inquiété. Tout cela se fait dans ce que le chef de l'Etat souhaite, c'est-à-dire une Côte d'Ivoire qui est un Etat de droit. (…) Affi N'guessan circule aujourd'hui librement en Côte d'Ivoire. Qui d'autre au Fpi ne pourrait pas le faire ? Donc que tous ceux qui veulent participer à la vie publique en Côte d'Ivoire, reviennent ».

Concernant l’accès aux médias d’Etat, même si cela peut paraitre insignifiant, il faut néanmoins le noter que la cérémonie de passation des charges organisée par le FPI, a eu droit à un passage de 90 secondes à la télévision nationale. Fraternité matin, quotidien pro-gouvernemental, y a même consacré deux pages. Choses impensables, il y a quelques temps.

A noter aussi, qu’Affi N’guessan, président dudit parti entame actuellement une vaste tournée dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, sans qu’il n’y ait – pour le moment – aucun incident.

Certaines langues vont jusqu’à prédire qu’Alassane Ouattara envisagerait de mettre en place un gouvernement d’union ou d’ouverture, qui enregistrerait l’entrée de l’opposition, notamment du FPI.

La cerise sur le gâteau pourrait être le financement des partis politiques, dont le projet de loi vient d’être adopté en conseil des ministres.

Récemment, devant le corps préfectoral, Alassane Ouattara, martelait : « Je suis un démocrate ». Certes, comme le disait l’écrivain Wolé Soyinka, « le tigre proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore ». A moins que lui-même n’ait de sérieux doutes sur sa « tigritude », pourrions-nous ajouter. Or, Alassane Ouattara, n’au eu de cesse de prouver depuis son irruption sur la scène politique ivoirienne, qu’il est loin d’être un démocrate. Lui, le père-fondateur du concept du « pays ingouvernable » ; bénéficiaire - à titre exclusif – de la rébellion qui endeuilla la Côte d’Ivoire dès 2002 ; principal instigateur de la division entre ivoiriens du nord et ivoiriens des autres régions du pays… Alassane Ouattara, n’est donc ni un démocrate à l’origine, ni un démocrate en devenir. Il est simplement tributaire d’une situation socio-politique catastrophique,  occasionnée par ses soins et dont il peine à présent, à maitriser les effets, en tentant de dissimuler son incapacité sous semblant de jeu démocratique.

Au moment où, les ivoiriens et même ses parrains étrangers – attendent de lui des résultats probants ; des solutions à même sortir le pays de la léthargie et de lui impulser le développement tant souhaité, Alassane Ouattara continue de tâtonner. Quelle posture lui reste t-il à adopter face à la pression grandissante, sinon donner les gages d’un semblant de démocratie, tout en manœuvrant pour rester au pouvoir ? Assurément, tel est le plan secret d’Alassane Ouattara. Connaissant l’homme, le reste n’est que perte de temps et pures suppositions. Il ne s’agit point de démocratie, mais de manœuvres suspectes, pour détourner l’attention.

Il importe donc aux ivoiriens, notamment à l’opposition, de rester vigilante, face à ces manœuvres suspectes. Faut-il le rappeler ? Le vrai enjeu de la bataille politique ivoirienne est et reste 2015. La question pour les vrais démocrates de tous bords sera alors : allons-nous continuer à subir les affres d’un régime foncièrement allergique au respect des droits de l’homme ; visiblement opposé au vrai jeu démocratique, à l’Etat de droit ; continuer à cautionner un régime qui nous conduit irréversiblement vers la division, la pauvreté et la misère ou, allons-nous y mettre, tout simplement, un terme ?


Marc Micael

 

 

31/08/2013

CÔTE D'IVOIRE, METTRE FIN AU BRIGANDAGE POLITIQUE OU PÉRIR

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A quoi ont servi les bombes françaises, à part renverser Laurent Gbagbo et imposer la vision d’une communauté dite internationale ? Deux ans après la guerre en Côte d’Ivoire, l’on est en droit de s’interroger. Car ces bombes n’ont, ni fait triompher les droits de l’homme, encore moins la démocratie. Elles ont naturellement suscité une violente dictature. Elles ont fait place à l’émergence d’une espèce de régime où prolifèrent des politiciens véreux. Des gens pour qui, l’exercice de la démocratie, reste une notion encore obscure. Seule la violence, mêlée au mensonge, leur sert d’arguments. Ils ne prospèrent que par elle. C’est bien à eux, aux adeptes de cette doctrine primitive que les bombes françaises ont offert les rênes de la Côte d’Ivoire ; à Alassane Ouattara, à son parti politique le RDR (rassemblement des républicains) et à ses copains du RHDP (rassemblement des houphouétistes).

Dès lors, que pouvait-on espérer d’eux? Sinon les voir exceller dans ce qu’ils savent faire le mieux : régner par la terreur et le mensonge. En somme, par le brigandage politique ; tout en restant convaincus de régner sur des idiots.

C’est par ce brigandage qu’ils piétinent la Constitution. C’est par ce brigandage qu’ils ont maintenu le FPI (front populaire ivoirien), principal parti d’opposition hors du jeu électorale ; décidant unilatéralement des dates des élections locales. C’est par ce même moyen qu’ils ont décidé arbitrairement du découpage administratif du territoire ivoirien. A des fins électoralistes. C’est ainsi qu’ils ont dénaturés l’armée nationale ; faisant d’elle une bande de barbares sans foi ni loi. Récemment, le vote aux forceps des lois sur l’apatridie, la nationalité et le foncier, en est la parfaite illustration. La multitude de prisonniers, de réfugiés et d’exilés politiques ivoiriens, relève tout aussi de cette machination éhontée. Ils parlent de réconciliation nationale, de dialogue avec l’opposition pour la forme. Eux-mêmes n’y accordent aucun crédit. Cela participe d’une volonté politique délibérée.

Aveuglés par une soif inextinguible du pouvoir, ils ne reculent devant rien. Ils « verrouillent » déjà 2015. Au grand dam de leurs adversaires. Par tous les moyens. Conventionnels ou non. Chez eux, peu importe les moyens. Pourvu qu’ils parviennent à leurs fins. Ils en sont fiers. Au lieu d’en avoir honte. Leur brigandage n’a pas de limites.

Au PDCI, la méthode fait ses preuves. Dans ce parti politique, un octogénaire, à la rancune tenace, frappé par la limite d’âge, mais autoproclamé « vieux-jeune », refuse de passer la main. Au nom du pacte occulte qui le lie à Ouattara. Au nom de la politique tribale. Au nom de l’orgueil démesuré. Au nom de la loi du plus fortuné, au nom… du plus fort.

Il est clair qu’en Côte d’Ivoire, nous ne sommes pas en face d’enfants de cœur, mais bien en face de brigands politiques. Des gens sans scrupules. Peu soucieuses d’observer les règles les plus élémentaires de la démocratie. S’employant à bafouer les lois. D’ailleurs, ils n’ont d’égards pour personne. Encore moins pour les ivoiriens. Mieux, ils se sont installés dans un je-m’en-foutisme béat. Boycottant la réconciliation nationale ; sabordant la cohésion sociale ; exacerbant les haines et les divisions ; accentuant le sentiment d’une justice sélective ; frustrant une partie de la population au profit d’une autre. Bref, mettant en péril la nation ivoirienne.

On ne dirige pas un pays en usant de violence et de mensonge pour Imposer ses décisions. Non. On ne construit pas une nation avec tant de mauvaise foi et d’arrogance. En le faisant, on la détruit. Carrément. Et la Côte d’Ivoire mérite mieux qu’un groupuscule brigands politiques pour présider à sa destinée.

Le péril est là. Il s’installe. Sournoisement. Surement. Aux sceptiques, rappelons les mises en garde d’Amadou Soumahoro, grand Vizir et secrétaire général de la « Coalition pour le Brigandage politique en Côte d’Ivoire ». A propos de son mentor, il déclare : « Alassane Ouattara est au pouvoir pour 50 ans ». Puis s’empresse d’ajouter : « Ceux qui s’attaquent à Ouattara vont au cimetière ». Et enfonce le clou : « Après Dieu, c’est Ouattara ».

La question est donc de savoir si l’on va laisser prospérer d’avantage cette grave menace, y assister, les bras croisés, en espérant un miracle du ciel ?

Non. Ce serait suicidaire. Ce serait choisir le parti de l’oppresseur.

Il faut y mettre un terme. Dès maintenant. Il faut réagir face au brigandage politique, face à la déconfiture du pays. Sinon, voir la Côte d’Ivoire périr. Il faut sortir des sentiers battus. Se réunir autour de la mère patrie. Braver la dictature, le brigandage politique. L’affronter comme un seul homme. C’est à ce prix. Et à aucun autre. Que les ivoiriens sauveront leur pays du péril qui l’étreint avec rage.

  

Marc Micael
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr